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Les Maçons Constructeurs

Au delà de tout, dans le métier de maçon constructeur, il existe une perception du monde, une façon particulière d’approcher de la vie. Il adhère à une communauté d’efforts et de sueurs, en donnant forme à soi-même et au territoire par l’économie des moyens. Dire à soi-même et au territoire est pléonastique, car le maçon et son territoire sont une même chose, il est un territoire : l’Homme de pays.

Tel qu’il se voit dans cette démonstration : c’est un métier de curieux qui veut voir ce qu’il y a de l’autre côté du mur qu’il construit. Un trou, une entaille, une brèche … voilà qu’il invente l’ouverture, sans mots savants, sans s’égarer dans des pensées abstraites. Artisan de paix, lorsqu’il construit, le territoire est paisible et dans l’abondance ; tout pousse, tout fleuri, tout mûrit, tout s’épouse, et tout se multiplie.

Comme la guerre survient, le constructeur  s’esconde, son ennemi est le guerrier qui n’a d’autre obsession que de détruire ce que construit le maçon ; c’est ainsi qu’il tire son bénéfice dans la contemplation de ce qu’il détruit, abat, écrase. Le guerrier se retire-t-il … laissant là sa cache aussitôt la fièvre de construire reprend le maçon.

Ainsi le guerrier arrive ; le maçon se cache ; le guerrier détruit ; le guerrier se retire ; le maçon réapparaît ; le maçon reconstruit ; le guerrier revient ; le maçon retourne à sa cache : c’est une partie de cache-cache commencée d’avant Khéops sans jamais en être las. L’homme qui s’obstine finit mal, lit-on. Dans le cas du maçon constructeur c’est  l’esprit qui ne faiblit pas.

Car si le guerrier pouvait tuer tous les maçons, la race ne s’éteindrait pas pour autant. Des générations se lèveraient qui n’auraient pas reçu de leurs aînés l’art de construire, qu’importe. Le territoire le leur réinventerait ; la matière et les éléments s’imposeraient.

La ruine succède à la guerre, elle annonce qu’après elle un monde nouveau renaitra. « Sursum corda »

Avec son corps qu’il bâtit ; quand il est debout, il se baisse, puis il se relève et se courbe, encore il s’incline, fléchit et se penche. Est-il à genoux, qu’après il se tend. Il soulève, il pousse et tire ; il porte, charge, et pose. Il se lance à l’assaut des échafaudages, là où balleraient aux vents étendards et bannières … voilà qu’il se hisse.

Elle est chargée, trop chargée, la boursoule. Il s’arc-boute … et il pousse. Avec mesure, avec violence il se sert d’un bras … de l’autre, des deux il œuvre la matière simple. Naturel, indigène, paysan, païen,  conservateur, traditionnel ; aussi natif, naïf, vernaculaire : patiente et persévérante mémoire du geste qui construit. La nature le guide. Tout est lié ; c’est la longueur des bois qui dit le métier. Ses maisons ont l’accent de la terre qui porte et qui nourrit, il possède une nature et une histoire, l’une de naissance, l’autre de culture.

Il a inventé le mortier, l’intercesseur, le médiateur. Au centre le combat d’entre le dessus et le dessous prend fin sous la truelle qui prolonge la main du Père Adam. Il bâtit à sable et à chaux ; le mortier le fait comme lui fait le mortier. Le mortier c’est la terre, c’est le sable, la chaux ; encore le territoire.

Il voyage de territoire en territoire ; en défendant le territoire qu’il voyage il se défend lui-même. Voici qu’il s’agit d’être utile au plus grand nombre. Pas de temps à perdre, ce ne sont ni Dieux ni Rois qu’il faut servir. Aussitôt la pierre prise,  aussitôt rectifiée,  aussitôt posée. Il n’y a pas de mauvaises pierres, que de bonnes pierres posées aux mauvaises. Dans le mur, toutes les pierres trouvent leurs places. Quand le maçon veut innover, qu’il regarde ailleurs, qu’il a du mal à se décider, c’est qu’il n’est plus lui-même, il est devenu un autre.

A présent qui veut être maçon ?

Les illustrations sont extraites de l’Encyclopédie du XVIII ème Siècle de Diderot & d’Alembert.

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Le Tour de France

La conduite du Pays Serge Canet, au départ de Genève, en 1972. Photo Pays SC

Chacun trouve dans le Tour de France un sens de mise en mouvement ; de déplacement ; d’évasion ; de découverte, voire d’agitation, et de perturbation.

Cette mise en mouvement chasse les « habitudes » elle commence longtemps avant le jour du départ, parce que ce voyage nécessite que l’on mette une grande quantité d’énergie morale au service de son organisation.

Partir sur le Tour de France est synonyme de mise en mouvement du corps, et, lorsque tout se passe bien, il y a aussi mise en déplacement de l’esprit. Quoique pour les choses de l’esprit l’on accorde une moins grande préparation, sinon d’affûter sa curiosité, être sûr de ne rien « rater » et que de là où l’on se rend, voir ce qu’il faut y voir.

Voyager, aller voir ailleurs, et de cet ailleurs vérifier si le monde est différent ; contempler le ciel, le soleil et la lune et aussi les étoiles depuis d’autres cieux. Y être surpris à la découverte d’autres pratiques, d’autres usages et d’autres traditions ; partir à la conquête de l’inconnu, voir se changer les nuits en aubes, les soirs en matins depuis cet inconnu, loin de son monde, petit ou grand, proche ou lointain, car suivant les circonstances, traverser la rue est un voyage qui conduit à un ailleurs bien réel que l’on ne soupçonne pas.

Parce que le monde serait très  différent ailleurs, et sans doute meilleur aussi. La bonne fortune de l’Aspirant est de partir par vocation.

« Me voici, c’est moi l’Aspirant qui vient à vous et repartira ; qui vous laissera agités comme la mare traversée par l’insecte qui sautille sur l’eau avant que les choses reprennent leurs temps et leurs rythmes ».

De quelles contrées est-ce que l’Aspirant veut être le voyageur ? Est-ce qu’il tournera au tour de la Terre, comme la manne au tour d’un lampadaire ? Confondant le déplacement et le voyage ?

C’est tellement flatteur l’étranger !

Mais pour autant l’Aspirant sera-t-il consommateur de Cayennes ou de Chambres ? L’Aspirant sera voyagé, dès lors que choisira-t-il, devenir touriste ou voyageur ?

Le Tour de France est vraisemblablement la plus intelligente des ruses.

Il est un faiseur de métamorphoses, du  sédentaire en voyageur ; de l’Aspirant en Compagnon, et peut-être, un peu plus encore.

Il y a une pleine identité entre voyager la France, et être voyagé par la France ; il y a une pleine identité entre l’Aspirant voyageur et l’Aspirant voyagé. Et dans le même temps : transformation totale ; l’Aspirant était le même, et pourtant, il est devenu un autre.

Pour que la transformation se fasse ; il faut que l’acte précède l’esprit, et participe de la transformation, comme en toutes choses importantes, la pratique précède la théorie.

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Le Devoir

Photo Pays NC – Jeune en cours de formation Peinture à la chaux

Par le Pays Serge CANET

Le Devoir est à la fois un contenant et un contenu.

Il est la protection tutélaire, le centre de gravité, il  définit, au centre et au cœur la vérité des compagnonnages : les communautés de métiers évoluant autour de lui.

Dans cette façon de comprendre et de concevoir les choses, le Devoir ne connaît que le Bien ou le Mal, être avec Lui, ou contre Lui.

Au-delà des rites, des rituels, des constitutions, statuts et autres règlements, qui ne sont que la matérialité du Devoir, et n’ont d’autre objectif que de le renforcer, le Devoir ne se négocie pas, il est observance, et discipline.

D’où la sublime maxime des Égalitaires réunis en Assemblée :

« Ce n’est pas le Devoir qui nous garde, mon Pays, c’est nous qui gardons le Devoir »