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Grain de Vérité : l’interview du Pays Jean-Michel Mathonière

Episode 1 : Pays Jean-Michel Mathonnière, Compagnon d’ Honneur Egalitaire, Historien des Compagnonnages.

Episode 2 : Compagnons & Francs-maçons …

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Le Billet du Soutien de l’Union (n°17)

la peinture à la chaux à sec : 1. le chaulage.

Un liant+un pigment+un solvant+parfois un ou plusieurs adjuvants sont les composants d’une peinture.

La peinture prend toujours le nom du liant qui la compose : le liant de la peinture à la colle est la colle.

Ces différentes techniques picturales sont réalisées selon la peinture à sec (sur fonds secs). 

La fixité : difficulté majeure de la peinture à la chaux.

La fixité, c’est la capacité qu’a le liant d’une matière picturale de fixer les pigments.

Or, dans la peinture à la chaux, le liant, c’est la chaux elle-même ; la chaux à la fois liant et pigment.

Pour assurer la fixité de la chaux (que le lait de chaux, séché ne « farine » pas) il faut stabiliser le lait de chaux.

Nos devanciers incorporaient au lait de chaux diverses matières telles : lait, huile, sang séché, sel, etc., pour parvenir à la fixité.

La peinture à la chaux put être considérée comme une « couche de sacrifice » : on sait sa durée  limitée. Son prix modique ; en une couche se rafraîchit ce que l’était plus.

L’emploi de la chaux hydraulique naturelle résout la difficulté de la fixité de la chaux.

 Préalables.

La chaux, corrosive ; dangereuse pour les yeux, le nez, la peau. Il est nécessaire d’observer des précautions : vêtement de travail qui couvre le corps ; chapeau, gants de protections à manchettes ; lunettes de protection ; masque anti-poussière lors des préparations à la chaux en poudre.

La chaux

La description du cycle de la chaux a été clairement démontrée dans l’article du Pays Norbert CHADOURNE (8 août 2026).

La chaux hydraulique naturelle : NHL se présente en poudre. Elle provient de la calcination de calcaires moins purs.

Elle est dite hydraulique parce qu’elle fait sa prise et durcit en présence d’eau.

Sa prise, son durcissement, se fait en quelques heures.

Son appellation est : Chaux Hydraulique Naturelle blanche N.H.L.

1 litre de N.H.L. pèse 0.8 kg.

Sa luminance est de : 0,65 à 0,75

La luminance est la capacité à réfléchir la lumière, la chaux N.H.L. réfléchit 65 % à 75 % de la lumière qu’elle reçoit.

Mélangée à de l’eau son emploi est limité à 7 heures ; le mélange ne se conserve pas.

Elle s’applique aux travaux extérieurs et intérieurs.

Nature des supports

Enduit à base de liants hydrauliques =  peinture à la N.H.L.

Conditions climatiques pour la réalisation.

Pas : de pluie, de brouillard, de températures en dessous de 5°C, de fort ensoleillement, de vents ; l’eau s’évapore trop rapidement : on dit « brûler la chaux » la chaux ne fait pas effet ; elle part en poudre.

Eau

Elle a trois rôles :

– mettre la chaux en dissolution (la faire passer de l’état de poudre à celui semi-liquide pour faciliter l’application. Elle permet la mise en œuvre qui transforme la poudre en peinture.

– L’eau permet la cristallisation de la chaux hydraulique. Sans eau de la NHL ne peut pas faire sa prise.

Fabrication

De la proportion eau/chaux dépend la texture. Plus une peinture contient de chaux plus elle est épaisse. L’aspect en est changé. Le   film   épais   est   garnissant   et   opaque.   Fluide,    peu garnissant et peu opacifiant.

La fabrication les quantités et les rapports entre la chaux et l’eau s’évaluent en parts.

lait de chaux pour un chaulage.

Lait de chaux épais, garnit largement les imperfections du support. Le film structuré (cordages). Matière apparente, rustique et forte. Le chaulage est la suite de l’enduit, il continue de bâtir.

Le chaulage trouve son emploi sur des maçonneries en moellons et sur des enduits grossiers.

Pour donner plus d’efficacité, il est possible d’y incorporer en doses réduites (20% du poids de chaux) sable, pierruche calcaire, chamotte finement criblés.

Chaux 1 litre + Eau 1 litre = fabrication du lait de chaux pour un chaulage.

Il s’applique à la grosse brosse (type brosse de colleur rectangulaire) ou pour s’inscrire dans une tradition au : « blanchissou », une grosse brosse ronde de poils longs assez grossiers, aussi dénommée « blanchisseur ».

Image générée par IAl

Le chaulage est appliqué sur un support sec, dont la  cristallisation est achevée.

Consommation.

Chaulage : chaux en poudre N.H.L. par mètre carré et par couche : 140g.

Nettoyage et entretien du matériel

Le nettoyage du matériel et de l’outillage se fait à l’eau immédiatement après l’emploi.

Outillage

L’outillage des peintures à la chaux est celui de toutes les peintures. Brosses de poils de qualité assez grossière ayant une tirure  longue.

En brosserie, la tirure est la longueur visible et active des poils d’une brosse.

Sédimentation

La peinture à la chaux sédimente en permanence dans le camion ; le seul outillage spécifique à la peinture à la chaux est un bâton de bois rond, plongé en permanence dans le camion de préparation ; il remet la peinture en suspension.

Littré dit : Camion, vase de terre pour délayer du badigeon.  Il désigne aussi un petit matériel de peintre-en-bâtiments : seau métallique parallèle à anse mobile, à bords ourlés et fond rentré pour contenir la peinture.

La sédimentation empêche l’emploi du rouleau de peintre ou du pistolet.

Avant l’application.

Sur un support cru, non traité en surface, conservé dans son état d’origine, mouiller abondamment avant l’application du chaulage pour éviter l’absorption de l’eau contenue dans le chaulage nécessaire à la cristallisation de la chaux.

Cela dit il faut attendre que le support se ressuie pour chauler ; la composition du chaulage serait modifiée.

(à suivre : 2. le badigeon)

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Le Clou de Louis

Photo Guépin Belles Lettres – Août 2026

La Place de la Comédie, à Bordeaux, est un lieu magnifique, typique de l’ensemble architectural harmonieux du XVIIIème siècle, qui compose la majorité de la ville de Bordeaux. A gauche, sur la photo, le Grand Théâtre de Bordeaux conçu par l’Architecte Victor Louis.

Victor Louis (1731–1800) est un architecte français renommé, notamment pour son chef-d’œuvre, le Grand Théâtre de Bordeaux, inauguré en 1780. Fils d’un maître maçon, Victor Louis entre à l’Académie royale d’architecture à Paris, où il est l’élève de Louis-Adam Loriot (1700–1767).

Victor Louis obtient le Grand Prix de Rome en 1755. À l’époque (milieu du XVIIIe siècle), le Grand Prix de Rome d’Architecture s’obtenait à l’issue d’un concours organisé par l’Académie royale d’architecture en France. Il n’a séjourné à Rome qu’à partir de 1756 jusqu’en 1759, sous la direction de Charles-Joseph Natoire (1700–1777) qui était un peintre et graveur français . (Le voyage à Rome pour les lauréats du Prix de Rome ne commençait généralement que l’année suivant l’obtention du prix.)

Victor Louis sera remarqué par le Maréchal de Richelieu, alors Gouverneur de Guyenne, qui lui confie la décoration de son Pavillon de Hanovre à Paris.

Victor Louis a marqué l’architecture française du XVIIIe siècle par son audace technique et son élégance néo-classique, laissant un héritage durable, notamment à Bordeaux.

Photo Jean Missègue extraite de son ouvrage « Bordeaux -Langage de pierre » paru en 2009 en autoédition. Observez la disposition des joints de l’appareillage des pierres à chaque angle du péristyle. C’est cet appareillage rayonnant qui dissimule l’armature métallique de Victor Louis.

Le « clou de Louis » désigne une innovation technique mise au point par l’architecte Victor Louis pour la construction du Grand Théâtre de Bordeaux. Il s’agit d’une armature en fer, invisible de l’extérieur, qui relie les colonnes et l’architrave au mur de la façade aux angles du péristyle. Ce système ingénieux, parfois décrit comme une disposition oblique de pierres maintenues par un tirant métallique, a permis de résoudre le problème de l’écartement de la voûte plate sur colonnes, assurant ainsi la stabilité de la structure.

Résidu d’un document original sauvé d’un incendie expliquant le principe technique de triangulation avec les tirants. Extrait de l’ouvrage de Jean Missègue « Bordeaux – Langage de pierre »

En résumé, c’est une solution architecturale révolutionnaire pour l’époque, souvent comparée au principe du béton armé, qui a marqué l’histoire de l’architecture.

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Le cycle de la chaux

L’utilisation de la chaux naturelle (aérienne ou hydraulique selon les cas) est un impératif absolu lorsqu’on restaure un patrimoine bâti ancien : toutes les maçonneries édifiée avant le XIXème siècle.

Et pour cause !

1817 : Le Français Louis Vicat formule les principes de l’hydraulicité et le ciment artificiel, servant de base technique majeure.
1824 : Joseph Aspdin dépose le brevet du Ciment Portland en Angleterre. 1848 : Joseph Lambot conçoit la première barque en ciment armé (présentée à l’Exposition universelle de 1855).
1852 : François Coignet construit le premier immeuble en béton avec des fers enrobés à Saint-Denis.
1867 : Joseph Monier dépose le brevet de ses jardinières et tuyaux en ciment armé.
1892 : François Hennebique dépose le brevet global du système de béton armé et calcule la position des fers selon les efforts.
1906 : La France publie la première réglementation officielle pour l’usage du béton armé dans la construction.

Donc, toutes les maçonneries réalisées avant 1817 étaient construites avec des mortiers ou des bétons dont le liant était la chaux. L’utilisation des agrégats locaux, entrant dans la composition de ces mortiers, est aussi un impératif évident !

Ci-dessus, un chantier en Dordogne sur lequel nous avions été contraints d’utiliser plusieurs sables de couleur et de granulométrie différentes pour la restauration d’une chapelle du XIIIème siècle. (Photo Guépin B.L.)

Un autre paramètre est essentiel pour respecter le bâtiment, il s’agit du dosage des mortiers : En effet, pour garantir l’efficacité des échanges gazeux permettant la « respiration des maçonneries » et l’uniformité mécanique des nouveaux apports avec les plus anciens, il faut respecter les dosages originaux;

Alors, comment fait-on pour connaître la quantité de liant utilisée par nos anciens dans leur mortier sur l’édifice qu’on restaure ? Une astuce que je vous révèle, comme un secret compagnonnique :

  • On prend une bouteille en verre blanc qu’on remplit aux deux-tiers d’eau salée.
  • On prélève dans la maçonnerie un bloc de mortier ancien qu’on écrase soigneusement pour le réduire en poudre.
  • On verse cette poudre dans la bouteille, on secoue vigoureusement le tout et on patiente 24h, le temps que le mortier se dépose au fond et que l’eau, au dessus, soit bien claire.
  • On observe alors, que les agrégats (partie lourde) sont au fond de la bouteille, que le liant (partie fine) est au dessus des agrégats et l’on peut ainsi mesurer la proportion agrégats/liant que nous aurons à reproduire pour avoir exactement le même mortier que celui d’origine.

Enfin, s’il est capital de bien respecter la granulométrie des agrégats, la chaux en guise de liant et les dosages, la couleur est importante, bien sûr ! Mais il est facile de rectifier cela et d’uniformiser l’aspect avec un lait de chaux pigmenté. Cela ne nuit en rien ni à l’esprit, ni à la forme, mais permet parfois de redonner un coup de fraîcheur à l’ensemble d’une maçonnerie qu’on aurait pas reprise dans son ensemble.

C’est le respect du bâti ancien, de notre patrimoine à transmettre aux générations futures par l’amour du travail bien fait. Cela signifie qu’on ne restaure pas une chapelle du 16 ème ou du 18 ème siècle avec un mortier dont le liant serait un ciment portland, au risque de créer des désordres à l’ensemble de l’édifice ( remontées capillaires, humidité et salpètres qui resortent à l’intérieur de maçonneries, ruptures des liaisons, dilatations délétères, imperméabilisation nuisant aux échanges gazeux, etc…). On n’utilise pas non plus ces enduits tout prêts, vendus en sacs à partir d’un catalogue de couleur qui, s’ils sont adaptés à être projetés en monocouche sur la façade d’un pavillon d’aujourd’hui, construit en parpaing ou en briques, sont évidemment à proscrire sur un patrimoine ancien.

Voici un ouvrage que je conseille vivement à tous les Pays qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur le sujet !

Vive le Compagnonnage,

Vive les Compagnons,

Vive les Egalitaires !

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Le Billet du Soutien de l’Union (16)

LÉGENDE DE MAITRE‑JACQUES

Extraite du premier rituel de l’Union Compagnonnique en 1890.

Lecture en était faite aux nouveaux compagnons à l’occasion des Réceptions. (Collections PMJESDCEDLA)

Maître Jacques, naquit à Saint Rémy de Provence. Dès l’âge de quinze ans il voyagea en Grèce où il étudia les arts et fût très intimement lié avec Xante, sculpteur et philosophe qui lui apprit la sculpture, et l’architecture. De là Maître Jacques se rendit à Corinthe ; il étudia sous les ordres de Fabius pendant plusieurs années et il partit pour Jérusalem afin de travailler à la construction du Temple. D’abord inconnu, il se fit bientôt remarquer par son assiduité et son travail. Il reçu l’ordre de faire deux colonnes, qu’il sculpta avec tant d’art qu’il fût reçu maître et eut la direction d’un grand nombre d’ouvriers. Il avait alors vingt six ans.

A l’achèvement du Temple, Maître Jacques et Soubise revinrent dans leur Patrie après avoir été comblés de bienfaits par Salomon. Ils débarquèrent ensemble à Marseille, réunirent des disciples. Maître Jacques se fit rapidement remarquer pour son talent d’architecte. Soubise, d’un caractère violent devint bientôt jaloux de l’ascendant qu’avait acquit Maître Jacques sur ses disciples et de l’amour que tous lui portaient. Il se sépara de lui, choisit d’autres disciples, et s’en fut à Bordeaux, puis de là en Saintonge.

Maître Jacques après s’être choisi treize Compagnons et quarante disciples voyagea pendant trois ans, laissant partout le souvenir de son talent et de ses Vertus. Un jour, éloigné des Compagnons, il fût poursuivi par les disciples de Soubise qui, au nombre de dix voulurent attenter a ses jours. En se sauvant il tomba dans un marais où, les joncs l’ayant maintenu, le mirent à l’abri de ses ennemis. Pendant ce temps ses disciples qui le cherchaient, le trouvèrent et purent le délivrer. Il se retira à la Sainte Baume, en Provence.

Un matin, alors qu’il était en prière, un de ses disciples le trahit et le livra à ses ennemis. Le traître, accompagné de cinq scélérats se présenta à lui et lui donna le baiser de paix, à ce signal convenu, les assassins se jetèrent sur lui et le percèrent de cinq coups de poignard. A son appel désespéré ses disciples accoururent en vain. Ils ne purent recueillir que ses dernières paroles : elles furent un pardon pour ses ennemis.

« Pardonnez leur, ils auront assez de pensées et de souffrances de leur seul remords ».

Voici les dernières paroles qui furent prononcées par Maître Jacques avant de trépasser :

« Je donne mon âme à Dieu, mon créateur, et vous mes amis, recevez le baiser de paix ; lorsque j’aurais rejoint l’Être Suprême je veillerai encore sur vous ; je veux que ce dernier baiser que je vous donne, vous le donniez toujours aux Compagnons que vous ferez comme venant de leur Père ; ils le transmettront de même à ceux qu’ils feront. Je veillerai sur eux, comme sur vous ; dites leur que je les suivrai partout, tant qu’ils seront fidèles à Dieu et à leur Devoir, et qu’ils n’oublient jamais… »

Les dernières paroles expirent sur ses lèvres, croisant les bras, il rendit le dernier soupir à l’âge de quarante sept ans, quatre ans après son retour de Jérusalem. Maître Jacques étant mort, ses disciples formèrent un brancard et le portèrent dans une grotte dans le désert de Cabra, aujourd’hui Sainte Marie Madeleine. Ils lui ôtèrent ses vêtements et trouvèrent sous sa robe, un petit jonc qu’il portait en souvenir de ceux, qui l’avaient sauvé lors de sa chute dans le marais. Pendant que cinq Compagnons furent allés chercher le nécessaire pour faire un enterrement digne du Maître, huit Compagnons l’embaumèrent après avoir lavé son corps. Ils l’exposèrent sur un lit, où il resta deux jours à la vue de tous. Tout ce temps, on entretint un feu aux quatre coins du lit, et le soir du deuxième jour, les Compagnons en grand deuil, en gants blancs, mirent le corps dans un cercueil le visage découvert. Ils le transportèrent sur le lieu où Maître Jacques avait été assassiné, là où il avait voulu être enterré.

Le cortège était ainsi composé : quatre Compagnons portaient le corps, quatre autres venaient ensuite pour les remplacer ; quatre autres portaient le drap mortuaire sur lequel étaient brodés les attributs et les ornements mystérieux du Compagnonnage. Un autre portait l’Acte de Foi prononcé par Maître Jacques le jour de sa Réception au Temple de Jérusalem. Tous les Compagnons et les disciples venaient à la suite porteurs de torches enflammées, de bâtons et de barres de fer.

Au premier arrêt, dans un bois, les Compagnons s’approchèrent du corps, baisèrent une de ses mains en poussant de longs gémissements. Au deuxième arrêt, cinquante toises plus loin, les Compagnons découvrirent le corps, le plus ancien, lui versa sur les plaies de l’huile et du vin et les banda. A cent toises plus loin, troisième arrêt ; il était minuit, les Compagnons se mirent en prière, quant un vent affreux se mit à souffler, et éteignit les torches. Le tonnerre gronda avec fracas, et la pluie tomba à torrents.

Dans l’impossibilité de poursuivre leur route, les Compagnons se mirent en prière jusqu’au jour, en souvenir de cette nuit terrible, ce lieu fût appelé : le remords. A Saint-Maximin, le cortège épuisé de besoins et de fatigue prit quelque nourriture et se reposa. Le midi suivant, il reprit sa course et n’arriva qu’à la nuit à Sainte Sozime où les torches furent allumées pour procéder à l’ensevelissement. Avant de descendre le corps dans le tombeau, le Premier lui donna le Baiser De Paix qui fût renouvelé par tous les Compagnons. Après lui avoir retiré son bourdon on remit le corps dans la bière, et on le descendit dans la tombe. Le Premier, descendit auprès de lui, les autres Compagnons le couvrirent du drap mortuaire après lui avoir fait passer du pain, du vin et de la chair qu’il déposa sur le cercueil, puis il sortit ayant échangé de longs gémissements avec ses Frères.

Après avoir recouvert la fosse, les Compagnons allumèrent un grand feu dans lequel ils jetèrent les torches, et tout ce qui avait servi aux funérailles du Maître.

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Pourquoi suis-je Compagnon Egalitaire ?

Escalier en pierre de frontenac, sur voûte sarrazine dans une tour ronde réalisation Guépin B.L. (Photo personnelle)

Et comment je comprends, je conçois et j’applique ses valeurs ?

Ce qu’on sait du Compagnonnage :

« Le Compagnonnage est un système de transmission des savoirs et des identités par le voyage, l’initiation et la formation professionnelle, alliant éthique, techniques et rites. » selon l’UNESCO (Classement 2010) Les principales sociétés de compagnonnage traditionnelles s’adressent à un public jeune : le candidat est d’abord APPRENTI (16 ans en moyenne) cette période permet de choisir et d’apprendre les bases d’un métier, de passer un CAP et de commencer à gagner sa vie avec ce métier. Puis il faut manifester son désir d’entrer au compagnonnage. Le jeune est alors adopté, selon un rituel à la symbolique très forte : il devient ASPIRANT et commence son TOUR DE FRANCE. Celui-ci permet, grâce au voyage de ville en ville, de se former à l’excellence de son métier, de devenir un homme meilleur en acquérant des valeurs de solidarité et de partage et de s’intégrer à la communauté des compagnons par la pratique de rites et rituels. Au terme de ses voyages qui peuvent durer cinq ans (parfois même sept ans !), l’aspirant demande à devenir compagnon. Il présente à ses pairs un ouvrage de réception appelé CHEF-D’OEUVRE et est reçu COMPAGNON à l’issue d’une cérémonie rituellique forte en symboles qui marquera le récipiandaire à vie.

Donc, les Compagnonnages traditionnels s’adressent à un public jeune puisque le parcours qui commence vers 16 ans, s’achève aux environs de 25 ou 27 ans. Ensuite, on ne peut plus devenir compagnon. C’est un système basé sur un fonctionnement ancestral, qui remonte au XIXème siècle et qui tient sur le principe selon lequel on choisit un métier pour la vie. Par exemple, on commence à travailler en qualité d’apprenti charpentier à 16 ans et on reste charpentier jusqu’à sa retraite.

Et les Egalitaires, dans tout cela ?

EGALITE ! Tout est contenu dans le mot. Au 21ème siècle, les gens changent de métier plusieurs fois dans leur vie. Qui ne connait pas une personne, employée de banque ou travaillant dans une agence de pub et qui manifeste le désir de changer radicalement de vie en se consacrant à un métier manuel ? Les candidats des centres de formation pour adultes ne désemplissent pas, et d’ailleurs, les trois principales sociétés de compagnonnage se sont mises à proposer des formations à ce public. L’Association, la Fédération et dans une moindre mesure l’Union se sont investies pour bénéficier de la manne financière que représente le secteur, en surfant sur leur réputation d’excellence, mais si l’on forme ces gens, on n’en fera jamais des compagnons !

Ces personnes qui ont choisi, à 30 ou 40 ans, de tout quitter, de renoncer à une vie établie, souvent bien rémunérée, pour devenir boulanger, peintre en décor, menuisier ou maçon font souvent montre d’un foi, d’une application, d’une pugnacité et d’un amour du travail bien fait que bien des compagnons pourraient leur envier et ils n’auraient pas le droit, en raison de la limite d’âge, de candidater aux Compagnonnages ? Les Egalitaires ont dit non.

Une personne qui a appris son métier par un autre moyen que le Compagnonnage (Et il y en a de très bons !) et qui a grandi dans son métier, au point d’être excellent, de diriger efficacement des chantiers et d’autres hommes, d’être artisan en son métier, d’être formateur, d’avoir une véritable expérience professionnelle et humaine, qui a « voyagé la France * » et ailleurs, au fil des chantiers en Monuments Historiques, cette personne-là, si elle manifeste le désir sincère de rejoindre les valeurs du compagnonnage n’en aurait pas le droit ? Elle serait trop vieille et n’aurait pas suivi le cursus habituel ? Les Egalitaires ont dit non !

Les Egalitaires accueillent les femmes et les hommes, valides ou en situation de handicap, quelle que soit leur foi ou leur absence de foi, s’ils manifestent un intérêt pour les valeurs de partage, de transmission, d’entraide, de fidélité et de respect qui sont les fondements de notre société.

Ensuite, les rituels de passage, les valeurs et les exigences sont les mêmes que pour les autres sociétés de Compagnonnage. Les Egalitaires se sont ouverts à un plus large public, c’est tout.

Voilà, pourquoi, Moi Guépin Belles Lettres Compagnon du devoir Egalitaire de la Chambre d’Angoulème Tailleur de Pierre, j’ai rejoint les Egalitaires.

Vive le Compagnonnage,

Vive les Compagnons,

Vive les Egalitaires !

* Le titre du livre de Barret & Gurgang est « Ils voyageaient la France »

Escalier en pierre de Frontenac sur voûte sarrazine dans une tour ronde, dessiné, taillé et posé par Guépin Belles Lettres (Photo Personnelle)

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Discussion avec Grain de Vérité (3ème Partie)

Le compagnonnage – Histoires d’hommes, de métiers et de transmission

Dans cette troisième partie, Serge Canet raconte la naissance du Compagnonnage Égalitaire.

Pourquoi créer un nouveau mouvement ? Quels constats l’ont conduit à imaginer une autre façon de vivre le compagnonnage ?

Il revient sur les principes fondateurs, les règles qu’il a mises en place, mais aussi sur les erreurs qu’il reconnaît avoir commises dans la construction et l’organisation de cette nouvelle société. Nous parlons également de sa vision du responsable, du chef et du leader. Pour Serge, un dirigeant ne conduit pas forcément un groupe en restant devant : il partage sa conception du leadership et de la transmission. L’échange aborde aussi un sujet rarement évoqué : sa réflexion autour de la création d’un compagnonnage ouvert aux musulmans, les recherches qu’il a menées pour adapter certains rites, notamment en trouvant une alternative au vin, tout en conservant leur portée symbolique. Enfin, Serge nous présente les couleurs du Compagnonnage Égalitaire et revient sur la place de la réception dans cette nouvelle organisation.

Un épisode qui invite à réfléchir sur l’évolution des traditions, le leadership et la capacité d’un mouvement à rester fidèle à ses valeurs tout en s’adaptant à son époque.

« Selon vous, Pays Canet, une tradition peut-elle évoluer sans perdre son identité ?

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Billet du Soutien de l’Union (n°15)

LA PAROLE EN QUESTION

Donnant sur la table, le Compagnon Ladeveze ouvre la séance.

— La parole va au Pays secrétaire pour la lecture du compte-rendu de la dernière séance : Pays, tu as la parole.

Le secrétaire est le Compagnon boulanger Rémy Vidame, de son nom : Berry Le-Vaillant. Sa bonhomie attire la sympathie ; il prend la parole.

— Compte-rendu de la dernière séance du 12 juin 2037.

En peu de mots, nous le savons, le compagnonnage s’adresse à la condition des femmes et des hommes de métiers manuels qui transforment la matière. Cette condition représente une unité ; elle est universelle ; connue par toute l’humanité. Elle a toutes les possibilités de se reproduire ; elle communique des gestes et des savoir-être. Elle a atteint tout le développement que l’on pouvait attendre d’elle ; sa capacité à se voir dans la société et à s’imaginer dans l’avenir : ce que nous nommons le savoir-devenir. Notre condition se renouvelle par les éclosions qui viennent prendre l’espace laissé vacant par les générations les plus âgées qui nous ont précédés. Le métier manuel et le Compagnonnage ne sont pas des étapes transitoires vers l’entreprenariat. Il est du choix de ceux qui le désirent d’occuper la condition d’entrepreneur. Ce choix est légitime. Cela dit, devenir entrepreneur signifie souvent abandonner le débat singulier, quotidien et permanent entretenu avec la matière.

L’entrepreneur peut difficilement concilier la permanence du travail manuel et l’organisation du travail pour un nombre plus ou moins grand d’ouvriers. Le savoir-devenir peut aboutir à l’entreprenariat ; c’est respectable et mérite d’être encouragé. Cela dit, ce choix n’est pas en concurrence avec le compagnonnage ; il est d’une autre nature. Autrefois, les choses étaient plus simples : il y avait le travailleur indépendant ; ni domestique, ni salarié, ni patenté. Il vendait son savoir-faire et sa force de travail à la journée, surtout à la campagne et dans le bâtiment. Aujourd’hui, l’entrepreneur veut être indépendant et travailler pour son propre compte, mais il est répertorié à la Chambre des métiers ; à l’avance, il paie pour travailler. Où est le travailleur indépendant, ni domestique, ni salarié, ni patenté ?

— La lecture du compte-rendu est terminée, conclut le secrétaire.

Le Pays Vidame baille ; levé à quatre heures, à cinq heures au fournil ; c’est l’heure de sa sieste quotidienne.

— Nous sommes réunis pour décider si, oui ou non, nous pouvons incorporer sans risque, un patron, un chef d’entreprise à notre Chambre.

Ladeveze poursuit :

— A la dernière réunion, nous en étions à ce qui vient d’être dit. Nous nous sommes arrêtés à cette affirmation, parlant de l’éventuel candidat : «Il présente bien, il parle bien ! » sans dire si c’est bon ou pas de bien présenter et de bien parler : de quoi parlait-on ? Reprenons là où nous en étions, à cette affirmation : « Il présente bien, il parle bien ! »

Donnant sur la table, Ladeveze dit :

— Pays vous avez la parole !

— Pour savoir parler, il faut avoir parlé, et pour parler, il faut avoir à dire : sur quoi trouver à dire quand on n’a pas de temps à soi ? dit Renée Combret (elle occupe la fonction de troisième rôleur).

— Un sujet sur lequel le compagnon peut dire, c’est son métier et ce qu’il fait de ses mains. Cela dit, oui, il doit apprendre à parler, répond Ladeveze.

— Pour apprendre à parler, il faut que la parole soit accordée. Pour qu’elle soit accordée, il faut que l’on ait un intérêt à l’entendre dire, rajoute Renée Combret (son rôle est la sûreté extérieure de la Chambre).

— C’est bien ce que je dis : plus le compagnon est compétent, plus on veut l’entendre dire, et plus on veut l’entendre dire, plus on lui accorde la parole ; dès lors, plus il dit, mieux il dit, s’exprime dans une exaltation apparente Lécuyer La-Fierté.

— Il peut réclamer la parole ; on ne lui refuse jamais, non ?

— Où ? Dans l’entreprise ? demande le Pays Rose Guilhem.

— Pour être compétent, le compagnon doit prendre l’habitude de réfléchir à ce qu’il fait dans son métier ; quand il réfléchit pour son métier, il réfléchit aussi pour tous les autres sujets. Comment, dès lors qu’il réfléchit, peut-on le rouler dans la farine?

Le Pays Armelle Galodé, qui occupe la fonction de secrétaire adjointe, justifie un choix sans le dire.

— Je te réponds : comment, dès lors qu’il sait dire, le compagnon peut-il se contenter de répondre à des questions posées par ceux qui confisque la parole ?

Puisque la parole lui est accordée, que fait-il ? Il peut transgresser la règle établie, parce qu’il s’agit bien de cela, prendre la parole, non ? Quand il s’autorise à sauter par-dessus les barrières, les détenteurs de la parole le remettent à sa place ; voilà ce qui se passe. S’il persiste, ils le déclarent indiscipliné, perturbateur, puis révolté, pour finir agitateur, dit d’un seul trait : Edmée Royer (Edmée occupe la fonction de deuxième Rôleur : la sûreté de la porte de la Chambre).

— S’il ne transgresse pas, il n’a pas d’autre choix : rester homme de métier, ou devenir professionnel ?

Les gens de métier parlent à la matière ; les professionnels disent ce que l’on peut faire avec la matière, c’est une différence. Le métier induit le compagnonnage ; la profession : l’entrepreneuriat, c’est élémentaire.

Le sujet le touche, Marcel Lebrère parle peu ; trois phrases le disent.

— C’est juste ce que tu dis, Marcel : le compagnon est autorisé à dire, mais au bout du compte l’entrepreneur détient la parole.

— Compagnon est cum panis, « avec le pain » ; le compagnon est celui qui partage le pain : le compagnon est un partageur, ça aussi c’est clair.

Quand il dit publiquement, c’est au nom d’un groupe, syndicat ou autre, qu’il parle, rajoute Lebrère dit Angoumois L’Élémentaire.

— Le professionnel a le statut d’une personne autorisée à s’exprimer et à communiquer par la parole.

Son nom est peint sur la pancarte : Atelier de peinture, et, en dessous, en forme de signature : Augustin Bouvet.

Il dit clairement : « Mon nom est associé à mon activité professionnelle », rajoute Edmée Royer. (Edmée sait de quoi elle parle ; son mari est entrepreneur, mais c’est elle qui a hérité de la boîte de son père : Michele Ferraro, qui était maçon, et c’est elle qui l’a fait valoir. Le nom de son mari : Royer est peint sur l’enseigne dès lors qu’il n’est pas maçon).

— Si je vous suis bien, il y aurait le métier, la matière, le compagnonnage, le silence, la rébellion ; ou l’entreprenariat, dès lors parler, débattre publiquement ? Sachant que la décision d’être ici ou là est respectable. Alors ? Peut-on incorporer sans risque un chef d’entreprise, un patron à notre Chambre ? demande Besson, L’Amour-Du-Travail.

— Ça va un peu vite, vous ne trouvez pas ? Il y a du pour et il y a du contre.

— Mais ici nous sommes tous égaux, non ?

— C’est justement, j’aimerais bien que l’on en reparle ; la chose est trop sérieuse.

— Tu le connais bien, Vitrac ; tu as bien connu son père ! Et nous nous en souvenons tous.

— Si on l’a connu ? Bien sûr ! C’était un courageux ; il en demandait beaucoup trop à ses ouvriers.

— Il demandait aux autres ce qu’il se demandait à lui-même ; c’était son tort, ça l’a coulé.

Il était le plus sérieux, et le plus sale de tous les plâtriers ; on le suivait à la trace. Ses plâtres étaient toujours sur des cueillies et des repères.

— Parle en français ! Cueillies, repères, quèsaco ?

— Excusez-moi ; ce sont des mots du bâtiment. Les cueillies sont des traits de plâtre pour former les angles ; on commence par ça avant de dresser un enduit ; d’autres travaillent à la volée.

— Ne nous égarons pas ! (Ladeveze veut en finir avec toutes ces digressions). Son père, Fernand, était des nôtres ; vous connaissez son fils depuis qu’il était enfant. On ne peut pas reprocher à son père d’avoir fait suivre des études à son fils, et qu’il y ait réussi, alors pourquoi tourner autour du pot ?

— Tu le sais, ce sera la première fois que l’on recevra un ’entrepreneur ; ce ne sont pas nos habitudes.

— Puisque c’est lui qui demande, et que vous le connaissez : où est le risque ?

— Le risque, c’est qu’après lui il en présente d’autres qui seront entrepreneurs comme lui, et qu’en peu de temps ils soient les plus nombreux, et que nous ne serions plus ce que nous sommes.

— Je te remercie de dire les choses telles qu’elles sont. Je dois le dire, je ne l’ai pas vu venir ce coup-là.

Son souffle retrouvé :

— Il me faut bien l’admettre ; si nous en sommes là, les oppositions sont plus sérieuses que je l’imaginais.

Voulez-vous en reparler le mois prochain ?

— Et ça durera comme ça jusqu’à quand ?

— Je ne sais pas : vous avez la parole.

— Si j’étais sûr qu’il reste à sa place, je voterais pour lui, mais je ne sais pas.

— Et comment veux-tu savoir ça ?

— Où nous sommes sûrs de nous, ou nous ne le sommes pas. Ou nous croyons à ce que nous faisons, ou nous n’y croyons pas dit Périgord L’Amour-Du-Travail.

— Je suis d’accord avec ce qui vient d’être dit : ou nous sommes sûrs que ce que nous faisons peut intéresser le fils Vitrac, ou nous lui conseillons d’aller voir ailleurs.

— Et ailleurs, tu t’imagines qu’il s’y trouvera mieux qu’ici ?

— Je ne suis sûr de rien ; dans tous les cas, il échappera à nos discussions sans ambition.

— Pouvons-nous procéder à un vote ?

— Pour demander quoi ?

— Pour demander si nous acceptons de recevoir Antonin Vitrac. Si le vote est favorable, nous établirons une série de précautions.

— De précautions ou de conditions ? Réagit Guilhem L’Amie-Fidèle toujours fine pour débusquer ce qui peut être sous-entendu.

— De conditions que nous aurons la précaution de lui soumettre.

Ladeveze La-Bonne-Conduite est satisfait ; en parlant il a sorti la Chambre de ses mauvaises appréhensions ; le bon discernement aboutit à une sagesse qu’il exprime modestement.

— Je crois que nous avons eu raison de voter ; le résultat est le suivant : la candidature d’Antonin Vitrac est acceptée à l’unanimité, ce qui est la preuve que parler est utile, on ne peut pas dire que ce vote a été obtenu aux forceps.

La séance du mois prochain établira les conditions que nous lui soumettrons, entre autres la réalisation d’un ouvrage technique de qualité. Le Troisième Ancien, Mauduit Marche-à-Terre, intervient pour apporter un peu de sérénité aux éventuelles inquiétudes.

— Il est capable de faire des travaux que nous ne savons pas faire, je vous le garantis ; c’est un gars du bâtiment, ça se connaît qu’il a manié la truelle.

N’oubliez pas qu’il a fait cinq ans à Felletin, puis l’école des conducteurs de travaux de Toulouse. Non seulement il connait le maniement de la truelle, mais il sait aussi tracer des plans. Son père avait dans l’idée d’en faire un ingénieur ; quand il est mort, le gamin a cessé ses études. Alors vous comprenez bien que, pour le chef-d’œuvre, il aura à cœur d’en faire un qui sera très beau.

Une année plus tard, Antonin Vitrac est reçu compagnon Égalitaire Maçon-Constructeur, inscrit à la Chambre de Cognac. Son nom ? Aunis La-Victoire. Son chef-d’œuvre ? Un pont biais à deux piles et cinq arches, en béton poli, à l’échelle du dixième.

Ladeveze pense qu’à la suite de cette Réception, la Chambre pourrait imaginer le recrutement, non plus par métier, mais par filière : du carrier à l’architecte ; du céréalier   au pain ; du vacher au fromage ; du maraîcher à l’assiette.

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Histoire

Discussion avec Grain de Vérité (1ère & 2ème partie)

Le compagnonnage – Histoires d’hommes, de métiers et de transmission

Grain de Vérité reçoit :

Serge Canet, compagnon peintre en bâtiment, né en 1950.

Dans cette première partie, Serge revient sur ses débuts dans le métier, à une époque où l’apprentissage était exigeant et où les conditions de travail étaient bien différentes d’aujourd’hui. Il raconte sa découverte de la peinture en bâtiment, les difficultés de sa formation et les rencontres qui l’ont conduit vers le compagnonnage. Nous évoquons également ses premières visites de musées, un souvenir particulièrement marquant, ainsi que son arrivée dans le monde compagnonnique, où il découvre que les différentes sociétés ne partagent pas toujours les mêmes visions. À travers son témoignage, c’est toute une époque qui renaît, avec ses méthodes, ses valeurs et son exigence. Un épisode précieux pour comprendre l’évolution des métiers et du compagnonnage au fil des générations.

_ Selon vous, qu’est-ce que les jeunes générations devraient conserver de l’ancienne façon d’apprendre un métier ?

(2 éme Partie)

Dans cette deuxième partie, Serge Canet revient sur son parcours compagnonnique et partage son regard sur plusieurs épisodes marquants de l’histoire du compagnonnage. Nous évoquons les origines du Compagnonnage Égalitaire, les réflexions qui ont conduit à sa création et les raisons qui ont amené Serge à quitter l’Union Compagnonnique. L’échange aborde également un événement tragique qui a profondément marqué le monde compagnonnique : l’attentat commis par un compagnon dans un restaurant McDonald’s, ses conséquences et les interrogations qu’il a suscitées. Nous parlons aussi de la symbolique des joints, des difficultés d’ancrage que peuvent rencontrer certains compagnons au cours de leur parcours, ainsi que de l’évolution des différentes sociétés compagnonniques. Un épisode sans détour, où Serge partage son expérience, ses convictions et son analyse d’un mouvement qu’il a vécu de l’intérieur pendant de nombreuses décennies.

« Selon vous, Pays Canet, une institution peut-elle évoluer sans perdre son identité ?

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Transmission

L’Art du Vitrail, un métier de talent et de passion

C’est dans son atelier que Jean-François Bordenave nous reçoit. Dès l’entrée, nous sommes dans un univers de couleurs et de lumières. Les murs sont couverts de vitraux de toutes sortes, sur les tables sont dispersés pèle-lèle des outils, cisailles, marteaux, des bouts de verre, des papiers et cartons. Nos premières impressions nous font penser que le travail de verrier est très technique mais surtout artistique ! Les questions fusent … Comment fait-on un vitrail ? Pour quel usage et pour quel bâtiment ? La restauration des vitraux anciens ? Comment avez-vous appris ce métier ? Il y a combien de temps ?

L’ouvrage qui a permis à Jean-François Bordenave d’être consacré MOF (Meilleur Ouvrier de France) Réalisation d’Entrelacs cisterciens représentant le cheminement complexe dans la recherche de spiritualité.

Jean-François nous explique tout cela, dessins et albums de photo à l’appui. Tout a commencé en 1961, lors de la visite d’un atelier dans le vieux Bordeaux. Devant son intérêt, le directeur lui propose de l’engager comme apprenti et de débuter dès le lendemain ! Jean-François a 16 ans.

Au fil des jours, son envie d’apprendre, de créer et d’améliorer ses compétences en dessin l’incite à prendre des cours du soir aux Beaux-Arts de Bordeaux. Il en sera récompensé. En 1975, il obtient le prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France. L’exercice réalisé pour cette consécration demande une finesse de tracé et une très grande dextérité technique pour la précision des découpes des verres et l’assemblage des éléments de si petite taille : 3000 points de soudure au m2 tout en respectant l’harmonie et la sobriété des couleurs imposées dans l’expression monacale de l’époque cistercienne.

Cette reconnaissance le conduit en 1980 dans l’atelier de Sylvie et Jean Gaudin à Paris. Il travaille alors sur les Grandes Oeuvres du Patrimoine français comme les vitraux de la cathédrale Chartres ou ceux de l’Elysée. On le retrouve ensuite à Saint-Benoit-sur-Loire où il fait alors partie des 54 dessinateurs sélectionnés pour créer les 7500m2 de vitraux de la Basilique de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire.

La création artistique est difficile à expliquer. Seul l’artiste peut sentir l’inexpliquable. Cependant l’aspect technique peut permettre de mesurer l’oeuvre du Maître.

LA CREATION POUR LES PARTICULIERS

De nombreux particuliers font appel au Maître-verrier pour embellir leur maison. Un beau vitrail apporte un élément décoratif et une lumière particulière aux intérieurs. Le vitrail ainsi créé pour ces amateurs d’art est élaboré en fonction du lieu de vie mais aussi, biensûr, des goûts personnels du commanditaire. Le verrier effectue avec les intéressés une oeuvre collective. Le choix du client est quelquefois surprenant ; « Un client m’a demandé, un jour, de reproduire le portrait du chien de la maison pour décorer un vitrail du salon. »

LA RESTAURATION ET LA RENOVATION DES EDIFICES PUBLICS ET RELIGIEUX LIES AU PATRIMOINE

En participant à la pérennité des oeuvres dans le temps, le Maître-verrier consacre également son savoir-faire à la rénovation et la conservation du patrimoine dans les Monuments Historiques. Il répond aux appels d’offres faits pour les bâtiments publics, édifices religieux ou monuments classés. Pour chaque projet, les architectes demandent à l’homme de l’art de donner ses idées. Le travail se fait en confiance et dans la concertation mutuelle. Une visite préalable du site est évidemment obligatoire afin de s’imprégnier du sens à donner à l’oeuvre et comprendre le choix initial des couleurs pour mieux intégrer la réalisation nouvelle. Le Verrier réalise alors une maquette conformément au cahier des charges. Une commission communale, paroissiale ou d’Art Sacré et, selon les bâtiments, les ABF* des affaires culturelles et du patrimoine donnent ensuite un avis indispensable à la réalisatin de l’ouvrage.

*ABF : Architecte des Bâtiments de France

LA PREPARATION DU VITRAIL

Tout d’abord il faut dessiner les motifs en vraie grandeur, ce qui explique les grandes dimensions des tables de travail. Deux dessins sont nécessaires pour préparer un vitrail : le premier dessin est la maquette définitive, réalisée à la gouache, que nous devrons visualiser en permanence : c’est le projet final. Le deuxième dessin permet de découper chaque élément pour en faire les gabarits de taille des verres. Ces panneaux sont ensuite reproduits sur le verre de couleur qui est découpé avec soin et précision, à l’aide d’un diamant ou d’un coupe-verre. Chaque élément est disposé à plat sur la table, les uns à côté des autres pour reconstituer le vitrail dans son intégralité. Puis ils sont assemblés avec des baguettes de plomb ajustées et soudées. Les verres utilisés peuvent être déjà teintés dans la masse. Il existe un choix important de couleurs (2000 teintes). La couleur visible sur la table ne sera pas forcément identique à celle visible lorsque le vitrail sera fini et posé sur site. Il faut en tenir compte et c’est là aussi l’art du verrier ! Ce mystère tient à la transparence du verre, mais aussi de la lumière extérieurs sur site, voire même de l’orientation du vitrail. Ainsi cette recherche est une conjugaison de plusieurs éléments objectifs et des jeux du hasard.

LA PEINTURE SUR VERRE

Les pièces de verre peuvent aussi être décorées. Pour la réalisation de certains vitraux, la peinture est parfois indispensable. Par exemple, dessiner un visage, souligner les yeux ou les doigts d’une main nécessite un trait de peinture. Ce travail sur verre est ensuite passé au four. L’Art du feu prend alors toute son importance car la cuisson bien maîtrisée révèle au refroidissement tout l’éclat et la beauté des couleurs choisies par l’artiste.

LA GRISAILLE

Pour atténuer le côté cristallin du verre, on applique une peinture « GRISAILLE » avec un pinceau très large qui dépose un léger voile sur l’envers du vitrail.

A PARTIR DU XIIème SIECLE

Les verriers du moyen-âge découvrirent que les couleurs rouge et bleue placées côte à côte se confondaient en une nuance unique violette. Pour palier à ce problème, il les séparèrent avec des profilés en plomb plus larges afin de bien sectoriser chaque couleur.

Les vitraux de Jean-François Bordenave sont visibles partout en France, mais en Nouvelle Aquitaine, on peut en voir à Pau, Bayonne, Arcachon, Brouages, Saintes où il a travaillé avec son ami Tailleur de Pierre Guépin Belles Lettres sur la cathédrale Saint-Eutrope, Bordeaux Basilique Saint-Michel et encore avec Guépin l’église de Saint-Jean-D’Illac, Agen, Toulouse, Catus, Surgères etc…etc…

Norbert CHADOURNE, dit Guépin Belles Lettres lui a consacré un livre qui a obtenu le Prix Saint-Estèphe 2016 chez :

Norbert CHADOURNE – Site de jamano-editeur !

Toutes les photos appartiennent à Jean-François Bordenave.