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Le Billet du Soutien de l’Union (N°4)

LES COULEURS DES COMPAGNONNAGES
Pourquoi les Compagnons portent-ils des Couleurs : symbolique, tradition ? Est-ce un moyen d’identification, un signe d’appartenance à un groupe, un métier ?
A quelque Devoir qu’ils appartiennent, les Compagnons Du Tour De France arborent ce qu’il est convenu de désigner sous le nom de : Couleurs. C’est un très ancien attribut d’une grande efficacité. Il identifie les Compagnons entr’eux. En un regard il dit à qui l’on a à faire :

Du Devoir de Maître-Jacques ;

Du Devoir de Soubise ;

Du Devoir De Liberté ;

Des Devoirs ;

Des Devoirs Unis ;

Du Devoir Égalitaire ;

Et de quelques autres encore.


Les Couleurs n’ont pas toujours été chargées de symboles, et leur origine est un mélange d’histoire, et de traditions corporatives. Il est possible que des rubans colorés soient apparus vers les XVIIe ou XVIIIe siècles.
Chaque groupement de Compagnons adopta sans doute une couleur qui le faisait reconnaître, et qui disait qui il était, et sa position dans son groupe (Compagnon, responsable, vétéran etc.) Par exemple, dès le XIXème siècle, les Compagnons Charpentiers Bons-Drilles étaient reconnus pour porter leurs couleurs bleu ciel nouées au sommet de leur chapeau à haut de forme, la laissant retomber sur l’épaule gauche.
Les Couvreurs Bons-Drilles portaient la Couleur blanche flottant dans le dos (couleur blanche des vêtements liturgiques de l’Ascension qui est le jour joyeux et solennel qui voit naître les nouveaux Compagnons Couvreurs).
Les Plâtriers qui formaient la trinité Soubise devaient porter leur couleur jaune au bas du chapeau et flottant dans le dos. Couleur jaune qui entre parenthèse était la couleur liturgique de la Trinité catholique qui se fête le 8ème dimanche après Pâques, jour pendant la nuit duquel les Plâtriers Bons Drilles recevaient les nouveaux Compagnons.
Je l’ai déjà dit plus haut les Couleurs n’ont pas toujours été chargées de symboles, or depuis le XIXème siècle elles le furent.
Hormis les Tailleurs de Pierre qui conservaient l’ancien usage de porter leurs Couleurs fleuries au chapeau, pour les Compagnons Du Devoir dans leur ensemble, les Couleurs se garnirent d’une profusion de signes catholiques, gaufrés à chaud sur les rubans en soie qui formaient leurs Couleurs (ce qui s’amplifia par un pèlerinage devenus fréquent à la Sainte Baume en Provence).
Pour les Compagnons Du Devoir De Liberté, il faut considérer deux groupements distincts l’un de l’autre : celui des Enfants de Salomon, et celui plus tardif des Enfants d’Hiram. Les premiers étaient le mouvement historique des menuisiers et serruriers surnommés : Gavots. Les seconds étaient des Compagnons Charpentiers qui se surnommaient eux-mêmes Indiens. Les Gavots étaient sobres. Leurs Couleurs étaient faites d’un ruban bleu, garni ou pas de franges dorées, qui signifiait la position dans leur société. Les Indiens arboraient trois Couleurs verte ; rouge et blanche à la boutonnière du veston.
Au grade supérieur, devenant Maître initié ; dès le XXème siècle, ils portaient une écharpe qui allait de l’épaule gauche à la hanche droite.
Cette Couleur était sur une face de couleur blanche, et sur l’autre face de couleur noire. Sur la face blanche et sur la face noire de cette Couleur réversible, venaient brodés des symboles. Ces symboles étaient très largement inspirés par la franc-maçonnerie, d’où leur définition inscrite sur le diplôme de ce grade, en haut à gauche sur un gonfanon rouge : « Gloire au grand architecte de l’univers » Les enfants d’Hiram seront les vainqueurs, faisant pendant à un autre gonfanon bleu qui dit : « nous marchons vers l’infini. »
On peut dire : les Couleurs permettent de se reconnaître entre Compagnons ; d’afficher son appartenance à un groupe ; de se distinguer les uns des autres, et de créer de la différence dans l’univers des compagnonnages, et qu’on l’admette ou pas de jouer : « a qui aura les plus belles. »
Dans tous les cas : les Couleurs ne sont pas de simples décorations.
Elles sont remises lors des passages d’Adoption ou de Réception, et portées lors de cérémonies, fêtes, funérailles, commémorations etc.
Elles sont souvent modifiées selon les niveaux d’instruction compagnonnique : d’Aspirant, d’Aspirant à Compagnon etc.
En fait elles rendent visibles un parcours intérieur, et aussi un parcours hiérarchique.
Le mot Couleurs n’a pas le même sens selon le contexte, mais l’idée centrale reste la même : « représenter une identité qui n’est pas sienne. » Quand on dit : « défendre les couleurs de… »
On parle, dans l’hippisme des couleurs du propriétaire de l’écurie. Le cheval ne “court pas pour lui-même”, mais au nom de son propriétaire.

En France, les élus locaux arborent une écharpe tricolore aux couleurs de la République.

Dans le contexte militaire, les Couleurs désignent les drapeaux et étendards militaires.
Chaque régiment possède ses couleurs : son drapeau.
Ces drapeaux sont l’honneur du régiment, son histoire, ses batailles ; défendre les couleurs c’est protéger le drapeau du régiment et son honneur.
Couleurs signifie une identité du régiment symbolique et historique que l’on représente et que l’on doit honorer.

Vieille tradition chevaleresque, les Compagnies d’Archers changent de couleur en fonction de leur grade.

Peut-on rapprocher ces divers concepts ?
Si le Compagnon agissait comme représentant d’une entité plus grande que lui, il pourrait être vu comme représentant une tradition ; une corporation, ou un idéal d’exigences éthiques et professionnelle.
Dans ce sens large, le compagnon ne travaille pas seulement pour lui, mais pour l’idée qu’il se fait du travail ; d’un métier ; un héritage.
Dans le compagnonnage la logique est plutôt celle de la transmission et de l’identité.
Le travail est d’abord un accomplissement du métier lui-même, pour parvenir à celui de l’Être moral.
Au-delà de soi, le bien faire est plus éthique et traditionnel ; il y a le respect des règles du métier dans la communauté des artisans.
Ce n’est pas : travailler pour quelqu’un, mais plutôt travailler selon une règle, un art, des exigences.
Si le Compagnon était la représentation d’un métier, d’une excellence, d’une tradition ; il ne s’exprimerait pas seulement comme personne, mais comme porteur d’une identité collective.
Depuis 1978, dès la création des Égalitaires, ce fut le choix la simplicité qui définit les Couleurs. La Couleur des Aspirants fut faite d’un simple ruban de rayonne verte redoublé. Aux deux bouts de ce ruban, une frange verte identique au ruban fut ajoutée. Une cocarde de même étoffe, de la même teinte accrochait le ruban à la boutonnière. La Couleur des Compagnons variait seulement par la teinte : le rouge se substituait au vert. Pour le degré de Compagnon-Fini, les franges devinrent dorées sur une Couleur rouge.
Vint plus tard se rajouter une faveur rouge frangée d’or pour honorer les Compagnons qui avaient occupé la fonction élective de Premier Ancien pendant trois années, consécutives ou pas. Cette faveur vient boutonnée sur la Couleur en dessous de la cocarde. Dès l’origine il y eut la fabrication d’une couleur noire pour le deuil, dépouillée d’ornements. Sur les Couleurs d’Aspirants ou de Compagnons le timbre de la Chambre vient se frapper.

Les couleurs des Egalitaires : Vert pour l’Aspirant ; Rouge pour le Compagnon ; Noire pour le Deuil.


Cela étant dit, un questionnement subsiste.
Le Compagnon Chamoiseur Jean-François Piron Vendôme La-Clé-Des-Cœurs dans la chanson L’abeille dont il est l’auteur exprime les vers suivants :


L’abeille suit la même loi
Qu’ont toujours suivie ses ancêtres,
Et, toujours fidèle à son roi,
Ne reconnaît point d’autres maîtres.
Comme l’abeille nous n’avons
Qu’un maître sur le Tour de France,
Et la règle que nous suivons
N’est point soumise à l’inconstance.


Quel est ce maître sur le Tour de France dont l’auteur parle ?
 » Si Vendôme La Clé Des Cœurs a retenu ce vers c’est qu’il devait le retenir pour servir sa poésie. »


Vive le Compagnonnage,
Vive les Compagnons,
Vive les Egalitaires !

Joseph Voisin Dit Angoumois l’Ami-du-Trait (1848 – 1940) – Photo Musée du Compagnonnage

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Billet du Soutien de l’Union (N°3)

Sur les remparts de Rhodes, le grand maîtres des Hospitaliers pour la Réception rituelle des Compagnons. (Document BNF)

LES NOMS DES COMPAGNONS SONT OPERANTS !

Les noms de Compagnons sont d’un usage ancien, tout en est dit sans que, pour autant, les auteurs en soient assurés : ils interprètent. D’aucuns résument le surnom donné fraternellement à une renaissance, cela fait plus riche, plus prétentieux, plus ésotérico-maçonnique. D’autres y voient un stratagème pour cacher l’identité des compagnons pourchassés par l’Autorité dans les siècles passés. Toutes ces explications sentent leur XIXe siècle, chacun y va selon son goût et ce qu’il veut démontrer. Après tout, pourquoi pas.

Généralement, le nom de compagnon unit le nom de la province de naissance à une qualité particulière de la personne souvent dénommée : nom de vertu.

De nombreux compagnons sont nommés de façon générique, par exemple

• Tourangeau La-Clé-Des-Cœurs,

• Nantais Le-Bien-Décidé,

• Provençal Le-Résolu,

• Basque La-Fermeté.

Les Compagnons Cordonniers du Devoir de l’ancienne mode, d’avant 1863, portaient le nom de la ville de naissance, suivi du nom de vertu, par exemple

• Villefranche La-Parfaite-Union,

• Pontivy La-Justice,

• Carcassonne-Le-Bien-Aimé,

• Châlons La-Jolie-Conduite.

Dans les compagnonnages corporatistes, les choses étaient et sont toujours fidèles à ce qu’elles étaient. La plupart des corporations portent des noms génériques unissant le nom de la province de naissance à un nom de vertu. Avec quelques différences notoires, comme celles des métiers de la pierre, du plâtre et de la maçonnerie. Celles-ci font valoir en premier lieu la vertu, et ensuite le lieu de la naissance, par exemple

• La-Fidélité d’Argenteuil,

• La-Bonne-Volonté-d ’Angoulême,

• La Clé-Des-Cœurs de Tours,

• La-Constance de Bordeaux.

Une autre différence est celle des Menuisiers et des Serruriers du Devoir, qui unissent le prénom à la province, par exemple

• Robert Le Berry,

• Pierre Le Saintonge,

• Étienne Le Poitevin,

• Georges Le Guépin.

Ce dont on peut être assuré lorsque l’on effectue des recherches sur les surnoms, est que l’attribution d’un surnom, d’un sobriquet dans le compagnonnage, comme ailleurs, est un acte opérant.

Substituer à l’identité propre d’une personne une autre identité donnée, et non pas choisie par l’intéressé, est la plus sûre manière de s’approprier la personne en question. Donner un nom à une personne, comme à un animal ou une chose, c’est en être le créateur ou le recréateur. Il s’agit de ne pas reconnaître la personne comme elle est dans son entièreté. Cela porte un nom : « essentialiser.» qui signifie : réduire la personne à un seul aspect de sa profondeur. En quelque sorte, à un seul élément, et sans son accord. Ce sont les pratiques, conscientes ou pas de l’essentiel des compagnonnages. Ils ne se suffisent pas de ce que sont les personnes, ils se les approprient en les marquant « à vie » d’un surnom qui leur convient. La plupart attribuent des noms composés du nom de la province de naissance, suivi du nom d’une vertu, qui, selon eux est acquise par le nouveau membre, au moment donné de sa Réception. Le temps passant, est-ce que ce surnom aura encore un sens ?

D’autres compagnonnages, peu en vérité, attribuent le nom d’une vertu à acquérir.

C’est une autre façon de penser l’attribution des surnoms de Compagnons qui n’est pas inintéressante, bien au contraire. Cela exprime le souhait implicite de changement de comportement, ce qui n’est pas anodin. L’attribution du surnom de Compagnon est pensée comme un signe efficace de changement de l’impétrant par la Réception. Ce que d’aucuns voient comme une renaissance à une vie passée. Cela veut changer le monde, changer les couleurs du monde, ce qui se suffit en soi pour être de valeur.

Depuis sa création, à l’Union Compagnonnique (1889), il est d’usage de demander (avant sa réception) à l’Aspirant, en lui causant sans en parler, quel serait le surnom éventuel qu’il voudrait porter.

Forts de cette information, les Compagnons qui entreprennent d’expliquer ce qu’il y a de merveilleux dans la Réception et de donner un sens pratique et moral aux choses mystérieuses : s’organisent. Ainsi, le surnom donné est, au hasard d’un tirage au sort, celui que l’Aspirant souhaitait porter.

Les Égalitaires, depuis leur création en 1978, procèdent différemment. Tout est simplifié.

Le surnom est choisi par l’Aspirant, tant pour la province de naissance que pour le nom de la vertu. Pour le lieu de naissance, puisque très peu naissent à la maison, naturellement, sans le concours de l’art, que l’accouchement se fait à la maternité, quoique la plus proche peut être située dans une autre province, ou tout simplement il peut y avoir un attachement à une culture familiale. L’Aspirant a le libre choix de se choisir le nom de province qu’il veut porter. Pour le nom de vertu, les choses vont dans le même sens du choix personnel. Ainsi au Devoir Égalitaire, les Compagnons ne s’approprient pas la personne de l’Aspirant qu’ils reçoivent. Ce qui ne signifie pas que l’Aspirant est entièrement libre de ses choix : il n’y a pas de noms de naissance ou de vertu fantaisistes qui soient acceptés.

Vive le Compagnonnage !

Vive les Compagnons !

Vive les Egalitaires !

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Transmission

Hé, les Pays ! N’auriez-vous pas omis quelque chose ?

Un Ancien Pays Peintre transmet son savoir à un jeune Aspirant. (Photo NC-Guépin-)

Hé ! Pays Artisans, Compagnons Egalitaires ! Vous devez transmettre votre savoir et vous engager dans la formation.

« Un métier sans transmission est un métier en voie de disparition. Et vous, que voulez-vous laisser derrière vous ? »

« Former un jeune, c’est sculpter l’avenir de votre métier. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’outil. »

« Votre savoir-faire est un trésor. Ne le laissez pas s’éteindre : transmettez-le. »

« Un apprenti aujourd’hui, c’est un maître demain. Le Compagnonnage Egalitaire en est la preuve. »

« Recruter un jeune, c’est investir dans la pérennité de votre art. Le Compagnonnage Egalitaire vous accompagne. »

Hé ! Vous, jeunes gens qui rêvez d’aventure et d’excellence ! Choisissez nos métiers et à rejoignez le Compagnonnage Egalitaire !

« Devenez l’héritier des gestes qui ont bâti la France. Le Compagnonnage Egalitaire vous ouvre ses portes. »

« Boulanger, menuisier, tailleur de pierre… Ces métiers ne demandent pas seulement des bras, mais une âme. La vôtre ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : l’école de l’excellence, où chaque jeune devient un artisan d’exception. »

« Vous cherchez un métier qui a du sens ? Ici, on ne fabrique pas que du pain ou du bois… on façonne des destins. »

« Un tour de France, des rencontres, un savoir unique : le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’aventure qui change une vie. »

Un jeune aspirant fleuriste formé auprès d’une Artisane, Pays Confirmée. (Photo IStock libre de droit)

Le Compagnonnage Egalitaire s’adresse à vous toutes et tous  (artisans + jeunes) pour créer un lien entre les générations et valoriser l’engagement collectif.

« Un artisan + un jeune = une transmission. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est ce pont entre les mains. »

« Et si le futur de votre métier dépendait de cette rencontre ? Le Compagnonnage Egalitaire la rend possible. »

« La meilleure façon de préserver un savoir-faire ? Le partager. Rejoignez le Compagnonnage Egalitaire. »

« Ils ont 20 ans et des rêves. Vous avez 40 ans d’expérience. Ensemble, écrivez la suite. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’alliance parfaite : l’audace de la jeunesse et la sagesse de l’expérience. »

Pays, Artisans, Artisanes, Femmes et Hommes de l’art ! N’oubliez pas d’où vous venez ! Pensez à votre parcours ! Souvenez-vous de votre serment au Compagnonnage Egalitaire parce que :

« Sans transmission, un métier meurt. Avec vous, il renaît. »

« Le Compagnonnage Egalitaire : 1 jeune + 1 artisan = 1 avenir. »

« Votre métier mérite mieux que de disparaître. Formez la relève. »

« Et si le plus beau projet de votre carrière, c’était de former celui qui vous succédera ? »

« Le Compagnonnage égalitaire : parce que le talent n’a pas de genre.

« Imaginez un monde sans boulangers, sans charpentiers, sans tailleurs de pierre… Ce monde existe déjà, si nous ne formons pas nos jeunes. Le Compagnonnage Egalitaire  est la solution. »

« Chaque métier est une langue. Si personne ne l’apprend, elle disparaît. Parlez-la à un jeune. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est la chaîne humaine qui relie les générations. Ne la brisez pas. »

« Un métier, c’est comme une flamme : si on ne la transmet pas, elle s’éteint. Allumez celle d’un jeune. »

Pays du Compagnonnage Egalitaire, il vous faut sensibiliser le grand public et les institutions.

« La pénurie de main-d’œuvre dans l’artisanat n’est pas une fatalité. Le Compagnonnage Egalitaire prouve que la solution existe : former, transmettre, s’engager. »

« En 2026, 1 artisan sur 3 n’a pas de successeur. Et si la solution venait des jeunes que vous n’osez pas recruter ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : le seul réseau où l’on construit des cathédrales… et des vies. »

Nous avons entendu des choses encourageantes :

« Grâce à mon maître Compagnon Egalitaire, je suis devenu meilleur que lui. » (Un jeune)

« Former des apprentis, c’est ce qui me fait me lever le matin. » (Un artisan Compagnon Egalitaire)

« 80% des jeunes formés en Compagnonnage Egalitaire trouvent un emploi dans leur métier. Et vous, que faites-vous pour eux ? »

Une apprentie boulangère, Aspirant au Compagnonnage Egalitaire (Photo IStock Libre de droits)

Vive le compagnonnage !

Vive les Compagnons!

Vive les Egalitaires !

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Histoire

Quand le dernier tableau sera Peint

Poème de Rudyard Kipling

Quand le dernière peinture de la terre sera achevée,

Et que les tubes de couleur seront tordus et desséchés,

Quand les plus anciens pigments auront pâli,

Et que le plus jeune critique sera mort,

Nous nous reposerons — et, ma foi, nous en aurons besoin —

Nous nous coucherons pour un âge ou deux,

Jusqu’à ce que le Maître de tous les bons ouvriers

Nous remette à l’ouvrage.

Et nul ne travaillera pour l’argent,

Et nul ne travaillera pour la gloire,

Mais chacun pour la joie de l’œuvre,

Et chacun, selon son pouvoir, pour son voisin.

Et alors, ceux qui auront fait les meilleures choses

Seront ceux qui auront travaillé le plus humblement,

Et il n’y aura plus ni grands ni petits,

Mais seulement des ouvriers heureux dans leur art.

LE BILLET DU SOUTIEN DE L’UNION (N°2)

Par le Pays Serge CANET

Les chantiers les plus prestigieux des meilleurs artisans parmi les meilleurs artisans seront jugés, pesés par les générations qui les apprécieront suivant l’idée qu’ils se feront des choses. La renommée des anciens sera oubliée, puis elle finira par disparaître. Ce ne seront pas les plus célèbres qui seront récompensés, ni même ceux qui auront travaillé avec sincérité, patience et humilité, sans avoir connu la reconnaissance. L’artisan ne peut travailler pour être célèbre, ni récompensé, ce serait un leurre ; la valeur d’un travail ne dépend pas de la reconnaissance immédiate ; il n’a pas seulement un ouvrage à réaliser, celui-ci doit s’inscrire dans le temps. Dès lors ce qui compte, c’est l’intégrité dans l’effort, alliée à la discipline silencieuse et durable.

Il occupe une fonction sociale ; il fait pour d’autres qui, pour une raison ou une autre ne savent ou ne veulent pas le faire ; ce qu’il sait faire devient, comme une sorte de service à une personne handicapée. C’était bien dans le langage de nos aînés de dire : « Servir un client. » L’ouvrier/artisan, le vrai est celui qui a continué son métier malgré les difficultés, l’indifférence et parfois même l’échec. La récompense n’est pas la gloire, mais avoir l’esprit en paix, et jouir de la contemplation de ce que l’on a su faire.

Le monde ! Oui le monde des réseaux, de la visibilité, qui nous renvoient au succès rapide, et surtout à la peur de ne pas être reconnu. S’il est artisan, et qu’il sait où son métier commence et où il s’arrête, et qu’il sait qui il est. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait quand personne ne regarde. A la fin, les meilleurs seront ceux qui auront continué à travailler quand tout semblait inutile.

Cela dit tout n’est pas parfait.

L’artisanat, le travail des mains peuvent être durs ; faire souffrir, et l’effort consenti n’être pas récompensé. On peut aussi te trouver face à des situations injustes ; travailler dur, sans reconnaissance.  Mais bien comprise, l’idée de ce que l’on doit faire n’est pas de se sacrifier aveuglément, mais plutôt : de ne pas laisser le regard des autres définir la valeur de son travail. Valoriser le travail sans attendre de récompense immédiate ; ne pas rechercher de gloire ; croire à une justice ultime du travail bien fait. Le travail, l’ouvrage libéré de l’ego, de l’argent, de la concurrence, et de la reconnaissance. Comme une sorte de renaissance après la fin d’un monde de travail toujours pénible.

Un « Maître » relancera la création.

C’est un humanisme artisanal : il valorise le geste juste, le travail bien fait, et la joie de la contemplation du travail de ses mains. Mais hélas ! Il faut faire bouillir la marmite, c’est la raison pour laquelle tous ces espoirs, ces promesses sont promises pour après la mort :  cela suffira-t-il à contenter l’artisan qui jour après jour est dans la peine ?

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Le billet du Soutien de l’Union (N°1)

Un groupe d’égalitaires, en 1980, à La Rochefoucault (16). Debout, à droite, Le Pays Serge Canet avec cinq aspirants et accroupis, six prétendants.

VOILÀ UNE HISTOIRE, C’EST CELLE DES EGALITAIRES !

Un Compagnon de ma génération affidé à un compagnonnage officiel ne peut pas la dire, ni la raconter. Il le pourrait si, comme je l’ai fait, il s’était extrait de ce compagnonnage officiel. Compagnonnage officiel qui dans cette période, reproduisait avec succès c’est vrai, les mêmes choses, les mêmes caricatures, en peu de mots, il préparait les personnes pour qu’elles fussent conformes à un modèle idéalisé.

Depuis le début du siècle les Compagnons et les Aspirants, enfermés dans leur clôture, écoutaient ce qui leur était dit, avec le petit doigt posé sur la couture du pantalon, comme dans un régiment. On nous racontait une histoire à laquelle il fallait croire, au risque d’être moqué, marginalisé, voire refoulé. C’était la méthode choisie pour créer un esprit de corps et maintenir la cohésion du groupe. Méthode qui correspondait, encore pour un temps, à une génération et à un contexte.

Même une communauté religieuse qui est au désert reste adossée au monde ; elle résonne du monde, elle vibre au monde. Mais voilà les Compagnons ont souvent cru, et parfois propagé l’idée qu’ils étaient d’un monde à part : ils le croyaient sincèrement. Il ne faut donc pas s’étonner que les écrits des Compagnons aient relayé si souvent la même chose : le travail, le métier, le voyage ; le voyage, le métier le travail, comme un socle, et peut-être aussi comme un alibi. C’est que ça rencontrait peu de personnes différentes ; ça marinait dans son propre jus ; se reproduisait dans l’entre-soi, sans faire le pas de côté salvateur. La règle, la tradition et d’autres justifications disaient :

« On ne sait pas faire », ce qui pouvait aussi signifier :

« On ne veut pas faire. »

Parce que pour faire il eut fallu travailler sur l’entièreté du sujet, ce qui aurait pu être schismatique, avec ce genre de propos : « Les Compagnons n’accepteront jamais ! » Ils n’accepteront pas quoi ? Aucune réponse ne venait répondre à cette question. La nécessité de faire un pas de côté pour voir ce que l’épaule du Compagnon qui précédait sur le rang pouvait cacher n’apparaissait pas toujours.

La méthode avait la prétention de prendre en compte, et sans doute de solutionner, tous les aspects de la vie de l’ouvrier en devenir d’être Compagnon. Or, ce n’était pas en côtoyant seulement des personnes, certes égales entre elles, qui n’avaient jamais, du fait de l’enfermement, vécu de choses différentes, et qui souvent ni ne cherchaient, ni ne souhaitaient connaître ce qui se vivait dans cet ailleurs imaginé, qu’était le monde, et que cela pouvait évoluer.

Ce fut aussi ce que pouvait laisser penser, vu de l’extérieur, que le compagnonnage fonctionnait comme une forme de secte : un monde fermé, avec ses usages, son vocabulaire, et cette pratique de ne pas se nommer par son prénom, ni son nom, mais par le nom de sa province de naissance. Ce qui pouvait donner le sentiment d’une appropriation des personnes par le groupe. Le résultat fut tel qu’au début des années soixante-dix, la méthode, qui avait été efficace, ne l’était plus autant ; elle était contestée : au sens propre on changeait de population. Était-ce mieux ou pas ? Chacun en conscience y répondra.

Dans ce contexte, cela avait nourri dans des compagnonnages devenus inadaptés pour ma génération : le refus, la contestation, la séparation, parfois appelée scission. Et pourtant, pour la scission, il y aurait eu à redire. On ne voyait pas clairement où elle se situait. Les séparatistes, parce que nous sommes des « frères séparés », ne remettaient en question que l’organisation — parfois lourde — née de l’Après-guerre, ou héritée de l’Entre-deux-guerres, voire du XIXe siècle. Nous voulions « le pas de côté ». Un compagnonnage « hors les murs ». Pour le restant des usages, on ne pouvait pas voir là de rupture profonde ; c’était même parfois le contraire. Mais les sources ne pouvaient être dans certaines formes prises par l’Association Ouvrière, la Fédération Compagnonnique, ou dans certains archaïsmes de l’Union Compagnonnique ; il y aurait eu un risque à copier des modèles devenus inadaptés.

Notre séparation, pour l’essentiel, allait vers une clarification et une simplification des choses. Et dans cette simplification, outre l’abolition des corporations et l’égalité entre les métiers, déjà acquises par l’Union Compagnonnique, il y avait l’égalité entre les Compagnons et les Aspirants, pour que ceux-ci fussent électeurs et donc éligibles à toutes les fonctions. Puis vint l’égalité entre femmes et hommes de métiers. Dès les tous débuts elle fut inscrite à tous les ordres du jour : elle était devenue une obsession. Quelques années auparavant, dès 1973, un Compagnon de l’Union Compagnonnique de la Cayenne de Surgères, je veux citer le Pays Yves Derval « Aunis L’Ami-Des-Arts » qui avait été reçu par la Cayenne de Brive quand il faisait son Tour de France, avait lancé un nouveau compagnonnage dénommé :

« Les Compagnons Œuvriers Du Tour De France. »

Ce compagnonnage avait pour particularité de recevoir des femmes exerçant les métiers manuels. Il intégrait seulement des détenteurs du titre de Meilleur Ouvrier de France, ce qui n’était pas seulement sélectif comme le compagnonnage l’était, mais élitiste. Et bien le seul commentaire sur cette création, fait par le Président Général de l’Union de cette période fut de dire : « Le Pays Derval est un intellectuel, les Compagnons ne le sont pas » Fermez le ban. Quand on sait que le Pays Yves Derval détenait trois titres de Meilleur Ouvrier de France dont : Peintre-en-bâtiments ; Peintre-en-décors, et Laqueur d’Art, la sortie du Président Général était pour le moins particulière, et disait ce qu’il pensait des Compagnons. La difficulté fut de recenser les femmes qui exerçaient des métiers manuels œuvrant et transformant la matière. Il faut le reconnaître que ce ne fut pas une chose simple.

La volonté ayant été là, cela prit un plus long temps pour aboutir à la Réception de la première femme : « Bordelaise Cœur-Joyeux » qui exerçait le métier de tailleur-de pierres. Aujourd’hui il faut le dire, nos regards se portent vers ces masses d’ouvriers et d’artisans, pas tous français ni d’origine ni de culture qui exercent et vivent des métiers manuels qui transforment et mettent en œuvre la matière. Il faut le dire tous les compagnonnages sont plutôt mauvais pour répondre à cette situation à laquelle ils sont, une fois encore inadaptés. Quel échec si le compagnonnage ne pouvait pas répondre, par une organisation ou une autre à ce défi, parce qu’il s’’agirait bien de cela ; un échec. Pourrait-on rechercher dans les rites d’autres signaux que ceux hérités de huit siècles d’histoire.

« La véritable tradition n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de toutes autres en d’autres temps. » 

Paul Valéry-Regards sur le monde actuel- 1931

Vive le Compagnonnage !

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

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Binioux et Explosifs !

Photo générée par IA – Guépin – 2026

La cayenne de Fougères comptait des artisans d’élite, des syndicalistes, mais jamais aucun artiste.

Des hommes pleins la main, ouvriers instruits, et pétris de convictions, sans entregent de quelque sorte que ce fût, la composaient. S’ils s’engageaient, il n’y avait pas pour autant d’édiles municipaux de premier plan. Il y en avait, à vrai dire, peu qui étaient fortement marqués par des positions politiques radicales, ils n’avaient aucune influence sur le cours de la cayenne. Les Compagnons de Fougères étaient partagés entre une gauche et une droite républicaine, modérée, et surtout ouvrière. Ils ne cherchaient pas à renverser l’ordre établi pour le remplacer par celui qui leur était propre. D’aucuns, toujours minoritaires, se parfumaient d’être libertaires ; en réalité, loin d’être libertaires, ils voulaient simplement obtenir la justice sociale.

De 1999 à 2004, un Compagnon de Fougères avait risqué sa vie comme prisonnier politique dans les prisons française. Perdu de vue depuis quarante ans, il s’était éloigné de la cayenne de Fougères et de l’Union Compagnonnique. Or, pour écrire ce roman, il fallait me souvenir des Compagnons présents à ma Réception. En scrutant la photographie de la Fête de l’Union tirée pour l’occasion, il n’y avait qu’un seul visage dont j’avais oublié le nom. Après plusieurs jours, s’extirpant de je ne sais quel tréfonds, le nom de ce Compagnon me revint. Le Compagnon Alain Solé avait été reçu Compagnon typographe des Devoirs Unis dans la nuit du 25 au 26 septembre 1971. Un an avant moi. « Coutances L’Ami-Des-Arts » était son nom. J’en étais resté à un Compagnon gentil, serviable, aux yeux grands ouverts, remplis de tendresse. Ce nom retrouvé, j’effectuai une recherche sur Internet pour y trouver des informations qui me bouleversèrent. Depuis ce jour, je découvris la vie engagée menée par Solé L’Ami-Des-Arts, depuis l’époque où nous étions tous deux Compagnons de la cayenne de Fougères, lui ouvrier typographe, et moi ouvrier peintre en bâtiment.

A la lecture d’un article du journal Libération, du 7 août 2004, j’appris : Solé L’Ami-Des-Arts était incarcéré à la prison de la Santé depuis 1999. Condamné par la cour d’assises spéciale de Paris à six ans de prison pour avoir commis trois attentats en 1998 et 1999, et également poursuivi pour un vol d’explosifs à Plévin dans les Côtes-d’Armor. Sur la décision de la cour d’appel spéciale, Solé L’Ami-Des-Arts fut remis en liberté conditionnelle, le juge d’application des peines ayant abrégé l’échéance pour des raisons de santé. Solé souffrait d’un diabète, et il avait subi un triple pontage coronarien.

Qu’avait fait ce père d’une famille de trois enfants, plusieurs fois grand-père, pour mériter la notoriété de la cour spéciale ? Il était militant indépendantiste breton, affidé à l’Armée Révolutionnaire Bretonne soupçonnée de dix-sept attentats, dont celui contre le McDonald’s de Quévert, le seul qui fut meurtrier. Solé L’Ami-Des-Arts, le militant breton, décéda des suites d’un coma le samedi 1er octobre 2011 à Laval. Ses obsèques eurent lieu le mercredi 5 octobre 2011 à Mayenne. Il était né le 26 janvier 1952 à Coutances. Il mourut comme il vécut, dès lors qu’il n’avait pas 59 ans.

De Pontcallec et sa république aristocratique, jusqu’à l’Armée Révolutionnaire Bretonne, les indépendantistes bretons ont l’âme chevillée au corps, solides et constants, comme la pierre de leur pays. Une histoire qui dure et durera encore. Je cherchais des héros ordinaires, et l’un d’eux était sous mes yeux, incontestable, dès lors que l’on observe les choses d’un autre point de vue que celui de la bien-pensance pour lui préférer le chemin de l’épique, je veux dire : le regard sur soi, et l’action.

Le compagnonnage fut et sera toujours un entretien de famille sur le tour-de-France. A ce titre, les Compagnons n’échappent pas à la dissimulation, à l’hypocrisie, à l’omission toujours coupable. Cela peut sentir le mesquin, le bourgeois, et renifler le louis-philippard. Souvent négligeant leurs contemporains, les Compagnons ont leur panthéon (exclusivement d’ouvriers ayant connu la Justice pour des faits relevant de la défense ouvrière ; ici, ce n’était pas le cas, cela relève de la politique, et de la remise en cause de la République).

Sans doute préférons-nous les champions et les révolutionnaires du XIXe siècle, nous flatter et tirer orgueil des luttes des Compagnons du passé. Il est plus confortable d’attendre que les braves d’aujourd’hui soient morts, exhumés et reconnus comme tels par quelque historien… Mais du futur.

Une des rares photos de clandestins bretons. On peut imaginer que le Pays Alain Solé était peut-être de cette équipe ! Ce cliché avait été envoyé à diverses rédactions au début des années 1990. Collection particulière Erwan Chartier.

Source : https://bcd.bzh/becedia/fr/

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La Conduite de Grenoble

L’exclusion définitive, avec la canne brisée, les Couleurs brûlées et le nom rayé du Grand Livre a  été pratiquée par les compagnonnages.

Actuellement elle fait mémoire d’un récit dans « Le Livre du Compagnonnage » d’Agricol Perdiguier publié en 1841, de ce que les Compagnons nomment depuis : « la conduite de Grenoble. »

Cet épisode des années 1830 relate le châtiment infligé, au moment de son exclusion, à un Compagnon qui s’était rendu coupable de vol.

Voici le texte :

« Cette conduite se fait dans une société à un de ses membres qui a volé ou escroqué ; c’est le châtiment qu’on lui inflige, dans une chambre ou sur les champs. Celui qui a reçu la conduite de Grenoble est flétri moralement ; il ne peut plus se présenter devant la Société qui l’a chassé comme indigne d’elle. Quand on a vu faire cette conduite, on n’est pas tenté de la mériter ; elle n’attaque pas le physique brutalement, mais rien n’est si humiliant : il y a de quoi mourir de honte. »

« J’ai vu, au milieu d’une grande salle peuplée de Compagnons, un des leurs à genoux ; tous les autres Compagnons buvaient du vin à l’exécration des voleurs et des scélérats ; celui-là buvait de l’eau et, quand son estomac n’en pouvait plus d’en recevoir, on la lui jetait par le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu, on brûla ses Couleurs à ses yeux ; le Rouleur le fit relever, le prit par la main et le promena dans la salle ; chaque membre de la Société lui donna un léger soufflet ; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé et, quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au derrière. Cet homme avait volé. »

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Insolite, mais vitale, la Feschine :

Photo collection Jean Missègue « Bordeaux Langage de Pierre » – 2007

Parmi les outils étranges de nos métiers ancestraux, il en est quelques-uns qui ont eu une longévité exceptionnelle, notamment la feschine, dont l’usage pluri-centenaire s’est arrêté seulement dans les années 1950.

La FESCHINE se porte comme un casque, elle repose sur les deux épaules, enveloppe la tête et le front est ceint d’une sangle en chanvre.

Cet outil n’a certes pas la grâce d’une rippe, la finesse d’un rabotin ou la solidité d’une boucharde, mais il soulagea tant de dos, d’épaules, de colonnes vertébrales qu’il mériterait d’être au panthéon des grandes découvertes. Sa forme est si particulière qu’au premier abord on a du mal à en deviner la fonction. Son profil est plutôt grossier et sa texture matelassée peu raffinée. Et pour cause ! Cet outil couramment utilisé sur les chantiers était destiné à transporter des blocs de pierre, et pas n’importe lesquels, des « doublerons » (1) qui pesaient de 80 à 120 kilos selon la densité et 250 kilos pour les consoles de balcons !

Sur ce document du moyen âge, on voit un portefaix montant à l’échelle chargé d’une feschine.

Fabriqué par les Espagnols

Son origine est peut-être espagnole plus sûrement basco-espagnole, la technique de fabrication s’inspirant de celle des espadrilles et des sandales. Les cordiers de Bordeaux, souvent d’origine espagnole, exerçant près du port dans le quartier Saint-Michel, maîtrisaient à la perfection sa fabrication : une forte toile de lin ou de chanvre enveloppe une forme en paille très compressée et dure.

Au dessus, un plateau permettait de recevoir la section la plus longue de la pierre. Un velours rouge ou d’une autre couleur tapissait sa partie concave pour rendre confortable l’emplacement de la tête. Le poids reposait à la fois sur les épaules et la colonne vertébrale du porteur qui était choisi fort et vaillant. Le porteur de pierre, appelé dans le métier porte-pièce ou portefaix, pouvait monter sur les échafaudages jusqu’à 40 blocs par jour. Mais il fallait s’aider de la boisson « certain ouvriers buvaient jusqu’à 10 litres de vin par jour ! » me confiait il y a quelques années Jean Missegue, un ancien tailleur de pierre.

A Bordeaux, au 44 rue Saint François, l’Hôtel de la Perle présente sur sa façade un célèbre portefaix muni de sa feschine, ayant posé cet élément de balcon à dos d’homme. Photo NC-Guépin

La feschine a disparu officiellement en 1936. Mais son usage perdura dans quelques petites entreprises et très localement dans le Sud-Ouest de la France jusque dans les années 1950.

Un bandeau frontal en cordage tressé (au temps de la marine à voile Bordeaux possédait de nombreuses corderies), ceignait le front et surtout stabilisait la feschine et sa charge sur ses épaules.

« Pour soutenir le fardeau jusqu’à l’échelle, le portefaix se déplaçait à petits pas, le corps en rotation lente de droite à gauche et de gauche à droite. » racontait Lucien Lanao, interviewé dans « Bordeaux, langage de pierre » (2).

« Le moindre faux pas et on tombait à la renverse ».

Pour supporter le poids de la pierre et du porte-pièce on confectionnait des échelles solides dont les barreaux, très rapprochés, étaient en acacias et les montants en sapin du nord.

Source : Article rédigé par CADISH, le 7 juin 2010 pour le Journal Sud-Ouest

(1) Le Doubleron désigne la pierre de construction bordelaise dite de remplissage (ou parpaing) dont les dimensions sont de 32,5 cm de hauteur (assise) 28 cm d’épaisseur et 60 cm de longueur. Bien pratique pour estimer la hauteur d’un immeuble, puisque 3 doublerons empilés plus les deux joints intermédiaires mesurent 1 mètre. On compte le nombre d’assises, on divise par trois et on obtient la hauteur du bâtiment.

(2) « Bordeaux, langage de pierre «  de Jean Missegue – 2007.

Jean Missègue, ici en 2009, et qui nous a quitté, est l’auteur de l’ouvrage consacré à « Bordeaux, Langage de pierre » publié en 2007. (Photo Sud-Ouest – 2009)

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Transmission

Le Tracé de l’étoile à 5 branches

Tracé et explication du tracé : Exercice de Compagnon par le Pays Guépin B.L.

L’étoile à 5 branches « pentagramme » ou « pentacle » (étoile de Salomon), rappelle par sa disposition, la silhouette d’un homme, bras et jambes écartés. Elle représente en général, les 5 éléments, la terre, l’air, l’eau, le feu et l’esprit. Pour les chrétiens, 5 est le chiffre qui rappelle les plaies du Christ.

La signification du « pentagramme » évoque l’homme initié, contrairement au pentagone qui évoque l’homme profane. En d’autres termes, l’homme initié tend à devenir un « homme-étoile », c’est-à-dire un homme qui incarne lui-même la lumière, tel Jésus ou les autres «grands initiés».

Dans la religions des Berbères Maures le « pentacle » était symbole de protection contre les esprits malfaisants, aujourd’hui il est toujours utilisé dans certaines régions Berbèrophone du Maghreb comme symbole de protection ou de sorcellerie permettant de rentrer en contact avec un monde parallèle.

Documentation texte, Source : Wikipédia

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Histoire

Que pensaient les Anciens …

Illustration produite par Guépin B.L. qui attire votre attention : Saint-Paul à l’air de s’amuser à cause de trois apôtres dissimulés dans l’auditoire, deux avec des tablettes électroniques et le troisième avec des lunettes… petite note d’humour, évidemment, pour rendre hommage à Sempé.

Que pensaient les Grecs, les Romains et les premiers Chrétiens au sujet des travailleurs manuels ?

Les Grecs et les Romains eurent pour le travail une profonde horreur, à laquelle ils donnèrent habilement la forme d’un profond mépris.

« Tous ceux qui vivent d’un travail mercenaire font un métier dégradant, disait le bon Cicéron. Jamais un sentiment noble ne peut naître dans une boutique. »

Sénèque va plus loin :

« L’invention des arts appartient aux plus vils esclaves. La sagesse habite des régions plus hautes : elle ne forme pas ses mains au travail. »

Telles étaient les doctrines des plus grands penseurs ; tout un peuple y applaudissait… et voilà ce qu’il s’agissait de détruire.

Que pensaient les premiers Chrétiens à propos des travailleurs manuels ?

« … Saint Paul … protesta par ses actes autant que par ses paroles contre les excès de cette paresse.

Lorsqu’il vint habiter chez le corroyeur Aquilas … il travailla de ses propres mains au métier de son hôte et prit part avec lui à la fabrication des tentes pour l’armée romaine.

Il écrivit aux Corinthiens V :

« Nous travaillons de nos mains.

LABORAMUS, OPERANTES MANIBUS NOSTRIS. »

Les prêtres mêmes et les évêques des premiers siècles apprenaient d’ordinaire un de ces métiers que l’orgueil romain abandonnait aux esclaves.

Dans les Constitutions apostoliques, page 67, est un texte attribué à saint Clément :

« Travaillez à votre état en toute sainteté, afin de pouvoir secourir vos frères malheureux et de ne pas être à charge à l’Église.

Nous-mêmes, qui prêchons la parole évangélique, nous ne négligeons pas les travaux d’un autre ordre ; parmi nous, les uns sont pêcheurs, les autres artisans, d’autres enfin agriculteurs.

Jamais nous ne restons oisifs. »

Ce que saint Ignace et saint Justin reproduisent en d’autres termes :

« Quand nous avons peur d’être considérés comme des misérables dénués de toute ressource, parce que nous travaillons de nos mains, nous éprouvons une mauvaise honte, et cette honte est un vice. »

Le quatrième concile de Carthage (Chapitre IV. Article. LI, LII, III.) décrète solennellement :

« Qu’il était bon que tout clerc gagnât son pain à l’aide d’un métier ou en cultivant la terre. Tous les clercs qui sont assez forts pour travailler doivent non-seulement apprendre les belles-lettres, mais encore un métier. »

Chapitre IV. Concile de Carthage. Article. LI, LII, III.

Source :

Léon Gautier, Histoire des corporations ouvrières.

Pages  21, 22, 23, 24, 25. Bibliothèque à 25 centimes.

Paris. Librairie de la Société Bibliographique, 35, rue de Grenelle. 1877.