Une carrière de pierre calcaire (Vilhonneur) – Photo Guépin Belles Lettres
Quand j’apprenais mon métier, mon vieux Maître Compagnon Tailleur de Pierre, à qui je faisais remarquer comme j’étais émerveillé par la beauté du matériau que j’étais en train de tailler, me dit ceci : -« C’est du Frontenac ! … Pose un peu tes outils, Petit, et écoute. Toute la ville de Bordeaux a été construite avec les pierres qui furent extraites dans les carrières environnantes. Sur les bords de le Garonne, bien au sud de la ville, et jusqu’aux rives de la Dordogne dans ces collines qui vallonnent l’Entre-Deux-Mers, nos anciens dégageaient la roche qui a construit Bordeaux. Elle était ensuite transportée sur des charrettes tirées par des mules ou des chevaux de trait jusqu’au port fluvial le plus proche, puis chargée sur des gabarres, elles étaient livrées à Bordeaux, quai de Paludate, dans la Cale-aux-pierres au pied du château Descas où maçons et Tailleurs de Pierre venaient s’approvisionner. Il faut que tu saches, mon Drôle, que cette pierre prenait le nom du port dans lequel elle avait été chargée et non pas celui du lieu d’où elle fut arrachée. Il y avait donc des pierres de différentes qualités qu’on employait pour faire des seuils, des escaliers, des soubassements ou pour bâtir en élévation en fonction de la dureté. Aujourd’hui, parmi ces mille carrières qui furent exploitées en sous-sol, dont certaines sont devenues champignonnières ou chai de vieillissement du vin de Bordeaux, nous avons la chance qu’il nous reste Les Pierres de Frontenac. Ce sont de magnifiques carrières à ciel ouvert qui se situent entre Sauveterre-de-Guyenne et Branne, un peu au sud ouest de Rauzan. Elles produisent tout ce dont nous avons besoin, toute la gamme des pierres marbrières les plus dures aux pierres fermes les plus douces, pour restaurer et entretenir le Patrimoine de Bordeaux. » Alors jeune apprenti, je me permettais d’ajouter : – « J’aime cette pierre, parce-qu’elle est coriace, elle résiste, mais elle est délicate sous le ciseau. Avec sa blondeur et ses veines fines et rousses comparables à une chevelure de femme, elle est lumineuse ! » – « Tu ne crois pas si bien dire, Petit ! Il faut se lever tôt, un jour où il fait beau. Tu traverses la Garonne à pied, par le Pont de pierre. Tu t’installes sur le bord des quais, juste là, devant la gare d’Orléans et tu regardes les façades d’en face quand le soleil se lève. À cette heure-ci, il ne darde pas. Il n’éblouit pas. Il caresse. Il illumine. Tu verras, petit, les façades blondes te sourient, à toi, parce que tu sais les regarder et si tu insistes, si tu patientes, tu y verras de très légers reflets roses. C’est cette lumière, cette pierre et la Garonne qui font que cette ville est unique. »
Carrière de Bourg, 1983, mes deux complices Michel à la haveuse et Patrice qui descend les pales du Manitou. Débitage d’un bloc en front de taille.Photo Guépin Belles Lettres.
Extrait des « Maîtres de mon Moulin » le site de Provençal Coeur Loyal
Dans la situation du monde actuel, inconcevable, insupportable, dont il faut sortir très vite il faut poser des principes et s’y tenir. À notre petit niveau, perdus dans nos si belles et puissantes Hautes-Corbières sauvages nous écrivons chaque jour le manifeste qui cristallise nos engagements :
Les 12 lois du Moulin de Cucugnan.
1°) La Nature est la toute première et la plus haute des Lois.
2°) La terre n’appartient pas à l’homme : c’est l’homme qui vient de la terre et lui appartient.
3°) Les blés sont nos maîtres, nos exemples. Ils sont un don des saisons, de la giration du monde et de son trajet dans le cosmos.
4°) Le Pain est la quintessence de l’alliance entre la Nature et les Hommes.
5°) La patience, la clarté des intentions, le don des attentions, la nécessité d’une tension, sont les premières vertus que nous enseigne du Pain.
6°) La nourriture mérite le respect absolu et l’engagement de nos gratitudes.
7°) La table doit demeurer le lieu de rencontre, de fraternité et de sororité.
8°) Partager le Pain est le tout premier geste de paix.
9°) Oublier la terre conduit à l’oubli de soi.
10°) Revenir à l’essentiel est un acte de sagesse. Cet engagement est urgent et absolument nécessaire.
11°) Chaque Pain porte toute la mémoire et le patrimoine axial du vivant.
12°) Lorsque le Pain est partagé, la communauté humaine prend forme.
Provençal Cœur Loyal« Les Maîtres de mon Moulin ; L’Essentiel en partage »
Nous abordons cette tradition assez ancienne, très usitée dans les diverses sociétés de compagnonnage et qui consiste à nommer (voire à revendiquer comme emblème) par des noms d’animaux leurs membres actifs : Lapin, Renard, Chien, Loup, Loup-Garou, Chien-Loup ou Singe.
Notre Compagnonnage Egalitaire est universaliste. Il a banni les corporations. Nous pratiquons une fraternité inclusive et bien veillante basée sur l’amour du travail bien fait, les rapports humains fraternels et respectueux entre tous nos membres. Nous pensons que ces qualitifs animaliers sont des termes corporatifs, ce que par définitions les Égalitaires ne veulent pas.
Ceci étant précisé, il est intéressant de se pencher sur cette particularité des autres sociétés de Compagnonnage.
Le lapin
C’est l’apprenti. C’est un terme employé chez les Compagnons Du Devoir de la nouvelle tendance et qui s’utilise depuis une cinquantaine d’années.
L’Origine de ce terme
Le charpentier qui travaillait seul, afin de tracer son épure sur le parquet, y plantait un petit compas pour maintenir son cordeau. Considérant les deux branches de ce compas comme les oreilles d’un lapin , cet outil était nommé lapin. Ainsi, bien que seul, le charpentier pouvait battre son cordeau. Naturellement lorsqu’il y avait un apprenti, celui-ci prenait la place du lapin. C’est ainsi que cette appellation est demeurée à chaque génération, l’apprenti qui tient le cordeau fait le lapin pour son aîné.
Le renard
De nos jours, et d’une manière générale, le renard est un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage. Historiquement, au XIXème siècle, le corporatisme de l’époque avait créé une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France connus sous le nom de Chiens.
Les dissidents qui ne voulaient pas rejoindre cette société réputée pour son manque de finesse et de discernement se sont organisés en société parallèle: ce furent les Renards de Liberté ou Renards Joyeux et Libres. qui, eux aussi, faisaient le Tour de France. Ils avaient un blason formé d’une équerre et d’un compas entrelacés, et ils avaient pour devise : R. J. L. I.ce qui signifiait Renards Joyeux Libres et Indépendants. Pour les railler et les moquer, les Compagnons Du Devoir disaient Renard Jaloux Lâches et Insignifiants.
Marcel Roura (sur sa page Facebook) intitule cette image « Le renard passe à table ».
Cela étant, le terme Renard est d’un usage courant dans les Compagnonnages. Il désigne de nos jours, et d’une manière générale, un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage.
Le Chien
Comme on l’a vu précédemment, au cours du XIXème siècle, le corporatisme et le caractère exclusif des compagnonnages de métier créèrent des sociétés d’ouvriers indépendants.
Les Chiens étaient une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France.
Le terme Chiens employé chez les Compagnons n’est-pas dépréciatif, bien au contraire, car tous les Compagnons Du Devoir à quelque corporation qu’ils appartiennent se dénomment entr’eux Les Chiens. Ils sont fidèles à leur serment prêté et fidèles à leurs maîtres, que ceux-ci soient Maître-Jacques, ou le Père Soubise. Pour eux, Il n’y a pas de Chien sans Collier signifie Il n’y a pas de Compagnon Du Devoir sans cravate. Un chien qui n’a-pas de collier est un chien qui n’a-pas de maître, c’est un chien sans famille, un chien perdu. Un Charpentier Du Devoir a un Maître, c’est le Père Soubise, il a une famille, c’est celle des Charpentiers Du Devoir, il n’est-pas perdu, il a une adresse chez la Mère des Compagnons.
Le loup, le chien-loup, le loup-garou
Après 1850, émerge une nouvelle société compagnonnique, les Compagnons Charpentiers de Liberté également appelé Indiens car pratiquant le Rite de Salomon ou rite d’Inde. La légende veut que cette société descende des Renards joyeux et libres, qu’ils ait reçu le Devoir des Compagnons Tailleurs de Pierres de Liberté. Mais une autre légende indique qu’une scission serait peut-être apparue chez les Bons Drilles au début du XIXème et qu’à partir de cette énième mésentente, leurs Devoirs auraient divergé…
Le terme Loup n’est-pas dévalorisant non plus, les Compagnons Étrangers Tailleurs de pierre Enfants de Salomon revendiquaient de se dénommer Les Loups. Mais ce compagnonnage n’existe plus, il s’est donné la mort en 1900, ils n’a ni descendance ni héritier. L’Union possède, dans ses archives, le compte rendu de leur ultime réunion.
Les Compagnons Tailleurs-de-pierre Du Devoir, Enfants de Maître-Jacques se dénomment quant à eux Loups Garoux.
Les Indiens ou Compagnons Charpentiers Du Devoir de Liberté, naissent, selon Raoul Vergez en 1804. En son temps, Agricol Perdiguier refusa de les reconnaître Enfants de Salomon il leur attribua néanmoins le vocable de Compagnons Du Devoir De Liberté.
En 1945 au congrès de Paris, le 25 novembre, une fusion de l’essentiel des Compagnons Charpentiers de Soubise, et des Compagnons Charpentiers De liberté a vu naître Les Compagnons Des Devoirs qui se dénommèrent entr’eux Les Chiens-Loups. Ils regroupèrent des charpentiers, des maçons et des tailleurs de pierre.
Le Singe
Lui, c’est le patron ! Respect, il est passé par toutes les étapes et on sait bien que ce n’est pas au vieux singes qu’on apprend à faire les grimaces.
Le Singe et le Bourgeois.
Singe est le sobriquet que les Compagnons Charpentiers donnent par raillerie et dérision à un patron charpentier. Définition sans doute fondée sur la particularité qu’ont les singes de faire des grimaces. Il faut savoir que le singe, par définition, est un patron charpentier ancien Compagnon reçu par les Compagnons charpentiers, que ceux-ci soient Du Devoir ou Du Devoir de Liberté. Il connaît toutes les combines des ouvriers charpentiers, et ceux-ci savent qu’il sait, et le singe sait qu’ils savent qu’i sait.
Quant à lui, le Bourgeois est un patron charpentier qui n’est pas reçu Compagnon. Il peut être un charpentier de métier, ou tout aussi bien être héritier sans jamais exercer le métier, ou un investisseur qui est le propriétaire d’une entreprise de charpenterie. Les Compagnons Charpentiers Bons Drilles disposent d’un vocabulaire singulier pour désigner les différentes personnes qui œuvrent dans les ateliers et sur les chantiers de charpenterie. Ce vocabulaire assimile les personnes à des animaux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’agit d’un vocabulaire initiatique au sens premier du mot, que seuls les initiés aux mystères de ce Devoir décodent. Aujourd’hui, par extension, et, sous l’influence des Charpentiers Bons-Drilles, tous les compagnonnages utilisent ces termes corporatistes sans les comprendre parce qu’ils n’en possèdent pas la Tradition.
Particularité à noter : Chez les Scieurs de long, le singe désigne le scieur qui est dessus (chevrier ou patron). Le renard désigne le scieur qui est dessous (renardier).
Deux scieurs de long débitant un tronc d’arbre, vers 1913 En bas : (Le renard) Jacques Charrié – En haut : (Le singe) Joseph Vieillescaze Source :https://www.occitan-aveyron.fr/
Inscrit au Patrimoine Immatériel de l’Humanité, par l’ UNESCO depuis 2010, lecompagnonnagedésigne un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier, qui s’ancre dansdes communautés de compagnons.
Les sociétés de compagnonnage actuelles*
Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France ( AOCDTF – compagnonnage mixtedepuis 2004 ; Première femme reçue tailleur de pierre en 2006)
Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment (FCMB)
Union compagnonnique (Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France Des Devoirs Unis )
Association de Compagnons Passants Tailleurs de Pierre
Société des Compagnons selliers tapissiers maroquiniers cordoniers-bottiers du Devoir du Tour de France – Famille du cuir
Fédération des compagnons boulangers et pâtissiers restés fidèles au Devoir (RFAD)
Cayenne Itinérante
Compagnonnage Egalitaire (compagnonnage mixte depuis 1978)
*Sources WIKIPEDIA
Contrairement à ce qu’affirment certains, c’est bien le mouvement historique du Compagnonnage dans son ensemble qui est inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’ UNESCO, car cela désigne un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier. Et non telle ou telle société en particulier en excluant les autres au motif qu’elles seraient trop petites.
Le texte officiel de l’UNESCO souligne que le compagnonnage est reconnu comme « un moyen unique de transmettre des savoirs et savoir-faire liés aux métiers de la pierre, du bois, du métal, du cuir et des textiles ainsi qu’aux métiers de bouche ».
Son originalité réside dans la synthèse de méthodes variées de transmission des savoirs, telles que l’itinérance éducative (le Tour de France), les rituels d’initiation, l’enseignement scolaire et l’apprentissage coutumier et technique. Le mouvement concerne près de 45 000 personnes et met l’accent sur la formation à l’excellence, le développement personnel lié à l’apprentissage du métier, et la pratique de rites propres à chaque métier.
L’inscription vise à promouvoir la diversité culturelle, la préservation des systèmes traditionnels de transmission des savoir-faire, et à sensibiliser à leur importance, sans pour autant figer le compagnonnage dans une forme unique ou figée.
Le Pays Serge Canet, à propos de la citation Diderot ci-dessus :
Dans le contexte de l’antique culture juive, le texte biblique duSiracide de Ben Sira, qui est donné pour être le 1er des rabbins, exprimait déjà d’une façon exemplaire la condition des travailleurs manuels de son temps. C’était en moins deux cent avant nous :
La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir ; pour devenir sage, il faut avoir peu d’affaires à mener.
Comment deviendrait-il sage, celui qui tient la charrue, qui met sa fierté à manier l’aiguillon comme une lance, qui mène ses bœufs, s’absorbe dans leurs travaux et ne parle que de son bétail ?
Il met son cœur à tracer des sillons et passe ses nuits à donner du fourrage aux génisses.
Il en va de même de l’artisan et du maître d’œuvre, qui sont occupés de jour comme de nuit ; de ceux qui gravent la pierre d’un anneau à cacheter et qui s’appliquent à en varier les motifs ; ils ont à cœur de reproduire le modèle et passent des nuits pour achever leur ouvrage.
Il en va de même du forgeron, toujours à son enclume ; il fixe son attention sur le fer qu’il travaille ; le souffle du feu fait fondre ses chairs, il se démène dans la chaleur du fourneau, le bruit du marteau lui casse les oreilles, ses yeux sont rivés sur le modèle de l’objet ; il met son cœur à parfaire son œuvre et passe des nuits à la rendre belle jusqu’à la perfection.
Il en va de même du potier, toujours à son ouvrage ; il actionne le tour avec ses pieds, il est en perpétuel souci de son travail et tous ses gestes sont comptés : de ses mains il façonne l’argile, il la malaxe avec ses pieds, il met son cœur à parfaire le vernis, il passe des nuits à nettoyer le four.
Tous ces gens-là ont mis leur confiance dans leurs mains, et chacun possède la sagesse de son métier.
Sans eux on ne bâtirait pas de ville, on n’y habiterait pas, on n’y circulerait pas. Mais lors des délibérations publiques on ne va pas les chercher, dans l’assemblée ils n’accèdent pas aux places d’honneur, ils ne siègent pas comme juges, ils ne comprennent pas les dispositions du droit. Ils n’exposent brillamment ni l’enseignement ni le droit, on ne les trouve pas méditant des paraboles. Mais ils consolident la création originelle, et leur prière se rapporte aux travaux de leur métier.
Il ne faut pas négliger le souvenir douloureux des blessures. Quant ils réfléchissent à leur condition de travailleurs manuels, à cette blessure toujours ouverte, des pansements sont nécessaires à leur apaisement.
Il n’y a pas de remède à ce mal, sinon le mortel désir de se venger ou, comme d’autres de changer de condition.
L’art de soigner les plaies est aussi vieux que le travail est vieux. Ces soins ne concernent pas seulement les accrocs physiques du travail manuel ; il y a aussi la nature hostile des classes sociales qui le dominent, et les conflits d’intérêts sans fins qui font des artisans des blessés permanents.
Ils n’ont jamais cessé de chercher un remède. Suivant les époques ces remèdes furent souvent religieux ou philosophiques, pas encore politiques pour se soulager, pour se réconforter, et consolider la notion de classe des hommes de peine, limitée pour le cas des Compagnons qui nous intéresse aux hommes de métiers.
De génération en génération l’artisan a foi dans son principe ; il a confiance aux légendes qu’il écoute, et aux promesses qu’elles font, bien avant celles du Grand soir.
Les artisans, dont le nom même leur a été confisqué, dévoyé, pour ne définir que la condition sociale de ceux qui travaillent pour leur propre compte. Dès lors qu’il disait auparavant l’occupation du temps de ceux qui œuvraient la matière avec leurs mains : patrons et ouvriers.
Extrait de : « Les Compagnons du Tour de France de Fougères. »
ATTENTION :Je prie le lecteur de bien vouloir comprendre que ce texte est en grande partie une interprétation personnelle, alors il faut que je le dises en préambule. Ce témoignage tient pour partie de ce que j’ai appris au fil de ma vie, mais aussi de mon ressenti et vécu personnel. Si je ne le précisais pas, je pourrais être moqué et plaisanté, voire agressé, parce pour le coup, je touche à un domaine réservé des « Compagnons tatillons », et il y en a de tous les bords, des tatillons !
A propos de ma canne des Compagnons Egalitaires :
Ma canne de Compagnon Egalitaire est un objet symbolique riche en significations, reflétant les valeurs, le parcours et les traditions de cette communauté.
Voici une description des différentes parties qui composent ma canne de compagnon, ainsi que leurs significations :
1. Le Pommeau– Description – Signification :
C’est la partie supérieure de la canne, réalisée en corne noire de zébu et souvent sculptée et décorée de symboles christiques. Le pommeau symbolise l’accomplissement et la maîtrise du métier. Il représente aussi l’ouverture d’esprit et la quête de savoir. Il contient encastré dans la tête, une pastille en os gravée mentionnant l’identité et l’appartenance du propriétaire. (Cette pastille était autrefois en ivoire, mais c’est interdit depuis 1948)
2. La Tige ou le Fût– Description – Signification :
C’est le corps principal de ma canne, en Jonc de Malacca(La province de Malacca se trouve sur la côte est de la Malaisie). La tige symbolise le parcours du compagnon, son Tour de France, et les épreuves traversées. Elle représente la droiture, la force et la persévérance.
3. La Corde – Description – Signification :
Une corde, en soie noire, est enroulée autour de la tige, avec des nœuds et des pompons. La corde symbolise les liens de fraternité et de solidarité entre les Compagnons Egalitaires. Les nœuds représentent les différentes étapes ou rencontres marquantes du parcours du compagnon. La corde est un symbole riche en significations, notamment dans les rites et rituels du Compagnonnage Egalitaire.
Symbolique de l’apprentissage et du voyage :
La corde symbolise le parcours du compagnon, fait d’apprentissages et de voyages. Elle représente les différentes étapes et épreuves traversées par le compagnon au cours de son Tour de France, un voyage initiatique et formateur.
Lien et solidarité :
La corde symbolise également les liens qui unissent les compagnons entre eux. Elle représente la solidarité, l’entraide et la fraternité qui sont des valeurs fondamentales au sein de cette fraternité.
Transmission des savoirs :
La corde peut aussi être vue comme le fil qui relie les générations de compagnons, symbolisant ainsi la transmission des savoirs et des savoir-faire d’une génération à l’autre.
Engagement et persévérance :
Enfin, la corde représente l’engagement du compagnon dans sa quête de perfectionnement et de maîtrise de son art, ainsi que la persévérance nécessaire pour atteindre ses objectifs.
4. Les Pompons– Description – Signification :
Les pompons sont situés aux extrémités de la corde. Ils symbolisent l’équilibre, la dualité et la complémentarité, ainsi que le début et la fin du parcours du compagnon. Les deux pompons qui terminent la corde sur la canne des Compagnons Egalitaires ont également une symbolique particulière : l’un représente les acquis et le savoir et l’autre, le devoir de transmission.
Symbolique de l’équilibre :
Les deux pompons représentent l’équilibre entre différentes forces ou aspects de la vie du compagnon. Cela inclut l’équilibre entre le travail et la vie personnelle, entre la théorie et la pratique, entre la matière et l’esprit.
Dualité et complémentarité :
Ils symbolisent la dualité et la complémentarité, comme le jour et la nuit, ou encore le savoir-faire manuel et le savoir-être. Cela reflète l’idée que différentes forces ou qualités sont nécessaires et se complètent pour former un tout harmonieux.
Parcours et accomplissement :
Les pompons symbolisent également le début et la fin du Tour de France des compagnons, marquant ainsi le parcours accompli par le compagnon au cours de son apprentissage et de ses voyages.
Transmission et héritage :
Enfin, ils représentent la transmission des savoirs et des valeurs d’une génération à l’autre, soulignant l’importance de l’héritage et de la continuité au sein de la Fraternité du compagnonnage égalitaire.
5. Les Décorations et Symboles Gravés(sur la Férule en Laiton) – Description – Signification :
Divers symboles, initiales, ou motifs peuvent être gravés ou sculptés sur la canne. Ces décorations symboliques, d’origines historiques, christiques ou bibliques représentent les valeurs des compagnons, les métiers, les lieux visités, ou des événements marquants. Elles sont souvent personnelles et uniques à chaque compagnon.
6. L’embout en acier ou « Le Fer » – Description – Signification :
C’est une pièce métallique située à la base de la canne, toujours en métal. « Le fer » symbolise la solidité, la stabilité et l’ancrage. Il représente aussi la protection et la force nécessaire pour surmonter les obstacles.
Chaque partie de la canne des compagnons est ainsi chargée de sens et contribue à raconter l’histoire et le parcours unique de son propriétaire au sein de la communauté du Compagnonnage Egalitaire. Ces symboles sont profondément ancrés dans les traditions et les valeurs de chaque Compagnon Egalitaire et ils peuvent varier légèrement selon les métiers, les interprétations individuelles et les traditions spécifiques au sein des multiples sociétés de compagnons, mais ils restent globalement cohérents avec les valeurs et les principes de ces communautés.
Nota bene : Toutes les photos illustrant cet article sont la propriété exclusive de leur auteur, le Pays NC.
Dans la variété des Sociétés Compagnonniques connues, Le COMPAGNONNAGE EGALITAIRE est une association indépendante des Organisations classiques, qui regroupe des aspirants, des compagnons de mêmes affinités et qui se tient à l’écart des éventuels conflits ou rivalités qu’on observe souvent entre les diverses Associations.
LE COMPAGNONNAGE EGALITAIRE fonctionne en accueillant fraternellement des femmes et des hommes de tous métiers, de tous âges et de toutes origines mus par les mêmes valeurs. C’est en ce sens que la fraternité accueille et écoute. La bienveillance prônée par tous les Pays qui nous rejoignent font de notre mouvement une forme résolument moderne du Compagnonnage.
Le geste d’un ébéniste – Photo NC
Chez les COMPAGNONS EGALITAIRES, la valeur « Métier » est essentielle ; on parle de tous les métiers manuels d’artisans qui transforment la matière (Charpentiers, Menuisiers, Forgerons, Plâtriers, Peintres, Maçons, Tailleurs de Pierre, Cuisiniers, Bouchers-Charcutiers, Boulangers, Carrossiers, Coiffeurs, Maquilleurs, Chapeliers, Couturiers, Doreurs etc… etc… et tout cela également au féminin, car nous féminisons tous les noms de métiers biensûr) et qui sont accueillis en FRATERNITE ou SORORITE.
Pourtant, en ce XXIème siècle, il convient d’y ajouter les métiers de la CREATION NUMERIQUE, tant que ce « NUMERIQUE » reste un outil au service d’une CREATION HUMAINE, pensée, réfléchie, maîtrisée et conçue par un être humain avec l’aide, pour sa réalisation, du numérique tout comme les artisans qui utilisent des machines pour leur faciliter la tâche, gagner du temps ou réduire la pénibilité.
Jamais le numérique ou l’I.A., chez les ASPIRANTS &COMPAGNONS EGALITAIRES, ne devront se substituer à l’être humain pour créer, concevoir des oeuvres. Ce ne sont que des outils au service des créateurs.
Rassemblement des Egalitaires – Bordeaux 22 & 23 juin 2013 – Photo Pays NC
FRATERNITE :« Lien existant entre personnes considérées comme membres de la famille humaine ; sentiment profond de ce lien. Lien particulier établissant des rapports fraternels ». C’est la définition exclusive du dictionnaire, et il n’y est pas question de genre. Pourtant, l’évolution de notre société a voulu différencier, par le genre cette notion de solidarité humaine en y ajoutant le terme de SORORITE, dont le dictionnaire précise que « c’est la solidarité entre femmes (considérée comme spécifique) ».
Au Compagnonnage Egalitaire, les noms ASPIRANT & COMPAGNON restent invariables en genre, la différence étant marquée par la féminisation du nom de la Province de naissance (Parisien / Parisienne ou Provençal / Provençale) et également par celui du métier quand cela tombe sous le sens. (Coiffeur/Coiffeuse ; Doreur/Doreuse ; Couturier/Couturière)
Ainsi et par exemple, un homme sera reçu Provençal Compagnon Boulanger, tandis qu’une femme sera reçue Provençale Compagnon Boulangère.
Mon béret, ma canne et mes couleurs – Photo Pays NC
Le Compagnon, c’est celui qui accompagne, parce que, par définition l’on ne peut être compagnon seul.
C’est-à-dire celui qui partage en égal, en frère ou en soeur, par un élan du coeur. Le Compagnon, c’est celui ou celle qui prend en compte l’autre dans tous les cas, l’on est toujours le compagnon d’un autre.
Pour les EGALITAIRES c’est la seule définition acceptable du nom de Compagnon.
TRADITION DES EGALITAIRES :
« La tradition dans les grandes choses, ce n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en aurait fait de toutes autres en d’autres temps «
Paul Valéry
Outre ces combats menés pour recouvrer leur liberté, les Compagnons sont inscrits dans l’histoire parce qu’ils ont compté dans leurs rangs, un grand nombre de chef-d’oeuvriers exceptionnels qui ont marqué leur époque. Ils le sont aussi parce qu’ils véhiculent une tradition universelle qui arrive directement et sans interruption du temps où les métiers se sont formés.
La tradition, c’est l’acte de livrer, de dire dans une relation au travers du temps, parce que tout ce que l’on sait se fait par une communication de générations en générations. C’est le lien du Présent avec le Passé, le lien du présent avec l’avenir.
En l’occurence, elle est la reconnaissance de l’effort produit, elle reconnait la morale et le talent d’un Compagnon suivant des critères définis par les EGALITAIRES.
Le Pays Percheron gravant sa pièce d’adoption – Photo Pays Percheron
Illustration historique commune à tous les compagnonnages
Le terme « compagnonnage » fait son entrée dans la langue française en 1719 pour désigner la durée de l’apprentissage (Apprentissage et Perfectionnement) qu’un homme de l’art doit effectuer auprès d’un maître artisan pour devenir Compagnon.
Les légendes des Compagnonnages font toutes référence aux trois fondateurs légendaires :
Le Roi Salomon, engagea Maître Jacques, Tailleur de Pierre, (celui-ci aurait été assassiné à la Sainte-Baume) et le Père Soubise, Maître-Charpentier afin d’organiser la construction d’un Temple Royal à Jérusalem. et travailler ensemble et de façon complémentaire, chacun dans sa compétence.
Cet événement est censé avoir vu naître l’ordre des compagnons, bien que les textes bibliques n’en fassent pas mention. Pourtant le temple de Salomon, existe bien à Jérusalem, et il est même décrit dans la Bible.
Appareillage voûte en anse panier sur petit escalier en colimaçon – Photo Pays NC
Lors du renouveau des cités, les métiers furent organisés en corporations. Cette organisation était divisée en trois conditions qui étaientcelles des apprentis, des valets (qui prirent plus tard le nom de compagnons) et des maîtres. Au cours du XIIIe siècle, l’organisation des métiers en corporations dirigées par les seuls maîtres, provoqua une réaction des valets pour lesquels l’accession à la maîtrise devenait pratiquement impossible.
Dès lors l’appropriation des corporations par les maîtres, des Compagnonnages de métiers c’est-à-dire : des groupements jusqu’à lors inconnus qui affiliaient exclusivement des Compagnons (sans apprenti ni maître), se constituèrent et organisèrent pour les 1nétiers qui les concernaient la défense et la solidarité ouvrière. Ces compagnonnages initièrent le mouvement ouvrier français. Au milieu du XIVe siècle, la liberté du travail n’eut plus cours à Paris. Rapidement cette réglementation fut appliquée à la France. Les Compagnons, qui désiraient demeurer libres de leur activité, n’eurent pour d’autre choix que de fuir Paris pour la province et les lieux de franchise .
Le cuisinier – Photo IA – Réalisation Pays NC
En 1714, le Tiers-état demanda la liberté du travail contre les monopoles que s’accordaient les corporations. Elles seront abolies en 1776, et rétablies la même année ! Il faudra attendre 1789 pour que l’Assemblée Nationale proclame la liberté du travail. Ce fut ce combat, mené pour la liberté de circuler, la liberté de travailler et, la liberté d’entreprendre qui généra les Compagnonnages dont les Egalitaires se déclarent être aujourd’hui les héritiers. Mais Compagnonnages et Compagnons vivaient une histoire parallèle à l’histoire sociale .
Du XIIIe siècle à la première révolution française, les Compagnonnages avaient assimilés des traditions qui leurs étaient antérieures et qui venaient fortifier leur identité. Les récits bibliques qui relatent les circonstances et les faits de la construction du temple de Jérusalem générèrent des légendes qui dès l’origine inspirèrent ces coalitions compagnonales. Les Compagnonnages anciens qui étaient corporatistes se divisaient en trois groupements qui se dénommaient :
Compagnons De Liberté, Enfants Du Roi Salomon
Compagnons Passants Du Devoir, Enfants de Maître Jacques
Compagnons Passants Bons-Drilles, Enfants de Soubise.
Le Roi Salomon, Maître-Jacques et Soubise sont depuis, reconnus Fondateurs légendaires exclusifs de ces groupements.
En 1889 les Anciens Compagnons Des Devoirs, réunis en assemblée firent l’Union Compagnonnique Des Devoirs Unis.
Ils abolissaient le corporatisme, les préséances et, constituèrent une société de secours mutuel.
Le 22 juin 1996, des Compagnons issus de l’Union Compagnonnique et de la Seconde Ere Nouvelle de 1978 ont constitué le Compagnonnage Egalitaire que l’on connaît aujourd’hui et qui a fait :
La Réception des femmes.
La mixité.
L’abolition du corporatisme.
La suppression de la limite d’âge.
La reconnaissance à rang égal de tous les métiers manuels.
Le Compagnonnage Egalitaire est un groupement de femmes et d’ hommes de métiers qui ensemble, généreusement et joyeusement, vivent leur siècle. Les Egalitaires communiquent toujours leurs légendes, ils pratiquent le Tour-de-France, sans pour autant que ce soit une obligation rédhibitoire.
Ils produisent une« Pièce d’Adoption » qu’ils présentent lors de leur admission en qualité d’Aspirant et reçoivent le titre de Compagnon Egalitaire après avoir présenté une « Pièce de Réception » au cours de cérémonies dont les contenus sont demeurés traditionnels.
Le peintre décorateur – Photo IA – Réalisation Pays NC
L’AMOUR FRATERNEL
Par le PAYS SERGE CANET
« C’est une obsession, de génération en génération il est toujours présent ; comme pour toutes ces affirmations qui se veulent définitives, il ne se dit jamais en quelles circonstances l’on doit s’y référer, ce qui permet de le faire apparaître à tout propos.
Tous les débats sont placés sous la protection tutélaire des trois fondateurs légendaires du compagnonnage. Sur un lambrequin est écrit : « Amour Fraternel » parfois renforcé par une balance.
Dès lors l’amour fraternel doit être considéré comme un réunificateur, un modérateur permanent ; chaque fois que les compagnons se réunissent, toute parole, tout geste, doit être modéré à l’aune de l’amour que se portent entr’eux des Pays transportés par la même loi, qui, sans cette empathie, ne recouvrerait pas la réalité de leur fraternité.
Ainsi le Devoir des Égalitaires transforme en amour fraternel l’ambition des Compagnons. »
La guilbrette (accolade au cours de laquelle les compagnons boivent bras dessus bras dessous) – Document historique disponible dans le domaine public.