
C’est dans son atelier que Jean-François Bordenave nous reçoit. Dès l’entrée, nous sommes dans un univers de couleurs et de lumières. Les murs sont couverts de vitraux de toutes sortes, sur les tables sont dispersés pèle-lèle des outils, cisailles, marteaux, des bouts de verre, des papiers et cartons. Nos premières impressions nous font penser que le travail de verrier est très technique mais surtout artistique ! Les questions fusent … Comment fait-on un vitrail ? Pour quel usage et pour quel bâtiment ? La restauration des vitraux anciens ? Comment avez-vous appris ce métier ? Il y a combien de temps ?

L’ouvrage qui a permis à Jean-François Bordenave d’être consacré MOF (Meilleur Ouvrier de France) Réalisation d’Entrelacs cisterciens représentant le cheminement complexe dans la recherche de spiritualité.
Jean-François nous explique tout cela, dessins et albums de photo à l’appui. Tout a commencé en 1961, lors de la visite d’un atelier dans le vieux Bordeaux. Devant son intérêt, le directeur lui propose de l’engager comme apprenti et de débuter dès le lendemain ! Jean-François a 16 ans.
Au fil des jours, son envie d’apprendre, de créer et d’améliorer ses compétences en dessin l’incite à prendre des cours du soir aux Beaux-Arts de Bordeaux. Il en sera récompensé. En 1975, il obtient le prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France. L’exercice réalisé pour cette consécration demande une finesse de tracé et une très grande dextérité technique pour la précision des découpes des verres et l’assemblage des éléments de si petite taille : 3000 points de soudure au m2 tout en respectant l’harmonie et la sobriété des couleurs imposées dans l’expression monacale de l’époque cistercienne.
Cette reconnaissance le conduit en 1980 dans l’atelier de Sylvie et Jean Gaudin à Paris. Il travaille alors sur les Grandes Oeuvres du Patrimoine français comme les vitraux de la cathédrale Chartres ou ceux de l’Elysée. On le retrouve ensuite à Saint-Benoit-sur-Loire où il fait alors partie des 54 dessinateurs sélectionnés pour créer les 7500m2 de vitraux de la Basilique de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire.


La création artistique est difficile à expliquer. Seul l’artiste peut sentir l’inexpliquable. Cependant l’aspect technique peut permettre de mesurer l’oeuvre du Maître.
LA CREATION POUR LES PARTICULIERS
De nombreux particuliers font appel au Maître-verrier pour embellir leur maison. Un beau vitrail apporte un élément décoratif et une lumière particulière aux intérieurs. Le vitrail ainsi créé pour ces amateurs d’art est élaboré en fonction du lieu de vie mais aussi, biensûr, des goûts personnels du commanditaire. Le verrier effectue avec les intéressés une oeuvre collective. Le choix du client est quelquefois surprenant ; « Un client m’a demandé, un jour, de reproduire le portrait du chien de la maison pour décorer un vitrail du salon. »

LA RESTAURATION ET LA RENOVATION DES EDIFICES PUBLICS ET RELIGIEUX LIES AU PATRIMOINE
En participant à la pérennité des oeuvres dans le temps, le Maître-verrier consacre également son savoir-faire à la rénovation et la conservation du patrimoine dans les Monuments Historiques. Il répond aux appels d’offres faits pour les bâtiments publics, édifices religieux ou monuments classés. Pour chaque projet, les architectes demandent à l’homme de l’art de donner ses idées. Le travail se fait en confiance et dans la concertation mutuelle. Une visite préalable du site est évidemment obligatoire afin de s’imprégnier du sens à donner à l’oeuvre et comprendre le choix initial des couleurs pour mieux intégrer la réalisation nouvelle. Le Verrier réalise alors une maquette conformément au cahier des charges. Une commission communale, paroissiale ou d’Art Sacré et, selon les bâtiments, les ABF* des affaires culturelles et du patrimoine donnent ensuite un avis indispensable à la réalisatin de l’ouvrage.
*ABF : Architecte des Bâtiments de France


LA PREPARATION DU VITRAIL
Tout d’abord il faut dessiner les motifs en vraie grandeur, ce qui explique les grandes dimensions des tables de travail. Deux dessins sont nécessaires pour préparer un vitrail : le premier dessin est la maquette définitive, réalisée à la gouache, que nous devrons visualiser en permanence : c’est le projet final. Le deuxième dessin permet de découper chaque élément pour en faire les gabarits de taille des verres. Ces panneaux sont ensuite reproduits sur le verre de couleur qui est découpé avec soin et précision, à l’aide d’un diamant ou d’un coupe-verre. Chaque élément est disposé à plat sur la table, les uns à côté des autres pour reconstituer le vitrail dans son intégralité. Puis ils sont assemblés avec des baguettes de plomb ajustées et soudées. Les verres utilisés peuvent être déjà teintés dans la masse. Il existe un choix important de couleurs (2000 teintes). La couleur visible sur la table ne sera pas forcément identique à celle visible lorsque le vitrail sera fini et posé sur site. Il faut en tenir compte et c’est là aussi l’art du verrier ! Ce mystère tient à la transparence du verre, mais aussi de la lumière extérieurs sur site, voire même de l’orientation du vitrail. Ainsi cette recherche est une conjugaison de plusieurs éléments objectifs et des jeux du hasard.


LA PEINTURE SUR VERRE
Les pièces de verre peuvent aussi être décorées. Pour la réalisation de certains vitraux, la peinture est parfois indispensable. Par exemple, dessiner un visage, souligner les yeux ou les doigts d’une main nécessite un trait de peinture. Ce travail sur verre est ensuite passé au four. L’Art du feu prend alors toute son importance car la cuisson bien maîtrisée révèle au refroidissement tout l’éclat et la beauté des couleurs choisies par l’artiste.
LA GRISAILLE
Pour atténuer le côté cristallin du verre, on applique une peinture « GRISAILLE » avec un pinceau très large qui dépose un léger voile sur l’envers du vitrail.
A PARTIR DU XIIème SIECLE
Les verriers du moyen-âge découvrirent que les couleurs rouge et bleue placées côte à côte se confondaient en une nuance unique violette. Pour palier à ce problème, il les séparèrent avec des profilés en plomb plus larges afin de bien sectoriser chaque couleur.

Les vitraux de Jean-François Bordenave sont visibles partout en France, mais en Nouvelle Aquitaine, on peut en voir à Pau, Bayonne, Arcachon, Brouages, Saintes où il a travaillé avec son ami Tailleur de Pierre Guépin Belles Lettres sur la cathédrale Saint-Eutrope, Bordeaux Basilique Saint-Michel et encore avec Guépin l’église de Saint-Jean-D’Illac, Agen, Toulouse, Catus, Surgères etc…etc…

Norbert CHADOURNE, dit Guépin Belles Lettres lui a consacré un livre qui a obtenu le Prix Saint-Estèphe 2016 chez www.jamano-editeur.fr
Toutes les photos appartiennent à Jean-François Bordenave.


















