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Bonjour Pays !

Bonjour, Pays !

‒‒ Qu’est-ce que ça signifie ?

― Que, toi et moi, nous sommes Compagnons. Que je te salue en Compagnon, que je te reconnais comme mon frère dans les valeurs et les engagements que nous avons pris, chacun auprès de nos Sociétés et des gens qui les composent, de nos Sœurs et Frères en nos valeurs.

― Moi, je suis Compagnon dans une autre Société que la tienne. Comme toi, je suis Tailleur de Pierre et mon chemin de formation fut long et semé d’embuches, de difficultés que j’ai dû affronter et vaincre. Je suis Compagnon, mais j’ai dû faire mes preuves. J’ai d’abord appris les bases de notre métier dans un Collège Technique où j’ai passé mon CAP. Ensuite, très jeune et mesurant bien mes lacunes, j’ai souhaité rejoindre le Compagnonnage. J’avais 17 ans quand je suis parti de chez mes parents pour rejoindre la Société qui m’a accueilli comme prétendant. J’ai passé une année, interne à la Cayenne de Bordeaux. Le Prévôt m’a trouvé un contrat de travail chez un artisan. Je gagnais mon premier salaire et je payais mes charges d’hébergement. J’apprenais l’indépendance et à gérer ma vie. Le soir je suivais les cours qui nous étaient prodigués par les Anciens, dessin, technologie, règlement intérieur et préparation de ma pièce d’Adoption.

A la fin de l’année, j’ai présenté mon travail d’adoption aux Anciens et ils ont décidé de m’adopter. Pas seulement par mon ouvrage ! Mais aussi pour mon comportement au sein de la Cayenne, avec les autres jeunes prétendants, ma tenue, mon assiduité aux cours et ma volonté de progresser et d’apprendre. C’est ainsi que mon Tour de France a débuté. L’année suivante, je l’ai passée à Tours ; puis Paris ; Strasbourg ; Lyon ; Marseille ; Toulouse : Clermont-Ferrand C’est là que j’ai présenté mon ouvrage de Réception. J’ai été reçu à 24 ans : Bordelais le Persévérant. Aujourd’hui, je suis marié, chargé de famille, patron de ma propre entreprise, Compagnon Sédentaire et je m’occupe des jeunes aspirants ou compagnons qui passent dans mon entreprise, poursuivant leur Tour de France. Conformément à l’engagement que j’ai pris, je transmets les valeurs de ma Société de Compagnonnage et je partage mes connaissances professionnelles pour permettre à ces jeunes de grandir dans la vie, grâce au Compagnonnage et à notre Beau Tour de France. Notre Compagnonnage est un parcours de formation, d’apprentissage d’un métier jusqu’à l’excellence, par le voyage et le Tour de France. On commence jeune et on grandit comme professionnel et comme être humain grâce aux voyages, aux rencontres, aux partages. Le parcours abouti à un titre, celui de Compagnon dans un métier. C’est une reconnaissance, mais ce n’est pas la fin ! C’est un engagement à vie, une promesse faite aux autres de servir d’exemple et de transmettre les valeurs d’excellence dans le travail, de respect de l’humanité et d’exemplarité dans le comportement. Et toi ? Parle-moi de ton compagnonnage !

― J’ai le bonheur d’appartenir au Compagnonnage Egalitaire ! La réflexion, les valeurs de métier, d’excellence, et les richesses spirituelles partagées sont les mêmes que toi. Mais constatons que la société humaine, dans son ensemble, a changé depuis la fin du XIXème siècle, période où ton Compagnonnage s’est structuré. Aujourd’hui nous avons plusieurs vies dans une vie et rares sont les gens qui s’engagent, tout au long de leur vivant, dans une seule et même profession ! Aujourd’hui, on rencontre des femmes dans tous les métiers, même ceux que l’on croyait réservés aux hommes pour des raisons de force physique. La société a changé parce qu’elle a su améliorer les conditions de travail, réduire, voire supprimer les pénibilités, modifier les regards et les comportements sexistes. Aujourd’hui, il y a des femmes Tailleuse de pierre, Maçonne, Charpentière, Cuisinière, Pâtissière, et les Égalitaires ont voulu accueillir ces femmes pour être des Compagnons ! Depuis peu, les autres Sociétés de Compagnonnage accueillent également des femmes, mais ce sont les Égalitaires qui furent les premiers, dès 1978 ! Bien-sûr, il nous a fallu effectuer un gros travail d’adaptation, sans jamais renier les valeurs ni les rites qui font les caractéristiques et l’identité du Compagnonnage.

Le fonctionnement des Sociétés traditionnelles de Compagnonnage ne permet qu’aux jeunes qui démarrent dans leur vie professionnelle de suivre ce parcours initiatique qu’est le Tour de France. Le Titre de Compagnon n’est donc réservé qu’à une catégorie de professionnels qui ont pu réaliser ce choix de formation, ce parcours unique, apprendre de cette façon. Il ne s’agit là que d’un constat factuel, sans aucun jugement de valeur. Si on n’a pas entrepris son périple au sortir de l’apprentissage qui amène à être Compagnon avant 30 ans, on ne peut plus obtenir ce titre.

Les Égalitaires raisonnent autrement et proposent une alternative à celles et ceux qui ont démarré jeunes dans un métier, mais qui pour des raisons de vie ou d’opportunité, n’ont pas pu intégrer une Société Traditionnelle de Compagnonnage. Ils ouvrent grand les bras, à celles et ceux que la vie aurait orienté, souvent malgré eux, vers des professions non choisies, imposées par la nécessité. Il arrive de plus en plus souvent que ces gens, quand ils en ressentent le besoin impérieux, ou qu’une occasion se présente, se réorientent vers des métiers manuels. Cependant pour eux, le Compagnonnage traditionnel est inaccessible. J’ai rencontré tout au long de mon parcours sur les chantiers de très grands professionnels, passionnés, ouvriers accomplis avec un grand talent, un grand savoir-faire, un merveilleux savoir être, et qui n’étaient pas compagnon.

C’est à ces gens-là que les Égalitaires ouvrent les bras.

Puisque tu me demandes de te parler de moi, jusqu’à 22 ans, je n’ai pas pu choisir ce que je voulais faire. Abandonné par mes parents, enfant de la DDAS, j’ai été trimbalé de familles d’accueil en centres pour enfants, puis en foyers de jeunes travailleurs et du foyer au Service Militaire. Ce n’est qu’en sortant de là que j’ai décidé de devenir Tailleur de Pierre. J’ai appris mon métier à l’AFPA de Blois et j’ai obtenu un Titre Professionnel de Tailleur de Pierre en 1973. J’ai fait un tour de France, à ma façon, en homme libre, en curieux, en Renard ! J’ai travaillé dans plusieurs entreprises, dans le Val de Loire, puis j’ai taillé le granit dans le Bassin du Sidobre. En 1980, épris de liberté, je m’installe à mon compte. J’embauche des jeunes qui sont sur le Tour de France, je les forme pour le compte de la FCMB de Bordeaux. La Chambre des métiers me propose le titre « d’Artisan En Son Métier » une Première Reconnaissance valorisante, pour moi. Mais je me rends compte que je n’aurai pas accès aux chantiers qui me font rêver : Les Monuments Historiques.

Alors, je cesse mon activité artisanale et je m’engage dans des entreprises qualifiées MH. D’abord via l’intérim. Les conducteurs de travaux me remarquent et me proposent un CDI que j’accepte avec bonheur. C’est une Seconde Reconnaissance. Et je travaille sur des sites majestueux : Cathédrales de Bordeaux, Tours, Poitiers, Périgueux ; Châteaux de la Loire ; Villas somptueuses à Nice ; Fort de France en Martinique ; Château d’Henri IV à Pau ; Château des Ducs d’Épernon à Cadillac ; Grand Théâtre de Bordeaux etc. … etc… Je forme des apprentis, je deviens Chef de Chantier MH : Troisième Reconnaissance pour le gamin abandonné que j’étais. À 55 ans, un peu fatigué, mais encore bien dans ma tête, j’effectue une année de formation de sculpteur ornemaniste à la FCMB de Libourne et j’obtiens mon certificat de capacité de sculpteur : Quatrième Reconnaissance. Je pense alors que j’ai fait le tour de mon métier et j’ai envie de partager, de transmettre ce que j’ai acquis. Un comportement de Compagnon ! Je deviens Formateur en Maçonnerie du Bâti Ancien, d’abord à l’AFPA. Je leur devais bien ça ! C’étaient eux qui m’avaient offert les bases, des décennies plus tôt. Puis la FCMB m’engage, dans leur centre de Floirac, pour former leurs stagiaires et leurs Aspirants.

Non, je n’étais pas Compagnon, puisque je n’avais pas suivi le cursus d’une Société Traditionnelle. Mais j’ai fait un parcours professionnel que pourraient envier bien des Compagnons de n’importe quelle Société de Compagnonnage Traditionnelle. J’ai formé des dizaines d’ouvriers, sur les chantiers, en entreprises, en centre de formation et même quelques dizaines de compagnons qui étant sur leur Tour de France, ont profité de mes enseignements.

Et puis un jour, en 2013, un Pays m’a demandé si j’aimerais bien rejoindre le Compagnonnage Égalitaire. Ce fut pour moi, un honneur, un bonheur et l’Ultime Reconnaissance qui me fût offerte. Ensuite, tu sais comment ça se passe, puisque les rituels sont les mêmes : Adoption… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Puis Réception… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Je suis Guépin Belles Lettres, Compagnon du Devoir Égalitaire, Adopté et Reçu en Chambre d’ Angoulème, Tailleur de Pierre.

Un Compagnon, c’est un ouvrier instruit qui prête un serment, et qui détient un secret, mon Pays.  Chez nous, comme chez vous.

― Merci pour ces éclaircissements, Coterie ! Ah oui, j’oubliais, chez nous, les Coteries sont les Compagnons qui travaillent sur des échafaudages : Tailleurs de Pierre, Charpentiers, Couvreurs… Les autres sont des Pays.

― Chez nous, justement parce que nous sommes les Égalitaires, nous sommes tous des Pays, quel que soit le genre, le métier, sur terre ou en l’air. Par exemple, une femme charpentier sera Pays Compagnon CHARPENTIÈRE, on ne féminise que le nom du métier.

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La « Mère », bien plus qu’une logeuse !

Chez les Compagnons du Devoir Egalitaire, la figure de la “Mère” n’est pas présente, puisque nous n’avons pas de Cayenne pour recevoir et héberger des jeunes itinérants qui feraient leur tour de France. Pourtant, on ne peut pas ignorer cette personne devenue rare au sein des sociétés de compagnonnage actuelle.

Photo Personnelle Guépin – Ascension 1979 à la FCMB Bordeaux – En ma qualité de « Singe » artisan Tailleur de Pierre et employeur de Compagnons du Tour de France, j’avais été invité à cette cérémonie. Je suis le second, tout en haut à droite et mon ouvrier adopté ce jour-là se trouve à la droite de Madame Laran, Mère des Compagnons.

Madame LARANétait une femme au grand cœur, bienveillante, qui accueillait et accompagnait les jeunes compagnons lors de leur Tour de France. Elle ne remplaçait pas une maman, mais était un repère loin des foyers des itinérants.

Madame LARAN – Mère à la FCMB Bordeaux – 1979

Dans la plupart des Sociétés de Compagnons, la figure de la Mère occupe une place centrale, à la fois symbolique et pratique. Historiquement, la Mère était la tenancière de l’auberge ou de la maison où les compagnons itinérants étaient hébergés. Elle bénéficiait d’un respect particulier et avait pour mission d’accueillir, de nourrir et d’héberger les jeunes, souvent arrivés sans ressources. En échange, les compagnons s’engageaient à ne laisser aucune dette en partant et à respecter les règles de la maison.

Aujourd’hui, la Mère ( Bien que salariée et employée de la Société de Compagnons) anime la maison d’accueil et joue un rôle d’accompagnement moral, administratif et social auprès des jeunes en formation. Elle les soutient dans leurs démarches quotidiennes (gestion du budget, relations familiales, intégration dans la communauté) et veille à ce que tout se passe bien, surtout pour les nouveaux arrivants. Sa sensibilité et son expérience en font une figure de soutien privilégié, complémentaire à celle des compagnons eux-mêmes. La Mère est choisie pour ses vertus et sa fidélité aux valeurs du compagnonnage. Elle incarne une tradition ancienne, toujours vivante, qui met l’accent sur l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des jeunes dans leur parcours de formation et de croissance personnelle. La Mère est bien plus qu’une simple logeuse : elle est une figure maternelle, respectée et indispensable à la vie compagnonnique, garantissant la transmission des valeurs et le bien-être des itinérants. Il existe plusieurs Mères célèbres dans l’histoire du compagnonnage, comme la Mère Jacob, très aimée des compagnons boulangers, qui a géré sa Cayenne de 1820 à 1863 à Tours. Une autre figure marquante est Berrichonne la Bonté, Mère de la Cayenne de Châteauroux, qui a même été décorée de la Légion d’honneur pour son engagement social et moral auprès des compagnons.

Pour devenir Mère chez les Compagnons du Tour de France, il faut généralement avoir une expérience dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes, souvent en tant que « maîtresse de maison » ou « Dame-Hôtesse » avant d’être choisie par la communauté compagnonnique. Le rôle est attribué à vie, et la Mère doit faire preuve de qualités humaines exceptionnelles : écoute, bienveillance, sens de l’organisation et attachement aux valeurs du compagnonnage. Marie-Claude Baraldo, par exemple, a raconté son parcours pour devenir Mère, soulignant l’importance de l’engagement et de la transmission auprès des jeunes et des anciens. Pour être Mère des Compagnons du Tour de France, plusieurs qualités et critères sont essentiels, souvent mis en avant par les témoignages et les traditions compagnonniques :

Accueil et écoute : La Mère doit savoir accueillir chaque jeune avec bienveillance, être à l’écoute de ses besoins et de ses difficultés, et créer un climat de confiance et de soutien moral. Elle accompagne les itinérants, parfois très jeunes et éloignés de leur famille, dans leur parcours de formation et de vie quotidienne.

Sens de l’organisation et gestion : Elle est responsable de l’administration, du bon ordre de la maison, et veille à ce que tout se passe bien, notamment pour les nouveaux arrivants. Elle peut aussi aider les jeunes dans la gestion de leur budget ou de leurs démarches personnelle.

Fidélité aux valeurs du compagnonnage : La Mère doit incarner et transmettre les valeurs de respect, de solidarité, de transmission et d’excellence qui sont au cœur de l’esprit compagnonnique.

Expérience et maturité : Souvent, la Mère a d’abord exercé le rôle de « maîtresse de maison » ou « Dame-Hôtesse », ce qui lui permet d’acquérir l’expérience nécessaire avant d’être choisie par la communauté. Le titre de Mère est généralement attribué à vie.

Sensibilité et rôle maternel : Par sa sensibilité de femme et de mère, elle apporte un soutien moral adapté, complémentaire à celui des compagnons, et sait accompagner les jeunes dans leur croissance personnelle et professionnelle.

En résumé, la Mère des Compagnons est une figure d’autorité morale, de soutien et de transmission, choisie pour ses qualités humaines et son engagement envers la communauté.

La désignation officielle d’une Mère des Compagnons du Tour de France repose avant tout sur la reconnaissance par la communauté compagnonnique elle-même. Voici comment cela se passe généralement, d’après les traditions et les témoignages : Choix par les Compagnons : C’est la communauté locale (les compagnons sédentaires et itinérants) qui propose et valide la candidature d’une femme pour devenir Mère. Ce choix se fait en fonction de ses qualités morales, de son engagement, de son expérience dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes, et de sa fidélité aux valeurs du compagnonnage.

Cérémonie et engagement à vie : Une fois choisie, la désignation est souvent officialisée par une cérémonie au sein de la maison ou de la province compagnonnique. La Mère est alors reconnue comme telle à vie, et son rôle devient une mission permanente, au service des jeunes et de la communauté.

Reconnaissance symbolique : La Mère est respectée par tous les compagnons, qui l’appellent « Notre Mère ». Son autorité morale et son rôle d’accompagnement sont centraux dans la vie de la maison.

La désignation est un processus communautaire, basé sur la confiance et l’expérience, et non sur une élection formelle ou un diplôme. C’est une reconnaissance de pairs, qui consacre une femme pour son engagement et ses qualités humaines.

SOURCES :

Les photos sont issues des archives de la FCMB Bordeaux, remises aux invités présents ce jour-là. (Ascension 1979)

Les informations proviennent de recherches effectuées à partir des sites :

www.museecompagnonnage.fr

www.compagnonsdutourdefrance.org

www.editions-cairn.fr

www.radiofrance.fr

www.compagnonnage.fr

www.rosada.net

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Dans le cadre du Devoir de transmission :

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Hé, les Pays ! N’auriez-vous pas omis quelque chose ?

Un Ancien Pays Peintre transmet son savoir à un jeune Aspirant. (Photo NC-Guépin-)

Hé ! Pays Artisans, Compagnons Egalitaires ! Vous devez transmettre votre savoir et vous engager dans la formation.

« Un métier sans transmission est un métier en voie de disparition. Et vous, que voulez-vous laisser derrière vous ? »

« Former un jeune, c’est sculpter l’avenir de votre métier. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’outil. »

« Votre savoir-faire est un trésor. Ne le laissez pas s’éteindre : transmettez-le. »

« Un apprenti aujourd’hui, c’est un maître demain. Le Compagnonnage Egalitaire en est la preuve. »

« Recruter un jeune, c’est investir dans la pérennité de votre art. Le Compagnonnage Egalitaire vous accompagne. »

Hé ! Vous, jeunes gens qui rêvez d’aventure et d’excellence ! Choisissez nos métiers et à rejoignez le Compagnonnage Egalitaire !

« Devenez l’héritier des gestes qui ont bâti la France. Le Compagnonnage Egalitaire vous ouvre ses portes. »

« Boulanger, menuisier, tailleur de pierre… Ces métiers ne demandent pas seulement des bras, mais une âme. La vôtre ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : l’école de l’excellence, où chaque jeune devient un artisan d’exception. »

« Vous cherchez un métier qui a du sens ? Ici, on ne fabrique pas que du pain ou du bois… on façonne des destins. »

« Un tour de France, des rencontres, un savoir unique : le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’aventure qui change une vie. »

Un jeune aspirant fleuriste formé auprès d’une Artisane, Pays Confirmée. (Photo IStock libre de droit)

Le Compagnonnage Egalitaire s’adresse à vous toutes et tous  (artisans + jeunes) pour créer un lien entre les générations et valoriser l’engagement collectif.

« Un artisan + un jeune = une transmission. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est ce pont entre les mains. »

« Et si le futur de votre métier dépendait de cette rencontre ? Le Compagnonnage Egalitaire la rend possible. »

« La meilleure façon de préserver un savoir-faire ? Le partager. Rejoignez le Compagnonnage Egalitaire. »

« Ils ont 20 ans et des rêves. Vous avez 40 ans d’expérience. Ensemble, écrivez la suite. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’alliance parfaite : l’audace de la jeunesse et la sagesse de l’expérience. »

Pays, Artisans, Artisanes, Femmes et Hommes de l’art ! N’oubliez pas d’où vous venez ! Pensez à votre parcours ! Souvenez-vous de votre serment au Compagnonnage Egalitaire parce que :

« Sans transmission, un métier meurt. Avec vous, il renaît. »

« Le Compagnonnage Egalitaire : 1 jeune + 1 artisan = 1 avenir. »

« Votre métier mérite mieux que de disparaître. Formez la relève. »

« Et si le plus beau projet de votre carrière, c’était de former celui qui vous succédera ? »

« Le Compagnonnage égalitaire : parce que le talent n’a pas de genre.

« Imaginez un monde sans boulangers, sans charpentiers, sans tailleurs de pierre… Ce monde existe déjà, si nous ne formons pas nos jeunes. Le Compagnonnage Egalitaire  est la solution. »

« Chaque métier est une langue. Si personne ne l’apprend, elle disparaît. Parlez-la à un jeune. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est la chaîne humaine qui relie les générations. Ne la brisez pas. »

« Un métier, c’est comme une flamme : si on ne la transmet pas, elle s’éteint. Allumez celle d’un jeune. »

Pays du Compagnonnage Egalitaire, il vous faut sensibiliser le grand public et les institutions.

« La pénurie de main-d’œuvre dans l’artisanat n’est pas une fatalité. Le Compagnonnage Egalitaire prouve que la solution existe : former, transmettre, s’engager. »

« En 2026, 1 artisan sur 3 n’a pas de successeur. Et si la solution venait des jeunes que vous n’osez pas recruter ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : le seul réseau où l’on construit des cathédrales… et des vies. »

Nous avons entendu des choses encourageantes :

« Grâce à mon maître Compagnon Egalitaire, je suis devenu meilleur que lui. » (Un jeune)

« Former des apprentis, c’est ce qui me fait me lever le matin. » (Un artisan Compagnon Egalitaire)

« 80% des jeunes formés en Compagnonnage Egalitaire trouvent un emploi dans leur métier. Et vous, que faites-vous pour eux ? »

Une apprentie boulangère, Aspirant au Compagnonnage Egalitaire (Photo IStock Libre de droits)

Vive le compagnonnage !

Vive les Compagnons!

Vive les Egalitaires !

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Quand le dernier tableau sera Peint

Poème de Rudyard Kipling

Quand le dernière peinture de la terre sera achevée,

Et que les tubes de couleur seront tordus et desséchés,

Quand les plus anciens pigments auront pâli,

Et que le plus jeune critique sera mort,

Nous nous reposerons — et, ma foi, nous en aurons besoin —

Nous nous coucherons pour un âge ou deux,

Jusqu’à ce que le Maître de tous les bons ouvriers

Nous remette à l’ouvrage.

Et nul ne travaillera pour l’argent,

Et nul ne travaillera pour la gloire,

Mais chacun pour la joie de l’œuvre,

Et chacun, selon son pouvoir, pour son voisin.

Et alors, ceux qui auront fait les meilleures choses

Seront ceux qui auront travaillé le plus humblement,

Et il n’y aura plus ni grands ni petits,

Mais seulement des ouvriers heureux dans leur art.

LE BILLET DU SOUTIEN DE L’UNION (N°2)

Par le Pays Serge CANET

Les chantiers les plus prestigieux des meilleurs artisans parmi les meilleurs artisans seront jugés, pesés par les générations qui les apprécieront suivant l’idée qu’ils se feront des choses. La renommée des anciens sera oubliée, puis elle finira par disparaître. Ce ne seront pas les plus célèbres qui seront récompensés, ni même ceux qui auront travaillé avec sincérité, patience et humilité, sans avoir connu la reconnaissance. L’artisan ne peut travailler pour être célèbre, ni récompensé, ce serait un leurre ; la valeur d’un travail ne dépend pas de la reconnaissance immédiate ; il n’a pas seulement un ouvrage à réaliser, celui-ci doit s’inscrire dans le temps. Dès lors ce qui compte, c’est l’intégrité dans l’effort, alliée à la discipline silencieuse et durable.

Il occupe une fonction sociale ; il fait pour d’autres qui, pour une raison ou une autre ne savent ou ne veulent pas le faire ; ce qu’il sait faire devient, comme une sorte de service à une personne handicapée. C’était bien dans le langage de nos aînés de dire : « Servir un client. » L’ouvrier/artisan, le vrai est celui qui a continué son métier malgré les difficultés, l’indifférence et parfois même l’échec. La récompense n’est pas la gloire, mais avoir l’esprit en paix, et jouir de la contemplation de ce que l’on a su faire.

Le monde ! Oui le monde des réseaux, de la visibilité, qui nous renvoient au succès rapide, et surtout à la peur de ne pas être reconnu. S’il est artisan, et qu’il sait où son métier commence et où il s’arrête, et qu’il sait qui il est. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait quand personne ne regarde. A la fin, les meilleurs seront ceux qui auront continué à travailler quand tout semblait inutile.

Cela dit tout n’est pas parfait.

L’artisanat, le travail des mains peuvent être durs ; faire souffrir, et l’effort consenti n’être pas récompensé. On peut aussi te trouver face à des situations injustes ; travailler dur, sans reconnaissance.  Mais bien comprise, l’idée de ce que l’on doit faire n’est pas de se sacrifier aveuglément, mais plutôt : de ne pas laisser le regard des autres définir la valeur de son travail. Valoriser le travail sans attendre de récompense immédiate ; ne pas rechercher de gloire ; croire à une justice ultime du travail bien fait. Le travail, l’ouvrage libéré de l’ego, de l’argent, de la concurrence, et de la reconnaissance. Comme une sorte de renaissance après la fin d’un monde de travail toujours pénible.

Un « Maître » relancera la création.

C’est un humanisme artisanal : il valorise le geste juste, le travail bien fait, et la joie de la contemplation du travail de ses mains. Mais hélas ! Il faut faire bouillir la marmite, c’est la raison pour laquelle tous ces espoirs, ces promesses sont promises pour après la mort :  cela suffira-t-il à contenter l’artisan qui jour après jour est dans la peine ?

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Insolite, mais vitale, la Feschine :

Photo collection Jean Missègue « Bordeaux Langage de Pierre » – 2007

Parmi les outils étranges de nos métiers ancestraux, il en est quelques-uns qui ont eu une longévité exceptionnelle, notamment la feschine, dont l’usage pluri-centenaire s’est arrêté seulement dans les années 1950.

La FESCHINE se porte comme un casque, elle repose sur les deux épaules, enveloppe la tête et le front est ceint d’une sangle en chanvre.

Cet outil n’a certes pas la grâce d’une rippe, la finesse d’un rabotin ou la solidité d’une boucharde, mais il soulagea tant de dos, d’épaules, de colonnes vertébrales qu’il mériterait d’être au panthéon des grandes découvertes. Sa forme est si particulière qu’au premier abord on a du mal à en deviner la fonction. Son profil est plutôt grossier et sa texture matelassée peu raffinée. Et pour cause ! Cet outil couramment utilisé sur les chantiers était destiné à transporter des blocs de pierre, et pas n’importe lesquels, des « doublerons » (1) qui pesaient de 80 à 120 kilos selon la densité et 250 kilos pour les consoles de balcons !

Sur ce document du moyen âge, on voit un portefaix montant à l’échelle chargé d’une feschine.

Fabriqué par les Espagnols

Son origine est peut-être espagnole plus sûrement basco-espagnole, la technique de fabrication s’inspirant de celle des espadrilles et des sandales. Les cordiers de Bordeaux, souvent d’origine espagnole, exerçant près du port dans le quartier Saint-Michel, maîtrisaient à la perfection sa fabrication : une forte toile de lin ou de chanvre enveloppe une forme en paille très compressée et dure.

Au dessus, un plateau permettait de recevoir la section la plus longue de la pierre. Un velours rouge ou d’une autre couleur tapissait sa partie concave pour rendre confortable l’emplacement de la tête. Le poids reposait à la fois sur les épaules et la colonne vertébrale du porteur qui était choisi fort et vaillant. Le porteur de pierre, appelé dans le métier porte-pièce ou portefaix, pouvait monter sur les échafaudages jusqu’à 40 blocs par jour. Mais il fallait s’aider de la boisson « certain ouvriers buvaient jusqu’à 10 litres de vin par jour ! » me confiait il y a quelques années Jean Missegue, un ancien tailleur de pierre.

A Bordeaux, au 44 rue Saint François, l’Hôtel de la Perle présente sur sa façade un célèbre portefaix muni de sa feschine, ayant posé cet élément de balcon à dos d’homme. Photo NC-Guépin

La feschine a disparu officiellement en 1936. Mais son usage perdura dans quelques petites entreprises et très localement dans le Sud-Ouest de la France jusque dans les années 1950.

Un bandeau frontal en cordage tressé (au temps de la marine à voile Bordeaux possédait de nombreuses corderies), ceignait le front et surtout stabilisait la feschine et sa charge sur ses épaules.

« Pour soutenir le fardeau jusqu’à l’échelle, le portefaix se déplaçait à petits pas, le corps en rotation lente de droite à gauche et de gauche à droite. » racontait Lucien Lanao, interviewé dans « Bordeaux, langage de pierre » (2).

« Le moindre faux pas et on tombait à la renverse ».

Pour supporter le poids de la pierre et du porte-pièce on confectionnait des échelles solides dont les barreaux, très rapprochés, étaient en acacias et les montants en sapin du nord.

Source : Article rédigé par CADISH, le 7 juin 2010 pour le Journal Sud-Ouest

(1) Le Doubleron désigne la pierre de construction bordelaise dite de remplissage (ou parpaing) dont les dimensions sont de 32,5 cm de hauteur (assise) 28 cm d’épaisseur et 60 cm de longueur. Bien pratique pour estimer la hauteur d’un immeuble, puisque 3 doublerons empilés plus les deux joints intermédiaires mesurent 1 mètre. On compte le nombre d’assises, on divise par trois et on obtient la hauteur du bâtiment.

(2) « Bordeaux, langage de pierre «  de Jean Missegue – 2007.

Jean Missègue, ici en 2009, et qui nous a quitté, est l’auteur de l’ouvrage consacré à « Bordeaux, Langage de pierre » publié en 2007. (Photo Sud-Ouest – 2009)

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Le Tracé de l’étoile à 5 branches

Tracé et explication du tracé : Exercice de Compagnon par le Pays Guépin B.L.

L’étoile à 5 branches « pentagramme » ou « pentacle » (étoile de Salomon), rappelle par sa disposition, la silhouette d’un homme, bras et jambes écartés. Elle représente en général, les 5 éléments, la terre, l’air, l’eau, le feu et l’esprit. Pour les chrétiens, 5 est le chiffre qui rappelle les plaies du Christ.

La signification du « pentagramme » évoque l’homme initié, contrairement au pentagone qui évoque l’homme profane. En d’autres termes, l’homme initié tend à devenir un « homme-étoile », c’est-à-dire un homme qui incarne lui-même la lumière, tel Jésus ou les autres «grands initiés».

Dans la religions des Berbères Maures le « pentacle » était symbole de protection contre les esprits malfaisants, aujourd’hui il est toujours utilisé dans certaines régions Berbèrophone du Maghreb comme symbole de protection ou de sorcellerie permettant de rentrer en contact avec un monde parallèle.

Documentation texte, Source : Wikipédia

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La Genèse d’une sculpture

« La Main de Rodin » – Sculpture du Pays Guépin B.L. 2000 – Pierre de Lalinde

Le sculpteur est dans son atelier. Il a installé trois lampes disposées en triangle au plafond. Les faisceaux sont orientés sur la pièce qu’il est en train de réaliser. L’artiste a positionné un pain de terre sur le plateau tournant et il enfonce ses doigts dans la matière humide et souple. Il m’explique :

« Au tout début d’une oeuvre je ferme les yeux et dégrossis la forme
générale. Comme si l’image qui est fixée dans ma tête devait passer
directement par mes mains sans être distraite ou altérée par le regard. Je fais appel à ma mémoire des formes et des volumes, à mes sensations
physiques. Je ressens l’ouvrage, comme un aveugle qui promène ses mains sur une
sculpture pour en distinguer les contours. Je pense que si l’image ou la peinture ne peut se passer du regard, la sculpture fait appel à d’autre sens plus charnels. Tout à l’heure quand j’ouvrirai les yeux, je constaterai que mes mains ont bien représenté
l’image que j’ai dans mon cerveau. Lorsque je travaille la terre, j’entre très vite en action. C’est un acte sensuel et puissant. Il faut imposer à une masse informe de s’élever, de se plier avec douceur et souplesse ou bien, au contraire, se tordre férocement, se ramasser, se recroqueviller selon l’humeur ou le projet. Le regard peut être distrait. Il peut même aller contre la volonté animale du sculpteur. Avant que le sculpteur ait achevé de s’exprimer à l’instinct, son regard peut essayer de détourner l’artiste de son projet par une ombre portée qui lui suggèrera une ligne induite ou esthétique que l’oeuvre originale aurait ignorée. J’ai pris le parti de faire travailler mes mains. Mes yeux ne viendront qu’après pour les détails et les finitions. Je suis un tactile et je veux que mes mains décident. »

Le sculpteur m’avait déjà parlé de cette sensation, lors d’une visite que nous avions menée au Louvres. Nous nous étions arrêtés devant le chef-d’oeuvre d’Antonio Canova «Psyché ranimée par le baiser de l’Amour».
Les yeux fixés sur le marbre, instinctivement je m’étais approché la main tendue pour toucher ces corps de pierre. Il m’avait, alors, expliqué.

« Ta réaction est naturelle, une sculpture attire le toucher. Quand un
observateur regarde un tableau, il est devant l’oeuvre et promène ses
yeux partout sur la toile. En s’approchant, il embrasse la totalité du
travail artistique. Progressivement il aborde les détails, les jeux d’ombre
et de lumière, la musique des couleurs et la mise en scène de la page. Il a les mains dans le dos et son esprit se promène dans les deux dimensions du tableau. Le visiteur debout devant la toile, peut y pénétrer, imaginer ce qui se cache derrière ce premier plan et tout cela, immobile les mains dans les poches. Pour une sculpture, le spectateur agit différemment. Il s’approche, puis tourne autour. On est dans le monde physique des trois dimensions. D’abord, l’observateur marche et regarde de loin. Il s’approche, recule à nouveau, puis une irrépressible attirance le pousse à s’approcher encore. Il tend la main et il caresse. Il touche, il effleure, sent le contact froid au bout des doigts. Il ressent la vie. Pour être regardée et comprise la sculpture ne peut pas se passer de la main. »

Buste en pierre de Lavoux – Sculpture Pays Guépin B.L. – 2000

Ce matin, je transporte quelque-chose qui est très précieux ! Ce sont les dernières créations de l’artiste en terre. Pourvu que les pièces soient bien calées dans les caisses. On les a soigneusement enveloppées dans des tissus, entourées de mousse. Ces trois pièces de dimension moyenne vont être coulées en douze exemplaires chacune.
Le sculpteur a demandé au fondeur de réaliser cette opération, qui est pour lui, un très gros investissement.

GBL sculptant « L’autodidacte » – 2013 – Bordeaux – Pierre de Rochebrune

« La première pièce est en pierre, elle figure un homme qui se sculpte lui-même. Il semble encore emprisonné, en cours d’extraction d’un bloc de pierre. Tout le haut du corps est dégagé, seules les jambes restent dans la masse brute. Il tient une massette dans la main droite et un ciseau dans la main gauche et s’acharne à s’auto-sculpter, pour libérer ses membres inférieurs, il est en train de se construire. j’ai appelé cette oeuvre « L’autodidacte ». Elle est très figurative, nerveuse, vive et détaillée. Je serai vigilant quant à la patine car j’aimerai qu’elle soit vert bronze, avec quelques arrêtes dorées.

Sculpture « La quête » de Nanou – Terre cuite 1977- Anne-Marie Lafforgue – Photo Guépin B.L.

« La seconde sculpture, s’intitule « Retenue » est la silhouette d’une femme nue, accroupie et lascive, très lisse, toute en rondeur, les bras entourent les genoux sur lesquels la tête de profil repose. Vois-tu, l’aspect définitif de cette pièce sera mat, avec une patine douce, une nuance à dominante rousse.« 

« Retenue » Sculpture en pierre de Lavoux – 2000 – Pays Guépin B.L.

La dernière oeuvre que le sculpteur souhaite immortaliser en bronze, représente un être androgyne, élancé qui semble s’étirer vers le ciel, vers une quête spirituelle.

« Je l’ai volontairement créée non identifiable, ni masculin, ni féminin. C’est un être humain sans sexe défini, j’ai cherché à montrer un mouvement, une attitude, un geste, un élan, presqu’une prière universelle, et je la nomme « La Quête ». Elle sera brillante comme un miroir, car je la veux lumineuse et dorée comme une flamme, une lueur tendue vers le ciel. »

Nous arrivons à la fonderie. Le sculpteur m’entraîne vers un grand hangar. Il me présente le patron des lieux.

« Voici Marc, le fondeur. C’est le matre des leux. Il va t’expliquer les règles qui régissent les fondeurs d’art. »

« Il faut savoir que pour pouvoir bénéficier de l’appellation « Oeuvre Originale », les règles sont très précises quant au nombre de copies. Supposons que l’artiste décide d’en produire douze, on n’en fera pas une de plus. Douze exemplaires, étant le maximum, il sera réalisé quatre épreuves d’artiste, marquées E.A.I/IV à E.A.IV/IV, en chiffres romains et les huit autres pièces seront numérotées de 1/8 à 8/8, en chiffres arabes. Outre les numéros, les douze pièces porteront également la signature de l’artiste, la marque de la fonderie et la date du travail.« 

Le sculpteur a déposé ses deux pièces en terre et son autodidacte en pierre. Les artisans les réceptionnent, mais s’en chargeront plus tard car il y aura un gros travail de préparation avant qu’on ne s’occupe de ces oeuvres.
Une fois les trois pièces en lieu sûr, le sculpteur me fit savoir que nous allions assister à un coulage. Il m’entraîne vivement auprès des artisans.

« Viens voir Marc, Jean et Alex au travail. Nous allons assister à une coulée
qui a été préparée pour un autre artiste. Vulcain ( C’est ainsi qu’on surnomme le Maître du grand four, ici ! ) intervient à onze heures et je tiens à ce que tu vois ça, car c’est un peu comme une naissance. Le bronze, que depuis l’antiquité on appelle aussi, en poésie ou en littérature, airain est un alliage composé principalement de cuivre, et d’étain.
Ce métal extrêmement solide n’est pas altéré par la corrosion, et il peut ainsi
traverser les millénaires, il défie le temps et garanti à l’artiste, la pérennité
quasi éternelle de ses oeuvres. »

Marc, Jean et Alex sont des artisans qui se partagent les tâches nombreuses, riches et variées d’une fonderie. Marc me détaille avec précision toutes les étapes qui sont indispensables à la fabrication d’un bronze d’art.

« Tout commence avec celui qui fabrique le moule en sable, on dit que
c’est le mouleur. Intervient ensuite le noyauteur qui conçoit les noyaux
à incorporer au moule pour réaliser les parties en creux ou la contre-dépouille de la pièce. Il faut être modeleur, quand on fabrique le modèle en résine. Une fonction qu’il ne faut pas confondre avec le mouliste chargé de fabriquer l’outillage permanent destiné au moulage coquille et sous pression. Jean est le fondeur. Il s’occupe des fours de fusion, prépare le métal avant la coulée. Après la coulée, quand tout sera froid, Alex, dit le décocheur cassera les moules pour sortir la pièce brute de
coulée. Marc fera fonction d’ébarbeur. C’est lui qui débarrassera la pièce
de tout son système de remplissage et d’alimentation, il meulera toutes
les bavures éventuelles. Enfin, l’un d’entre eux deviendra grenailleur ou
sableur. Il décapera au corindon projeté sous pression toutes les
impuretés qui adhèrent à la sculpture. »

« Les Trois Grâces » – Sculpture en bas relief – Pierre de Lavoux – Pays Guépin 2000

Mais nous assistons maintenant à la fin d’un long processus. (Le même qui sera mis en oeuvre plus tard, pour les trois oeuvres que nous venons de livrer). Avant d’entrer en atelier de fonderie, il faut préparer les copies. C’est ce que toute l’équipe va faire avec les oeuvres originales en terres ou en pierre. En tout premier lieu, il faut enduire de cire la pièce qu’on veut reproduire pour empêcher le polymère silicone d’adhérer. On la dispose ensuite sur une plaque de bois, et on prépare une rigole tout autour. On y installe une bordure afin de retenir le polymère silicone, qu’il ne se répande pas. Il faut maintenant verser ce polymère silicone liquéfié couche par couche. Cela crée une peau qui se solidifie mais reste souple. C’est sur cette forme que l’on va maintenant couler du plâtre assez épais pour faire une coque aisément manipulable. L’intérieur du moule sera fin, souple et l’extérieur solide, rigide et brut. C’est la première moitié du moule. Les oeuvriers retournent la pièce, et procédent de la même façon pour l’autre moitié.

La sculpture originale est alors entièrement enveloppée de silicone qui lui-même est enveloppé de plâtre. Il faut maintenant découper en périphérie, à la jointure des deux faces, pour écarter les deux moules et libérer l’original qui sera mis de côté. Il ne sera repris qu’à la fin du processus, pour vérifier tous les détails et éventuellement retoucher le bronze afin d’obtenir un rendu fidèle.

Deux coques ont donc été réalisées, l’une de la face et l’autre du dos de
la pièce. Il faut les rassembler, maintenant que la sculpture est sortie
dans le but d’obtenir un moule creux dont l’empreinte est absolument identique à l’oeuvre originale. Le fondeur chauffe ensuite la cire dans une marmite. Il verse délicatement cette cire dans le moule en silicone. Elle doit épouser tous les détails du moule. Plusieurs couches sont nécessaires qui détermineront l’épaisseur du bronze. On laisse refroidir la cire entre chaque couche, pour qu’elle durcisse. Les fondeurs viennent donc de reproduire la sculpture en cire. C’est l’épreuve. Elle est dégagée du moule en silicone. C’est ce moule qui sera utilisé douze fois, pour faire les douze pièces en cire strictement identiques au modèle.

La présence de l’artiste est nécessaire, il regarde et valide la pièce en cire. Il peut également demander que le ciseleur retouche sa pièce, s’il le juge nécessaire. Nous mettons maintenant en place les canaux à bronze et à évent que nous avions préparé, ce sont des baguettes de cire, de diamètres différents, puisque les canaux à bronze distribueront le métal fondu dans la sculpture, tandis que les canaux à évent permettront à l’air d’en sortir. Maintenant, nous plantons quelques clous dans la cire, en périphérie, à la jointure des deux moitiés de la sculpture, afin de maintenir à distance les moules interne et externe. La cire est aspergée de terre réfractaire jusqu’à constituer le moule externe. Il faut ensuite immerger la sculpture en cire dans un caisson en bois qui est rempli de terre réfractaire. Elle se remplit de cette terre liquide ce qui constitue le moule interne. On laisse sécher et durcir le tout. La cire est entièrement enveloppée de terre réfractaire. Nous libérons l’ensemble de son caisson en bois et nous plaçons ce bloc de terre réfractaire contenant la sculpture en cire, dans un four que nous chauffons progressivement jusqu’à 700° en 48 heures.

La cire va fondre (Cire perdue), libérant ainsi un espace dans lequel nous coulerons le bronze. N’oublions pas que l’écartement entre le moule interne et le moule externe est maintenu par les clous que nous avions pris soin de placer sur le modèle en cire. Laissons refroidir l’ensemble, puis nous placerons les moules définitifs dans des caisses de sable, prêts pour la coulée. C’est là que nous en sommes avec les oeuvres de ce sculpteur, et ce que nous allons pouvoir observer à partir de cet instant. Marc, Jean et Alex s’affairent autour d’un grand four. A bonne distance, nous sentons le rayonnement et la chaleur qui se gégage. Les trois artisans s’équipent avec des gros gants protecteurs, des tabliers de forgerons en cuir et des masques qui protègent la totalité de leur visage. Marc contrôle le cadran lumineux, sur la porte du four, il indique 1240° le bronze a fondu. Il ouvre la porte du four, Jean et Alex se saisissent des poignées écartées du creuset, ils sortent ce récipient rempli du métal en fusion et le posent à terre. Marc, muni d’une sorte de louche, enlève les scories qui flottent sur le métal incandescent. Alex et Jean se concertent, puis soulèvent le récipient avec, chacun face à face, ces poignées comme de grandes paires de ciseaux se terminant par un anneau enserrant le col du creuset.

Coulage du bronze dans une fonderie en Espagne – Photo Guépin

Ils s’avancent à petits pas chassés, et versent dans les moules ce métal rouge, orange fumant, impressionnant, magique. Marc est immobile et observe ses deux collègues effectuer cette opération avec calme et application. L’odeur est acre, mais pas désagréable. On sent ce mélange de charbon, de poussière et de métal chaud, comme dans une forge. Il n’y a presque pas de fumée. Les moules se remplissent un à un. La coulée est terminée.

La coulée – Photo Guépin B.L.

Le sculpteur Maître des oeuvres, qui tenait à être présent à ce moment-là de son oeuvre, s’est tourné vers nous, les larmes aux yeux, était-ce la chaleur ou l’émotion ? Peut-être un peu des deux, mais son visage était illuminé d’un sourire magnifique et nous n’avons pas pu nous empêcher d’applaudir les ouvriers de Vulcain. « Il ne reste plus qu’à attendre que tout cela refroidisse. Nous reviendront demain. » Le lendemain, dès potron-minet, nous sommes tous rendus à la fonderie. Les moules sont encore à peine tièdes et Alex les casse, libérant ainsi les bronzes. « Qui ne s’attend pas à ce qui sort pourrait être fort déçu ! « 
Nous avons sous les yeux, une pièce toute grise, sale, poussiéreuse et
hérissée de multiples tiges, plus ou moins tordues, enchevêtrées en tous
sens. Ce sont les canaux de coulage et des évents qui se sont remplis de bronze. Alex, Jean, Marc, et le sculpteur prennent les pièces pour les amener à l’aire de lavage à la pression. On va leur donner un bon coup de Karcher pour les débarrasser du sable qui est resté accroché. Jean s’empare ensuite d’une meuleuse et muni de ses lunettes de protection, il sectionne toutes les tiges des canaux à bronze et évents. Le sculpteur récupère les premières pièces qui commencent à ressembler à ce qu’il avait créé. Il les pose sur la table de travail de Marc qui entreprend de les ciseler pour enlever les ébarbements, affiner les détails et vivifier arêtes et saillies. Elles retrouvent la vigueur et la nervosité de l’original. Au fur et à mesure qu’elles sont prêtes, Alex les passe dans la niche à sablage. Enfin, le bronze est encore lavé avant la patine finale. La patine est en fait, une oxydation forcée, avec divers acides qui permettent d’obtenir plusieurs couleurs. Tout à la fin, Jean applique une couche de cire sur l’objet et la sculpture est finie. Le sculpteur prendra ses douze pièces qui trouveront leur place dans quelques galeries d’art, à Saint-Paul-de-Vence, Monaco, Paris, Milan Londres ou New-York. Dans quelques jours, à la Fonderie de Vulcain, on travaillera pour l’artiste que j’avais accompagné et grâce auquel j’ai pu vivre tout ça. Je l’accompagnerai encore et encore. J’aime voir travailler ces artisans maîtres du feu et de la forge.

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La pierre, l’eau, le soleil

Une carrière de pierre calcaire (Vilhonneur) – Photo Guépin Belles Lettres

Quand j’apprenais mon métier, mon vieux Maître Compagnon Tailleur de Pierre, à qui je faisais remarquer comme j’étais émerveillé par la beauté du matériau que j’étais en train de tailler, me dit ceci :
-« C’est du Frontenac !
… Pose un peu tes outils, Petit, et écoute.
Toute la ville de Bordeaux a été construite avec les pierres qui furent extraites dans les carrières environnantes. Sur les bords de le Garonne, bien au sud de la ville, et jusqu’aux rives de la Dordogne dans ces
collines qui vallonnent l’Entre-Deux-Mers, nos anciens dégageaient la roche qui a construit Bordeaux.
Elle était ensuite transportée sur des charrettes tirées par des mules ou des chevaux de trait jusqu’au port fluvial le plus proche, puis chargée sur des gabarres, elles étaient livrées à Bordeaux, quai de Paludate, dans la Cale-aux-pierres au pied du château Descas où maçons et Tailleurs de Pierre venaient s’approvisionner.
Il faut que tu saches, mon Drôle, que cette pierre prenait le nom du port dans lequel elle avait été chargée et non pas celui du lieu d’où elle fut arrachée.
Il y avait donc des pierres de différentes qualités qu’on employait pour faire des seuils, des escaliers, des soubassements ou pour bâtir en élévation en fonction de la dureté. Aujourd’hui, parmi ces mille carrières qui furent exploitées en sous-sol, dont certaines sont devenues champignonnières ou chai de vieillissement du vin de Bordeaux, nous avons la chance qu’il nous
reste Les Pierres de Frontenac.
Ce sont de magnifiques carrières à ciel ouvert qui se situent entre Sauveterre-de-Guyenne et Branne, un peu au sud ouest de Rauzan.
Elles produisent tout ce dont nous avons besoin, toute la gamme des pierres marbrières les plus dures aux pierres fermes les plus douces, pour restaurer et entretenir le Patrimoine de Bordeaux. »
Alors jeune apprenti, je me permettais d’ajouter :
– « J’aime cette pierre, parce-qu’elle est coriace, elle résiste, mais elle est délicate sous le ciseau. Avec sa blondeur et ses veines fines et rousses comparables à une chevelure de femme, elle est lumineuse ! »
– « Tu ne crois pas si bien dire, Petit !
Il faut se lever tôt, un jour où il fait beau.
Tu traverses la Garonne à pied, par le Pont de pierre.
Tu t’installes sur le bord des quais, juste là, devant la gare d’Orléans et tu regardes les façades d’en face quand le soleil se lève.
À cette heure-ci, il ne darde pas.
Il n’éblouit pas. Il caresse.
Il illumine.
Tu verras, petit, les façades blondes te sourient, à toi, parce que tu sais les regarder et si tu insistes, si tu patientes, tu y verras de très légers reflets roses. C’est cette lumière, cette pierre et la Garonne qui font que cette ville est unique. »

Carrière de Bourg, 1983, mes deux complices Michel à la haveuse et Patrice qui descend les pales du Manitou. Débitage d’un bloc en front de taille. Photo Guépin Belles Lettres.


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Le Billet de Coeur Loyal

Extrait des « Maîtres de mon Moulin » le site de Provençal Coeur Loyal

Dans la situation du monde actuel, inconcevable, insupportable, dont il faut sortir très vite il faut poser des principes et s’y tenir. À notre petit niveau, perdus dans nos si belles et puissantes Hautes-Corbières sauvages nous écrivons chaque jour le manifeste qui cristallise nos engagements :

Les 12 lois du Moulin de Cucugnan.

1°) La Nature est la toute première et la plus haute des Lois.

2°) La terre n’appartient pas à l’homme : c’est l’homme qui vient de la terre et lui appartient.

3°) Les blés sont nos maîtres, nos exemples. Ils sont un don des saisons, de la giration du monde et de son trajet dans le cosmos.

4°) Le Pain est la quintessence de l’alliance entre la Nature et les Hommes.

5°) La patience, la clarté des intentions, le don des attentions, la nécessité d’une tension, sont les premières vertus que nous enseigne du Pain.

6°) La nourriture mérite le respect absolu et l’engagement de nos gratitudes.

7°) La table doit demeurer le lieu de rencontre, de fraternité et de sororité.

8°) Partager le Pain est le tout premier geste de paix.

9°) Oublier la terre conduit à l’oubli de soi.

10°) Revenir à l’essentiel est un acte de sagesse. Cet engagement est urgent et absolument nécessaire.

11°) Chaque Pain porte toute la mémoire et le patrimoine axial du vivant.

12°) Lorsque le Pain est partagé, la communauté humaine prend forme.

Provençal Cœur Loyal « Les Maîtres de mon Moulin ;  L’Essentiel en partage »

Blés anciens Cucugnan – Les Maîtres de mon Moulin par Roland Feuillas