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L’Art du Vitrail, un métier de talent et de passion

C’est dans son atelier que Jean-François Bordenave nous reçoit. Dès l’entrée, nous sommes dans un univers de couleurs et de lumières. Les murs sont couverts de vitraux de toutes sortes, sur les tables sont dispersés pèle-lèle des outils, cisailles, marteaux, des bouts de verre, des papiers et cartons. Nos premières impressions nous font penser que le travail de verrier est très technique mais surtout artistique ! Les questions fusent … Comment fait-on un vitrail ? Pour quel usage et pour quel bâtiment ? La restauration des vitraux anciens ? Comment avez-vous appris ce métier ? Il y a combien de temps ?

L’ouvrage qui a permis à Jean-François Bordenave d’être consacré MOF (Meilleur Ouvrier de France) Réalisation d’Entrelacs cisterciens représentant le cheminement complexe dans la recherche de spiritualité.

Jean-François nous explique tout cela, dessins et albums de photo à l’appui. Tout a commencé en 1961, lors de la visite d’un atelier dans le vieux Bordeaux. Devant son intérêt, le directeur lui propose de l’engager comme apprenti et de débuter dès le lendemain ! Jean-François a 16 ans.

Au fil des jours, son envie d’apprendre, de créer et d’améliorer ses compétences en dessin l’incite à prendre des cours du soir aux Beaux-Arts de Bordeaux. Il en sera récompensé. En 1975, il obtient le prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France. L’exercice réalisé pour cette consécration demande une finesse de tracé et une très grande dextérité technique pour la précision des découpes des verres et l’assemblage des éléments de si petite taille : 3000 points de soudure au m2 tout en respectant l’harmonie et la sobriété des couleurs imposées dans l’expression monacale de l’époque cistercienne.

Cette reconnaissance le conduit en 1980 dans l’atelier de Sylvie et Jean Gaudin à Paris. Il travaille alors sur les Grandes Oeuvres du Patrimoine français comme les vitraux de la cathédrale Chartres ou ceux de l’Elysée. On le retrouve ensuite à Saint-Benoit-sur-Loire où il fait alors partie des 54 dessinateurs sélectionnés pour créer les 7500m2 de vitraux de la Basilique de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire.

La création artistique est difficile à expliquer. Seul l’artiste peut sentir l’inexpliquable. Cependant l’aspect technique peut permettre de mesurer l’oeuvre du Maître.

LA CREATION POUR LES PARTICULIERS

De nombreux particuliers font appel au Maître-verrier pour embellir leur maison. Un beau vitrail apporte un élément décoratif et une lumière particulière aux intérieurs. Le vitrail ainsi créé pour ces amateurs d’art est élaboré en fonction du lieu de vie mais aussi, biensûr, des goûts personnels du commanditaire. Le verrier effectue avec les intéressés une oeuvre collective. Le choix du client est quelquefois surprenant ; « Un client m’a demandé, un jour, de reproduire le portrait du chien de la maison pour décorer un vitrail du salon. »

LA RESTAURATION ET LA RENOVATION DES EDIFICES PUBLICS ET RELIGIEUX LIES AU PATRIMOINE

En participant à la pérennité des oeuvres dans le temps, le Maître-verrier consacre également son savoir-faire à la rénovation et la conservation du patrimoine dans les Monuments Historiques. Il répond aux appels d’offres faits pour les bâtiments publics, édifices religieux ou monuments classés. Pour chaque projet, les architectes demandent à l’homme de l’art de donner ses idées. Le travail se fait en confiance et dans la concertation mutuelle. Une visite préalable du site est évidemment obligatoire afin de s’imprégnier du sens à donner à l’oeuvre et comprendre le choix initial des couleurs pour mieux intégrer la réalisation nouvelle. Le Verrier réalise alors une maquette conformément au cahier des charges. Une commission communale, paroissiale ou d’Art Sacré et, selon les bâtiments, les ABF* des affaires culturelles et du patrimoine donnent ensuite un avis indispensable à la réalisatin de l’ouvrage.

*ABF : Architecte des Bâtiments de France

LA PREPARATION DU VITRAIL

Tout d’abord il faut dessiner les motifs en vraie grandeur, ce qui explique les grandes dimensions des tables de travail. Deux dessins sont nécessaires pour préparer un vitrail : le premier dessin est la maquette définitive, réalisée à la gouache, que nous devrons visualiser en permanence : c’est le projet final. Le deuxième dessin permet de découper chaque élément pour en faire les gabarits de taille des verres. Ces panneaux sont ensuite reproduits sur le verre de couleur qui est découpé avec soin et précision, à l’aide d’un diamant ou d’un coupe-verre. Chaque élément est disposé à plat sur la table, les uns à côté des autres pour reconstituer le vitrail dans son intégralité. Puis ils sont assemblés avec des baguettes de plomb ajustées et soudées. Les verres utilisés peuvent être déjà teintés dans la masse. Il existe un choix important de couleurs (2000 teintes). La couleur visible sur la table ne sera pas forcément identique à celle visible lorsque le vitrail sera fini et posé sur site. Il faut en tenir compte et c’est là aussi l’art du verrier ! Ce mystère tient à la transparence du verre, mais aussi de la lumière extérieurs sur site, voire même de l’orientation du vitrail. Ainsi cette recherche est une conjugaison de plusieurs éléments objectifs et des jeux du hasard.

LA PEINTURE SUR VERRE

Les pièces de verre peuvent aussi être décorées. Pour la réalisation de certains vitraux, la peinture est parfois indispensable. Par exemple, dessiner un visage, souligner les yeux ou les doigts d’une main nécessite un trait de peinture. Ce travail sur verre est ensuite passé au four. L’Art du feu prend alors toute son importance car la cuisson bien maîtrisée révèle au refroidissement tout l’éclat et la beauté des couleurs choisies par l’artiste.

LA GRISAILLE

Pour atténuer le côté cristallin du verre, on applique une peinture « GRISAILLE » avec un pinceau très large qui dépose un léger voile sur l’envers du vitrail.

A PARTIR DU XIIème SIECLE

Les verriers du moyen-âge découvrirent que les couleurs rouge et bleue placées côte à côte se confondaient en une nuance unique violette. Pour palier à ce problème, il les séparèrent avec des profilés en plomb plus larges afin de bien sectoriser chaque couleur.

Les vitraux de Jean-François Bordenave sont visibles partout en France, mais en Nouvelle Aquitaine, on peut en voir à Pau, Bayonne, Arcachon, Brouages, Saintes où il a travaillé avec son ami Tailleur de Pierre Guépin Belles Lettres sur la cathédrale Saint-Eutrope, Bordeaux Basilique Saint-Michel et encore avec Guépin l’église de Saint-Jean-D’Illac, Agen, Toulouse, Catus, Surgères etc…etc…

Norbert CHADOURNE, dit Guépin Belles Lettres lui a consacré un livre qui a obtenu le Prix Saint-Estèphe 2016 chez www.jamano-editeur.fr

Toutes les photos appartiennent à Jean-François Bordenave.

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La Transmission : Essence du Compagnonnage

Le Pays Guépin, Compagnon Tailleur de Pierre, explique à un jeune l’abord du travail qu’il devra accomplir – (Photo personnelle)

Selon les circonstances, les moyens ou les intervenants, Transmettre, c’est :

  • En mécanique, un transfert d’énergie ;
  • En radio, c’est une émission permettant l’acheminement d’un message allant d’un émetteur vers un récepteur ;
  • En droit, c’est le legs d’un patrimoine d’un ascendant à un descendant ;
  • En médecine, il peut y avoir une connotation négative : c’est la transmission d’une maladie infectieuse. Mais il y a aussi la transmission d’un patrimoine génétique.
  • Transmettre les connaissances et les savoirs est pratiqué depuis la nuit des temps par le genre humain, et la transmission des savoirs s’exerce généralement par l’éducation, l’instruction et par l’exemple. Il ne faut surtout pas oublier que l’absence de transmission conduit à la perte d’un savoir.
  • Pour transmettre il faut au préalable avoir reçu et assimilé. La notion de transmission implique qu’il y ait communication et partage, chacun recevant et interprétant le message selon une grille qui lui est propre.
  • Notons enfin qu’au triptyque « Transmission-Réception-Assimilation » correspond celui de « Parole – Ecoute – Silence »
    Transmission / Parole : En effet, chez les Compagnons, la transmission est essentiellement verbale car depuis que le Compagnonnage existe, la communication est orale, d’un Pays expérimenté et sachant à un récipiandaire novice, disponible et attentif. Réception / Ecoute : Il ne s’agit pas là d’une soumission passive du novice, mais d’une attitude positive qui conduit à la réception de l’information, puis à la réflexion qui apporte la compréhension. Assimilation / Silence : la Mémorisation se concrétisent mieux dans le silence, mais cela n’empêche pas le questionnement ! Un novice peut questionner pour consolider une compréhension et un compagnon peut interroger pour vérifier la bonne assimilation des acquis.
  • Vive la transmission !
  • Vive les Compagnons !
  • Vive les Egalitaires !
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Compagnonnage et Franc-Maçonnerie, héritage ou emprunts : l’éternel débat

« Les jumeaux  » Photo personnelle Guépin B.L. – La double appartenance

La parenté entre le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie est une question complexe et récurrente aussi bien pour les Pays, pour les Frères que pour le grand public.
En effet, ces deux organisations, également mystérieuses aux yeux du grand public, partagent des symboles communs, (par exemple l’équerre et le compas entrecroisés) ce qui entretient l’idée d’une parenté. Les Francs-maçons sont très souvent persuadés d’une filiation et vont même jusqu’à la revendiquer, tandis que la plupart des Compagnons, surtout après la période vichyste, s’opposent vigoureusement à cette idée et, parfois, cultivent un antimaçonnisme marqué (notamment à la FCMB).
Ainsi, la Franc-maçonnerie (par exemple la GLNF) est bienveillante à l’idée de double appartenance alors que cette pratique est interdite dans de nombreuses sociétés compagnonniques, sous peine de radiation. La Franc-maçonnerie se définit comme « SPÉCULATIVE » c’est à dire centrée sur le spirituel, le symbolisme, la réflexion, le travail sur soi dans le but d’améliorer l’humanité en commençant par se grandir. Elle imagine le Compagnonnage comme étant essentiellement « OPÉRATIF » c’est-à-dire principalement axé sur les métiers (corporatistes), le travail manuel, les matériaux et les outils, ce qui n’empêche pas le partage de valeurs spirituelles.

Diplôme de Maître Initié des Compagnons Charpentiers du Devoir de Liberté dits « Les indiens »

La question du rejet de la Franc-maçonnerie par certains compagnons, comme ceux de la FCMB (Fédération des Compagnons du Devoir et des Métiers du Bâtiment), s’inscrit souvent dans un contexte plus large de tensions entre les valeurs portées par la Franc-maçonnerie et celles de certaines traditions ou institutions religieuses ou philosophiques.
Plusieurs autorités religieuses, notamment catholiques et musulmanes, ont historiquement considéré que l’appartenance à la Franc-maçonnerie était incompatible avec leur foi. Par exemple, l’Église catholique a réaffirmé en 1983 que l’appartenance à la Franc-maçonnerie reste incompatible avec la doctrine catholique, en raison de la méthode maçonnique qui refuse de reconnaître une vérité finale ou révélée, ce qui entre en contradiction avec l’adhésion à une vérité normative et révélée, comme celle prônée par les religions abrahamiques.
La Franc-maçonnerie repose sur une approche critique et une remise en question permanente des vérités, y compris révélées. Cela peut être perçu comme une menace pour des institutions qui reposent sur des dogmes ou des vérités absolues. Comme le souligne un débat récurrent, « adhérer à une vérité normative, révélée, ultime et soumettre toute vérité à la révision critique permanente est une contradiction performative ».
Certaines sociétés de Compagnonnage rejettent la Franc-maçonnerie en raison de son adhésion (réelle ou fantasmée) perçue avec des idéologies ou des mouvements politiques spécifiques, ou encore en raison de son rôle historique dans la promotion de valeurs laïques, humanistes ou universelles, qui peuvent entrer en conflit avec des visions plus traditionnelles ou conservatrices.
Ajoutons à cela que le caractère discret, voire secret, de certaines pratiques maçonniques alimente la méfiance et les théories du complot, ce qui peut pousser des institutions ou des groupes à prendre leurs distances, voire à interdire à leurs membres d’y adhérer.
Pour certains Compagnonnages traditionnels, le rejet de la Franc-maçonnerie peut aussi s’expliquer par une volonté de préserver une identité et des valeurs propres, parfois perçues comme incompatibles avec l’universalisme et l’ouverture critique prônés par la Franc-maçonnerie.
Pourtant, certaines sociétés de Compagnons, telle l’Union Compagnonnique, ont historiquement toléré, voire encouragé la double appartenance, considérant que le Compagnonnage de métier ne pouvait pas tout enseigner et qu’il était sage, pour un travailleur manuel, d’approfondir la spiritualité aux côté des spéculatifs.

Détails repérés sur le diplôme de Maître Initié, dans les arbres à droite et à gauche du tableau ci-dessus. Il y en a d’autres, au lecteur de les trouver !


Notons que Plusieurs des fondateurs de l’Union (1889) étaient francs-maçons. Chez les Compagnons Étrangers tailleurs de pierre (branche de Salomon), cette pratique de la double appartenance était même quasi systématique au XIXe siècle.
Les motivations de ce rapprochement étaient multiples. Après leur Tour de France, certains Compagnons cherchaient à maintenir des liens symboliques et de sociabilité fraternelle au-delà de l’aspect corporatiste du Compagnonnage. La franc-maçonnerie, également réseau d’entraide, offrait un filet de sécurité supplémentaire dans les villes sans siège compagnonnique. Enfin, ne négligeons pas le contexte militaire puisque, sous l’Empire, des Compagnons passaient par les loges militaires.
L’équerre, et le compas, emblèmes partagés, renvoient à la géométrie, art libéral fondamental pour les deux mouvements. Leur usage ne prouve pas une origine commune, mais plutôt un substrat culturel partagé lié à l’architecture et aux métiers du bâtiment.
Les similitudes rituéliques s’expliquent par des emprunts, des Compagnons à la Franc-maçonnerie, à partir du XVIIIe siècle. En effet, les rituels maçonniques étaient accessibles en librairie, et des Compagnons lettrés s’en sont inspirés pour enrichir leurs propres pratiques, jugées trop sobres et chrétiennes.
Il s’agit donc plus d’un héritage culturel, que d’une filiation.

La parenté ne doit pas être cherchée entre la Franc-maçonnerie spéculative (XVIIIe siècle) et tous les Compagnonnages, mais plutôt entre les loges opératives écossaises et anglaises (ancêtres de la franc-maçonnerie moderne), les compagnonnages européens de tailleurs de pierre (les Free-Masons anglais, par exemple). Le vrai lien réside dans leur culture commune : celle des métiers du bâtiment, des arts et des sciences connexes.
Si les deux mouvements partagent des symboles et des rituels, leur relation est davantage marquée par des emprunts historiques du Compagnonnage aux Francs-maçons et un héritage culturel que par une filiation directe.

Pays Guépin, le 08 juin 2026

Je prie le lecteur de noter que cette réflexion est personnelle, qu’elle est nourrie d’expériences vécues et de nombreuses lectures. Elle émane aussi d’échanges avec divers protagonistes Compagnons, Francs-maçons et de Pays pratiquant la double appartenance ou la rejetant. Elle n’engage que moi.

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Billet de Coeur-Loyal (N°2)

Par le Pays Roland Feuillas

La Rose et le Réséda de la Terre :


Pour une écologie de la foi et du vivant. Il y a deux manières d’habiter le monde, deux manières de regarder un champ de blé, deux manières de concevoir l’avenir. Aujourd’hui, face à la crise écologique, le vieux poème de Louis Aragon résonne d’un écho nouveau, spirituel et agronomique.
Celui qui croit au ciel. Celui qui n’y croyait pas.

Celui qui croyait au ciel :

L’alliance franciscaine avec le vivant :
Celui qui croit au ciel n’attend pas une récompense après la mort ; il voit le sacré ici-bas, « à chaque pas » dirait Giono, au contact de la matrice du Vivant. A la suite de Saint François d’Assise, il contemple un écosystème ayant mis cap vers son climax – là où les arbres, le végétal, l’animal, les insectes et la vie du sol s’unissent dans une harmonie parfaite – et il y décèle une intelligence supérieure.

Pour lui, cultiver n’est pas un acte basiquement productiviste, mais servir une véritable communion. Il a la foi. Non pas une foi dogmatique, mais une confiance absolue dans la résilience de la Terre.

Il sait que le sol n’est pas un support mort à perfuser de chimie pétrolière, mais un organisme vivant capable de s’auto-régénérer si l’Homme accepte de devenir son humble partenaire plutôt que son tyran. A l’inverse, se tient celui qui ne croit pas au ciel : l’orgueil de la chimie et le jeu à somme nulle. Séparé du vivant, il a sombré dans l’illusion de son autosuffisance.

Ne croyant qu’en lui-même, en sa technique et en ses formules de laboratoire, il pratique une agriculture d’extraction et de prédation.

Cette approche moderne repose sur une logique comptable et réductionniste, parfaitement résumée par le slogan partisan :
« Pas d’engrais chimique, pas de blé ; pas de blé, pas de pain ».
C’est le triomphe de la pensée linéaire contre la pensée complexe.

En enfermant l’agriculture dans cette équation simpliste, l’extractiviste joue un jeu à somme nulle : une logique destructrice où, pour que l’homme gagne un rendement immédiat, il est mathématiquement obligatoire que la nature perde sa substance.
On tue la biologie du sol pour nourrir la plante à court terme, condamnant la terre à la dépendance et à la stérilité.

Le drame moderne : L’otage et la tour.

C’est ici que le poème d’Aragon atteint sa tragique vérité. Dans le texte de 1943, le chrétien et l’athée mouraient ensemble pour délivrer la France prisonnière.

Dans notre siècle, le drame a changé de visage :

l’otage, la prisonnière de la tour, c’est la biomasse (le Vivant) elle-même.

Le véritable péril de notre temps est que l’aveuglement de celui qui ne croit pas au ciel — celui qui épuise les sols par la chimie et l’extraction — est en train de détruire la possibilité, même pour celui qui y croit, d’admirer et de cultiver le climax.

Si le jeu à somme nulle continue, il n’y aura plus de gagnant. La prisonnière mourra avec ses geôliers.

Pour une réconciliation écologique.

Diffuser l’agroécologie, ce n’est pas seulement proposer une solution alternative, c’est opérer une conversion intellectuelle, philosophique, poétique et spirituelle.

Il est temps de dépasser les invectives et les slogans réducteurs pour embrasser la pensée complexe de l’écologie. Il nous faut faire comprendre à ceux qui ne croient qu’à eux mêmes que la Nature n’est pas un adversaire à vaincre, mais elle est le système dont ils dépendent. Le sang de la terre et le sang des hommes sont liés. Pour que l’humanité ait encore du pain demain, il faut abandonner le jeu à somme nulle. Il est de la plus haute logique écologique, scientifique et humaine, que pour que l’homme vive, la nature vive aussi. Ce que le poème d’Aragon nous lègue, une fois traduit dans l’équation du siècle présent, n’est pas une incantation poétique ou
une complainte moralisatrice.


C’est un théorème d’une rigueur absolue. L’approche extractiviste, celle de « celui qui ne croyait pas au ciel », repose sur un postulat mathématiquement intenable : l’illusion qu’un sous-système (l’économie humaine) peut croître indéfiniment en détruisant le système global qui le contient (la biosphère).


Le slogan relevant d’un parisianisme productiviste : « Pas d’engrais, pas de blé, pas de pain » n’est pas une loi de la Nature, c’est l’aveu d’une dépendance technique que l’on a confondue avec une vérité agronomique.
A l’inverse, l’approche franciscaine, celle de « celui qui croyait au ciel » n’est pas une régression médiévale ; elle est l’expression la plus avancée de la thermodynamique et de la pensée complexe.


Elle reconnaît que la thermodynamique du vivant est à somme positive : le soleil donne l’énergie, le sol la transforme, la biodiversité la maximise et la rend métabolisante au genre humain. Dès lors, la démonstration est close :
Dans un monde fini, la guerre contre le vivant est un suicide logique.
L’agroécologie n’est pas une option idéologique parmi d’autres, elle est la condition sine qua non de la perpétuation du blé et du pain.


Pour que l’homme soit, il faut que le milieu permette son être. Ce que l’un nomme le Ciel et que l’autre nomme le Climax n’est qu’une seule et même réalité physique : la matrice de notre propre survie.

Quod erat demonstrandum.

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Bonjour Pays !

Bonjour, Pays !

‒‒ Qu’est-ce que ça signifie ?

― Que, toi et moi, nous sommes Compagnons. Que je te salue en Compagnon, que je te reconnais comme mon frère dans les valeurs et les engagements que nous avons pris, chacun auprès de nos Sociétés et des gens qui les composent, de nos Sœurs et Frères en nos valeurs.

― Moi, je suis Compagnon dans une autre Société que la tienne. Comme toi, je suis Tailleur de Pierre et mon chemin de formation fut long et semé d’embuches, de difficultés que j’ai dû affronter et vaincre. Je suis Compagnon, mais j’ai dû faire mes preuves. J’ai d’abord appris les bases de notre métier dans un Collège Technique où j’ai passé mon CAP. Ensuite, très jeune et mesurant bien mes lacunes, j’ai souhaité rejoindre le Compagnonnage. J’avais 17 ans quand je suis parti de chez mes parents pour rejoindre la Société qui m’a accueilli comme prétendant. J’ai passé une année, interne à la Cayenne de Bordeaux. Le Prévôt m’a trouvé un contrat de travail chez un artisan. Je gagnais mon premier salaire et je payais mes charges d’hébergement. J’apprenais l’indépendance et à gérer ma vie. Le soir je suivais les cours qui nous étaient prodigués par les Anciens, dessin, technologie, règlement intérieur et préparation de ma pièce d’Adoption.

A la fin de l’année, j’ai présenté mon travail d’adoption aux Anciens et ils ont décidé de m’adopter. Pas seulement par mon ouvrage ! Mais aussi pour mon comportement au sein de la Cayenne, avec les autres jeunes prétendants, ma tenue, mon assiduité aux cours et ma volonté de progresser et d’apprendre. C’est ainsi que mon Tour de France a débuté. L’année suivante, je l’ai passée à Tours ; puis Paris ; Strasbourg ; Lyon ; Marseille ; Toulouse : Clermont-Ferrand C’est là que j’ai présenté mon ouvrage de Réception. J’ai été reçu à 24 ans : Bordelais le Persévérant. Aujourd’hui, je suis marié, chargé de famille, patron de ma propre entreprise, Compagnon Sédentaire et je m’occupe des jeunes aspirants ou compagnons qui passent dans mon entreprise, poursuivant leur Tour de France. Conformément à l’engagement que j’ai pris, je transmets les valeurs de ma Société de Compagnonnage et je partage mes connaissances professionnelles pour permettre à ces jeunes de grandir dans la vie, grâce au Compagnonnage et à notre Beau Tour de France. Notre Compagnonnage est un parcours de formation, d’apprentissage d’un métier jusqu’à l’excellence, par le voyage et le Tour de France. On commence jeune et on grandit comme professionnel et comme être humain grâce aux voyages, aux rencontres, aux partages. Le parcours abouti à un titre, celui de Compagnon dans un métier. C’est une reconnaissance, mais ce n’est pas la fin ! C’est un engagement à vie, une promesse faite aux autres de servir d’exemple et de transmettre les valeurs d’excellence dans le travail, de respect de l’humanité et d’exemplarité dans le comportement. Et toi ? Parle-moi de ton compagnonnage !

― J’ai le bonheur d’appartenir au Compagnonnage Egalitaire ! La réflexion, les valeurs de métier, d’excellence, et les richesses spirituelles partagées sont les mêmes que toi. Mais constatons que la société humaine, dans son ensemble, a changé depuis la fin du XIXème siècle, période où ton Compagnonnage s’est structuré. Aujourd’hui nous avons plusieurs vies dans une vie et rares sont les gens qui s’engagent, tout au long de leur vivant, dans une seule et même profession ! Aujourd’hui, on rencontre des femmes dans tous les métiers, même ceux que l’on croyait réservés aux hommes pour des raisons de force physique. La société a changé parce qu’elle a su améliorer les conditions de travail, réduire, voire supprimer les pénibilités, modifier les regards et les comportements sexistes. Aujourd’hui, il y a des femmes Tailleuse de pierre, Maçonne, Charpentière, Cuisinière, Pâtissière, et les Égalitaires ont voulu accueillir ces femmes pour être des Compagnons ! Depuis peu, les autres Sociétés de Compagnonnage accueillent également des femmes, mais ce sont les Égalitaires qui furent les premiers, dès 1978 ! Bien-sûr, il nous a fallu effectuer un gros travail d’adaptation, sans jamais renier les valeurs ni les rites qui font les caractéristiques et l’identité du Compagnonnage.

Le fonctionnement des Sociétés traditionnelles de Compagnonnage ne permet qu’aux jeunes qui démarrent dans leur vie professionnelle de suivre ce parcours initiatique qu’est le Tour de France. Le Titre de Compagnon n’est donc réservé qu’à une catégorie de professionnels qui ont pu réaliser ce choix de formation, ce parcours unique, apprendre de cette façon. Il ne s’agit là que d’un constat factuel, sans aucun jugement de valeur. Si on n’a pas entrepris son périple au sortir de l’apprentissage qui amène à être Compagnon avant 30 ans, on ne peut plus obtenir ce titre.

Les Égalitaires raisonnent autrement et proposent une alternative à celles et ceux qui ont démarré jeunes dans un métier, mais qui pour des raisons de vie ou d’opportunité, n’ont pas pu intégrer une Société Traditionnelle de Compagnonnage. Ils ouvrent grand les bras, à celles et ceux que la vie aurait orienté, souvent malgré eux, vers des professions non choisies, imposées par la nécessité. Il arrive de plus en plus souvent que ces gens, quand ils en ressentent le besoin impérieux, ou qu’une occasion se présente, se réorientent vers des métiers manuels. Cependant pour eux, le Compagnonnage traditionnel est inaccessible. J’ai rencontré tout au long de mon parcours sur les chantiers de très grands professionnels, passionnés, ouvriers accomplis avec un grand talent, un grand savoir-faire, un merveilleux savoir être, et qui n’étaient pas compagnon.

C’est à ces gens-là que les Égalitaires ouvrent les bras.

Puisque tu me demandes de te parler de moi, jusqu’à 22 ans, je n’ai pas pu choisir ce que je voulais faire. Abandonné par mes parents, enfant de la DDAS, j’ai été trimbalé de familles d’accueil en centres pour enfants, puis en foyers de jeunes travailleurs et du foyer au Service Militaire. Ce n’est qu’en sortant de là que j’ai décidé de devenir Tailleur de Pierre. J’ai appris mon métier à l’AFPA de Blois et j’ai obtenu un Titre Professionnel de Tailleur de Pierre en 1973. J’ai fait un tour de France, à ma façon, en homme libre, en curieux, en Renard ! J’ai travaillé dans plusieurs entreprises, dans le Val de Loire, puis j’ai taillé le granit dans le Bassin du Sidobre. En 1980, épris de liberté, je m’installe à mon compte. J’embauche des jeunes qui sont sur le Tour de France, je les forme pour le compte de la FCMB de Bordeaux. La Chambre des métiers me propose le titre « d’Artisan En Son Métier » une Première Reconnaissance valorisante, pour moi. Mais je me rends compte que je n’aurai pas accès aux chantiers qui me font rêver : Les Monuments Historiques.

Alors, je cesse mon activité artisanale et je m’engage dans des entreprises qualifiées MH. D’abord via l’intérim. Les conducteurs de travaux me remarquent et me proposent un CDI que j’accepte avec bonheur. C’est une Seconde Reconnaissance. Et je travaille sur des sites majestueux : Cathédrales de Bordeaux, Tours, Poitiers, Périgueux ; Châteaux de la Loire ; Villas somptueuses à Nice ; Fort de France en Martinique ; Château d’Henri IV à Pau ; Château des Ducs d’Épernon à Cadillac ; Grand Théâtre de Bordeaux etc. … etc… Je forme des apprentis, je deviens Chef de Chantier MH : Troisième Reconnaissance pour le gamin abandonné que j’étais. À 55 ans, un peu fatigué, mais encore bien dans ma tête, j’effectue une année de formation de sculpteur ornemaniste à la FCMB de Libourne et j’obtiens mon certificat de capacité de sculpteur : Quatrième Reconnaissance. Je pense alors que j’ai fait le tour de mon métier et j’ai envie de partager, de transmettre ce que j’ai acquis. Un comportement de Compagnon ! Je deviens Formateur en Maçonnerie du Bâti Ancien, d’abord à l’AFPA. Je leur devais bien ça ! C’étaient eux qui m’avaient offert les bases, des décennies plus tôt. Puis la FCMB m’engage, dans leur centre de Floirac, pour former leurs stagiaires et leurs Aspirants.

Non, je n’étais pas Compagnon, puisque je n’avais pas suivi le cursus d’une Société Traditionnelle. Mais j’ai fait un parcours professionnel que pourraient envier bien des Compagnons de n’importe quelle Société de Compagnonnage Traditionnelle. J’ai formé des dizaines d’ouvriers, sur les chantiers, en entreprises, en centre de formation et même quelques dizaines de compagnons qui étant sur leur Tour de France, ont profité de mes enseignements.

Et puis un jour, en 2013, un Pays m’a demandé si j’aimerais bien rejoindre le Compagnonnage Égalitaire. Ce fut pour moi, un honneur, un bonheur et l’Ultime Reconnaissance qui me fût offerte. Ensuite, tu sais comment ça se passe, puisque les rituels sont les mêmes : Adoption… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Puis Réception… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Je suis Guépin Belles Lettres, Compagnon du Devoir Égalitaire, Adopté et Reçu en Chambre d’ Angoulème, Tailleur de Pierre.

Un Compagnon, c’est un ouvrier instruit qui prête un serment, et qui détient un secret, mon Pays.  Chez nous, comme chez vous.

― Merci pour ces éclaircissements, Coterie ! Ah oui, j’oubliais, chez nous, les Coteries sont les Compagnons qui travaillent sur des échafaudages : Tailleurs de Pierre, Charpentiers, Couvreurs… Les autres sont des Pays.

― Chez nous, justement parce que nous sommes les Égalitaires, nous sommes tous des Pays, quel que soit le genre, le métier, sur terre ou en l’air. Par exemple, une femme charpentier sera Pays Compagnon CHARPENTIÈRE, on ne féminise que le nom du métier.

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La « Mère », bien plus qu’une logeuse !

Chez les Compagnons du Devoir Egalitaire, la figure de la “Mère” n’est pas présente, puisque nous n’avons pas de Cayenne pour recevoir et héberger des jeunes itinérants qui feraient leur tour de France. Pourtant, on ne peut pas ignorer cette personne devenue rare au sein des sociétés de compagnonnage actuelle.

Photo Personnelle Guépin – Ascension 1979 à la FCMB Bordeaux – En ma qualité de « Singe » artisan Tailleur de Pierre et employeur de Compagnons du Tour de France, j’avais été invité à cette cérémonie. Je suis le second, tout en haut à droite et mon ouvrier adopté ce jour-là se trouve à la droite de Madame Laran, Mère des Compagnons.

Madame LARANétait une femme au grand cœur, bienveillante, qui accueillait et accompagnait les jeunes compagnons lors de leur Tour de France. Elle ne remplaçait pas une maman, mais était un repère loin des foyers des itinérants.

Madame LARAN – Mère à la FCMB Bordeaux – 1979

Dans la plupart des Sociétés de Compagnons, la figure de la Mère occupe une place centrale, à la fois symbolique et pratique. Historiquement, la Mère était la tenancière de l’auberge ou de la maison où les compagnons itinérants étaient hébergés. Elle bénéficiait d’un respect particulier et avait pour mission d’accueillir, de nourrir et d’héberger les jeunes, souvent arrivés sans ressources. En échange, les compagnons s’engageaient à ne laisser aucune dette en partant et à respecter les règles de la maison.

Aujourd’hui, la Mère ( Bien que salariée et employée de la Société de Compagnons) anime la maison d’accueil et joue un rôle d’accompagnement moral, administratif et social auprès des jeunes en formation. Elle les soutient dans leurs démarches quotidiennes (gestion du budget, relations familiales, intégration dans la communauté) et veille à ce que tout se passe bien, surtout pour les nouveaux arrivants. Sa sensibilité et son expérience en font une figure de soutien privilégié, complémentaire à celle des compagnons eux-mêmes. La Mère est choisie pour ses vertus et sa fidélité aux valeurs du compagnonnage. Elle incarne une tradition ancienne, toujours vivante, qui met l’accent sur l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des jeunes dans leur parcours de formation et de croissance personnelle. La Mère est bien plus qu’une simple logeuse : elle est une figure maternelle, respectée et indispensable à la vie compagnonnique, garantissant la transmission des valeurs et le bien-être des itinérants. Il existe plusieurs Mères célèbres dans l’histoire du compagnonnage, comme la Mère Jacob, très aimée des compagnons boulangers, qui a géré sa Cayenne de 1820 à 1863 à Tours. Une autre figure marquante est Berrichonne la Bonté, Mère de la Cayenne de Châteauroux, qui a même été décorée de la Légion d’honneur pour son engagement social et moral auprès des compagnons.

Pour devenir Mère chez les Compagnons du Tour de France, il faut généralement avoir une expérience dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes, souvent en tant que « maîtresse de maison » ou « Dame-Hôtesse » avant d’être choisie par la communauté compagnonnique. Le rôle est attribué à vie, et la Mère doit faire preuve de qualités humaines exceptionnelles : écoute, bienveillance, sens de l’organisation et attachement aux valeurs du compagnonnage. Marie-Claude Baraldo, par exemple, a raconté son parcours pour devenir Mère, soulignant l’importance de l’engagement et de la transmission auprès des jeunes et des anciens. Pour être Mère des Compagnons du Tour de France, plusieurs qualités et critères sont essentiels, souvent mis en avant par les témoignages et les traditions compagnonniques :

Accueil et écoute : La Mère doit savoir accueillir chaque jeune avec bienveillance, être à l’écoute de ses besoins et de ses difficultés, et créer un climat de confiance et de soutien moral. Elle accompagne les itinérants, parfois très jeunes et éloignés de leur famille, dans leur parcours de formation et de vie quotidienne.

Sens de l’organisation et gestion : Elle est responsable de l’administration, du bon ordre de la maison, et veille à ce que tout se passe bien, notamment pour les nouveaux arrivants. Elle peut aussi aider les jeunes dans la gestion de leur budget ou de leurs démarches personnelle.

Fidélité aux valeurs du compagnonnage : La Mère doit incarner et transmettre les valeurs de respect, de solidarité, de transmission et d’excellence qui sont au cœur de l’esprit compagnonnique.

Expérience et maturité : Souvent, la Mère a d’abord exercé le rôle de « maîtresse de maison » ou « Dame-Hôtesse », ce qui lui permet d’acquérir l’expérience nécessaire avant d’être choisie par la communauté. Le titre de Mère est généralement attribué à vie.

Sensibilité et rôle maternel : Par sa sensibilité de femme et de mère, elle apporte un soutien moral adapté, complémentaire à celui des compagnons, et sait accompagner les jeunes dans leur croissance personnelle et professionnelle.

En résumé, la Mère des Compagnons est une figure d’autorité morale, de soutien et de transmission, choisie pour ses qualités humaines et son engagement envers la communauté.

La désignation officielle d’une Mère des Compagnons du Tour de France repose avant tout sur la reconnaissance par la communauté compagnonnique elle-même. Voici comment cela se passe généralement, d’après les traditions et les témoignages : Choix par les Compagnons : C’est la communauté locale (les compagnons sédentaires et itinérants) qui propose et valide la candidature d’une femme pour devenir Mère. Ce choix se fait en fonction de ses qualités morales, de son engagement, de son expérience dans l’accueil et l’accompagnement des jeunes, et de sa fidélité aux valeurs du compagnonnage.

Cérémonie et engagement à vie : Une fois choisie, la désignation est souvent officialisée par une cérémonie au sein de la maison ou de la province compagnonnique. La Mère est alors reconnue comme telle à vie, et son rôle devient une mission permanente, au service des jeunes et de la communauté.

Reconnaissance symbolique : La Mère est respectée par tous les compagnons, qui l’appellent « Notre Mère ». Son autorité morale et son rôle d’accompagnement sont centraux dans la vie de la maison.

La désignation est un processus communautaire, basé sur la confiance et l’expérience, et non sur une élection formelle ou un diplôme. C’est une reconnaissance de pairs, qui consacre une femme pour son engagement et ses qualités humaines.

SOURCES :

Les photos sont issues des archives de la FCMB Bordeaux, remises aux invités présents ce jour-là. (Ascension 1979)

Les informations proviennent de recherches effectuées à partir des sites :

www.museecompagnonnage.fr

www.compagnonsdutourdefrance.org

www.editions-cairn.fr

www.radiofrance.fr

www.compagnonnage.fr

www.rosada.net

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Dans le cadre du Devoir de transmission :

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Hé, les Pays ! N’auriez-vous pas omis quelque chose ?

Un Ancien Pays Peintre transmet son savoir à un jeune Aspirant. (Photo NC-Guépin-)

Hé ! Pays Artisans, Compagnons Egalitaires ! Vous devez transmettre votre savoir et vous engager dans la formation.

« Un métier sans transmission est un métier en voie de disparition. Et vous, que voulez-vous laisser derrière vous ? »

« Former un jeune, c’est sculpter l’avenir de votre métier. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’outil. »

« Votre savoir-faire est un trésor. Ne le laissez pas s’éteindre : transmettez-le. »

« Un apprenti aujourd’hui, c’est un maître demain. Le Compagnonnage Egalitaire en est la preuve. »

« Recruter un jeune, c’est investir dans la pérennité de votre art. Le Compagnonnage Egalitaire vous accompagne. »

Hé ! Vous, jeunes gens qui rêvez d’aventure et d’excellence ! Choisissez nos métiers et à rejoignez le Compagnonnage Egalitaire !

« Devenez l’héritier des gestes qui ont bâti la France. Le Compagnonnage Egalitaire vous ouvre ses portes. »

« Boulanger, menuisier, tailleur de pierre… Ces métiers ne demandent pas seulement des bras, mais une âme. La vôtre ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : l’école de l’excellence, où chaque jeune devient un artisan d’exception. »

« Vous cherchez un métier qui a du sens ? Ici, on ne fabrique pas que du pain ou du bois… on façonne des destins. »

« Un tour de France, des rencontres, un savoir unique : le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’aventure qui change une vie. »

Un jeune aspirant fleuriste formé auprès d’une Artisane, Pays Confirmée. (Photo IStock libre de droit)

Le Compagnonnage Egalitaire s’adresse à vous toutes et tous  (artisans + jeunes) pour créer un lien entre les générations et valoriser l’engagement collectif.

« Un artisan + un jeune = une transmission. Le Compagnonnage Egalitaire, c’est ce pont entre les mains. »

« Et si le futur de votre métier dépendait de cette rencontre ? Le Compagnonnage Egalitaire la rend possible. »

« La meilleure façon de préserver un savoir-faire ? Le partager. Rejoignez le Compagnonnage Egalitaire. »

« Ils ont 20 ans et des rêves. Vous avez 40 ans d’expérience. Ensemble, écrivez la suite. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est l’alliance parfaite : l’audace de la jeunesse et la sagesse de l’expérience. »

Pays, Artisans, Artisanes, Femmes et Hommes de l’art ! N’oubliez pas d’où vous venez ! Pensez à votre parcours ! Souvenez-vous de votre serment au Compagnonnage Egalitaire parce que :

« Sans transmission, un métier meurt. Avec vous, il renaît. »

« Le Compagnonnage Egalitaire : 1 jeune + 1 artisan = 1 avenir. »

« Votre métier mérite mieux que de disparaître. Formez la relève. »

« Et si le plus beau projet de votre carrière, c’était de former celui qui vous succédera ? »

« Le Compagnonnage égalitaire : parce que le talent n’a pas de genre.

« Imaginez un monde sans boulangers, sans charpentiers, sans tailleurs de pierre… Ce monde existe déjà, si nous ne formons pas nos jeunes. Le Compagnonnage Egalitaire  est la solution. »

« Chaque métier est une langue. Si personne ne l’apprend, elle disparaît. Parlez-la à un jeune. »

« Le Compagnonnage Egalitaire, c’est la chaîne humaine qui relie les générations. Ne la brisez pas. »

« Un métier, c’est comme une flamme : si on ne la transmet pas, elle s’éteint. Allumez celle d’un jeune. »

Pays du Compagnonnage Egalitaire, il vous faut sensibiliser le grand public et les institutions.

« La pénurie de main-d’œuvre dans l’artisanat n’est pas une fatalité. Le Compagnonnage Egalitaire prouve que la solution existe : former, transmettre, s’engager. »

« En 2026, 1 artisan sur 3 n’a pas de successeur. Et si la solution venait des jeunes que vous n’osez pas recruter ? »

« Le Compagnonnage Egalitaire : le seul réseau où l’on construit des cathédrales… et des vies. »

Nous avons entendu des choses encourageantes :

« Grâce à mon maître Compagnon Egalitaire, je suis devenu meilleur que lui. » (Un jeune)

« Former des apprentis, c’est ce qui me fait me lever le matin. » (Un artisan Compagnon Egalitaire)

« 80% des jeunes formés en Compagnonnage Egalitaire trouvent un emploi dans leur métier. Et vous, que faites-vous pour eux ? »

Une apprentie boulangère, Aspirant au Compagnonnage Egalitaire (Photo IStock Libre de droits)

Vive le compagnonnage !

Vive les Compagnons!

Vive les Egalitaires !

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Quand le dernier tableau sera Peint

Poème de Rudyard Kipling

Quand le dernière peinture de la terre sera achevée,

Et que les tubes de couleur seront tordus et desséchés,

Quand les plus anciens pigments auront pâli,

Et que le plus jeune critique sera mort,

Nous nous reposerons — et, ma foi, nous en aurons besoin —

Nous nous coucherons pour un âge ou deux,

Jusqu’à ce que le Maître de tous les bons ouvriers

Nous remette à l’ouvrage.

Et nul ne travaillera pour l’argent,

Et nul ne travaillera pour la gloire,

Mais chacun pour la joie de l’œuvre,

Et chacun, selon son pouvoir, pour son voisin.

Et alors, ceux qui auront fait les meilleures choses

Seront ceux qui auront travaillé le plus humblement,

Et il n’y aura plus ni grands ni petits,

Mais seulement des ouvriers heureux dans leur art.

LE BILLET DU SOUTIEN DE L’UNION (N°2)

Par le Pays Serge CANET

Les chantiers les plus prestigieux des meilleurs artisans parmi les meilleurs artisans seront jugés, pesés par les générations qui les apprécieront suivant l’idée qu’ils se feront des choses. La renommée des anciens sera oubliée, puis elle finira par disparaître. Ce ne seront pas les plus célèbres qui seront récompensés, ni même ceux qui auront travaillé avec sincérité, patience et humilité, sans avoir connu la reconnaissance. L’artisan ne peut travailler pour être célèbre, ni récompensé, ce serait un leurre ; la valeur d’un travail ne dépend pas de la reconnaissance immédiate ; il n’a pas seulement un ouvrage à réaliser, celui-ci doit s’inscrire dans le temps. Dès lors ce qui compte, c’est l’intégrité dans l’effort, alliée à la discipline silencieuse et durable.

Il occupe une fonction sociale ; il fait pour d’autres qui, pour une raison ou une autre ne savent ou ne veulent pas le faire ; ce qu’il sait faire devient, comme une sorte de service à une personne handicapée. C’était bien dans le langage de nos aînés de dire : « Servir un client. » L’ouvrier/artisan, le vrai est celui qui a continué son métier malgré les difficultés, l’indifférence et parfois même l’échec. La récompense n’est pas la gloire, mais avoir l’esprit en paix, et jouir de la contemplation de ce que l’on a su faire.

Le monde ! Oui le monde des réseaux, de la visibilité, qui nous renvoient au succès rapide, et surtout à la peur de ne pas être reconnu. S’il est artisan, et qu’il sait où son métier commence et où il s’arrête, et qu’il sait qui il est. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait quand personne ne regarde. A la fin, les meilleurs seront ceux qui auront continué à travailler quand tout semblait inutile.

Cela dit tout n’est pas parfait.

L’artisanat, le travail des mains peuvent être durs ; faire souffrir, et l’effort consenti n’être pas récompensé. On peut aussi te trouver face à des situations injustes ; travailler dur, sans reconnaissance.  Mais bien comprise, l’idée de ce que l’on doit faire n’est pas de se sacrifier aveuglément, mais plutôt : de ne pas laisser le regard des autres définir la valeur de son travail. Valoriser le travail sans attendre de récompense immédiate ; ne pas rechercher de gloire ; croire à une justice ultime du travail bien fait. Le travail, l’ouvrage libéré de l’ego, de l’argent, de la concurrence, et de la reconnaissance. Comme une sorte de renaissance après la fin d’un monde de travail toujours pénible.

Un « Maître » relancera la création.

C’est un humanisme artisanal : il valorise le geste juste, le travail bien fait, et la joie de la contemplation du travail de ses mains. Mais hélas ! Il faut faire bouillir la marmite, c’est la raison pour laquelle tous ces espoirs, ces promesses sont promises pour après la mort :  cela suffira-t-il à contenter l’artisan qui jour après jour est dans la peine ?

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Insolite, mais vitale, la Feschine :

Photo collection Jean Missègue « Bordeaux Langage de Pierre » – 2007

Parmi les outils étranges de nos métiers ancestraux, il en est quelques-uns qui ont eu une longévité exceptionnelle, notamment la feschine, dont l’usage pluri-centenaire s’est arrêté seulement dans les années 1950.

La FESCHINE se porte comme un casque, elle repose sur les deux épaules, enveloppe la tête et le front est ceint d’une sangle en chanvre.

Cet outil n’a certes pas la grâce d’une rippe, la finesse d’un rabotin ou la solidité d’une boucharde, mais il soulagea tant de dos, d’épaules, de colonnes vertébrales qu’il mériterait d’être au panthéon des grandes découvertes. Sa forme est si particulière qu’au premier abord on a du mal à en deviner la fonction. Son profil est plutôt grossier et sa texture matelassée peu raffinée. Et pour cause ! Cet outil couramment utilisé sur les chantiers était destiné à transporter des blocs de pierre, et pas n’importe lesquels, des « doublerons » (1) qui pesaient de 80 à 120 kilos selon la densité et 250 kilos pour les consoles de balcons !

Sur ce document du moyen âge, on voit un portefaix montant à l’échelle chargé d’une feschine.

Fabriqué par les Espagnols

Son origine est peut-être espagnole plus sûrement basco-espagnole, la technique de fabrication s’inspirant de celle des espadrilles et des sandales. Les cordiers de Bordeaux, souvent d’origine espagnole, exerçant près du port dans le quartier Saint-Michel, maîtrisaient à la perfection sa fabrication : une forte toile de lin ou de chanvre enveloppe une forme en paille très compressée et dure.

Au dessus, un plateau permettait de recevoir la section la plus longue de la pierre. Un velours rouge ou d’une autre couleur tapissait sa partie concave pour rendre confortable l’emplacement de la tête. Le poids reposait à la fois sur les épaules et la colonne vertébrale du porteur qui était choisi fort et vaillant. Le porteur de pierre, appelé dans le métier porte-pièce ou portefaix, pouvait monter sur les échafaudages jusqu’à 40 blocs par jour. Mais il fallait s’aider de la boisson « certain ouvriers buvaient jusqu’à 10 litres de vin par jour ! » me confiait il y a quelques années Jean Missegue, un ancien tailleur de pierre.

A Bordeaux, au 44 rue Saint François, l’Hôtel de la Perle présente sur sa façade un célèbre portefaix muni de sa feschine, ayant posé cet élément de balcon à dos d’homme. Photo NC-Guépin

La feschine a disparu officiellement en 1936. Mais son usage perdura dans quelques petites entreprises et très localement dans le Sud-Ouest de la France jusque dans les années 1950.

Un bandeau frontal en cordage tressé (au temps de la marine à voile Bordeaux possédait de nombreuses corderies), ceignait le front et surtout stabilisait la feschine et sa charge sur ses épaules.

« Pour soutenir le fardeau jusqu’à l’échelle, le portefaix se déplaçait à petits pas, le corps en rotation lente de droite à gauche et de gauche à droite. » racontait Lucien Lanao, interviewé dans « Bordeaux, langage de pierre » (2).

« Le moindre faux pas et on tombait à la renverse ».

Pour supporter le poids de la pierre et du porte-pièce on confectionnait des échelles solides dont les barreaux, très rapprochés, étaient en acacias et les montants en sapin du nord.

Source : Article rédigé par CADISH, le 7 juin 2010 pour le Journal Sud-Ouest

(1) Le Doubleron désigne la pierre de construction bordelaise dite de remplissage (ou parpaing) dont les dimensions sont de 32,5 cm de hauteur (assise) 28 cm d’épaisseur et 60 cm de longueur. Bien pratique pour estimer la hauteur d’un immeuble, puisque 3 doublerons empilés plus les deux joints intermédiaires mesurent 1 mètre. On compte le nombre d’assises, on divise par trois et on obtient la hauteur du bâtiment.

(2) « Bordeaux, langage de pierre «  de Jean Missegue – 2007.

Jean Missègue, ici en 2009, et qui nous a quitté, est l’auteur de l’ouvrage consacré à « Bordeaux, Langage de pierre » publié en 2007. (Photo Sud-Ouest – 2009)