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Pourquoi suis-je Compagnon Egalitaire ?

Escalier en pierre de frontenac, sur voûte sarrazine dans une tour ronde réalisation Guépin B.L. (Photo personnelle)

Et comment je comprends, je conçois et j’applique ses valeurs ?

Ce qu’on sait du Compagnonnage :

« Le Compagnonnage est un système de transmission des savoirs et des identités par le voyage, l’initiation et la formation professionnelle, alliant éthique, techniques et rites. » selon l’UNESCO (Classement 2010) Les principales sociétés de compagnonnage traditionnelles s’adressent à un public jeune : le candidat est d’abord APPRENTI (16 ans en moyenne) cette période permet de choisir et d’apprendre les bases d’un métier, de passer un CAP et de commencer à gagner sa vie avec ce métier. Puis il faut manifester son désir d’entrer au compagnonnage. Le jeune est alors adopté, selon un rituel à la symbolique très forte : il devient ASPIRANT et commence son TOUR DE FRANCE. Celui-ci permet, grâce au voyage de ville en ville, de se former à l’excellence de son métier, de devenir un homme meilleur en acquérant des valeurs de solidarité et de partage et de s’intégrer à la communauté des compagnons par la pratique de rites et rituels. Au terme de ses voyages qui peuvent durer cinq ans (parfois même sept ans !), l’aspirant demande à devenir compagnon. Il présente à ses pairs un ouvrage de réception appelé CHEF-D’OEUVRE et est reçu COMPAGNON à l’issue d’une cérémonie rituellique forte en symboles qui marquera le récipiandaire à vie.

Donc, les Compagnonnages traditionnels s’adressent à un public jeune puisque le parcours qui commence vers 16 ans, s’achève aux environs de 25 ou 27 ans. Ensuite, on ne peut plus devenir compagnon. C’est un système basé sur un fonctionnement ancestral, qui remonte au XIXème siècle et qui tient sur le principe selon lequel on choisit un métier pour la vie. Par exemple, on commence à travailler en qualité d’apprenti charpentier à 16 ans et on reste charpentier jusqu’à sa retraite.

Et les Egalitaires, dans tout cela ?

EGALITE ! Tout est contenu dans le mot. Au 21ème siècle, les gens changent de métier plusieurs fois dans leur vie. Qui ne connait pas une personne, employée de banque ou travaillant dans une agence de pub et qui manifeste le désir de changer radicalement de vie en se consacrant à un métier manuel ? Les candidats des centres de formation pour adultes ne désemplissent pas, et d’ailleurs, les trois principales sociétés de compagnonnage se sont mises à proposer des formations à ce public. L’Association, la Fédération et dans une moindre mesure l’Union se sont investies pour bénéficier de la manne financière que représente le secteur, en surfant sur leur réputation d’excellence, mais si l’on forme ces gens, on n’en fera jamais des compagnons !

Ces personnes qui ont choisi, à 30 ou 40 ans, de tout quitter, de renoncer à une vie établie, souvent bien rémunérée, pour devenir boulanger, peintre en décor, menuisier ou maçon font souvent montre d’un foi, d’une application, d’une pugnacité et d’un amour du travail bien fait que bien des compagnons pourraient leur envier et ils n’auraient pas le droit, en raison de la limite d’âge, de candidater aux Compagnonnages ? Les Egalitaires ont dit non.

Une personne qui a appris son métier par un autre moyen que le Compagnonnage (Et il y en a de très bons !) et qui a grandi dans son métier, au point d’être excellent, de diriger efficacement des chantiers et d’autres hommes, d’être artisan en son métier, d’être formateur, d’avoir une véritable expérience professionnelle et humaine, qui a « voyagé la France * » et ailleurs, au fil des chantiers en Monuments Historiques, cette personne-là, si elle manifeste le désir sincère de rejoindre les valeurs du compagnonnage n’en aurait pas le droit ? Elle serait trop vieille et n’aurait pas suivi le cursus habituel ? Les Egalitaires ont dit non !

Les Egalitaires accueillent les femmes et les hommes, valides ou en situation de handicap, quelle que soit leur foi ou leur absence de foi, s’ils manifestent un intérêt pour les valeurs de partage, de transmission, d’entraide, de fidélité et de respect qui sont les fondements de notre société.

Ensuite, les rituels de passage, les valeurs et les exigences sont les mêmes que pour les autres sociétés de Compagnonnage. Les Egalitaires se sont ouverts à un plus large public, c’est tout.

Voilà, pourquoi, Moi Guépin Belles Lettres Compagnon du devoir Egalitaire de la Chambre d’Angoulème Tailleur de Pierre, j’ai rejoint les Egalitaires.

Vive le Compagnonnage,

Vive les Compagnons,

Vive les Egalitaires !

* Le titre du livre de Barret & Gurgang est « Ils voyageaient la France »

Escalier en pierre de Frontenac sur voûte sarrazine dans une tour ronde, dessiné, taillé et posé par Guépin Belles Lettres (Photo Personnelle)

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Billet du Soutien de l’Union (n°14)

L’assassinat d’Hiram par trois mauvais compagnons – Illustration originale Guépin Belles Lettres

La légende d’Hiram dans le compagnonnage.

Par leurs traditions les compagnons du Tour de France de tous les Devoirs disent que la construction du Temple de Jérusalem est à l’origine des compagnonnages ouvriers. Pour dater leur naissance ils lui donnèrent des origines glorieuses. D’autant qu’il n’y avait aucune trace de ce prestigieux passé, de son illustre promoteur, ni   de ses bâtisseurs émérites.

Dès-lors le mythe prit forme ; se propagea ; se perpétua s’amplifiant d’autant de rêves d’espoirs et de visions collectives, que la condition de ceux qui rêvaient était miséreuse. En dehors de fables consolatrices qui parlaient avec nostalgie d’un passé prétendument meilleur, et du mythe d’un âge d’or qui reviendrait, la condition de ceux qui de leurs mains œuvraient la matière, fut toujours, la condition d’une classe socialement basse. Le mythe du Temple de Jérusalem est ancien. Dans le moyen-âge il était couramment cité. C’est une mémoire qui dure et durera encore et continue de détourner du quotidien qui y consacre un temps d’étude.

Le 26 décembre 537, Justinien Ier, l’empereur byzantin atteint son but : construire un édifice surpassant en splendeur le temple de Salomon à Jérusalem. Lors de la dédicace de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, dédiée à la Sagesse, Justinien s’écria : «   Je t’ai vaincu Salomon. » C’est dire combien la construction de ce premier temple de Jérusalem aura marqué durablement les esprits de tous ceux, princes ou gueux, qui, de loin ou de près s’engagèrent dans l’acte de bâtir.

Héritier des ruines de Rome, l’occident chrétien favorisa ces fantasmes. Ces chimères enrichirent l’imaginaire des masses populaires bercées par les mythologies païennes, auxquelles s’agrégeait les histoires saintes juive et chrétienne, et enfin l’inconnu musulman. Jérusalem Le mot sonnait clair, il était irréel, inaccessible, légendaire : la terre sainte ! La quête mystique de tout ce qui comptait alors s’achevait à Jérusalem. Chaque période revêtait à la mode de son temps l’histoire de la construction du Temple de Salomon. La première légende que nous observons, celle qui influença et influence encore les compagnonnages de métiers est la légende d’Hiram.

La légende d’Hiram : compagnonale ou pas ?

Au XVIIIe siècle, des seuls milieux franc-maçonniques, une interprétation allégorique fut consacrée à la construction du Temple, et à un mystérieux personnage, jusqu’à lors inconnu : l’architecte du Temple nommé Hiram. Interprétation fabuleuse parce que l’on ne connaît pas d’architecte au 1er Temple de Jérusalem. Cela dit, le personnage d’Hiram est connu pour être Hiram1er Roi de Tyr et de Sidon ; il est cité dans la Bible au premier livre des Rois en 5. 15 : 

« … Hiram roi de la ville de Tyr avait toujours été un ami de David. Quand il apprit que Salomon avait été consacré roi pour succéder à son père David il envoya une délégation lui présenter ses vœux… »

Au second livre des Chroniques en 2. 2 : 

« …Salomon envoya à Hiram roi de la ville de Tyr le message suivant « Tu as fourni du bois de cèdre à mon père David pour qu’il puisse se construire sa résidence. Agis de même envers moi… »

Le personnage d’Hiram est connu aussi pour être un contemporain du roi de Tyr, un fondeur de bronze qui œuvrait sur le chantier du Temple de Jérusalem, et connu lui aussi sous le nom d’Hiram dans le premier livre des Rois en 7. 13 :

« … Il y avait à Tyr un spécialiste du travail du bronze nommé Hiram. Il était tyrien par son père mais originaire de la tribu de Nephtali par sa mère qui était veuve il était très habile et intelligent et il connaissait parfaitement la technique du travail du bronze. C’est pourquoi le roi Salomon le fit venir de Tyr pour fabriquer tous les objets dont il avait besoin… »

Ou encore Hiram-abi au second livre des Chroniques en 2. 12 et 13 : 

« … Eh bien maintenant je t’envoie un spécialiste particulièrement doué Hiram-Abi. Il est tyrien par son père mais originaire de la tribu de Dan par sa mère. Il sait travailler l’or l’argent le bronze le fer la pierre le bois et apprêter les étoffes teintes en rouge en violet ou en cramoisi et celles de lin fin il connaît aussi l’art de la gravure il saura même élaborer n’importe quel projet qu’on lui confiera. Il travaillera avec tes propres spécialistes et avec ceux que ton père le roi David avait désignés… »

Hiram architecte du 1er Temple de Jérusalem est une création littéraire.

La légende qui est soutenue par un fond de vérité dans le récit c’est-à-dire que d’un fait réel un esprit poétique peut enjoliver créer des anachronismes qui transforment l’inspiration du départ en un récit merveilleux. Ce récit de la Légende d’Hiram ne naissait pas de rien il reprenait un certain nombre de thèmes comme ceux : du talent, de la loyauté, de la jalousie, du mérite, de la lâcheté, de la vengeance dont l’on peut dire qu’ils étaient directement inspirés de traditions antiques ou de gestes médiévales. La lecture de ce récit conduit exclusivement à la symbolique et l’ésotérisme franc-maçonniques. Ce qui n’est bien, mais n’est pas l’objet des compagnonnages 

La légende d’Hiram est franc-maçonnique.

Le compagnonnage est français, dès-lors que la tradition franc-maçonnique est anglaise. Ce récit est l’ossature d’une pratique rituelle à compter du troisième grade de cet ordre. La Franc-maçonnerie n’a pas d’origine commune avec les compagnonnages ouvriers français. Les compagnonnages sont français et seulement français. D’autres formes, dans d’autres cultures existent, mais ils n’ont pas la même origine. Comme pour le compagnonnage français ils n’ont pas d’origine commune avec la Franc-maçonnerie. Le croire est une méprise. Un grand nombre des représentations franc-maçonniques : insignes, emblèmes, cérémonies… ressemblent à celles des compagnonnages. Ce qui diffère est plus important, ce ne sont que des apparences qui ont une similitude de forme. Ça en a l’odeur la chanson la couleur…mais ça n’en est pas  La Franc-maçonnerie tire sa tradition des exemples fournis par les métiers du bâtiment des corporations anglaises. Le compagnonnage est une organisation parallèle aux corporations françaises de l’ancien régime : il était opposé à celles-ci. Il tire, pour l’essentiel ses origines sociales, de l’opposition entre les maîtrises et les jurandes et les mouvements de valets qui, dès le 13ème siècle se constituent.

Ces deux traditions tirent leurs origines des mêmes métiers du bâtiment anglais ou français : comment n’y aurait-il pas de représentations utilisant les mêmes images ? Comment échapper au compas, à l’équerre, au maillet, fil-à-plomb, niveau et autre levier ?

Au XVIIIe siècle les légendes médiévales portaient et animaient les traditions des compagnonnages. Elles devinrent désuètes, chargées d’archaïsmes, que l’inspiration fut religieuse ou pas.

Un nouveau monde s’offrait à tous.

Les groupements compagnonaux furent traversés par le siècle. Ils étaient déjà loin les interdits des docteurs de la Sorbonne en 1655 qui condamnaient les compagnonnages de mise en état de pêché mortel. Au XIXème siècle la majorité des compagnonnages découvrirent cette légende qui s’imposait à eux. Elle ne remettait pas en cause celles qui l’avaient précédées : elle jouait de réformisme. Cette apparente nouvelle mouture de ce qu’étaient les légendes précédentes était une aubaine. Elle reprenait un certain nombre de thèmes préexistants dans les légendes antérieures. Preuve s’il en fallait une, selon les compagnons du temps, que la Franc-maçonnerie et les Compagnonnages de métiers avaient une origine commune, et peut-être même le compagnonnage était à l’origine de la Franc-maçonnerie. Ce qui était une blague.  Comme certaines théories qui prétendraient au contraire que la Franc-maçonnerie était à l’origine des compagnonnages. Ce qui était une plus vaste blague encore. 

Le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie sont distincts. 

Le XVIIIe siècle fut un siècle durant lequel le compagnonnage fut éprouvé dans ses traditions. Siècle durant lequel il perdit une partie de ses grands usages liés aux influences religieuses et chevaleresques. Influences ne veut pas dire que les compagnonnages aient eu une ascendance religieuse ou chevaleresque ; qu’ils aient été en quelque sorte que ce soit les descendants légitimes ou pas de ces ordres. Cela veut simplement dire que les faits, plus ou moins réels, cités dans les légendes chrétiennes et les gestes médiévales ont inspirés et servis d’ossature aux compagnonnages de métiers pour leurs propres traditions. Les vieilles légendes trop inspirées du catholicisme pour les postrévolutionnaires furent abandonnées. Au XIXème siècle, la transformant, l’adaptant, des compagnonnages trouvèrent la légende d’Hiram prête à porter, pensée, réfléchie, écrite, expérimentée par d’autres : ce fut ainsi qu’ils s’approprièrent Hiram. Dès lors ils purent rester des mouvements actifs parce que renouvelés. Ils préservaient l’essentiel de leur identité et conservaient des pratiques moins restrictives, mieux en accord avec les idées du temps. Le compagnonnage est planté dans le cœur battant de la classe des hommes de métier. Au XVIIIe siècle cette classe subissait les changements dans les modes de production avec les débuts de la mécanisation, et, pareillement à la société qui lui était contemporaine : elle s’ouvrait à des idées nouvelles. Même de plus loin le siècle des lumières brillait aussi pour les ouvriers.

Par quelle voie en eurent-ils connaissance ?

Avec certitude la première fois qu’ils en eurent collectivement connaissance ce fut par la publication en 1801 du « Régulateur du maçon » de 1785 qui dévoilait les rites maçonniques. La deuxième fois avec la publication en 1851 de l’œuvre de Gérard De Nerval « Voyages en orient » dans laquelle le poète donne une version ottomane de la construction du temple de Jérusalem, de la visite de la Reine de Saba, et de sa rencontre avec le fondeur : Adoniram. Une constante cependant Hiram n’appartenait pas aux compagnonnages ; ils ne le citèrent presque jamais, sauf les Compagnons Charpentiers De Liberté qui naquirent en 1804. Ils  se donnaient pour autre nom celui d’Indiens, et se groupaient sous le vocable d’Enfants d’Hiram puisqu’inscrit sur leur diplôme de Maître Initié  « les enfants d’Hiram seront vainqueurs. »

Le XIXe siècle en a fait une légende moralisatrice. Elle n’offre plus d’intérêt ; elle ne répond pas aux élans sociaux ou sociétaux de l’époque : elle est  devenue à son tour désuète, et chargée d’archaïsmes. Sauf, à considérer, que la légende est devenue « La Tradition » ce qui serait un pas à franchir, dont on ne saurait comment revenir.

N’est-ce pas déjà la réalité ?

Légende d’Hiram

Extraite du premier rituel

de l’Union Compagnonnique en 1890.

Lecture en était faite aux nouveaux compagnons à l’occasion des Réceptions.

(Collections PMJESDCEDLA)

C’est en Orient berceau de la civilisation qui fut aussi le berceau des légendes et des fables qu’est né le Compagnonnage. La construction du Temple de Jérusalem l’une des merveilles du monde et la mort tragique d’Hiram son glorieux architecte sont les éléments sur lesquels nos pères ont établi la tradition qui s’est transmise jusqu’à nous. L’architecte du Temple est donc le mythe vers lequel convergent tous les Devoirs comme tous les ordres Compagnonniques malgré les différents noms qui lui ont été donnés. Quel était cet homme ? D’où venait-il ? Son passé était un mystère  Envoyé au roi Salomon par le roi de Tyr ce personnage aussi étrange que sublime avait su dès son arrivée s’imposer à tous son génie audacieux le plaçait au dessus des autres hommes son esprit échappait à l’humanité et chacun s’inclinait devant la volonté et la mystérieuse influence de celui dont le talent dominait tous les autres. La bonté et la tristesse étaient peintes sur son visage assombri et son large front reflétait à la fois l’esprit de la lumière et le génie des ténèbres. Son savoir s’était acquis dans la solitude et n’avait jamais eu d’autres modèles que ceux que le désert lui avait fournis parmi les débris inconnus et les figures colossales de Dieux et d’animaux symboliques espèces évanouies spectres d’un monde ancien et d’une société disparue et morte.

Le pouvoir de celui que les historiens ont tour à tout nommé Hiram Hiram-abi Abiram ou Adhomhiram était grand  il commandait l’immensité des travailleurs réunis à la construction du temple parlait tous les idiomes depuis l’idiome sanscrit de l’Himalaya jusqu’au langage guttural des sauvages Lydiens. La renommée à la voix puissante en avait fait retentir les échos jusqu’aux extrémités du monde. C’est alors que la Reine Balkis renommée par sa beauté résolut de se rendre à Jérusalem pour saluer le grand monarque et se rendre compte par elle même des merveilles qu’il faisait édifier.

Salomon accueille avec enthousiasme la Reine de Saba et lui fait admirer le superbe édifice qu’il fait élever au Dieu mais chaque fois que la Reine demande  Qui l’a conçu ? Qui a exécuté les chefs-d’œuvre admirables qui ornent son palais et les travaux du Temple ? Le Roi répond  « C’est Hiram homme bizarre et farouche que m’a envoyé le Roi de Tyr ». Balkis est impatiente de connaître cet homme ainsi que de voir rassemblée sous ses yeux cette armée innombrable d’ouvriers de toutes sortes. Salomon lui dit que ces ouvriers dispersés de tous cotes seront peut être difficiles à réunir. Mais Hiram s’adosse à un portique extérieur et se faisant un piédestal d’un bloc de granit il jette un regard sur cette foule attentive et sûr d’être vu de toutes parts il fait un signe  le travail s’arrête comme par enchantement tous les visages se tournent vers lui. Le maître lève alors le bras droit et de sa main ouverte trace dans l’air le simulacre d’une équerre à ce signe de ralliement la fourmilière humaine s’agite comme si une trombe de vent l’avait bouleversée les groupes se forment se dessinent en lignes régulières en trois corps  principaux au centre les travailleurs de la pierre à droite ceux qui travaillent le bois et à gauche ceux qui s’adonnent à l’industrie des métaux. Ils sont là par centaines de mille la terre tremble sous leurs pas ils s’approchent semblables aux hautes vagues de la mer prêtes à envahir le rivage  point de cris point de clameurs on n’entend que le roulement lointain précurseur de l’ouragan ou de la tempête qu’un souffle de colère vienne à passer sur ses têtes et ces flots animés emporteraient dans le tourbillon de leur puissance tout ce qui voudrait faire obstacle à leur impétueux passage.

Hiram étend le bras cette armée demeure immobile. Devant cette force inconnue qui s’ignore elle même Salomon a pâli il jette un regard effaré sur le brillant mais faible cortège des prêtres et des courtisans qui l’entourent son trône va-t‑il être broyé et submergé par les flots de cet océan humain ? Non le maître fait un signe cette armée se disperse elle se retire frémissante mais obéissante à l’intelligence qui la domine et qui la dompte. Cette puissance était le Compagnonnage avant que la jalousie ne vint jeter son venin dans les rangs et rendre ennemis irréconciliables des ouvriers qui la veille s’aimaient et s’estimaient en frères. Quand au chef mystérieux qui commandait à ces légions d’hommes son génie devait bientôt soulever contre lui la haine des envieux des lâches et des traîtres il devait succomber et succomba sous les coups de trois mauvais Compagnons qui personnifiaient l’ignorance l’hypocrisie et l’ambition. Chaque soir après le départ des chantiers Hiram avait l’habitude de visiter les travaux pour se rendre compte de leur état d’achèvement et voir si ses ordres avaient été rigoureusement exécutés. Les ouvriers connaissaient ce détail. Aussi les trois mauvais Compagnons qui voulaient la paie des maîtres résolurent de profiter de cette occasion pour obtenir par la force ce qu’ils savaient ne pouvant l’obtenir par la raison. Armés chacun d’un outil ils s’embusquèrent aux trois portes principales sachant bien que le chef ne pourrait sortir que par l’une d’elles. Or ce soir là Hiram ayant fini son inspection sortit par la porte du sud. Il y est arrêté par le traître qui lui dit

« Il y a trop longtemps que vous me retenez dans les rangs inférieurs je veux de l’avancement admettez-moi au rang des maîtres ».

Avec sa bonté ordinaire le chef répond

« Je ne puis de mon autorité te donner ce que tu demandes travaille et lorsque tu auras terminé ton temps je me ferai un devoir de te présenter au conseil ».

« Je suis assez avancé répond le téméraire et je ne vous quitterai pas que vous ne m’ayez donné le mot des initiés ».

« Insensé  répond Hiram ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu travaille persévère et tu seras récompensé ».

Le traître insiste menace et sur un nouveau refus il lui assène sur la tête un violent coup de règle qui détourné par le geste du maître ne l’atteint que sur la nuque. Hiram inquiet veut se précipiter par la porte de l’orient mais là il est arrêté de nouveau par le deuxième traître qui fait les mêmes demandes et qui sur son refus lui porte au cœur un terrible coup de l’équerre dont il était armé. Etourdi par ce deuxième coup notre maître se dirige en chancelant vers la troisième porte par laquelle il espère échapper à ses assassins. Vain espoir il est arrêté de nouveau par le troisième conjuré qui lui demande aussi le mot des initiés

« Plutôt mourir s’écrie Hiram que de trahir le secret qui m’a été confié ».

Au même moment le scélérat lui assène sur la tête un violent coup de masse qui l’étend mort à ses pieds. Les trois meurtriers s’étant rejoint se demandèrent réciproquement la parole de l’initié. Voyant qu’ils n’avaient rien pu obtenir ils furent désespérés cachèrent le corps de la victime et s’enfuirent après avoir planté une branche d’acacia sur l’emplacement. Salomon devant un crime aussi odieux résolu de venger Hiram et fit mettre à prix la tête des assassins. Après bien des recherches ils furent découverts. Ramenés devant le roi ils furent condamnés à la mort la plus cruelle  Attaches à des poteaux par les pieds et par le cou les bras liés par derrière on leur ouvrit le corps depuis la poitrine jusqu’au bas ventre et on les laissa ainsi exposés à  l’ardeur du soleil l’espace de huit heures. Leurs plaintes devinrent si lamentables qu’on leur trancha la tête. Chacune d’elles fût exposée sur une pique dans le même ordre qu’ils avaient commis leur crime. 

La légende serait-elle Compagnonale ?

Cette légende s’adressait à un autre public que celui du compagnonnage. Elle correspondait parfaitement aux attentes d’une classe dirigeante et non pas à celles d’un prolétariat. Elle était explicite et très bien écrite, le dirigisme y était très apparent, peut être dans un souci de conformisme pour satisfaire une classe dirigeante  qui enflait les rangs de la franc-maçonnerie. La légende disait clairement que des ouvriers, sous la conduite et aux ordres d’un maître prestigieux, à la culture et aux connaissances universelles, édifièrent pour un encore plus grand et plus prestigieux personnage ; une œuvre remarquable de beauté et d’harmonie au point tel, que l’entièreté  du Monde en avait eu connaissance.

La légende ne dit pas qui sont ces ouvriers sinon qu’ils sont divisés en trois groupes ceux qui œuvrent la pierre ceux qui œuvrent le bois et ceux qui œuvrent les métaux. Pour ces milliers d’ouvriers  c’était l’anonymat ils n’étaient pas au centre de la légende.

Elle disait aussi que ces ouvriers obéissaient « au doigt et à l’œil » et ici plus précisément :

« … le maître fait un signe cette armée se disperse elle se retire frémissante mais obéissante à l’intelligence qui la domine et qui la dompte… »

Ces milliers d’ouvriers ne représentaient qu’une force de travail, des bras pour travailler et des yeux pour obéir à un Maître.

La légende poursuivait par la qualification des trois compagnons assassins : envieux, lâches, et traîtres, puis  ignorants, hypocrites, et ambitieux.

Les mots étaient-ils lâchés par hasard ? 

Un compagnon qui conteste et revendique une augmentation de salaire, puisque c’est ici le cas : « … les trois mauvais Compagnons qui voulaient la paie des maîtres… » Seraient par définition : envieux, lâche, traître, ignorant, hypocrite, et ambitieux ?

Être bon et loyal compagnon, pour les auteurs du récit signifiait : rester à la place attribuée par les Maîtres.

En poursuivant un traître de la légende dit :

« … il y a trop longtemps que vous me retenez dans les rangs inférieurs je veux de l’avancement… »

Le chef répond

« … Travaille et lorsque tu auras terminé ton temps je me ferai un devoir de te présenter au conseil… »

L’avancement était lié au temps plutôt qu’au talent / Qui fixait ce temps ?

Le récit promettait aux contrevenants de les remettre à la place qui était la leur.

Si ce récit n’avait pas influencé les idées et les comportements des compagnons de tous les Devoirs, il n’aurait pas à être commenté ; il est étranger aux compagnonnages de métiers.

C’est l’histoire, celle héritée du XIXe siècle ; ce récit a semé la confusion ; il a façonné l’esprit de nos devanciers ; il a pu participer à dresser les Compagnons contre leurs égaux en condition ; c’est à dire les autres ouvriers.

Il a pu les  conforter dans l’idée d’une sous-classe à la classe la plus basse dont eux-mêmes étaient issus.

Alors pourquoi cette dérive ?

Parce que la légende d’Hiram n’est pas compagnonale ; dans la tradition franc-maçonnique elle conduit à d’autres démarches philosophiques et spirituelles qui ne sont à aucun moment abordées dans les compagnonnages de métiers.

La légende d’Hiram induit dans la tradition franc-maçonnique au grade de maître l’identification de l’impétrant avec l’Hiram assassiné de la légende.

Hiram y meurt ?

Non ! 

Il revit dans le nouveau maître-maçon qui lui est substitué. Hiram ne meurt jamais, il continue à vivre dans tous les maîtres-maçons.

L’initiation est toute contenue dans cette substitution ; la chaîne ne s’interrompt jamais ; il y a toujours un maître pour prendre l’office d’un autre maître ; les travaux se poursuivent ; l’œuvre n’est pas abandonnée ; elle ne sera jamais achevée, mais elle se poursuivra. 

Pour pratiquer et comprendre la légende d’Hiram il faut être Franc-maçon un point c’est tout.

Ce récit n’a pas été écrit par les compagnonnages, parce qu’il leur était contradictoire.

Pour employer une formulation moderne, le compagnonnage est né d’une réaction ouvrière contre le patronat.

Dès son origine il lutta contre l’institution des maîtrises et des jurandes.

De tout temps les compagnonnages ont défendu les compagnons du secteur des métiers, notamment pour le droit d’association, la liberté de circulation, l’instruction professionnelle, la liberté du travail.

Ils étaient organisés en une seule catégorie qui ne comptait que des ouvriers.

Comment, ces ouvriers  devenus compagnons, auraient créé un collège de maîtres et divaguer jusqu’en faire l’objet d’une légende au contenu et au dénouement qui leur était fatal ?

Il faut le redire : ce thème récurrent dans les légendes qui font les compagnonnages de métiers induit continuellement les notions de mérite et d’ordre établi, ce n’est pas la légende d’Hiram qui l’a créé.

Les compagnonnages organisaient la vie dans l’entre-soi des compagnons, ce qui n’était pas  sans brutalité ni férocité.

La légende d’Hiram a été reprise par des compagnonnages en mal de renouvellement.

Ils y ont reconnu ce qu’ils  disaient sur le champ didactique et non pas sur celui du symbolisme.

Symbolisme qui, quoique l’on en dise, au même titre que l’ésotérisme est étranger aux compagnonnages.

Le drame, est la perte partielle de l’identité compagnonale, qui aboutit à ce qu’il faille un dictionnaire maçonnique pour déchiffrer ce qu’est devenu, dans certains cas, le compagnonnage.

Cela dit : la Franc-maçonnerie ambitionnait-elle de circonvenir les Compagnonnages ?

La réponse est trois fois non !

En revanche : quelle était l’intention de l’Union compagnonnique en introduisant la légende d’Hiram ?

Sinon de dissoudre le système compagnonal en montrant que les finalités apparentes du compagnonnage étaient contradictoires avec sa réalité.

(Collections PMJESDCEDLA)

LE RÉGULATEUR DU MAÇON.

Entre 1783 et 1785, publié en 1801 sous l’égide

du Grand Orient de France,

PREMIER GRADE, OU GRADE D’APPRENTI.

SECTION PREMIÈRE.

DES PRÉALABLES.

– Nul Profane ne peut être admis avant l’âge de vingt-un ans ; il doit être de condition libre et non servile, et maître de sa personne.

– Un domestique, quel qu’il soit, ne sera admis qu’au titre de Frère servant.

– On ne doit recevoir aucun homme professant un état vil et abject. Rarement on admettra un artisan, fût-il maître, surtout dans les endroits où les corporations et communautés ne sont pas établies.

– Jamais on n’admettra les ouvriers dénommés compagnons dans les arts et métiers.

– L’admission d’un Profane ne pourra être arrêtée que dans la troisième assemblée, en comptant celle où il aura été proposé.

– L’intervalle entre la proposition et l’initiation sera de trois mois ; mais cet intervalle pourra être réduit à quarante-cinq jours, si les circonstances l’exigent.

Ouvrez le ban !

Jamais on n’admettra les ouvriers dénommés compagnons dans les arts et métiers.

Fermez le ban !

Vive l’instruction !

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

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Bonjour Pays !

Bonjour, Pays !

‒‒ Qu’est-ce que ça signifie ?

― Que, toi et moi, nous sommes Compagnons. Que je te salue en Compagnon, que je te reconnais comme mon frère dans les valeurs et les engagements que nous avons pris, chacun auprès de nos Sociétés et des gens qui les composent, de nos Sœurs et Frères en nos valeurs.

― Moi, je suis Compagnon dans une autre Société que la tienne. Comme toi, je suis Tailleur de Pierre et mon chemin de formation fut long et semé d’embuches, de difficultés que j’ai dû affronter et vaincre. Je suis Compagnon, mais j’ai dû faire mes preuves. J’ai d’abord appris les bases de notre métier dans un Collège Technique où j’ai passé mon CAP. Ensuite, très jeune et mesurant bien mes lacunes, j’ai souhaité rejoindre le Compagnonnage. J’avais 17 ans quand je suis parti de chez mes parents pour rejoindre la Société qui m’a accueilli comme prétendant. J’ai passé une année, interne à la Cayenne de Bordeaux. Le Prévôt m’a trouvé un contrat de travail chez un artisan. Je gagnais mon premier salaire et je payais mes charges d’hébergement. J’apprenais l’indépendance et à gérer ma vie. Le soir je suivais les cours qui nous étaient prodigués par les Anciens, dessin, technologie, règlement intérieur et préparation de ma pièce d’Adoption.

A la fin de l’année, j’ai présenté mon travail d’adoption aux Anciens et ils ont décidé de m’adopter. Pas seulement par mon ouvrage ! Mais aussi pour mon comportement au sein de la Cayenne, avec les autres jeunes prétendants, ma tenue, mon assiduité aux cours et ma volonté de progresser et d’apprendre. C’est ainsi que mon Tour de France a débuté. L’année suivante, je l’ai passée à Tours ; puis Paris ; Strasbourg ; Lyon ; Marseille ; Toulouse : Clermont-Ferrand C’est là que j’ai présenté mon ouvrage de Réception. J’ai été reçu à 24 ans : Bordelais le Persévérant. Aujourd’hui, je suis marié, chargé de famille, patron de ma propre entreprise, Compagnon Sédentaire et je m’occupe des jeunes aspirants ou compagnons qui passent dans mon entreprise, poursuivant leur Tour de France. Conformément à l’engagement que j’ai pris, je transmets les valeurs de ma Société de Compagnonnage et je partage mes connaissances professionnelles pour permettre à ces jeunes de grandir dans la vie, grâce au Compagnonnage et à notre Beau Tour de France. Notre Compagnonnage est un parcours de formation, d’apprentissage d’un métier jusqu’à l’excellence, par le voyage et le Tour de France. On commence jeune et on grandit comme professionnel et comme être humain grâce aux voyages, aux rencontres, aux partages. Le parcours abouti à un titre, celui de Compagnon dans un métier. C’est une reconnaissance, mais ce n’est pas la fin ! C’est un engagement à vie, une promesse faite aux autres de servir d’exemple et de transmettre les valeurs d’excellence dans le travail, de respect de l’humanité et d’exemplarité dans le comportement. Et toi ? Parle-moi de ton compagnonnage !

― J’ai le bonheur d’appartenir au Compagnonnage Egalitaire ! La réflexion, les valeurs de métier, d’excellence, et les richesses spirituelles partagées sont les mêmes que toi. Mais constatons que la société humaine, dans son ensemble, a changé depuis la fin du XIXème siècle, période où ton Compagnonnage s’est structuré. Aujourd’hui nous avons plusieurs vies dans une vie et rares sont les gens qui s’engagent, tout au long de leur vivant, dans une seule et même profession ! Aujourd’hui, on rencontre des femmes dans tous les métiers, même ceux que l’on croyait réservés aux hommes pour des raisons de force physique. La société a changé parce qu’elle a su améliorer les conditions de travail, réduire, voire supprimer les pénibilités, modifier les regards et les comportements sexistes. Aujourd’hui, il y a des femmes Tailleuse de pierre, Maçonne, Charpentière, Cuisinière, Pâtissière, et les Égalitaires ont voulu accueillir ces femmes pour être des Compagnons ! Depuis peu, les autres Sociétés de Compagnonnage accueillent également des femmes, mais ce sont les Égalitaires qui furent les premiers, dès 1978 ! Bien-sûr, il nous a fallu effectuer un gros travail d’adaptation, sans jamais renier les valeurs ni les rites qui font les caractéristiques et l’identité du Compagnonnage.

Le fonctionnement des Sociétés traditionnelles de Compagnonnage ne permet qu’aux jeunes qui démarrent dans leur vie professionnelle de suivre ce parcours initiatique qu’est le Tour de France. Le Titre de Compagnon n’est donc réservé qu’à une catégorie de professionnels qui ont pu réaliser ce choix de formation, ce parcours unique, apprendre de cette façon. Il ne s’agit là que d’un constat factuel, sans aucun jugement de valeur. Si on n’a pas entrepris son périple au sortir de l’apprentissage qui amène à être Compagnon avant 30 ans, on ne peut plus obtenir ce titre.

Les Égalitaires raisonnent autrement et proposent une alternative à celles et ceux qui ont démarré jeunes dans un métier, mais qui pour des raisons de vie ou d’opportunité, n’ont pas pu intégrer une Société Traditionnelle de Compagnonnage. Ils ouvrent grand les bras, à celles et ceux que la vie aurait orienté, souvent malgré eux, vers des professions non choisies, imposées par la nécessité. Il arrive de plus en plus souvent que ces gens, quand ils en ressentent le besoin impérieux, ou qu’une occasion se présente, se réorientent vers des métiers manuels. Cependant pour eux, le Compagnonnage traditionnel est inaccessible. J’ai rencontré tout au long de mon parcours sur les chantiers de très grands professionnels, passionnés, ouvriers accomplis avec un grand talent, un grand savoir-faire, un merveilleux savoir être, et qui n’étaient pas compagnon.

C’est à ces gens-là que les Égalitaires ouvrent les bras.

Puisque tu me demandes de te parler de moi, jusqu’à 22 ans, je n’ai pas pu choisir ce que je voulais faire. Abandonné par mes parents, enfant de la DDAS, j’ai été trimbalé de familles d’accueil en centres pour enfants, puis en foyers de jeunes travailleurs et du foyer au Service Militaire. Ce n’est qu’en sortant de là que j’ai décidé de devenir Tailleur de Pierre. J’ai appris mon métier à l’AFPA de Blois et j’ai obtenu un Titre Professionnel de Tailleur de Pierre en 1973. J’ai fait un tour de France, à ma façon, en homme libre, en curieux, en Renard ! J’ai travaillé dans plusieurs entreprises, dans le Val de Loire, puis j’ai taillé le granit dans le Bassin du Sidobre. En 1980, épris de liberté, je m’installe à mon compte. J’embauche des jeunes qui sont sur le Tour de France, je les forme pour le compte de la FCMB de Bordeaux. La Chambre des métiers me propose le titre « d’Artisan En Son Métier » une Première Reconnaissance valorisante, pour moi. Mais je me rends compte que je n’aurai pas accès aux chantiers qui me font rêver : Les Monuments Historiques.

Alors, je cesse mon activité artisanale et je m’engage dans des entreprises qualifiées MH. D’abord via l’intérim. Les conducteurs de travaux me remarquent et me proposent un CDI que j’accepte avec bonheur. C’est une Seconde Reconnaissance. Et je travaille sur des sites majestueux : Cathédrales de Bordeaux, Tours, Poitiers, Périgueux ; Châteaux de la Loire ; Villas somptueuses à Nice ; Fort de France en Martinique ; Château d’Henri IV à Pau ; Château des Ducs d’Épernon à Cadillac ; Grand Théâtre de Bordeaux etc. … etc… Je forme des apprentis, je deviens Chef de Chantier MH : Troisième Reconnaissance pour le gamin abandonné que j’étais. À 55 ans, un peu fatigué, mais encore bien dans ma tête, j’effectue une année de formation de sculpteur ornemaniste à la FCMB de Libourne et j’obtiens mon certificat de capacité de sculpteur : Quatrième Reconnaissance. Je pense alors que j’ai fait le tour de mon métier et j’ai envie de partager, de transmettre ce que j’ai acquis. Un comportement de Compagnon ! Je deviens Formateur en Maçonnerie du Bâti Ancien, d’abord à l’AFPA. Je leur devais bien ça ! C’étaient eux qui m’avaient offert les bases, des décennies plus tôt. Puis la FCMB m’engage, dans leur centre de Floirac, pour former leurs stagiaires et leurs Aspirants.

Non, je n’étais pas Compagnon, puisque je n’avais pas suivi le cursus d’une Société Traditionnelle. Mais j’ai fait un parcours professionnel que pourraient envier bien des Compagnons de n’importe quelle Société de Compagnonnage Traditionnelle. J’ai formé des dizaines d’ouvriers, sur les chantiers, en entreprises, en centre de formation et même quelques dizaines de compagnons qui étant sur leur Tour de France, ont profité de mes enseignements.

Et puis un jour, en 2013, un Pays m’a demandé si j’aimerais bien rejoindre le Compagnonnage Égalitaire. Ce fut pour moi, un honneur, un bonheur et l’Ultime Reconnaissance qui me fût offerte. Ensuite, tu sais comment ça se passe, puisque les rituels sont les mêmes : Adoption… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Puis Réception… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Je suis Guépin Belles Lettres, Compagnon du Devoir Égalitaire, Adopté et Reçu en Chambre d’ Angoulème, Tailleur de Pierre.

Un Compagnon, c’est un ouvrier instruit qui prête un serment, et qui détient un secret, mon Pays.  Chez nous, comme chez vous.

― Merci pour ces éclaircissements, Coterie ! Ah oui, j’oubliais, chez nous, les Coteries sont les Compagnons qui travaillent sur des échafaudages : Tailleurs de Pierre, Charpentiers, Couvreurs… Les autres sont des Pays.

― Chez nous, justement parce que nous sommes les Égalitaires, nous sommes tous des Pays, quel que soit le genre, le métier, sur terre ou en l’air. Par exemple, une femme charpentier sera Pays Compagnon CHARPENTIÈRE, on ne féminise que le nom du métier.

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Expressions

La pierre, l’eau, le soleil

Une carrière de pierre calcaire (Vilhonneur) – Photo Guépin Belles Lettres

Quand j’apprenais mon métier, mon vieux Maître Compagnon Tailleur de Pierre, à qui je faisais remarquer comme j’étais émerveillé par la beauté du matériau que j’étais en train de tailler, me dit ceci :
-« C’est du Frontenac !
… Pose un peu tes outils, Petit, et écoute.
Toute la ville de Bordeaux a été construite avec les pierres qui furent extraites dans les carrières environnantes. Sur les bords de le Garonne, bien au sud de la ville, et jusqu’aux rives de la Dordogne dans ces
collines qui vallonnent l’Entre-Deux-Mers, nos anciens dégageaient la roche qui a construit Bordeaux.
Elle était ensuite transportée sur des charrettes tirées par des mules ou des chevaux de trait jusqu’au port fluvial le plus proche, puis chargée sur des gabarres, elles étaient livrées à Bordeaux, quai de Paludate, dans la Cale-aux-pierres au pied du château Descas où maçons et Tailleurs de Pierre venaient s’approvisionner.
Il faut que tu saches, mon Drôle, que cette pierre prenait le nom du port dans lequel elle avait été chargée et non pas celui du lieu d’où elle fut arrachée.
Il y avait donc des pierres de différentes qualités qu’on employait pour faire des seuils, des escaliers, des soubassements ou pour bâtir en élévation en fonction de la dureté. Aujourd’hui, parmi ces mille carrières qui furent exploitées en sous-sol, dont certaines sont devenues champignonnières ou chai de vieillissement du vin de Bordeaux, nous avons la chance qu’il nous
reste Les Pierres de Frontenac.
Ce sont de magnifiques carrières à ciel ouvert qui se situent entre Sauveterre-de-Guyenne et Branne, un peu au sud ouest de Rauzan.
Elles produisent tout ce dont nous avons besoin, toute la gamme des pierres marbrières les plus dures aux pierres fermes les plus douces, pour restaurer et entretenir le Patrimoine de Bordeaux. »
Alors jeune apprenti, je me permettais d’ajouter :
– « J’aime cette pierre, parce-qu’elle est coriace, elle résiste, mais elle est délicate sous le ciseau. Avec sa blondeur et ses veines fines et rousses comparables à une chevelure de femme, elle est lumineuse ! »
– « Tu ne crois pas si bien dire, Petit !
Il faut se lever tôt, un jour où il fait beau.
Tu traverses la Garonne à pied, par le Pont de pierre.
Tu t’installes sur le bord des quais, juste là, devant la gare d’Orléans et tu regardes les façades d’en face quand le soleil se lève.
À cette heure-ci, il ne darde pas.
Il n’éblouit pas. Il caresse.
Il illumine.
Tu verras, petit, les façades blondes te sourient, à toi, parce que tu sais les regarder et si tu insistes, si tu patientes, tu y verras de très légers reflets roses. C’est cette lumière, cette pierre et la Garonne qui font que cette ville est unique. »

Carrière de Bourg, 1983, mes deux complices Michel à la haveuse et Patrice qui descend les pales du Manitou. Débitage d’un bloc en front de taille. Photo Guépin Belles Lettres.


Guépin Belles Lettres

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Expressions Histoire

Vous avez dit Egalitaires ?

Agricol Perdiguier – (1805 – 1875) – Compagnon Menuisier Du Devoir De Liberté Dit Avignonnais La Vertu – Député de l ‘Assemblée Nationale Constituante de 1848 à 1851 (Montagnard)

«  Les compagnons ne se donnent pas entre eux le titre de Monsieur, mais particulièrement celui de pays.

Soyez Allemands, Espagnols, Turcs, Italiens, Russes, Anglais, Kalmouks, Américains, Asiatiques, Africains, Français, c’est tout un : vous êtes tous des pays.

Le compagnon est cosmopolite.

Il n’y a pour lui qu’un ciel, qu’une terre, qu’un monde, qu’un seul pays.

Aussi est-il partout dans son pays ; aussi tous les compagnons sont-ils ses pays.

Soyez nés n’importe où ; que votre visage soit blanc, ou noir, ou jaune, ou rouge, ou cuivré ; que Moïse, que Manon, que Mahomet ou Jésus soit votre prophète, votre Dieu, peu importe : vous êtes un compatriote, un pays, un frère.

J’ai vu des Espagnols, des Allemands, des Américains, des Belges, des Suisses, des Italiens, des Savoyards, des Marocains, l’emporter dans nos élections sur des Français, et devenir premiers compagnons, capitaines, dignitaires de notre Société.

Voilà du beau ! Voilà ce qui réjouissait mon âme ! »

Agricol Perdiguier – Mémoires d’un Compagnon – 1839 – pages 106 et 107

Question :

Il n’y a là que des hommes, mais où sont les femmes ?

A leurs places d’alors : Mères, épouses, sœurs, ou filles.

Est-ce le cas aujourd’hui ? Est-ce que nous devons nous comporter comme des hommes du XIXe siècle ?

Supposons :

Si Agricol Perdiguier était de notre temps, mépriserait-il les femmes qui feraient le même métier que lui, bien qu’il fut impensable qu’elles fussent menuisières à l’époque où il écrivait ce texte ?

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Expressions Transmission

Adresse à ceux qui doutent !

Par Le-Soutien-De-L ’Union      

On parle du Compagnonnage comme d’un mystère.

On le dit secret.

On l’imagine escondé (dissimulé) derrière des portes closes.

Mais écoutez-moi bien.

Le Compagnonnage n’est pas une ombre,

Il est la flamme d’une lampe, une lumière que l’on partage.

Regardez autour de vous.

Il est là.

Dans ces visages.

Dans ces mains.

Oui, il y a des rites.

Oui, il y a des paroles qui ne se jettent pas aux vents, des paroles que l’on garde avec respect.

Oui, il y a le Devoir.

Devoir n’est pas un mot comme un autre,

Il répond à l’injonction : « je dois ! »

Je dois à celui qui m’a appris.

Je dois à celle qui m’a soutenu.

Je dois à ceux qui viendront après moi.

Voilà le lien.

Un lien plus solide que tous ces assemblages savants.

Plus sûr que la pierre ajustée.

Un lien qui ne domine pas.

Un lien qui unit les Compagnons.

Qui ne les écrase pas.

Qui les élève.

On a fait du Compagnonnage une légende.

Mais derrière la légende, qu’y a-t-il ?

Une vérité plus belle encore.

La vérité des femmes et des hommes qui se lèvent tôt.

Qui apprennent un geste.

Qui recommencent jusqu’à l’apprivoiser et le posséder.

Qui doutent parfois.

Qui persévèrent toujours.

Qui refusent le travail terminé avant d’être commencé.

Qui veulent faire mieux que la veille.

Elle est, une légende, à leur vérité.

La vérité, c’est la transmission.

C’est une main qui guide une autre main.

C’est un regard exigeant… mais toujours bienveillant.

C’est un Pays qui accueille un autre Pays.

Une Chambre qui ouvre sa porte à un Pays.

Oui, le Compagnonnage s’appuie sur des mythes anciens qui viennent d’aussi loin que le travail existe.

Des récits qui parlent de bâtisseurs d’œuvres immenses, renommées, élevées vers le ciel.

Ces récits ne sont pas faits pour tromper.

Ils sont faits pour élever.

Comme le mur a besoin de fondations, toute grande communauté a besoin d’un récit fondateur pour tenir debout.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : le compagnonnage ne vit pas dans le secret.

Il vit dans la fraternité.

Il ne promet pas des privilèges.

Il propose un chemin.

Un chemin où l’on ne marche pas seul.

Le Compagnonnage transmet une exigence.

Pourquoi touche-t-il tant de cœurs ?

Parce qu’il parle à ce qu’il y a de plus simple en nous :

La fierté d’un ouvrage bien fait.

La joie d’être reconnu par les siens.

Le désir de grandir sans écraser personne.

L’envie de devenir meilleur… pour servir mieux.

Oui, le Compagnonnage est un mythe.

Mais un mythe vivant qui rassemblent.

Un mythe qui trace une route.

Huit siècles nous regardent.

Huit siècles de mains calleuses,

De regards attentifs,

De frères et de sœurs qui ont tenu bon.

Nous sommes les héritiers de cette fidélité.

Car un mythe ce n’est pas un mensonge.

C’est une lampe que l’on garde allumée quand tout vacille.

C’est une direction quand le monde tremble à force de profits et de facilité.

Le Compagnonnage est né dans la poussière des chantiers.

Dans l’odeur du bois.

Dans l’étincelle de l’enclume.

Il est né du travail humble.

Du travail vrai.

Et il affirme une chose immense :

Aucun métier n’est petit.

Aucune main n’est inutile.

Aucune personne n’est de trop.

Être Compagnon, ce n’est pas être au-dessus.

C’est être responsable.

Responsable de son geste.

Responsable de sa parole.

Responsable de son frère.

Responsable de sa sœur.

Ne pas laisser l’un tomber.

Ne pas laisser l’autre douter seule.

Se relever ensemble.

Voilà le cœur du Compagnonnage.

La droiture.

La fidélité.

La fraternité.

Pas une fraternité de façade.

Une fraternité vécue.

Depuis huit siècles, le Compagnonnage avance.

Il a traversé les guerres, les interdictions, les bouleversements.

Il a changé, il s’est adapté, mais il n’a jamais renoncé à l’essentiel.

Il ne vient ni d’un Orient fabuleux, ni des chevaliers des légendes.

Il est né ici.

Aujourd’hui encore, il explore son passé pour mieux construire l’avenir.

Il garde ses traditions, non pour se fermer, mais pour se rappeler d’où il vient.

Le Compagnonnage est universel, il passe, il change, avec le temps, s’il ne l’était pas le priverait de ce qui plaît, qui touche, qui attire qu’il puise dans l’époque qui le traverse, et qu’il traverse.

Ses symboles ne sont pas des secrets.

Ils sont des repères, des signaux.

Le Compagnonnage a toujours cherché à transformer la société en transformant l’homme.

Pas par des discours.

Par le travail.

Par l’exemple.

Par l’exigence.

Il discipline l’indiscipliné pour qu’il trouve sa place dans une société organisée.

Il affirme que la vie ne se réduit pas à survivre.

Que le métier peut élever.

Que l’ouvrage peut faire grandir celui qui le réalise.

C’est la raison pour laquelle il est toujours vivant.

Par sa force.

Par sa discipline.

Par sa fraternité.

Par cette volonté de servir le progrès des femmes et des hommes de métiers.

Le vrai mystère du Compagnonnage n’est pas dans ce qu’il cache.

Parce qu’il ne cache rien, il n’a rien à cacher, il n’y a pas de mystère.

 Sinon ce qu’il exige :

Faire du travail de ses mains une œuvre.

Faire de son métier un honneur.

Faire de sa vie un chemin droit et vertueux en toutes circonstances.

Voilà le Compagnonnage que l’on aime.

Et voilà pourquoi il est encore debout.

Levons nos verres pour une fraternité.

Pour celles et ceux qui ont transmis.

Pour celles et ceux qui transmettront.

Pour celles et ceux qui doutent encore et que nous accueillerons.

Rejoignez les Compagnons Égalitaires.

Soyez Compagnons Égalitaires.

Non pour être au-dessus.

Mais pour être ensemble.    

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

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Expressions Transmission

Le bestiaire des Compagnons, une tradition bien ancrée.

Nous abordons cette tradition assez ancienne, très usitée dans les diverses sociétés de compagnonnage et qui consiste à nommer (voire à revendiquer comme emblème) par des noms d’animaux leurs membres actifs : Lapin, Renard, Chien, Loup, Loup-Garou, Chien-Loup ou Singe.

Notre Compagnonnage Egalitaire est universaliste. Il a banni les corporations. Nous pratiquons une fraternité inclusive et bien veillante basée sur l’amour du travail bien fait, les rapports humains fraternels et respectueux entre tous nos membres. Nous pensons que ces qualitifs animaliers sont des termes corporatifs, ce que par définitions les Égalitaires ne veulent pas.

Ceci étant précisé, il est intéressant de se pencher sur cette particularité des autres sociétés de Compagnonnage.

Le lapin

C’est l’apprenti. C’est un terme employé chez les Compagnons Du Devoir de la nouvelle tendance et qui s’utilise depuis une cinquantaine d’années.

L’Origine de ce terme

Le charpentier qui travaillait seul, afin de tracer son épure sur le parquet, y plantait un petit compas pour maintenir son cordeau. Considérant les deux branches de ce compas comme les oreilles d’un lapin , cet outil était nommé lapin. Ainsi, bien que seul, le charpentier pouvait battre son cordeau. Naturellement lorsqu’il y avait un apprenti, celui-ci prenait la place du lapin. C’est ainsi que cette appellation est demeurée à chaque génération, l’apprenti qui tient le cordeau fait le lapin pour son aîné.

Le renard

De nos jours, et d’une manière générale, le renard est un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage. Historiquement, au XIXème siècle, le corporatisme de l’époque avait créé une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France connus sous le nom de Chiens.

Les dissidents qui ne voulaient pas rejoindre cette société réputée pour son manque de finesse et de discernement se sont organisés en société parallèle: ce furent les Renards de Liberté ou Renards Joyeux et Libres. qui, eux aussi, faisaient le Tour de France. Ils avaient un blason formé d’une équerre et d’un compas entrelacés, et ils avaient pour devise : R. J. L. I. ce qui signifiait Renards Joyeux Libres et Indépendants. Pour les railler et les moquer, les Compagnons Du Devoir disaient Renard Jaloux Lâches et Insignifiants.

Photo Marcel Roura (Autorisation le 31.03.2026) – Prise sur une brocante à Mons – « Le renard passe à table ».

Cela étant, le terme Renard est d’un usage courant dans les Compagnonnages. Il désigne de nos jours, et d’une manière générale, un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage.

Le Chien

Comme on l’a vu précédemment, au cours du XIXème siècle, le corporatisme et le caractère exclusif des compagnonnages de métier créèrent des sociétés d’ouvriers indépendants.

Les Chiens étaient une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France.

Le terme Chiens employé chez les Compagnons n’est-pas dépréciatif, bien au contraire, car tous les Compagnons Du Devoir à quelque corporation qu’ils appartiennent se dénomment entr’eux Les Chiens. Ils sont fidèles à leur serment prêté et fidèles à leurs maîtres, que ceux-ci soient Maître-Jacques, ou le Père Soubise. Pour eux, Il n’y a pas de Chien sans Collier signifie Il n’y a pas de Compagnon Du Devoir sans cravate. Un chien qui n’a-pas de collier est un chien qui n’a-pas de maître, c’est un chien sans famille, un chien perdu. Un Charpentier Du Devoir a un Maître, c’est le Père Soubise, il a une famille, c’est celle des Charpentiers Du Devoir, il n’est-pas perdu, il a une adresse chez la Mère des Compagnons.

Le loup, le chien-loup, le loup-garou

Après 1850, émerge une nouvelle société compagnonnique, les Compagnons Charpentiers de Liberté également appelé Indiens car pratiquant le Rite de Salomon ou rite d’Inde. La légende veut que cette société descende des Renards joyeux et libres, qu’ils ait reçu le Devoir des Compagnons Tailleurs de Pierres de Liberté. Mais une autre légende indique qu’une scission serait peut-être apparue chez les Bons Drilles au début du XIXème et qu’à partir de cette énième mésentente, leurs Devoirs auraient divergé…

Le terme Loup n’est-pas dévalorisant non plus, les Compagnons Étrangers Tailleurs de pierre Enfants de Salomon revendiquaient de se dénommer Les Loups. Mais ce compagnonnage n’existe plus, il s’est donné la mort en 1900, ils n’a ni descendance ni héritier. L’Union possède, dans ses archives, le compte rendu de leur ultime réunion.

Les Compagnons Tailleurs-de-pierre Du Devoir, Enfants de Maître-Jacques se dénomment quant à eux Loups Garoux.

Les Indiens ou Compagnons Charpentiers Du Devoir de Liberté, naissent, selon Raoul Vergez en 1804. En son temps, Agricol Perdiguier refusa de les reconnaître Enfants de Salomon il leur attribua néanmoins le vocable de Compagnons Du Devoir De Liberté.

En 1945 au congrès de Paris, le 25 novembre, une fusion de l’essentiel des Compagnons Charpentiers de Soubise, et des Compagnons Charpentiers De liberté a vu naître Les Compagnons Des Devoirs qui se dénommèrent entr’eux Les Chiens-Loups. Ils regroupèrent des charpentiers, des maçons et des tailleurs de pierre.

Le Singe

Lui, c’est le patron ! Respect, il est passé par toutes les étapes et on sait bien que ce n’est pas au vieux singes qu’on apprend à faire les grimaces.

Le Singe et le Bourgeois.

Singe est le sobriquet que les Compagnons Charpentiers donnent par raillerie et dérision à un patron charpentier. Définition sans doute fondée sur la particularité qu’ont les singes de faire des grimaces. Il faut savoir que le singe, par définition, est un patron charpentier ancien Compagnon reçu par les Compagnons charpentiers, que ceux-ci soient Du Devoir ou Du Devoir de Liberté. Il connaît toutes les combines des ouvriers charpentiers, et ceux-ci savent qu’il sait, et le singe sait qu’ils savent qu’i sait.

Quant à lui, le Bourgeois est un patron charpentier qui n’est pas reçu Compagnon. Il peut être un charpentier de métier, ou tout aussi bien être héritier sans jamais exercer le métier, ou un investisseur qui est le propriétaire d’une entreprise de charpenterie. Les Compagnons Charpentiers Bons Drilles disposent d’un vocabulaire singulier pour désigner les différentes personnes qui œuvrent dans les ateliers et sur les chantiers de charpenterie. Ce vocabulaire assimile les personnes à des animaux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’agit d’un vocabulaire initiatique au sens premier du mot, que seuls les initiés aux mystères de ce Devoir décodent. Aujourd’hui, par extension, et, sous l’influence des Charpentiers Bons-Drilles, tous les compagnonnages utilisent ces termes corporatistes sans les comprendre parce qu’ils n’en possèdent pas la Tradition.

Particularité à noter : Chez les Scieurs de long, le singe désigne le scieur qui est dessus (chevrier ou patron). Le renard désigne le scieur qui est dessous (renardier).

Deux scieurs de long débitant un tronc d’arbre, vers 1913 En bas : (Le renard) Jacques Charrié – En haut : (Le singe) Joseph Vieillescaze Source : https://www.occitan-aveyron.fr/

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Expressions Transmission

Selon Diderot …

Le Pays Serge Canet, à propos de la citation Diderot ci-dessus :

Dans le contexte de l’antique culture juive, le texte biblique du Siracide de Ben Sira, qui est donné pour être le 1er des rabbins, exprimait déjà d’une façon exemplaire la condition des travailleurs manuels de son temps. C’était en moins deux cent avant nous :

La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir ; pour devenir sage, il faut avoir peu d’affaires à mener.

Comment deviendrait-il sage, celui qui tient la charrue, qui met sa fierté à manier l’aiguillon comme une lance, qui mène ses bœufs, s’absorbe dans leurs travaux et ne parle que de son bétail ?

Il met son cœur à tracer des sillons et passe ses nuits à donner du fourrage aux génisses.

Il en va de même de l’artisan et du maître d’œuvre, qui sont occupés de jour comme de nuit ; de ceux qui gravent la pierre d’un anneau à cacheter et qui s’appliquent à en varier les motifs ; ils ont à cœur de reproduire le modèle et passent des nuits pour achever leur ouvrage.

Il en va de même du forgeron, toujours à son enclume ; il fixe son attention sur le fer qu’il travaille ; le souffle du feu fait fondre ses chairs, il se démène dans la chaleur du fourneau, le bruit du marteau lui casse les oreilles, ses yeux sont rivés sur le modèle de l’objet ; il met son cœur à parfaire son œuvre et passe des nuits à la rendre belle jusqu’à la perfection.

Il en va de même du potier, toujours à son ouvrage ; il actionne le tour avec ses pieds, il est en perpétuel souci de son travail et tous ses gestes sont comptés : de ses mains il façonne l’argile, il la malaxe avec ses pieds, il met son cœur à parfaire le vernis, il passe des nuits à nettoyer le four.

Tous ces gens-là ont mis leur confiance dans leurs mains, et chacun possède la sagesse de son métier.

Sans eux on ne bâtirait pas de ville, on n’y habiterait pas, on n’y circulerait pas. Mais lors des délibérations publiques on ne va pas les chercher, dans l’assemblée ils n’accèdent pas aux places d’honneur, ils ne siègent pas comme juges, ils ne comprennent pas les dispositions du droit. Ils n’exposent brillamment ni l’enseignement ni le droit, on ne les trouve pas méditant des paraboles. Mais ils consolident la création originelle, et leur prière se rapporte aux travaux de leur métier.

Il ne faut pas négliger le souvenir douloureux des blessures. Quant ils réfléchissent à leur condition de travailleurs manuels, à cette blessure toujours ouverte, des pansements sont nécessaires à leur apaisement.

Il n’y a pas de remède à ce mal, sinon le mortel désir de se venger ou, comme d’autres de changer de condition.

L’art de soigner les plaies est aussi vieux que le travail est vieux. Ces soins ne concernent pas seulement les accrocs physiques du travail manuel ; il y a aussi la nature hostile des classes sociales qui le dominent, et les conflits d’intérêts sans fins qui font des artisans des blessés permanents.

Ils n’ont jamais cessé de chercher un remède. Suivant les époques ces remèdes furent souvent religieux ou philosophiques, pas encore politiques pour se soulager, pour se réconforter, et consolider la notion de classe des hommes de peine, limitée pour le cas des Compagnons qui nous intéresse aux hommes de métiers.

De génération en génération l’artisan a foi dans son principe ; il a confiance aux légendes qu’il écoute, et aux promesses qu’elles font, bien avant celles du Grand soir.

Les artisans, dont le nom même leur a été confisqué, dévoyé, pour ne définir que la condition sociale de ceux qui travaillent pour leur propre compte. Dès lors qu’il disait auparavant l’occupation du temps de ceux qui œuvraient la matière avec leurs mains : patrons et ouvriers.

Extrait de : « Les Compagnons du Tour de France de Fougères. »

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Invitation à méditer…

Peinture NCJamano d’après photo Radio France

QUESTIONS D’UN OUVRIER QUI LIT :

Texte de Brethold BRECHT

Qui a construit Thèbes la ville aux sept portes ?

Dans les livres, on lit les noms des rois.

Les rois ont-ils eux-mêmes charrié les pierres de taille ?

Et Babylone qui fut détruite plusieurs fois.

Qui l’a reconstruite à tant de reprises ?

Dans quelles maisons de Lima aux reflets d’or habitaient les ouvriers du bâtiment ?

Et le soir où fut achevée la muraille de Chine, où donc rentrèrent les maçons ?

Rome-la-Grande est remplie d’arcs de triomphe !

Par qui furent-ils érigés ?

De qui triomphèrent les Césars ?

Et Byzance tant chantée n’avait-elle pour ses habitants que des palais ?

Même dans l’Atlantide légendaire la nuit qu’elle fut engloutie par la Mer les maîtres, se noyant, crièrent encore après leurs esclaves.

Le jeune Alexandre conquit les Indes. Tout seul ?

César abattit les Gaulois, N’avait-il pas pour le moins un cuisinier avec lui ?

Philippe -d’Espagne pleura quand sa flotte coula : Personne d’autre ne pleura donc ?

Frédéric I I fut vainqueur à la guerre de Sept ans :

Qui d’autre fut vainqueur ?

Chaque page une victoire.

Qui confectionna le repas de fête ?

Un grand homme tous les dix ans.

Qui paya les frais ?

Tant de récits.

Tant de questions.

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Expressions Transmission

Ma Canne de Compagnon Egalitaire

ATTENTION : Je prie le lecteur de bien vouloir comprendre que ce texte est en grande partie une interprétation personnelle, alors il faut que je le dises en préambule. Ce témoignage tient pour partie de ce que j’ai appris au fil de ma vie, mais aussi de mon ressenti et vécu personnel. Si je ne le précisais pas, je pourrais être moqué et plaisanté, voire agressé, parce pour le coup, je touche à un domaine réservé des « Compagnons tatillons », et il y en a de tous les bords, des tatillons !

A propos de ma canne des Compagnons Egalitaires :

Ma canne de Compagnon Egalitaire est un objet symbolique riche en significations, reflétant les valeurs, le parcours et les traditions de cette communauté.

Voici une description des différentes parties qui composent ma canne de compagnon, ainsi que leurs significations :

1. Le Pommeau – Description  – Signification : 

C’est la partie supérieure de la canne, réalisée en corne noire de zébu et souvent sculptée et décorée de symboles christiques. Le pommeau symbolise l’accomplissement et la maîtrise du métier. Il représente aussi l’ouverture d’esprit et la quête de savoir. Il contient encastré dans la tête, une pastille en os gravée mentionnant l’identité et l’appartenance du propriétaire. (Cette pastille était autrefois en ivoire, mais c’est interdit depuis 1948)

2. La Tige ou le Fût – Description – Signification :

C’est le corps principal de ma canne, en Jonc* de Malacca (La province de Malacca se trouve sur la côte est de la Malaisie). La tige symbolise le parcours du compagnon, son Tour de France, et les épreuves traversées. Elle représente la droiture, la force et la persévérance.

*Pourquoi un Jonc ? Poursuivi par des assassins, Maître Jacques s’enfuit dans un marais où il ne dût sa survie qu’à un tapis de jonc qui le sauva de la noyade. En souvenir de ce moment, il conservait toujours dans sa chemise, un petit bout de Jonc que ses fidèles Compagnons retrouvèrent quans ils lui portèrent les derniers soins avant ses funérailles.

3. La Corde   – Description  – Signification :

Une corde, en soie noire, est enroulée autour de la tige, avec des nœuds et des pompons. La corde symbolise les liens de fraternité et de solidarité entre les Compagnons Egalitaires. Les nœuds représentent les différentes étapes ou rencontres marquantes du parcours du compagnon. La corde est un symbole riche en significations, notamment dans les rites et rituels du Compagnonnage Egalitaire.

Symbolique de l’apprentissage et du voyage :

La corde symbolise le parcours du compagnon, fait d’apprentissages et de voyages. Elle représente les différentes étapes et épreuves traversées par le compagnon au cours de son Tour de France, un voyage initiatique et formateur.

Lien et solidarité :

La corde symbolise également les liens qui unissent les compagnons entre eux. Elle représente la solidarité, l’entraide et la fraternité qui sont des valeurs fondamentales au sein de cette fraternité.

Transmission des savoirs :

La corde peut aussi être vue comme le fil qui relie les générations de compagnons, symbolisant ainsi la transmission des savoirs et des savoir-faire d’une génération à l’autre.

Engagement et persévérance :

Enfin, la corde représente l’engagement du compagnon dans sa quête de perfectionnement et de maîtrise de son art, ainsi que la persévérance nécessaire pour atteindre ses objectifs.

4. Les Pompons – Description – Signification :

Les pompons sont situés aux extrémités de la corde. Ils symbolisent l’équilibre, la dualité et la complémentarité, ainsi que le début et la fin du parcours du compagnon. Les deux pompons qui terminent la corde sur la canne des Compagnons Egalitaires ont également une symbolique particulière : l’un représente les acquis et le savoir et l’autre, le devoir de transmission.

Symbolique de l’équilibre :

Les deux pompons représentent l’équilibre entre différentes forces ou aspects de la vie du compagnon. Cela inclut l’équilibre entre le travail et la vie personnelle, entre la théorie et la pratique, entre la matière et l’esprit.

Dualité et complémentarité :

Ils symbolisent la dualité et la complémentarité, comme le jour et la nuit, ou encore le savoir-faire manuel et le savoir-être. Cela reflète l’idée que différentes forces ou qualités sont nécessaires et se complètent pour former un tout harmonieux.

Parcours et accomplissement :

Les pompons symbolisent également le début et la fin du Tour de France des compagnons, marquant ainsi le parcours accompli par le compagnon au cours de son apprentissage et de ses voyages.

Transmission et héritage :

Enfin, ils représentent la transmission des savoirs et des valeurs d’une génération à l’autre, soulignant l’importance de l’héritage et de la continuité au sein de la Fraternité du compagnonnage égalitaire.

5. Les Décorations et Symboles Gravés (sur la Férule en Laiton) – Description – Signification :

Divers symboles, initiales, ou motifs peuvent être gravés ou sculptés sur la canne. Ces décorations symboliques, d’origines historiques, christiques ou bibliques représentent les valeurs des compagnons, les métiers, les lieux visités, ou des événements marquants. Elles sont souvent personnelles et uniques à chaque compagnon.

6. L’embout en acier ou « Le Fer » Description – Signification : 

C’est une pièce métallique située à la base de la canne, toujours en métal. « Le fer » symbolise la solidité, la stabilité et l’ancrage. Il représente aussi la protection et la force nécessaire pour surmonter les obstacles.

Chaque partie de la canne des compagnons est ainsi chargée de sens et contribue à raconter l’histoire et le parcours unique de son propriétaire au sein de la communauté du Compagnonnage Egalitaire. Ces symboles sont profondément ancrés dans les traditions et les valeurs de chaque Compagnon Egalitaire et ils peuvent varier légèrement selon les métiers, les interprétations individuelles et les traditions spécifiques au sein des multiples sociétés de compagnons, mais ils restent globalement cohérents avec les valeurs et les principes de ces communautés.

Nota bene : Toutes les photos illustrant cet article sont la propriété exclusive de leur auteur, le Pays NC.