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Billet de Coeur-Loyal (N°2)

Par le Pays Roland Feuillas

La Rose et le Réséda de la Terre :


Pour une écologie de la foi et du vivant. Il y a deux manières d’habiter le monde, deux manières de regarder un champ de blé, deux manières de concevoir l’avenir. Aujourd’hui, face à la crise écologique, le vieux poème de Louis Aragon résonne d’un écho nouveau, spirituel et agronomique.
Celui qui croit au ciel. Celui qui n’y croyait pas.

Celui qui croyait au ciel :

L’alliance franciscaine avec le vivant :
Celui qui croit au ciel n’attend pas une récompense après la mort ; il voit le sacré ici-bas, « à chaque pas » dirait Giono, au contact de la matrice du Vivant. A la suite de Saint François d’Assise, il contemple un écosystème ayant mis cap vers son climax – là où les arbres, le végétal, l’animal, les insectes et la vie du sol s’unissent dans une harmonie parfaite – et il y décèle une intelligence supérieure.

Pour lui, cultiver n’est pas un acte basiquement productiviste, mais servir une véritable communion. Il a la foi. Non pas une foi dogmatique, mais une confiance absolue dans la résilience de la Terre.

Il sait que le sol n’est pas un support mort à perfuser de chimie pétrolière, mais un organisme vivant capable de s’auto-régénérer si l’Homme accepte de devenir son humble partenaire plutôt que son tyran. A l’inverse, se tient celui qui ne croit pas au ciel : l’orgueil de la chimie et le jeu à somme nulle. Séparé du vivant, il a sombré dans l’illusion de son autosuffisance.

Ne croyant qu’en lui-même, en sa technique et en ses formules de laboratoire, il pratique une agriculture d’extraction et de prédation.

Cette approche moderne repose sur une logique comptable et réductionniste, parfaitement résumée par le slogan partisan :
« Pas d’engrais chimique, pas de blé ; pas de blé, pas de pain ».
C’est le triomphe de la pensée linéaire contre la pensée complexe.

En enfermant l’agriculture dans cette équation simpliste, l’extractiviste joue un jeu à somme nulle : une logique destructrice où, pour que l’homme gagne un rendement immédiat, il est mathématiquement obligatoire que la nature perde sa substance.
On tue la biologie du sol pour nourrir la plante à court terme, condamnant la terre à la dépendance et à la stérilité.

Le drame moderne : L’otage et la tour.

C’est ici que le poème d’Aragon atteint sa tragique vérité. Dans le texte de 1943, le chrétien et l’athée mouraient ensemble pour délivrer la France prisonnière.

Dans notre siècle, le drame a changé de visage :

l’otage, la prisonnière de la tour, c’est la biomasse (le Vivant) elle-même.

Le véritable péril de notre temps est que l’aveuglement de celui qui ne croit pas au ciel — celui qui épuise les sols par la chimie et l’extraction — est en train de détruire la possibilité, même pour celui qui y croit, d’admirer et de cultiver le climax.

Si le jeu à somme nulle continue, il n’y aura plus de gagnant. La prisonnière mourra avec ses geôliers.

Pour une réconciliation écologique.

Diffuser l’agroécologie, ce n’est pas seulement proposer une solution alternative, c’est opérer une conversion intellectuelle, philosophique, poétique et spirituelle.

Il est temps de dépasser les invectives et les slogans réducteurs pour embrasser la pensée complexe de l’écologie. Il nous faut faire comprendre à ceux qui ne croient qu’à eux mêmes que la Nature n’est pas un adversaire à vaincre, mais elle est le système dont ils dépendent. Le sang de la terre et le sang des hommes sont liés. Pour que l’humanité ait encore du pain demain, il faut abandonner le jeu à somme nulle. Il est de la plus haute logique écologique, scientifique et humaine, que pour que l’homme vive, la nature vive aussi. Ce que le poème d’Aragon nous lègue, une fois traduit dans l’équation du siècle présent, n’est pas une incantation poétique ou
une complainte moralisatrice.


C’est un théorème d’une rigueur absolue. L’approche extractiviste, celle de « celui qui ne croyait pas au ciel », repose sur un postulat mathématiquement intenable : l’illusion qu’un sous-système (l’économie humaine) peut croître indéfiniment en détruisant le système global qui le contient (la biosphère).


Le slogan relevant d’un parisianisme productiviste : « Pas d’engrais, pas de blé, pas de pain » n’est pas une loi de la Nature, c’est l’aveu d’une dépendance technique que l’on a confondue avec une vérité agronomique.
A l’inverse, l’approche franciscaine, celle de « celui qui croyait au ciel » n’est pas une régression médiévale ; elle est l’expression la plus avancée de la thermodynamique et de la pensée complexe.


Elle reconnaît que la thermodynamique du vivant est à somme positive : le soleil donne l’énergie, le sol la transforme, la biodiversité la maximise et la rend métabolisante au genre humain. Dès lors, la démonstration est close :
Dans un monde fini, la guerre contre le vivant est un suicide logique.
L’agroécologie n’est pas une option idéologique parmi d’autres, elle est la condition sine qua non de la perpétuation du blé et du pain.


Pour que l’homme soit, il faut que le milieu permette son être. Ce que l’un nomme le Ciel et que l’autre nomme le Climax n’est qu’une seule et même réalité physique : la matrice de notre propre survie.

Quod erat demonstrandum.

Une réponse sur « Billet de Coeur-Loyal (N°2) »

J’aime votre pensée
La deficience humaine vient aussi de cette grande manipulation dans laquelle elle baigne depuis tant et tant de generations.
Le maître et l’esclave…
Le Pouvoir a choisi ses armes de destruction massive pour mieux nous dominer
Et l’Amour dans tout celà?
Il en est absent …des diables se sont chargés de lui

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