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Bonjour Pays !

Bonjour, Pays !

‒‒ Qu’est-ce que ça signifie ?

― Que, toi et moi, nous sommes Compagnons. Que je te salue en Compagnon, que je te reconnais comme mon frère dans les valeurs et les engagements que nous avons pris, chacun auprès de nos Sociétés et des gens qui les composent, de nos Sœurs et Frères en nos valeurs.

― Moi, je suis Compagnon dans une autre Société que la tienne. Comme toi, je suis Tailleur de Pierre et mon chemin de formation fut long et semé d’embuches, de difficultés que j’ai dû affronter et vaincre. Je suis Compagnon, mais j’ai dû faire mes preuves. J’ai d’abord appris les bases de notre métier dans un Collège Technique où j’ai passé mon CAP. Ensuite, très jeune et mesurant bien mes lacunes, j’ai souhaité rejoindre le Compagnonnage. J’avais 17 ans quand je suis parti de chez mes parents pour rejoindre la Société qui m’a accueilli comme prétendant. J’ai passé une année, interne à la Cayenne de Bordeaux. Le Prévôt m’a trouvé un contrat de travail chez un artisan. Je gagnais mon premier salaire et je payais mes charges d’hébergement. J’apprenais l’indépendance et à gérer ma vie. Le soir je suivais les cours qui nous étaient prodigués par les Anciens, dessin, technologie, règlement intérieur et préparation de ma pièce d’Adoption.

A la fin de l’année, j’ai présenté mon travail d’adoption aux Anciens et ils ont décidé de m’adopter. Pas seulement par mon ouvrage ! Mais aussi pour mon comportement au sein de la Cayenne, avec les autres jeunes prétendants, ma tenue, mon assiduité aux cours et ma volonté de progresser et d’apprendre. C’est ainsi que mon Tour de France a débuté. L’année suivante, je l’ai passée à Tours ; puis Paris ; Strasbourg ; Lyon ; Marseille ; Toulouse : Clermont-Ferrand C’est là que j’ai présenté mon ouvrage de Réception. J’ai été reçu à 24 ans : Bordelais le Persévérant. Aujourd’hui, je suis marié, chargé de famille, patron de ma propre entreprise, Compagnon Sédentaire et je m’occupe des jeunes aspirants ou compagnons qui passent dans mon entreprise, poursuivant leur Tour de France. Conformément à l’engagement que j’ai pris, je transmets les valeurs de ma Société de Compagnonnage et je partage mes connaissances professionnelles pour permettre à ces jeunes de grandir dans la vie, grâce au Compagnonnage et à notre Beau Tour de France. Notre Compagnonnage est un parcours de formation, d’apprentissage d’un métier jusqu’à l’excellence, par le voyage et le Tour de France. On commence jeune et on grandit comme professionnel et comme être humain grâce aux voyages, aux rencontres, aux partages. Le parcours abouti à un titre, celui de Compagnon dans un métier. C’est une reconnaissance, mais ce n’est pas la fin ! C’est un engagement à vie, une promesse faite aux autres de servir d’exemple et de transmettre les valeurs d’excellence dans le travail, de respect de l’humanité et d’exemplarité dans le comportement. Et toi ? Parle-moi de ton compagnonnage !

― J’ai le bonheur d’appartenir au Compagnonnage Egalitaire ! La réflexion, les valeurs de métier, d’excellence, et les richesses spirituelles partagées sont les mêmes que toi. Mais constatons que la société humaine, dans son ensemble, a changé depuis la fin du XIXème siècle, période où ton Compagnonnage s’est structuré. Aujourd’hui nous avons plusieurs vies dans une vie et rares sont les gens qui s’engagent, tout au long de leur vivant, dans une seule et même profession ! Aujourd’hui, on rencontre des femmes dans tous les métiers, même ceux que l’on croyait réservés aux hommes pour des raisons de force physique. La société a changé parce qu’elle a su améliorer les conditions de travail, réduire, voire supprimer les pénibilités, modifier les regards et les comportements sexistes. Aujourd’hui, il y a des femmes Tailleuse de pierre, Maçonne, Charpentière, Cuisinière, Pâtissière, et les Égalitaires ont voulu accueillir ces femmes pour être des Compagnons ! Depuis peu, les autres Sociétés de Compagnonnage accueillent également des femmes, mais ce sont les Égalitaires qui furent les premiers, dès 1978 ! Bien-sûr, il nous a fallu effectuer un gros travail d’adaptation, sans jamais renier les valeurs ni les rites qui font les caractéristiques et l’identité du Compagnonnage.

Le fonctionnement des Sociétés traditionnelles de Compagnonnage ne permet qu’aux jeunes qui démarrent dans leur vie professionnelle de suivre ce parcours initiatique qu’est le Tour de France. Le Titre de Compagnon n’est donc réservé qu’à une catégorie de professionnels qui ont pu réaliser ce choix de formation, ce parcours unique, apprendre de cette façon. Il ne s’agit là que d’un constat factuel, sans aucun jugement de valeur. Si on n’a pas entrepris son périple au sortir de l’apprentissage qui amène à être Compagnon avant 30 ans, on ne peut plus obtenir ce titre.

Les Égalitaires raisonnent autrement et proposent une alternative à celles et ceux qui ont démarré jeunes dans un métier, mais qui pour des raisons de vie ou d’opportunité, n’ont pas pu intégrer une Société Traditionnelle de Compagnonnage. Ils ouvrent grand les bras, à celles et ceux que la vie aurait orienté, souvent malgré eux, vers des professions non choisies, imposées par la nécessité. Il arrive de plus en plus souvent que ces gens, quand ils en ressentent le besoin impérieux, ou qu’une occasion se présente, se réorientent vers des métiers manuels. Cependant pour eux, le Compagnonnage traditionnel est inaccessible. J’ai rencontré tout au long de mon parcours sur les chantiers de très grands professionnels, passionnés, ouvriers accomplis avec un grand talent, un grand savoir-faire, un merveilleux savoir être, et qui n’étaient pas compagnon.

C’est à ces gens-là que les Égalitaires ouvrent les bras.

Puisque tu me demandes de te parler de moi, jusqu’à 22 ans, je n’ai pas pu choisir ce que je voulais faire. Abandonné par mes parents, enfant de la DDAS, j’ai été trimbalé de familles d’accueil en centres pour enfants, puis en foyers de jeunes travailleurs et du foyer au Service Militaire. Ce n’est qu’en sortant de là que j’ai décidé de devenir Tailleur de Pierre. J’ai appris mon métier à l’AFPA de Blois et j’ai obtenu un Titre Professionnel de Tailleur de Pierre en 1973. J’ai fait un tour de France, à ma façon, en homme libre, en curieux, en Renard ! J’ai travaillé dans plusieurs entreprises, dans le Val de Loire, puis j’ai taillé le granit dans le Bassin du Sidobre. En 1980, épris de liberté, je m’installe à mon compte. J’embauche des jeunes qui sont sur le Tour de France, je les forme pour le compte de la FCMB de Bordeaux. La Chambre des métiers me propose le titre « d’Artisan En Son Métier » une Première Reconnaissance valorisante, pour moi. Mais je me rends compte que je n’aurai pas accès aux chantiers qui me font rêver : Les Monuments Historiques.

Alors, je cesse mon activité artisanale et je m’engage dans des entreprises qualifiées MH. D’abord via l’intérim. Les conducteurs de travaux me remarquent et me proposent un CDI que j’accepte avec bonheur. C’est une Seconde Reconnaissance. Et je travaille sur des sites majestueux : Cathédrales de Bordeaux, Tours, Poitiers, Périgueux ; Châteaux de la Loire ; Villas somptueuses à Nice ; Fort de France en Martinique ; Château d’Henri IV à Pau ; Château des Ducs d’Épernon à Cadillac ; Grand Théâtre de Bordeaux etc. … etc… Je forme des apprentis, je deviens Chef de Chantier MH : Troisième Reconnaissance pour le gamin abandonné que j’étais. À 55 ans, un peu fatigué, mais encore bien dans ma tête, j’effectue une année de formation de sculpteur ornemaniste à la FCMB de Libourne et j’obtiens mon certificat de capacité de sculpteur : Quatrième Reconnaissance. Je pense alors que j’ai fait le tour de mon métier et j’ai envie de partager, de transmettre ce que j’ai acquis. Un comportement de Compagnon ! Je deviens Formateur en Maçonnerie du Bâti Ancien, d’abord à l’AFPA. Je leur devais bien ça ! C’étaient eux qui m’avaient offert les bases, des décennies plus tôt. Puis la FCMB m’engage, dans leur centre de Floirac, pour former leurs stagiaires et leurs Aspirants.

Non, je n’étais pas Compagnon, puisque je n’avais pas suivi le cursus d’une Société Traditionnelle. Mais j’ai fait un parcours professionnel que pourraient envier bien des Compagnons de n’importe quelle Société de Compagnonnage Traditionnelle. J’ai formé des dizaines d’ouvriers, sur les chantiers, en entreprises, en centre de formation et même quelques dizaines de compagnons qui étant sur leur Tour de France, ont profité de mes enseignements.

Et puis un jour, en 2013, un Pays m’a demandé si j’aimerais bien rejoindre le Compagnonnage Égalitaire. Ce fut pour moi, un honneur, un bonheur et l’Ultime Reconnaissance qui me fût offerte. Ensuite, tu sais comment ça se passe, puisque les rituels sont les mêmes : Adoption… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Puis Réception… avec présentation d’une pièce et cérémonie rituelle. Je suis Guépin Belles Lettres, Compagnon du Devoir Égalitaire, Adopté et Reçu en Chambre d’ Angoulème, Tailleur de Pierre.

Un Compagnon, c’est un ouvrier instruit qui prête un serment, et qui détient un secret, mon Pays.  Chez nous, comme chez vous.

― Merci pour ces éclaircissements, Coterie ! Ah oui, j’oubliais, chez nous, les Coteries sont les Compagnons qui travaillent sur des échafaudages : Tailleurs de Pierre, Charpentiers, Couvreurs… Les autres sont des Pays.

― Chez nous, justement parce que nous sommes les Égalitaires, nous sommes tous des Pays, quel que soit le genre, le métier, sur terre ou en l’air. Par exemple, une femme charpentier sera Pays Compagnon CHARPENTIÈRE, on ne féminise que le nom du métier.

2 réponses sur « Bonjour Pays ! »

Admis au nombre des ouvriers sachant travailler , de l’avoir reçu rituéliquement , les cérémonies n’ont aucune vertu sacramentelle, et nulle consécration n’a le pouvoir de faire un Compagnon car , en toute initiation effective , l’Initié se fait lui même . Les rites initiatiques n’ont d’autre rôle que de tracer un chemin .

Je crois que là, ça s’égare.
1. Il n’y a pas plus d’Initiation dans le compagnonnage au sens « sacramentel » ou pas ici évoqué que de beurre à la roulante du 1er Régiment d’Infanterie de Marine d’Angoulême.
2. Il n’y a pas de « rites initiatiques » non plus.
3. Le compagnonnage use d’un rituel de passage.
4. Ce rituel plus modestement transforme le Prétendant en Aspirant, l’Aspirant en Compagnon par la transmission d’une instruction.
5. Par définition le Compagnon ne se fait pas lui-même, et pour cause : on ne peut pas être Compagnon seul.
6. Le nom dit le partage du pain, dès lors il faut être au moins deux pour être Compagnon.

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