Comment devient-on Aspirant au Compagnonnage Egalitaire ?
Les outils du Plâtrier.
Le Rôleur tend le texte préalable à l’Adoption à la Prétendante (ou au Prétendant) , qui accepte de le lire à haute voix devant l’assemblée réunie pour observer l’ouvrage technique présenté.
Tout artisan, femme ou homme, ayant atteint la majorité légale et faisant preuve d’honorabilité et de talent, peut demander son Adoption à la Chambre de La Rochefoucauld.
Pour présenter sa candidature et devenir Aspirant, le Prétendant constitue un dossier dans lequel il expose ses motivations, retrace son parcours professionnel et joint un extrait de casier judiciaire.
Quand sa demande est acceptée, il présente un ouvrage témoignant de son savoir-faire dans le métier qu’il exerce.
Cet ouvrage peut prendre différentes formes, selon le métier et les possibilités de chacun. Il peut s’agir d’une réalisation manuelle ou d’un travail écrit.
Dans les métiers du bâtiment et de l’industrie, la réalisation manuelle est souvent présentée à une échelle réduite. Elle permet d’apprécier le talent du Prétendant, sa maîtrise du métier et le soin apporté à son travail. Lorsque la réalisation est destinée aux locaux du compagnonnage, elle peut être exécutée à l’échelle réelle.
Le travail écrit compte une douzaine de pages environ. Les schémas, les croquis et les plans y trouvent naturellement leur place : ils permettent de mieux comprendre les choix du Prétendant, la conception de son ouvrage et la manière dont il l’a réalisé.
Qu’il s’agisse d’un texte, d’un schéma, d’un croquis ou d’un plan, chaque élément doit être conçu et réalisé personnellement par le Prétendant. Les documents générés par une intelligence artificielle ne sont pas acceptés. Les photographies éventuellement jointes doivent représenter des ouvrages qu’il a lui-même exécutés.
Trois Compagnons sont désignés pour examiner la réalisation présentée.
Le jour de la cérémonie d’Adoption, le Prétendant présente son ouvrage à l’assemblée.
L’Adoption est soumise au vote de la Chambre.
La lecture étant achevée, le Rôleur demande à la Prétendante si elle a des observations à formuler, et si l’ouvrage qu’elle présente enfreint l’une des règles énoncées. La Prétendante répond qu’elle n’a aucune observation à formuler ; elle confirme que son ouvrage respecte la règle.
L’eau-de- chaux naturelle n’est pas une matière picturale. On désigne sous ce nom l’eau qui surnage la chaux vive mise à tremper dans pour l’éteindre.Cette eau contient un pourcentage d’environ 0,17 % de chaux dissoute Ca(OH)₂par litre d’eau.Elle est utilisée pour mouiller les surfaces avant de les enduire, ou pour gâcher les mortiers.
Eau-de-chaux : matière picturale
Il s’agit d’un lait de chaux très léger, Impalpable : si léger qu’on a l’impression qu’on ne peut pas le toucher ; il ne trace pas. Son emploi est celui d’une matière peu apparente, qui donne de la transparence ; au besoin de l’antiquité. Elle est la suite du badigeon qu’elle amende en le retournant vers le vieillissement. Elle voile les bois et vieilli les teintes d’enduits pour en rabattre la fraîcheur du ton. Elle est fabriquée du mélange un volume de chaux à vingt mêmes volumes d’eau
La pigmentation de l’eau-de-chaux obéit aux mêmes règles que le badigeon.
Consommation.
Chaux en poudre N.H.L. par mètre carré et par couche : 20g.
Règle généralede la peinture à la chaux à sec
La chaux (NHL) est quantifiée sèche.
Le pigment est pesé sec.
Le PAV est rigoureusement mesuré (quant il y a 2 couches adjuvantées superposées la seconde couche doit être moins adjuvantée que la première de 3%. Si une troisième couche était nécessaire elle serait moins adjuvantée que la précédente pour éviter les craquelures, et les décollements.
La préparation est tamisée avant la pigmentation pour éviter les risques de grains de chaux mal incorporés qui produiraient une surface granuleuse.
Le pigment infusé est filtré au bas de soie avant d’être incorporé à la préparation.
La préparation pigmentée est tamisée avant l’application ; sous la pression de la brosse des éventuels grains de pigment s’écrasent et modifient le ton.
Or la brosserie, le bâton à remuer (gigue) est l’outil indispensable de la peinture à la chaux ; pour prévenir les variations d’intensité de la teinte, en gigouillant l’on remet en suspension la chaux et les pigments qui sédimentent constamment. Sans gigouiller la brosse cueille le dessus de l’eau-de-chaux qui contient peu de chaux et de pigment.
On ne mouille pas le support si la précédente couche est adjuvantée.
Exemples de peinture à la chaux à sec appliquÉe sur un fond mÉdiocre.Réalisable par temps sec et chauddans une même journée de travail.
Une ou deux couches de chaulage blanc (sans adjuvant) suivant l’état du support.
Le chaulage est rarement pigmenté. Pourquoi ? La quantité de pigment et d’adjuvant seraient trop importantes ; sa fonction est de garnir ; celle du badigeon est d’apporter la couleur.
Une ou deux couches de badigeon pigmenté adjuvanté.
Une ou deux couches d’eau forte pigmentée adjuvantée.
Une ou plusieurs couches d’eau-de-chaux pigmentée adjuvantée sur la totalité de la surface ou par places pour créer des effets de vieillissement.
Fin de transmission pour « la peinture à la chaux à sec ».
Vue de Chartres, « Eau-forte » attribuée à Franck Will. Ne pas confondre « Eau-forte », technique employée dans le bâtiment avec « Eau-forte » dans le domaine des beaux arts : L’eau-forte artistique est un procédé de gravure en taille-douce sur une plaque métallique où le creusement du dessin est réalisé par l’action chimique d’un acide (le mordant) plutôt que par un outil mécanique. Voici maintenant « l’Eau-forte » dont Le Pays Canet parle en suivant:
L’Eau-fortedans le bâtiment :
Lait de chaux très léger, ne garni pas les imperfections du support, la structure ne provoque pas de cordage. Son emploi est celui d’une matière qui donne de la transparence et de la légèreté. Elle est la suite du badigeon qu’elle amende en le retournant vers la transparence et la nuance.
Littré dit : On se sert préférablement en peinture des termes de teintes et demi-teintes, de tons. Nuance est particulièrement du langage des teinturiers, des tapissiers et du langage figuré.
Supposons un badigeon pigmenté à 10% sur lequel s’appliquerait une eau-forte à 15% ; l’eau forte ne dissimulerait pas le badigeon, elle le voilerait seulement, créant par transparence, compte tenu de sa dilution, une nuance impossible par pigmentation directe, nuance qui créerait une animation. D’autant si l’eau-forte était épongée sur le badigeon. Ce qui offrirait des possibilités infinies en jouant des degrés d’augmentation que présente une même teinte. Cela dit le changement, dans le passage d’un pigment à un autre peut aussi être expérimenté.
Le badigeonneur unit de nuance en nuance, plus ou moins douces, plus ou moins rudes la teinte locale à celle qu’il applique, en superposant plusieurs teintes qui vont bien ensemble pour représenter l’animation ; le mouvement.
L’eau-forte peut également unifier les différences entre les matières (enduits, pierres différentes d’aspects et de teintes) lorsqu’elle est directement appliquée sur les matériaux dans leur état natuel.
Dans cet objectif elle est une couche d’unité ; un recours de circonstance.
Application
L’eau-fortes’applique de la même façon que les autres peintures à la chaux, avec une différence compte tenu de sa fluidité il convient d’être attentif aux surépaisseurs et aux coulures, qui peuvent provoquer des différences de teintes non désirées, et ineffaçables.
Outillage.
La brosserie et le bâton à remuer sont identiques à ceux utilisés jusqu’à lors. Cela dit, compte tenu de sa fluidité l’eau-forte préfèrera les brosses à longues tirures souples.
Fabrication.
L’eau-forteest fabriquée du mélange d’un volume de chaux à cinq mêmes volumes d’eau. Quant elle est naturelle, toujours compte-tenu de sa fluidité, et du peu de matière qu’elle contient, en extérieur l’eau-forte peut être adjuvantée à raison de 5% du poids de chaux en acétate de polyvinyle prêt à l’emploi (prévention d’un l’éventuel farinage, et de la disparition de ).
Exemples de fabricationpour 5 litres d’eau-fortepigmentée.
Chaux NHL
Eau
Pigment infuséFiltréPesé sec
PAV liquide prêt à l’emploi
1 litre800 grammes
5 litres
5%40 grammes
40 grammes
1 litre800 grammes
5 litres
10%80 grammes
80 grammes
1 litre800 grammes
5 litres
15%120 grammes
120 grammes
1 litre800 grammes
5 litres
20%160 grammes
160 grammes
1 litre800 grammes
5 litres
25%200 grammes
200 grammes
Poids pour 5 litres d’eau-forte
5%
10%
15%
20%
25%
5,880 kg
5,960 kg
6,040
6 ;120
6, 200kg
Extrait sec pour 5 litres d’eau-forte
5%
10%
15%
20%
25%
0,880kg
0,960kg
1,04kg
1,12kg
1,2 kg
Pigmentation.
La pigmentation del’eau-forteobéit aux mêmes règles que le badigeon.
Consommation.
Chaux en poudre N.H.L. par mètre carré et par couche : 50g.
Musée Caen – Eau-forte – Antonio Canaletto(Beaux-arts)
Lait de chaux fluide. Garnit peu. Peu structuré. Son emploi ; apporter la couleur.
Il trouve son emploi sur les enduits réguliers, les moulures, les sculptures. Il s’applique avec la brosserie traditionnelle de la peinture à la chaux.
(Rappel)
Fixité de la Chaux Hydraulique Naturelle N.H.L.
La fixité c’est la capacité qu’a le liant d’une matière picturale (ici la chaux) de fixer les pigments.
Dans la peinture à la chaux le liant est la chaux elle même ; la N.H.L. est à la fois liant et pigment.
Fixité de la N.H.L. Pigmentée.
Un badigeon de NHL pigmenté se stabilise lui-même. Cela dit les pigments ajoutés ne sont pas stabilisés ; ils le sont par l’ajout de P.A.V.
Le Poli Acétate de Vinyle est vendu par le négoce en solution prête à l’emploi ; il contient une proportion d’eau qui n’est pas toujours connue. En règle générale le P.A.V. est concentré à 50%.
Seuls des essais préalables peuvent l’assurer ; il est conseillé de procéder à des essais avant d’engager les travaux.
Si les quantités préconisées sur ce document ne s’avéraient pas être suffisantes, il suffirait d’en augmenter la dose par petits ajouts jusqu’à obtention une fixité satisfaisante.
Pigments
« Blanc Saint-Jean »0 est la dénomination de la couleur naturelle de la chaux.
La teinte naturelle de la chaux peut être modifiée par l’ajout de pigments compatibles avec la chaux.
Les pigments sont d’origines naturelles ou artificielles.
Les pigments d’origine naturelle sont les terres et les ocres parfaitement solubles dans l’eau.
Les pigments d’origine artificielle sont les oxydes métalliques fabriqués à base de métaux. Leur dispersion dans l’eau est plus délicate que celle des pigments naturels. Leur stabilité est plus aléatoire ; ils doivent porter la mention couleur à la chaux.
Les terres et les oxydes sont miscibles entre eux.
Pour obtenir une même teinte il faut moins d’oxyde que de terre.
Pigments minérauxnaturels
Pigments bruns minéraux :
Ombre calcinée Résistant à la lumière.
Ombre naturelle Résistant à la lumière.
Pigments jaunes minéraux :
Ocre jaune Résistant à la lumière.
Sienne naturelle Résistant à la lumière.
Pigments noirs organiques :
Noir de pêche Obtenu par calcination des noyaux de pêches. Résistant à la lumière.
Noir de vigne Obtenu par calcination des sarments. Résistant à la lumière.
Pigments rouges minéraux :
Ocre rouge. Résistant à la lumière.
Sienne calcinée Résistant à la lumière.
Pigment vert minéral :
Terre verte. Résistant à la lumière.
Pigments oxydes métalliques
Oxydes bleus :
Outremer. Résistant à la lumière.
Bleu de cobalt. Résistant à la lumière.
Bleu caeruleum. Résistant à la lumière.
Oxydes bruns
Brun Van-Dick rouge ou violet. Résistant à la lumière.
Oxydes jaunes
Jaunes de cadmium. Résistant à la lumière.
Jaune de fer. Résistant à la lumière.
Oxydes noirs.
Noir de carbone Résistant à la lumière.
Oxydes rouges
Rouge de fer. Résistant à la lumière.
Rouge de cadmium. Résistant à la lumière.
Rouge vénitien. Résistant à la lumière.
Vermillon. Résistant à la lumière.
Oxydes verts.
Vertémeraude Résistant à la lumière.
Vert oxyde de chrome Résistant à la lumière.
Oxydes violets
Violet de cobalt Résistant à la lumière.
Violet de manganèse Résistant à la lumière.
Infusion des pigments.
Les pigments se présentent en poudre.
Dans un récipient cylindrique remplir à moitié d’eau, poser sur l’eau la quantité d’ocre pesée sèche. Sans remuer ni agiter pour mélanger ; en une nuit le pigment naturel descend dans l’eau et sédimente au fond du récipient ; vider l’eau qui subsiste au-dessus du sédiment ; le pigment est prêt à l’emploi ; il absorbé l’eau qu’il peut absorber.
Pour les oxydes il convient d’agiter le pigment dans l’eau à plusieurs reprises pour faciliter l’infusion ; 24 heures sont nécessaires.
Dans les deux cas la prudence commande de filtrer les pigments avant de les mêler au badigeon de chaux afin d’éviter les fusées mal infusées.
Saturation
« On ne peut faire du noir avec du blanc ! »
Seuil au-delà duquel un pigment mêlé à une peinture n’est plus efficace ; il ne teinte plus c’est la saturation.
La peinture à la chaux ne peut réaliser des teintes fortes. Il est impossible d’obtenir une peinture au-delà des tons moyens.
Le maximum de pigmentation est 25% du poids de chaux de terres et ocres naturelles.
La peinture à la chaux s’éclaircit en séchant de 30 à 50 % selon la teinte, le dosage en pigments et les conditions de séchage.
Exemples pour 2 litres de badigeonde NHL pigmentés d’ocres naturelles.
Pigmentation 5% NHL 1 l (800g) Eau 2 l Pigment 40g PAV 40g
Pigmentation 15% N.H.L. 1 l (800g) Eau 2 l Pigment 120g PAV 120g
Pigmentation 25% N.H.L. 1 l (800g) Eau 2 l Pigment 200g PAV 200g
Les terres et les oxydes peuvent s’associer.
Pour obtenir une même teinte il faut moins d’oxyde que de terre.
Consommation
Chaux en poudre N.H.L. par mètre carré et par couche : 50g.
Un liant+un pigment+un solvant+parfois un ou plusieurs adjuvants sont les composants d’une peinture.
La peinture prend toujours le nom du liant qui la compose : le liant de la peinture à la colle est la colle.
Ces différentes techniques picturales sont réalisées selon la peinture à sec (sur fonds secs).
La fixité : difficulté majeure de la peinture à la chaux.
La fixité, c’est la capacité qu’a le liant d’une matière picturale de fixer les pigments.
Or, dans la peinture à la chaux, le liant, c’est la chaux elle-même ; la chaux à la fois liant et pigment.
Pour assurer la fixité de la chaux (que le lait de chaux, séché ne « farine » pas) il faut stabiliser le lait de chaux.
Nos devanciers incorporaient au lait de chaux diverses matières telles : lait, huile, sang séché, sel, etc., pour parvenir à la fixité.
La peinture à la chaux put être considérée comme une « couche de sacrifice » : on sait sa durée limitée. Son prix modique ; en une couche se rafraîchit ce que l’était plus.
L’emploi de la chaux hydraulique naturelle résout la difficulté de la fixité de la chaux.
Préalables.
La chaux, corrosive ; dangereuse pour les yeux, le nez, la peau. Il est nécessaire d’observer des précautions : vêtement de travail qui couvre le corps ; chapeau, gants de protections à manchettes ; lunettes de protection ; masque anti-poussière lors des préparations à la chaux en poudre.
La chaux
La description du cycle de la chaux a été clairement démontrée dans l’article du Pays Norbert CHADOURNE (8 août 2026).
La chaux hydraulique naturelle : NHL se présente en poudre. Elle provient de la calcination de calcaires moins purs.
Elle est dite hydraulique parce qu’elle fait sa prise et durcit en présence d’eau.
Sa prise, son durcissement, se fait en quelques heures.
Son appellation est : Chaux Hydraulique Naturelle blanche N.H.L.
1 litre de N.H.L. pèse 0.8 kg.
Sa luminance est de : 0,65 à 0,75
La luminance est la capacité à réfléchir la lumière, la chaux N.H.L. réfléchit 65 % à 75 % de la lumière qu’elle reçoit.
Mélangée à de l’eau son emploi est limité à 7 heures ; le mélange ne se conserve pas.
Elle s’applique aux travaux extérieurs et intérieurs.
Nature des supports
Enduit à base de liants hydrauliques = peinture à la N.H.L.
Conditions climatiques pour la réalisation.
Pas : de pluie, de brouillard, de températures en dessous de 5°C, de fort ensoleillement, de vents ; l’eau s’évapore trop rapidement : on dit « brûler la chaux » la chaux ne fait pas effet ; elle part en poudre.
Eau
Elle a trois rôles :
– mettre la chaux en dissolution (la faire passer de l’état de poudre à celui semi-liquide pour faciliter l’application. Elle permet la mise en œuvre qui transforme la poudre en peinture.
– L’eau permet la cristallisation de la chaux hydraulique. Sans eau de la NHL ne peut pas faire sa prise.
Fabrication
De la proportion eau/chaux dépend la texture. Plus une peinture contient de chaux plus elle est épaisse. L’aspect en est changé. Le film épais est garnissant et opaque. Fluide, peu garnissant et peu opacifiant.
La fabrication les quantités et les rapports entre la chaux et l’eau s’évaluent en parts.
lait de chaux pour un chaulage.
Lait de chaux épais, garnit largement les imperfections du support. Le film structuré (cordages). Matière apparente, rustique et forte. Le chaulage est la suite de l’enduit, il continue de bâtir.
Le chaulage trouve son emploi sur des maçonneries en moellons et sur des enduits grossiers.
Pour donner plus d’efficacité, il est possible d’y incorporer en doses réduites (20% du poids de chaux) sable, pierruche calcaire, chamotte finement criblés.
Chaux 1 litre + Eau 1 litre= fabrication du lait de chaux pour un chaulage.
Il s’applique à la grosse brosse (type brosse de colleur rectangulaire) ou pour s’inscrire dans une tradition au : « blanchissou », une grosse brosse ronde de poils longs assez grossiers, aussi dénommée « blanchisseur ».
Image générée par IAl
Le chaulage est appliqué sur un support sec, dont la cristallisation est achevée.
Consommation.
Chaulage : chaux en poudre N.H.L. par mètre carré et par couche : 140g.
Nettoyage et entretien du matériel
Le nettoyage du matériel et de l’outillage se fait à l’eau immédiatement après l’emploi.
Outillage
L’outillage des peintures à la chaux est celui de toutes les peintures. Brosses de poils de qualité assez grossière ayant une tirure longue.
En brosserie, la tirure est la longueur visible et active des poils d’une brosse.
Sédimentation
La peinture à la chaux sédimente en permanence dans le camion ; le seul outillage spécifique à la peinture à la chaux est un bâton de bois rond, plongé en permanence dans le camion de préparation ; il remet la peinture en suspension.
Littré dit : Camion, vase de terre pour délayer du badigeon. Il désigne aussi un petit matériel de peintre-en-bâtiments : seau métallique parallèle à anse mobile, à bords ourlés et fond rentré pour contenir la peinture.
La sédimentation empêche l’emploi du rouleau de peintre ou du pistolet.
Avant l’application.
Sur un support cru, non traité en surface, conservé dans son état d’origine, mouiller abondamment avant l’application du chaulage pour éviter l’absorption de l’eau contenue dans le chaulage nécessaire à la cristallisation de la chaux.
Cela dit il faut attendre que le support se ressuie pour chauler ; la composition du chaulage serait modifiée.
(à suivre : 2. le badigeon – Article du 10.09.2026)
Extraite du premier rituelde l’Union Compagnonnique en 1890.
Lecture en était faite aux nouveaux compagnons à l’occasion des Réceptions. (Collections PMJESDCEDLA)
Maître Jacques, naquit à Saint Rémy de Provence. Dès l’âge de quinze ans il voyagea en Grèce où il étudia les arts et fût très intimement lié avec Xante, sculpteur et philosophe qui lui apprit la sculpture, et l’architecture. De là Maître Jacques se rendit à Corinthe ; il étudia sous les ordres de Fabius pendant plusieurs années et il partit pour Jérusalem afin de travailler à la construction du Temple. D’abord inconnu, il se fit bientôt remarquer par son assiduité et son travail. Il reçu l’ordre de faire deux colonnes, qu’il sculpta avec tant d’art qu’il fût reçu maître et eut la direction d’un grand nombre d’ouvriers. Il avait alors vingt six ans.
A l’achèvement du Temple, Maître Jacques et Soubise revinrent dans leur Patrie après avoir été comblés de bienfaits par Salomon. Ils débarquèrent ensemble à Marseille, réunirent des disciples. Maître Jacques se fit rapidement remarquer pour son talent d’architecte. Soubise, d’un caractère violent devint bientôt jaloux de l’ascendant qu’avait acquit Maître Jacques sur ses disciples et de l’amour que tous lui portaient. Il se sépara de lui, choisit d’autres disciples, et s’en fut à Bordeaux, puis de là en Saintonge.
Maître Jacques après s’être choisi treize Compagnons et quarante disciples voyagea pendant trois ans, laissant partout le souvenir de son talent et de ses Vertus. Un jour, éloigné des Compagnons, il fût poursuivi par les disciples de Soubise qui, au nombre de dix voulurent attenter a ses jours. En se sauvant il tomba dans un marais où, les joncs l’ayant maintenu, le mirent à l’abri de ses ennemis. Pendant ce temps ses disciples qui le cherchaient, le trouvèrent et purent le délivrer. Il se retira à la Sainte Baume, en Provence.
Un matin, alors qu’il était en prière, un de ses disciples le trahit et le livra à ses ennemis. Le traître, accompagné de cinq scélérats se présenta à lui et lui donna le baiser de paix, à ce signal convenu, les assassins se jetèrent sur lui et le percèrent de cinq coups de poignard. A son appel désespéré ses disciples accoururent en vain. Ils ne purent recueillir que ses dernières paroles : elles furent un pardon pour ses ennemis.
« Pardonnez leur, ils auront assez de pensées et de souffrances de leur seul remords ».
Voici les dernières paroles qui furent prononcées par Maître Jacques avant de trépasser :
« Je donne mon âme à Dieu, mon créateur, et vous mes amis, recevez le baiser de paix ; lorsque j’aurais rejoint l’Être Suprême je veillerai encore sur vous ; je veux que ce dernier baiser que je vous donne, vous le donniez toujours aux Compagnons que vous ferez comme venant de leur Père ; ils le transmettront de même à ceux qu’ils feront. Je veillerai sur eux, comme sur vous ; dites leur que je les suivrai partout, tant qu’ils seront fidèles à Dieu et à leur Devoir, et qu’ils n’oublient jamais… »
Les dernières paroles expirent sur ses lèvres, croisant les bras, il rendit le dernier soupir à l’âge de quarante sept ans, quatre ans après son retour de Jérusalem. Maître Jacques étant mort, ses disciples formèrent un brancard et le portèrent dans une grotte dans le désert de Cabra, aujourd’hui Sainte Marie Madeleine. Ils lui ôtèrent ses vêtements et trouvèrent sous sa robe, un petit jonc qu’il portait en souvenir de ceux, qui l’avaient sauvé lors de sa chute dans le marais. Pendant que cinq Compagnons furent allés chercher le nécessaire pour faire un enterrement digne du Maître, huit Compagnons l’embaumèrent après avoir lavé son corps. Ils l’exposèrent sur un lit, où il resta deux jours à la vue de tous. Tout ce temps, on entretint un feu aux quatre coins du lit, et le soir du deuxième jour, les Compagnons en grand deuil, en gants blancs, mirent le corps dans un cercueil le visage découvert. Ils le transportèrent sur le lieu où Maître Jacques avait été assassiné, là où il avait voulu être enterré.
Le cortège était ainsi composé : quatre Compagnons portaient le corps, quatre autres venaient ensuite pour les remplacer ; quatre autres portaient le drap mortuaire sur lequel étaient brodés les attributs et les ornements mystérieux du Compagnonnage. Un autre portait l’Acte de Foi prononcé par Maître Jacques le jour de sa Réception au Temple de Jérusalem. Tous les Compagnons et les disciples venaient à la suite porteurs de torches enflammées, de bâtons et de barres de fer.
Au premier arrêt, dans un bois, les Compagnons s’approchèrent du corps, baisèrent une de ses mains en poussant de longs gémissements. Au deuxième arrêt, cinquante toises plus loin, les Compagnons découvrirent le corps, le plus ancien, lui versa sur les plaies de l’huile et du vin et les banda. A cent toises plus loin, troisième arrêt ; il était minuit, les Compagnons se mirent en prière, quant un vent affreux se mit à souffler, et éteignit les torches. Le tonnerre gronda avec fracas, et la pluie tomba à torrents.
Dans l’impossibilité de poursuivre leur route, les Compagnons se mirent en prière jusqu’au jour, en souvenir de cette nuit terrible, ce lieu fût appelé : le remords. A Saint-Maximin, le cortège épuisé de besoins et de fatigue prit quelque nourriture et se reposa. Le midi suivant, il reprit sa course et n’arriva qu’à la nuit à Sainte Sozime où les torches furent allumées pour procéder à l’ensevelissement. Avant de descendre le corps dans le tombeau, le Premier lui donna le Baiser De Paix qui fût renouvelé par tous les Compagnons. Après lui avoir retiré son bourdon on remit le corps dans la bière, et on le descendit dans la tombe. Le Premier, descendit auprès de lui, les autres Compagnons le couvrirent du drap mortuaire après lui avoir fait passer du pain, du vin et de la chair qu’il déposa sur le cercueil, puis il sortit ayant échangé de longs gémissements avec ses Frères.
Après avoir recouvert la fosse, les Compagnons allumèrent un grand feu dans lequel ils jetèrent les torches, et tout ce qui avait servi aux funérailles du Maître.
Donnant sur la table, le Compagnon Ladeveze ouvre la séance.
— La parole va au Pays secrétaire pour la lecture du compte-rendu de la dernière séance : Pays, tu as la parole.
Le secrétaire est le Compagnon boulanger Rémy Vidame, de son nom : Berry Le-Vaillant. Sa bonhomie attire la sympathie ; il prend la parole.
— Compte-rendu de la dernière séance du 12 juin 2037.
En peu de mots, nous le savons, le compagnonnage s’adresse à la condition des femmes et des hommes de métiers manuels qui transforment la matière. Cette condition représente une unité ; elle est universelle ; connue par toute l’humanité. Elle a toutes les possibilités de se reproduire ; elle communique des gestes et des savoir-être. Elle a atteint tout le développement que l’on pouvait attendre d’elle ; sa capacité à se voir dans la société et à s’imaginer dans l’avenir : ce que nous nommons le savoir-devenir. Notre condition se renouvelle par les éclosions qui viennent prendre l’espace laissé vacant par les générations les plus âgées qui nous ont précédés. Le métier manuel et le Compagnonnage ne sont pas des étapes transitoires vers l’entreprenariat. Il est du choix de ceux qui le désirent d’occuper la condition d’entrepreneur. Ce choix est légitime. Cela dit, devenir entrepreneur signifie souvent abandonner le débat singulier, quotidien et permanent entretenu avec la matière.
L’entrepreneur peut difficilement concilier la permanence du travail manuel et l’organisation du travail pour un nombre plus ou moins grand d’ouvriers. Le savoir-devenir peut aboutir à l’entreprenariat ; c’est respectable et mérite d’être encouragé. Cela dit, ce choix n’est pas en concurrence avec le compagnonnage ; il est d’une autre nature. Autrefois, les choses étaient plus simples : il y avait le travailleur indépendant ; ni domestique, ni salarié, ni patenté. Il vendait son savoir-faire et sa force de travail à la journée, surtout à la campagne et dans le bâtiment. Aujourd’hui, l’entrepreneur veut être indépendant et travailler pour son propre compte, mais il est répertorié à la Chambre des métiers ; à l’avance, il paie pour travailler. Où est le travailleur indépendant, ni domestique, ni salarié, ni patenté ?
— La lecture du compte-rendu est terminée, conclut le secrétaire.
Le Pays Vidame baille ; levé à quatre heures, à cinq heures au fournil ; c’est l’heure de sa sieste quotidienne.
— Nous sommes réunis pour décider si, oui ou non, nous pouvons incorporer sans risque, un patron, un chef d’entreprise à notre Chambre.
Ladeveze poursuit :
— A la dernière réunion, nous en étions à ce qui vient d’être dit. Nous nous sommes arrêtés à cette affirmation, parlant de l’éventuel candidat : «Il présente bien, il parle bien ! » sans dire si c’est bon ou pas de bien présenter et de bien parler : de quoi parlait-on ? Reprenons là où nous en étions, à cette affirmation : « Il présente bien, il parle bien ! »
Donnant sur la table, Ladeveze dit :
— Pays vous avez la parole !
— Pour savoir parler, il faut avoir parlé, et pour parler, il faut avoir à dire : sur quoi trouver à dire quand on n’a pas de temps à soi ? dit Renée Combret (elle occupe la fonction de troisième rôleur).
— Un sujet sur lequel le compagnon peut dire, c’est son métier et ce qu’il fait de ses mains. Cela dit, oui, il doit apprendre à parler, répond Ladeveze.
— Pour apprendre à parler, il faut que la parole soit accordée. Pour qu’elle soit accordée, il faut que l’on ait un intérêt à l’entendre dire, rajoute Renée Combret (son rôle est la sûreté extérieure de la Chambre).
— C’est bien ce que je dis : plus le compagnon est compétent, plus on veut l’entendre dire, et plus on veut l’entendre dire, plus on lui accorde la parole ; dès lors, plus il dit, mieux il dit, s’exprime dans une exaltation apparente Lécuyer La-Fierté.
— Il peut réclamer la parole ; on ne lui refuse jamais, non ?
— Où ? Dans l’entreprise ? demande le Pays Rose Guilhem.
— Pour être compétent, le compagnon doit prendre l’habitude de réfléchir à ce qu’il fait dans son métier ; quand il réfléchit pour son métier, il réfléchit aussi pour tous les autres sujets. Comment, dès lors qu’il réfléchit, peut-on le rouler dans la farine?
Le Pays Armelle Galodé, qui occupe la fonction de secrétaire adjointe, justifie un choix sans le dire.
— Je te réponds : comment, dès lors qu’il sait dire, le compagnon peut-il se contenter de répondre à des questions posées par ceux qui confisque la parole ?
Puisque la parole lui est accordée, que fait-il ? Il peut transgresser la règle établie, parce qu’il s’agit bien de cela, prendre la parole, non ? Quand il s’autorise à sauter par-dessus les barrières, les détenteurs de la parole le remettent à sa place ; voilà ce qui se passe. S’il persiste, ils le déclarent indiscipliné, perturbateur, puis révolté, pour finir agitateur, dit d’un seul trait : Edmée Royer (Edmée occupe la fonction de deuxième Rôleur : la sûreté de la porte de la Chambre).
— S’il ne transgresse pas, il n’a pas d’autre choix : rester homme de métier, ou devenir professionnel ?
Les gens de métier parlent à la matière ; les professionnels disent ce que l’on peut faire avec la matière, c’est une différence. Le métier induit le compagnonnage ; la profession : l’entrepreneuriat, c’est élémentaire.
Le sujet le touche, Marcel Lebrère parle peu ; trois phrases le disent.
— C’est juste ce que tu dis, Marcel : le compagnon est autorisé à dire, mais au bout du compte l’entrepreneur détient la parole.
— Compagnon est cum panis, « avec le pain » ; le compagnon est celui qui partage le pain : le compagnon est un partageur, ça aussi c’est clair.
Quand il dit publiquement, c’est au nom d’un groupe, syndicat ou autre, qu’il parle, rajoute Lebrère dit Angoumois L’Élémentaire.
— Le professionnel a le statut d’une personne autorisée à s’exprimer et à communiquer par la parole.
Son nom est peint sur la pancarte : Atelier de peinture, et, en dessous, en forme de signature : Augustin Bouvet.
Il dit clairement : « Mon nom est associé à mon activité professionnelle », rajoute Edmée Royer. (Edmée sait de quoi elle parle ; son mari est entrepreneur, mais c’est elle qui a hérité de la boîte de son père : Michele Ferraro, qui était maçon, et c’est elle qui l’a fait valoir. Le nom de son mari : Royer est peint sur l’enseigne dès lors qu’il n’est pas maçon).
— Si je vous suis bien, il y aurait le métier, la matière, le compagnonnage, le silence, la rébellion ; ou l’entreprenariat, dès lors parler, débattre publiquement ? Sachant que la décision d’être ici ou là est respectable. Alors ? Peut-on incorporer sans risque un chef d’entreprise, un patron à notre Chambre ? demande Besson, L’Amour-Du-Travail.
— Ça va un peu vite, vous ne trouvez pas ? Il y a du pour et il y a du contre.
— Mais ici nous sommes tous égaux, non ?
— C’est justement, j’aimerais bien que l’on en reparle ; la chose est trop sérieuse.
— Tu le connais bien, Vitrac ; tu as bien connu son père ! Et nous nous en souvenons tous.
— Si on l’a connu ? Bien sûr ! C’était un courageux ; il en demandait beaucoup trop à ses ouvriers.
— Il demandait aux autres ce qu’il se demandait à lui-même ; c’était son tort, ça l’a coulé.
Il était le plus sérieux, et le plus sale de tous les plâtriers ; on le suivait à la trace. Ses plâtres étaient toujours sur des cueillies et des repères.
— Parle en français ! Cueillies, repères, quèsaco ?
— Excusez-moi ; ce sont des mots du bâtiment. Les cueillies sont des traits de plâtre pour former les angles ; on commence par ça avant de dresser un enduit ; d’autres travaillent à la volée.
— Ne nous égarons pas ! (Ladeveze veut en finir avec toutes ces digressions). Son père, Fernand, était des nôtres ; vous connaissez son fils depuis qu’il était enfant. On ne peut pas reprocher à son père d’avoir fait suivre des études à son fils, et qu’il y ait réussi, alors pourquoi tourner autour du pot ?
— Tu le sais, ce sera la première fois que l’on recevra un ’entrepreneur ; ce ne sont pas nos habitudes.
— Puisque c’est lui qui demande, et que vous le connaissez : où est le risque ?
— Le risque, c’est qu’après lui il en présente d’autres qui seront entrepreneurs comme lui, et qu’en peu de temps ils soient les plus nombreux, et que nous ne serions plus ce que nous sommes.
— Je te remercie de dire les choses telles qu’elles sont. Je dois le dire, je ne l’ai pas vu venir ce coup-là.
Son souffle retrouvé :
— Il me faut bien l’admettre ; si nous en sommes là, les oppositions sont plus sérieuses que je l’imaginais.
Voulez-vous en reparler le mois prochain ?
— Et ça durera comme ça jusqu’à quand ?
— Je ne sais pas : vous avez la parole.
— Si j’étais sûr qu’il reste à sa place, je voterais pour lui, mais je ne sais pas.
— Et comment veux-tu savoir ça ?
— Où nous sommes sûrs de nous, ou nous ne le sommes pas. Ou nous croyons à ce que nous faisons, ou nous n’y croyons pas dit Périgord L’Amour-Du-Travail.
— Je suis d’accord avec ce qui vient d’être dit : ou nous sommes sûrs que ce que nous faisons peut intéresser le fils Vitrac, ou nous lui conseillons d’aller voir ailleurs.
— Et ailleurs, tu t’imagines qu’il s’y trouvera mieux qu’ici ?
— Je ne suis sûr de rien ; dans tous les cas, il échappera à nos discussions sans ambition.
— Pouvons-nous procéder à un vote ?
— Pour demander quoi ?
— Pour demander si nous acceptons de recevoir Antonin Vitrac. Si le vote est favorable, nous établirons une série de précautions.
— De précautions ou de conditions ? Réagit Guilhem L’Amie-Fidèle toujours fine pour débusquer ce qui peut être sous-entendu.
— De conditions que nous aurons la précaution de lui soumettre.
Ladeveze La-Bonne-Conduite est satisfait ; en parlant il a sorti la Chambre de ses mauvaises appréhensions ; le bon discernement aboutit à une sagesse qu’il exprime modestement.
— Je crois que nous avons eu raison de voter ; le résultat est le suivant : la candidature d’Antonin Vitrac est acceptée à l’unanimité, ce qui est la preuve que parler est utile, on ne peut pas dire que ce vote a été obtenu aux forceps.
La séance du mois prochain établira les conditions que nous lui soumettrons, entre autres la réalisation d’un ouvrage technique de qualité. Le Troisième Ancien, Mauduit Marche-à-Terre, intervient pour apporter un peu de sérénité aux éventuelles inquiétudes.
— Il est capable de faire des travaux que nous ne savons pas faire, je vous le garantis ; c’est un gars du bâtiment, ça se connaît qu’il a manié la truelle.
N’oubliez pas qu’il a fait cinq ans à Felletin, puis l’école des conducteurs de travaux de Toulouse. Non seulement il connait le maniement de la truelle, mais il sait aussi tracer des plans. Son père avait dans l’idée d’en faire un ingénieur ; quand il est mort, le gamin a cessé ses études. Alors vous comprenez bien que, pour le chef-d’œuvre, il aura à cœur d’en faire un qui sera très beau.
Une année plus tard, Antonin Vitrac est reçu compagnon Égalitaire Maçon-Constructeur, inscrit à la Chambre de Cognac. Son nom ? Aunis La-Victoire. Son chef-d’œuvre ? Un pont biais à deux piles et cinq arches, en béton poli, à l’échelle du dixième.
Ladeveze pense qu’à la suite de cette Réception, la Chambre pourrait imaginer le recrutement, non plus par métier, mais par filière : du carrier à l’architecte ; du céréalier au pain ; du vacher au fromage ; du maraîcher à l’assiette.
Serge Canet, compagnon peintre en bâtiment, né en 1950.
Dans cette première partie, Serge revient sur ses débuts dans le métier, à une époque où l’apprentissage était exigeant et où les conditions de travail étaient bien différentes d’aujourd’hui. Il raconte sa découverte de la peinture en bâtiment, les difficultés de sa formation et les rencontres qui l’ont conduit vers le compagnonnage. Nous évoquons également ses premières visites de musées, un souvenir particulièrement marquant, ainsi que son arrivée dans le monde compagnonnique, où il découvre que les différentes sociétés ne partagent pas toujours les mêmes visions. À travers son témoignage, c’est toute une époque qui renaît, avec ses méthodes, ses valeurs et son exigence. Un épisode précieux pour comprendre l’évolution des métiers et du compagnonnage au fil des générations.
_ Selon vous, qu’est-ce que les jeunes générations devraient conserver de l’ancienne façon d’apprendre un métier ?
(2 éme Partie)
Dans cette deuxième partie, Serge Canet revient sur son parcours compagnonnique et partage son regard sur plusieurs épisodes marquants de l’histoire du compagnonnage. Nous évoquons les origines du Compagnonnage Égalitaire, les réflexions qui ont conduit à sa création et les raisons qui ont amené Serge à quitter l’Union Compagnonnique. L’échange aborde également un événement tragique qui a profondément marqué le monde compagnonnique : l’attentat commis par un compagnon dans un restaurant McDonald’s, ses conséquences et les interrogations qu’il a suscitées. Nous parlons aussi de la symbolique des joints, des difficultés d’ancrage que peuvent rencontrer certains compagnons au cours de leur parcours, ainsi que de l’évolution des différentes sociétés compagnonniques. Un épisode sans détour, où Serge partage son expérience, ses convictions et son analyse d’un mouvement qu’il a vécu de l’intérieur pendant de nombreuses décennies.
« Selon vous, Pays Canet, une institution peut-elle évoluer sans perdre son identité ?
Dans cette troisième partie, Serge Canet raconte la naissance du Compagnonnage Égalitaire.
Pourquoi créer un nouveau mouvement ? Quels constats l’ont conduit à imaginer une autre façon de vivre le compagnonnage ?
Il revient sur les principes fondateurs, les règles qu’il a mises en place, mais aussi sur les erreurs qu’il reconnaît avoir commises dans la construction et l’organisation de cette nouvelle société. Nous parlons également de sa vision du responsable, du chef et du leader. Pour Serge, un dirigeant ne conduit pas forcément un groupe en restant devant : il partage sa conception du leadership et de la transmission. L’échange aborde aussi un sujet rarement évoqué : sa réflexion autour de la création d’un compagnonnage ouvert aux musulmans, les recherches qu’il a menées pour adapter certains rites, notamment en trouvant une alternative au vin, tout en conservant leur portée symbolique. Enfin, Serge nous présente les couleurs du Compagnonnage Égalitaire et revient sur la place de la réception dans cette nouvelle organisation.
Un épisode qui invite à réfléchir sur l’évolution des traditions, le leadership et la capacité d’un mouvement à rester fidèle à ses valeurs tout en s’adaptant à son époque.
« Selon vous, Pays Canet, une tradition peut-elle évoluer sans perdre son identité ?
L’assassinat d’Hiram par trois mauvais compagnons – Illustration originale Guépin Belles Lettres
La légende d’Hiram dans le compagnonnage.
Par leurs traditions les compagnons du Tour de France de tous les Devoirs disent que la construction du Temple de Jérusalem est à l’origine des compagnonnages ouvriers. Pour dater leur naissance ils lui donnèrent des origines glorieuses. D’autant qu’il n’y avait aucune trace de ce prestigieux passé, de son illustre promoteur, ni de ses bâtisseurs émérites.
Dès-lors le mythe prit forme ; se propagea ; se perpétua s’amplifiant d’autant de rêves d’espoirs et de visions collectives, que la condition de ceux qui rêvaient était miséreuse. En dehors de fables consolatrices qui parlaient avec nostalgie d’un passé prétendument meilleur, et du mythe d’un âge d’or qui reviendrait, la condition de ceux qui de leurs mains œuvraient la matière, fut toujours, la condition d’une classe socialement basse. Le mythe du Temple de Jérusalem est ancien. Dans le moyen-âge il était couramment cité. C’est une mémoire qui dure et durera encore et continue de détourner du quotidien qui y consacre un temps d’étude.
Le 26 décembre 537, Justinien Ier, l’empereur byzantin atteint son but : construire un édifice surpassant en splendeur le temple de Salomon à Jérusalem. Lors de la dédicace de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, dédiée à la Sagesse, Justinien s’écria : « Je t’ai vaincu Salomon. » C’est dire combien la construction de ce premier temple de Jérusalem aura marqué durablement les esprits de tous ceux, princes ou gueux, qui, de loin ou de près s’engagèrent dans l’acte de bâtir.
Héritier des ruines de Rome, l’occident chrétien favorisa ces fantasmes. Ces chimères enrichirent l’imaginaire des masses populaires bercées par les mythologies païennes, auxquelles s’agrégeait les histoires saintes juive et chrétienne, et enfin l’inconnu musulman. Jérusalem Le mot sonnait clair, il était irréel, inaccessible, légendaire : la terre sainte ! La quête mystique de tout ce qui comptait alors s’achevait à Jérusalem. Chaque période revêtait à la mode de son temps l’histoire de la construction du Temple de Salomon. La première légende que nous observons, celle qui influença et influence encore les compagnonnages de métiers est la légende d’Hiram.
La légende d’Hiram : compagnonale ou pas ?
Au XVIIIe siècle, des seuls milieux franc-maçonniques, une interprétation allégorique fut consacrée à la construction du Temple, et à un mystérieux personnage, jusqu’à lors inconnu : l’architecte du Temple nommé Hiram. Interprétation fabuleuse parce que l’on ne connaît pas d’architecte au 1er Temple de Jérusalem. Cela dit, le personnage d’Hiram est connu pour être Hiram1er Roi de Tyr et de Sidon ; il est cité dans la Bible au premier livre des Rois en 5. 15 :
« … Hiram roi de la ville de Tyr avait toujours été un ami de David. Quand il apprit que Salomon avait été consacré roi pour succéder à son père David il envoya une délégation lui présenter ses vœux… »
Au second livre des Chroniques en 2. 2 :
« …Salomon envoya à Hiram roi de la ville de Tyr le message suivant « Tu as fourni du bois de cèdre à mon père David pour qu’il puisse se construire sa résidence. Agis de même envers moi… »
Le personnage d’Hiram est connu aussi pour être un contemporain du roi de Tyr, un fondeur de bronze qui œuvrait sur le chantier du Temple de Jérusalem, et connu lui aussi sous le nom d’Hiram dans le premier livre des Rois en 7. 13 :
« … Il y avait à Tyr un spécialiste du travail du bronze nommé Hiram. Il était tyrien par son père mais originaire de la tribu de Nephtali par sa mère qui était veuve il était très habile et intelligent et il connaissait parfaitement la technique du travail du bronze. C’est pourquoi le roi Salomon le fit venir de Tyr pour fabriquer tous les objets dont il avait besoin… »
Ou encore Hiram-abi au second livre des Chroniques en 2. 12 et 13 :
« … Eh bien maintenant je t’envoie un spécialiste particulièrement doué Hiram-Abi. Il est tyrien par son père mais originaire de la tribu de Dan par sa mère. Il sait travailler l’or l’argent le bronze le fer la pierre le bois et apprêter les étoffes teintes en rouge en violet ou en cramoisi et celles de lin fin il connaît aussi l’art de la gravure il saura même élaborer n’importe quel projet qu’on lui confiera. Il travaillera avec tes propres spécialistes et avec ceux que ton père le roi David avait désignés… »
Hiram architecte du 1er Temple de Jérusalem est une création littéraire.
La légende qui est soutenue par un fond de vérité dans le récit c’est-à-dire que d’un fait réel un esprit poétique peut enjoliver créer des anachronismes qui transforment l’inspiration du départ en un récit merveilleux. Ce récit de la Légende d’Hiram ne naissait pas de rien il reprenait un certain nombre de thèmes comme ceux : du talent, de la loyauté, de la jalousie, du mérite, de la lâcheté, de la vengeance dont l’on peut dire qu’ils étaient directement inspirés de traditions antiques ou de gestes médiévales. La lecture de ce récit conduit exclusivement à la symbolique et l’ésotérisme franc-maçonniques. Ce qui n’est bien, mais n’est pas l’objet des compagnonnages
La légende d’Hiram est franc-maçonnique.
Le compagnonnage est français, dès-lors que la tradition franc-maçonnique est anglaise. Ce récit est l’ossature d’une pratique rituelle à compter du troisième grade de cet ordre. La Franc-maçonnerie n’a pas d’origine commune avec les compagnonnages ouvriers français. Les compagnonnages sont français et seulement français. D’autres formes, dans d’autres cultures existent, mais ils n’ont pas la même origine. Comme pour le compagnonnage français ils n’ont pas d’origine commune avec la Franc-maçonnerie. Le croire est une méprise. Un grand nombre des représentations franc-maçonniques : insignes, emblèmes, cérémonies… ressemblent à celles des compagnonnages. Ce qui diffère est plus important, ce ne sont que des apparences qui ont une similitude de forme. Ça en a l’odeur la chanson la couleur…mais ça n’en est pas La Franc-maçonnerie tire sa tradition des exemples fournis par les métiers du bâtiment des corporations anglaises. Le compagnonnage est une organisation parallèle aux corporations françaises de l’ancien régime : il était opposé à celles-ci. Il tire, pour l’essentiel ses origines sociales, de l’opposition entre les maîtrises et les jurandes et les mouvements de valets qui, dès le 13ème siècle se constituent.
Ces deux traditions tirent leurs origines des mêmes métiers du bâtiment anglais ou français : comment n’y aurait-il pas de représentations utilisant les mêmes images ? Comment échapper au compas, à l’équerre, au maillet, fil-à-plomb, niveau et autre levier ?
Au XVIIIe siècle les légendes médiévales portaient et animaient les traditions des compagnonnages. Elles devinrent désuètes, chargées d’archaïsmes, que l’inspiration fut religieuse ou pas.
Un nouveau monde s’offrait à tous.
Les groupements compagnonaux furent traversés par le siècle. Ils étaient déjà loin les interdits des docteurs de la Sorbonne en 1655 qui condamnaient les compagnonnages de mise en état de pêché mortel. Au XIXème siècle la majorité des compagnonnages découvrirent cette légende qui s’imposait à eux. Elle ne remettait pas en cause celles qui l’avaient précédées : elle jouait de réformisme. Cette apparente nouvelle mouture de ce qu’étaient les légendes précédentes était une aubaine. Elle reprenait un certain nombre de thèmes préexistants dans les légendes antérieures. Preuve s’il en fallait une, selon les compagnons du temps, que la Franc-maçonnerie et les Compagnonnages de métiers avaient une origine commune, et peut-être même le compagnonnage était à l’origine de la Franc-maçonnerie. Ce qui était une blague. Comme certaines théories qui prétendraient au contraire que la Franc-maçonnerie était à l’origine des compagnonnages. Ce qui était une plus vaste blague encore.
Le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie sont distincts.
Le XVIIIe siècle fut un siècle durant lequel le compagnonnage fut éprouvé dans ses traditions. Siècle durant lequel il perdit une partie de ses grands usages liés aux influences religieuses et chevaleresques. Influences ne veut pas dire que les compagnonnages aient eu une ascendance religieuse ou chevaleresque ; qu’ils aient été en quelque sorte que ce soit les descendants légitimes ou pas de ces ordres. Cela veut simplement dire que les faits, plus ou moins réels, cités dans les légendes chrétiennes et les gestes médiévales ont inspirés et servis d’ossature aux compagnonnages de métiers pour leurs propres traditions. Les vieilles légendes trop inspirées du catholicisme pour les postrévolutionnaires furent abandonnées. Au XIXème siècle, la transformant, l’adaptant, des compagnonnages trouvèrent la légende d’Hiram prête à porter, pensée, réfléchie, écrite, expérimentée par d’autres : ce fut ainsi qu’ils s’approprièrent Hiram. Dès lors ils purent rester des mouvements actifs parce que renouvelés. Ils préservaient l’essentiel de leur identité et conservaient des pratiques moins restrictives, mieux en accord avec les idées du temps. Le compagnonnage est planté dans le cœur battant de la classe des hommes de métier. Au XVIIIe siècle cette classe subissait les changements dans les modes de production avec les débuts de la mécanisation, et, pareillement à la société qui lui était contemporaine : elle s’ouvrait à des idées nouvelles. Même de plus loin le siècle des lumières brillait aussi pour les ouvriers.
Par quelle voie en eurent-ils connaissance ?
Avec certitude la première fois qu’ils en eurent collectivement connaissance ce fut par la publication en 1801 du « Régulateur du maçon » de 1785 qui dévoilait les rites maçonniques. La deuxième fois avec la publication en 1851 de l’œuvre de Gérard De Nerval « Voyages en orient » dans laquelle le poète donne une version ottomane de la construction du temple de Jérusalem, de la visite de la Reine de Saba, et de sa rencontre avec le fondeur : Adoniram. Une constante cependant Hiram n’appartenait pas aux compagnonnages ; ils ne le citèrent presque jamais, sauf les Compagnons Charpentiers De Liberté qui naquirent en 1804. Ils se donnaient pour autre nom celui d’Indiens, et se groupaient sous le vocable d’Enfants d’Hiram puisqu’inscrit sur leur diplôme de Maître Initié « les enfants d’Hiram seront vainqueurs. »
Le XIXe siècle en a fait une légende moralisatrice. Elle n’offre plus d’intérêt ; elle ne répond pas aux élans sociaux ou sociétaux de l’époque : elle est devenue à son tour désuète, et chargée d’archaïsmes. Sauf, à considérer, que la légende est devenue « La Tradition » ce qui serait un pas à franchir, dont on ne saurait comment revenir.
N’est-ce pas déjà la réalité ?
Légende d’Hiram
Extraite du premier rituel
de l’Union Compagnonnique en 1890.
Lecture en était faite aux nouveaux compagnons à l’occasion des Réceptions.
(Collections PMJESDCEDLA)
C’est en Orient berceau de la civilisation qui fut aussi le berceau des légendes et des fables qu’est né le Compagnonnage. La construction du Temple de Jérusalem l’une des merveilles du monde et la mort tragique d’Hiram son glorieux architecte sont les éléments sur lesquels nos pères ont établi la tradition qui s’est transmise jusqu’à nous. L’architecte du Temple est donc le mythe vers lequel convergent tous les Devoirs comme tous les ordres Compagnonniques malgré les différents noms qui lui ont été donnés. Quel était cet homme ? D’où venait-il ? Son passé était un mystère Envoyé au roi Salomon par le roi de Tyr ce personnage aussi étrange que sublime avait su dès son arrivée s’imposer à tous son génie audacieux le plaçait au dessus des autres hommes son esprit échappait à l’humanité et chacun s’inclinait devant la volonté et la mystérieuse influence de celui dont le talent dominait tous les autres. La bonté et la tristesse étaient peintes sur son visage assombri et son large front reflétait à la fois l’esprit de la lumière et le génie des ténèbres. Son savoir s’était acquis dans la solitude et n’avait jamais eu d’autres modèles que ceux que le désert lui avait fournis parmi les débris inconnus et les figures colossales de Dieux et d’animaux symboliques espèces évanouies spectres d’un monde ancien et d’une société disparue et morte.
Le pouvoir de celui que les historiens ont tour à tout nommé Hiram Hiram-abi Abiram ou Adhomhiram était grand il commandait l’immensité des travailleurs réunis à la construction du temple parlait tous les idiomes depuis l’idiome sanscrit de l’Himalaya jusqu’au langage guttural des sauvages Lydiens. La renommée à la voix puissante en avait fait retentir les échos jusqu’aux extrémités du monde. C’est alors que la Reine Balkis renommée par sa beauté résolut de se rendre à Jérusalem pour saluer le grand monarque et se rendre compte par elle même des merveilles qu’il faisait édifier.
Salomon accueille avec enthousiasme la Reine de Saba et lui fait admirer le superbe édifice qu’il fait élever au Dieu mais chaque fois que la Reine demande Qui l’a conçu ? Qui a exécuté les chefs-d’œuvre admirables qui ornent son palais et les travaux du Temple ? Le Roi répond « C’est Hiram homme bizarre et farouche que m’a envoyé le Roi de Tyr ». Balkis est impatiente de connaître cet homme ainsi que de voir rassemblée sous ses yeux cette armée innombrable d’ouvriers de toutes sortes. Salomon lui dit que ces ouvriers dispersés de tous cotes seront peut être difficiles à réunir. Mais Hiram s’adosse à un portique extérieur et se faisant un piédestal d’un bloc de granit il jette un regard sur cette foule attentive et sûr d’être vu de toutes parts il fait un signe le travail s’arrête comme par enchantement tous les visages se tournent vers lui. Le maître lève alors le bras droit et de sa main ouverte trace dans l’air le simulacre d’une équerre à ce signe de ralliement la fourmilière humaine s’agite comme si une trombe de vent l’avait bouleversée les groupes se forment se dessinent en lignes régulières en trois corps principaux au centre les travailleurs de la pierre à droite ceux qui travaillent le bois et à gauche ceux qui s’adonnent à l’industrie des métaux. Ils sont là par centaines de mille la terre tremble sous leurs pas ils s’approchent semblables aux hautes vagues de la mer prêtes à envahir le rivage point de cris point de clameurs on n’entend que le roulement lointain précurseur de l’ouragan ou de la tempête qu’un souffle de colère vienne à passer sur ses têtes et ces flots animés emporteraient dans le tourbillon de leur puissance tout ce qui voudrait faire obstacle à leur impétueux passage.
Hiram étend le bras cette armée demeure immobile. Devant cette force inconnue qui s’ignore elle même Salomon a pâli il jette un regard effaré sur le brillant mais faible cortège des prêtres et des courtisans qui l’entourent son trône va-t‑il être broyé et submergé par les flots de cet océan humain ? Non le maître fait un signe cette armée se disperse elle se retire frémissante mais obéissante à l’intelligence qui la domine et qui la dompte. Cette puissance était le Compagnonnage avant que la jalousie ne vint jeter son venin dans les rangs et rendre ennemis irréconciliables des ouvriers qui la veille s’aimaient et s’estimaient en frères. Quand au chef mystérieux qui commandait à ces légions d’hommes son génie devait bientôt soulever contre lui la haine des envieux des lâches et des traîtres il devait succomber et succomba sous les coups de trois mauvais Compagnons qui personnifiaient l’ignorance l’hypocrisie et l’ambition. Chaque soir après le départ des chantiers Hiram avait l’habitude de visiter les travaux pour se rendre compte de leur état d’achèvement et voir si ses ordres avaient été rigoureusement exécutés. Les ouvriers connaissaient ce détail. Aussi les trois mauvais Compagnons qui voulaient la paie des maîtres résolurent de profiter de cette occasion pour obtenir par la force ce qu’ils savaient ne pouvant l’obtenir par la raison. Armés chacun d’un outil ils s’embusquèrent aux trois portes principales sachant bien que le chef ne pourrait sortir que par l’une d’elles. Or ce soir là Hiram ayant fini son inspection sortit par la porte du sud. Il y est arrêté par le traître qui lui dit
« Il y a trop longtemps que vous me retenez dans les rangs inférieurs je veux de l’avancement admettez-moi au rang des maîtres ».
Avec sa bonté ordinaire le chef répond
« Je ne puis de mon autorité te donner ce que tu demandes travaille et lorsque tu auras terminé ton temps je me ferai un devoir de te présenter au conseil ».
« Je suis assez avancé répond le téméraire et je ne vous quitterai pas que vous ne m’ayez donné le mot des initiés ».
« Insensé répond Hiram ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu travaille persévère et tu seras récompensé ».
Le traître insiste menace et sur un nouveau refus il lui assène sur la tête un violent coup de règle qui détourné par le geste du maître ne l’atteint que sur la nuque. Hiram inquiet veut se précipiter par la porte de l’orient mais là il est arrêté de nouveau par le deuxième traître qui fait les mêmes demandes et qui sur son refus lui porte au cœur un terrible coup de l’équerre dont il était armé. Etourdi par ce deuxième coup notre maître se dirige en chancelant vers la troisième porte par laquelle il espère échapper à ses assassins. Vain espoir il est arrêté de nouveau par le troisième conjuré qui lui demande aussi le mot des initiés
« Plutôt mourir s’écrie Hiram que de trahir le secret qui m’a été confié ».
Au même moment le scélérat lui assène sur la tête un violent coup de masse qui l’étend mort à ses pieds. Les trois meurtriers s’étant rejoint se demandèrent réciproquement la parole de l’initié. Voyant qu’ils n’avaient rien pu obtenir ils furent désespérés cachèrent le corps de la victime et s’enfuirent après avoir planté une branche d’acacia sur l’emplacement. Salomon devant un crime aussi odieux résolu de venger Hiram et fit mettre à prix la tête des assassins. Après bien des recherches ils furent découverts. Ramenés devant le roi ils furent condamnés à la mort la plus cruelle Attaches à des poteaux par les pieds et par le cou les bras liés par derrière on leur ouvrit le corps depuis la poitrine jusqu’au bas ventre et on les laissa ainsi exposés à l’ardeur du soleil l’espace de huit heures. Leurs plaintes devinrent si lamentables qu’on leur trancha la tête. Chacune d’elles fût exposée sur une pique dans le même ordre qu’ils avaient commis leur crime.
La légende serait-elle Compagnonale ?
Cette légende s’adressait à un autre public que celui du compagnonnage. Elle correspondait parfaitement aux attentes d’une classe dirigeante et non pas à celles d’un prolétariat. Elle était explicite et très bien écrite, le dirigisme y était très apparent, peut être dans un souci de conformisme pour satisfaire une classe dirigeante qui enflait les rangs de la franc-maçonnerie. La légende disait clairement que des ouvriers, sous la conduite et aux ordres d’un maître prestigieux, à la culture et aux connaissances universelles, édifièrent pour un encore plus grand et plus prestigieux personnage ; une œuvre remarquable de beauté et d’harmonie au point tel, que l’entièreté du Monde en avait eu connaissance.
La légende ne dit pas qui sont ces ouvriers sinon qu’ils sont divisés en trois groupes ceux qui œuvrent la pierre ceux qui œuvrent le bois et ceux qui œuvrent les métaux. Pour ces milliers d’ouvriers c’était l’anonymat ils n’étaient pas au centre de la légende.
Elle disait aussi que ces ouvriers obéissaient « au doigt et à l’œil » et ici plus précisément :
« … le maître fait un signe cette armée se disperse elle se retire frémissante mais obéissante à l’intelligence qui la domine et qui la dompte… »
Ces milliers d’ouvriers ne représentaient qu’une force de travail, des bras pour travailler et des yeux pour obéir à un Maître.
La légende poursuivait par la qualification des trois compagnons assassins : envieux, lâches, et traîtres, puis ignorants, hypocrites, et ambitieux.
Les mots étaient-ils lâchés par hasard ?
Un compagnon qui conteste et revendique une augmentation de salaire, puisque c’est ici le cas : « … les trois mauvais Compagnons qui voulaient la paie des maîtres… » Seraient par définition : envieux, lâche, traître, ignorant, hypocrite, et ambitieux ?
Être bon et loyal compagnon, pour les auteurs du récit signifiait : rester à la place attribuée par les Maîtres.
En poursuivant un traître de la légende dit :
« … il y a trop longtemps que vous me retenez dans les rangs inférieurs je veux de l’avancement… »
Le chef répond
« … Travaille et lorsque tu auras terminé ton temps je me ferai un devoir de te présenter au conseil… »
L’avancement était lié au temps plutôt qu’au talent / Qui fixait ce temps ?
Le récit promettait aux contrevenants de les remettre à la place qui était la leur.
Si ce récit n’avait pas influencé les idées et les comportements des compagnons de tous les Devoirs, il n’aurait pas à être commenté ; il est étranger aux compagnonnages de métiers.
C’est l’histoire, celle héritée du XIXe siècle ; ce récit a semé la confusion ; il a façonné l’esprit de nos devanciers ; il a pu participer à dresser les Compagnons contre leurs égaux en condition ; c’est à dire les autres ouvriers.
Il a pu les conforter dans l’idée d’une sous-classe à la classe la plus basse dont eux-mêmes étaient issus.
Alors pourquoi cette dérive ?
Parce que la légende d’Hiram n’est pas compagnonale ; dans la tradition franc-maçonnique elle conduit à d’autres démarches philosophiques et spirituelles qui ne sont à aucun moment abordées dans les compagnonnages de métiers.
La légende d’Hiram induit dans la tradition franc-maçonnique au grade de maître l’identification de l’impétrant avec l’Hiram assassiné de la légende.
Hiram y meurt ?
Non !
Il revit dans le nouveau maître-maçon qui lui est substitué. Hiram ne meurt jamais, il continue à vivre dans tous les maîtres-maçons.
L’initiation est toute contenue dans cette substitution ; la chaîne ne s’interrompt jamais ; il y a toujours un maître pour prendre l’office d’un autre maître ; les travaux se poursuivent ; l’œuvre n’est pas abandonnée ; elle ne sera jamais achevée, mais elle se poursuivra.
Pour pratiquer et comprendre la légende d’Hiram il faut être Franc-maçon un point c’est tout.
Ce récit n’a pas été écrit par les compagnonnages, parce qu’il leur était contradictoire.
Pour employer une formulation moderne, le compagnonnage est né d’une réaction ouvrière contre le patronat.
Dès son origine il lutta contre l’institution des maîtrises et des jurandes.
De tout temps les compagnonnages ont défendu les compagnons du secteur des métiers, notamment pour le droit d’association, la liberté de circulation, l’instruction professionnelle, la liberté du travail.
Ils étaient organisés en une seule catégorie qui ne comptait que des ouvriers.
Comment, ces ouvriers devenus compagnons, auraient créé un collège de maîtres et divaguer jusqu’en faire l’objet d’une légende au contenu et au dénouement qui leur était fatal ?
Il faut le redire : ce thème récurrent dans les légendes qui font les compagnonnages de métiers induit continuellement les notions de mérite et d’ordre établi, ce n’est pas la légende d’Hiram qui l’a créé.
Les compagnonnages organisaient la vie dans l’entre-soi des compagnons, ce qui n’était pas sans brutalité ni férocité.
La légende d’Hiram a été reprise par des compagnonnages en mal de renouvellement.
Ils y ont reconnu ce qu’ils disaient sur le champ didactique et non pas sur celui du symbolisme.
Symbolisme qui, quoique l’on en dise, au même titre que l’ésotérisme est étranger aux compagnonnages.
Le drame, est la perte partielle de l’identité compagnonale, qui aboutit à ce qu’il faille un dictionnaire maçonnique pour déchiffrer ce qu’est devenu, dans certains cas, le compagnonnage.
Cela dit : la Franc-maçonnerie ambitionnait-elle de circonvenir les Compagnonnages ?
La réponse est trois fois non !
En revanche : quelle était l’intention de l’Union compagnonnique en introduisant la légende d’Hiram ?
Sinon de dissoudre le système compagnonal en montrant que les finalités apparentes du compagnonnage étaient contradictoires avec sa réalité.
(Collections PMJESDCEDLA)
LE RÉGULATEUR DU MAÇON.
Entre 1783 et 1785, publié en 1801 sous l’égide
du Grand Orient de France,
PREMIER GRADE, OU GRADE D’APPRENTI.
SECTION PREMIÈRE.
DES PRÉALABLES.
– Nul Profane ne peut être admis avant l’âge de vingt-un ans ; il doit être de condition libre et non servile, et maître de sa personne.
– Un domestique, quel qu’il soit, ne sera admis qu’au titre de Frère servant.
– On ne doit recevoir aucun homme professant un état vil et abject. Rarement on admettra un artisan, fût-il maître, surtout dans les endroits où les corporations et communautés ne sont pas établies.
– Jamais on n’admettra les ouvriers dénommés compagnons dans les arts et métiers.
– L’admission d’un Profane ne pourra être arrêtée que dans la troisième assemblée, en comptant celle où il aura été proposé.
– L’intervalle entre la proposition et l’initiation sera de trois mois ; mais cet intervalle pourra être réduit à quarante-cinq jours, si les circonstances l’exigent.
Ouvrez le ban !
Jamais on n’admettra les ouvriers dénommés compagnons dans les arts et métiers.
La Construction du Temple de Salomon – Flavius – Récits hébraïques – BNF – Ce manuscrit renferme une traduction française, anonyme (autour de 1400) des Antiquitates de Flavius Josèphe (37 apr. J.-C.-vers 95). La miniature du feuillet 163, attribuée à Jean Fouquet, peintre de la cour du roi de France et plus grand enlumineur du 15e siècle, présente la construction du temple de Salomon : au premier plan, une présentation détaillée des différents artisans à l’œuvre, à gauche, en haut, dans une loggia, le roi Salomon, désignant de sa main l’édifice.
Pour communiquer par-delà les temps, ou bien à ses contemporains, le message doit être envoyé, livré, transporté par le moyen d’un véhicule attrayant.
Le choix du véhicule est déterminant : il permet le transport du contenu du message jusqu’à ceux qui doivent le recevoir.
La forme légendaire peut ainsi devenir un véhicule de la tradition.
Retenant dans la légende un certain nombre de points qui servent sa cause, si cela lui était nécessaire, la tradition dénaturerait, ou bien occulterait les autres points qui ne lui seraient pas favorables.
Les légendes prennent ainsi une part importante dans les traditions.
Elles légitiment les traditions (très souvent par l’antériorité des mythes qui les composent) et, à leur tour, les traditions renforcent les légendes.
Ainsi, un univers très souvent angélisé entoure les sociétés traditionnelles, qui ont pour mérite de communiquer, sur un mode universel, toujours les mêmes questionnements qui se posent à tous les âges de l’humanité.
Le contenu du message adressé, par-delà les temps, aux disciples par les fondateurs génère différentes attitudes et comportements.
La connaissance de ces messages est essentielle à la compréhension (toujours partielle) des distinctions qui persistent entre les familles.
Les légendes étaient à l’origine des choses à lire, du latin legere : lire.
Elles étaient des textes relatant la vie des saints de la chrétienté, lus par un récitant dans les couvents et les monastères, pour que d’autres les entendent à des moments choisis de la journée.
Pour un chrétien, la vie d’un saint est un exemple, une indication qui permet à chacun de trouver son propre chemin, le chemin qui mène à Dieu ; en cela, la légende est un élément essentiellement didactique.
Ces textes sont devenus, par l’érosion (qui est le résultat de la communication orale) des récits dans lesquels l’histoire est défigurée par l’imaginaire populaire.
La construction du Temple de Jérusalem est un fait historique ; ce fait est devenu le début d’une légende qui fonde une culture et une morale au retentissement universel.
La construction du Temple de Jérusalem, et les conditions particulières dans lesquelles celle-ci s’est déroulée, sont retenues par tous les compagnonnages de métiers comme étant la première manifestation de ce qui pourrait être l’antiquité du compagnonnage qui nous intéresse, ou tout du moins l’idée que nous nous en faisons.
Tout en affirmant qu’aucun élément fiable ne permet de considérer que le Temple de Salomon fut la première inspiration qui généra une des légendes « compagnonales ».
Le Temple de Jérusalem (réalisation exceptionnelle) était destiné à abriter l’Arche d’Alliance.
Sa construction fut refusée par Dieu au roi David, et ce fut son fils, le roi Salomon, qui eut la charge de la construction.
Il demanda l’aide d’un roi voisin de la nouvelle nation juive pour mener à bien cette entreprise.
Ce roi se nommait Hiram, et il était le roi de Tyr.
Hiram, roi de Tyr, dépêcha un homme savant sachant fondre l’airin, ainsi que des ouvriers sachant œuvrer le bois et la pierre.
Là sont les faits historiques relatés avec un soin scrupuleux dans la Bible.
Sur ces événements, les compagnonnages de métiers ont tissé une légende, et cette légende est devenue le fait essentiel des traditions « compagnonales » contemporaines.
L’influence biblique est certes très importante, mais, auparavant, avant l’imprimerie, avant la Réforme luthérienne, qui donc lisait la Bible, sinon les théologiens ? (D’autant que la Bible – Vulgate- était traduite en latin).
Était-ce seulement indiqué que de la lire ?
Mais la légende orale de la construction du Temple de Jérusalem, telle que nous la connaissons, n’est pas la seule : une autre légende la relate.
C’est de cette légende que je souhaite parler.
Voici un résumé, dont l’original est un texte sacré de la tradition orale du Talmud.
Légende de Salomon,
d’Asmodée et du Chamir
Asmodée prisonnier du roi Salomon révèle où se trouve le Chamir ! Illustration extraite d’une publication hébraïque colorisée par le pays Guépin.
Lorsque le roi Salomon entreprit la construction du Temple de Jérusalem, il devait tailler les pierres sans utiliser d’outils de fer :
(Exode 20 :25 Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées ; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais).
Les sages lui parlèrent alors du Chamir, un mystérieux ver capable de fendre les pierres les plus dures.
Pour découvrir où se trouvait le Chamir, Salomon fit capturer Asmodée, le roi des démons. Son fidèle serviteur Benaïa y parvint grâce à une ruse : il remplaça l’eau du puits d’Asmodée par du vin, l’endormit, puis le maîtrisa à l’aide d’une chaîne portant le nom de Dieu.
Conduit devant Salomon, Asmodée révéla que le Chamir était gardé par un coq de bruyère. Après une nouvelle expédition, Benaïa réussit à s’emparer du précieux ver.
Grâce à lui, les pierres du Temple furent taillées sans fer et, après sept années de travail, l’édifice fut achevé.
Pendant ce temps, Asmodée demeura prisonnier du roi. Désireux d’accroître encore son savoir, Salomon voulut connaître les secrets qui donnaient aux démons leur supériorité sur les hommes. Asmodée lui demanda alors de lui retirer sa chaîne sacrée.
Le roi accepta.
Aussitôt libéré, le démon retrouva sa puissance, saisit Salomon et le projeta au loin, jusqu’aux Indes.
Commencèrent alors de longues années d’errance. Dépouillé de sa richesse et de son pouvoir, Salomon dut vivre comme un simple mendiant. Personne ne croyait qu’il était le véritable roi.
Pendant ce temps, Asmodée avait pris son apparence et régnait à Jérusalem à sa place.
Après bien des épreuves, Salomon revint finalement dans sa capitale. La supercherie fut découverte lorsqu’on remarqua que le faux roi cachait constamment ses pieds de coq, signe de sa nature démoniaque.
Confronté au véritable Salomon, Asmodée poussa un cri terrible, prit une taille gigantesque et disparut. Salomon retrouva alors son trône.
Cette épreuve lui avait enseigné une leçon essentielle : la sagesse ne protège ni de l’orgueil ni de l’erreur. Celui qui veut tout connaître risque de perdre ce qu’il possède déjà. C’est par l’humilité, plus que par le pouvoir ou le savoir, que l’homme s’approche de la véritable sagesse. Cette légende n’est-elle pas tout aussi porteuse de messages et de témoignages ?
Pourquoi n’a-t-elle pas été retenue ?
Peut-être parce qu’elle fait intervenir le surnaturel, la magie, pour expliquer l’inexplicable. Quels discernements conduisent une tradition à conserver certains récits, certains épisodes ou certains symboles, et à en écarter d’autres ?
Cela ayant été dit, le Compagnonnage a été coutumier d’appropriation d’un événement, historique ou pas, dont le thème et le résultat renforçaient ses objectifs.
J’imagine que si la Légende du Chamir était intégrée, elle serait profondément transformée, et rendue méconnaissable : comme qui dirait une tradition en perpétuelle construction.
Une tradition vivante doit-elle se contenter d’hériter, quand bien même cela viendrait en droite ligne du Roi Salomon, de Maître Jacques ou du Père Soubise ? Ou au contraire, ne doit-elle pas choisir, transformer et enrichir sans cesse ce dont elle a hérité ?