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Quand le dernier tableau sera Peint

Poème de Rudyard Kipling

Quand le dernière peinture de la terre sera achevée,

Et que les tubes de couleur seront tordus et desséchés,

Quand les plus anciens pigments auront pâli,

Et que le plus jeune critique sera mort,

Nous nous reposerons — et, ma foi, nous en aurons besoin —

Nous nous coucherons pour un âge ou deux,

Jusqu’à ce que le Maître de tous les bons ouvriers

Nous remette à l’ouvrage.

Et nul ne travaillera pour l’argent,

Et nul ne travaillera pour la gloire,

Mais chacun pour la joie de l’œuvre,

Et chacun, selon son pouvoir, pour son voisin.

Et alors, ceux qui auront fait les meilleures choses

Seront ceux qui auront travaillé le plus humblement,

Et il n’y aura plus ni grands ni petits,

Mais seulement des ouvriers heureux dans leur art.

LE BILLET DU SOUTIEN DE L’UNION (N°2)

Par le Pays Serge CANET

Les chantiers les plus prestigieux des meilleurs artisans parmi les meilleurs artisans seront jugés, pesés par les générations qui les apprécieront suivant l’idée qu’ils se feront des choses. La renommée des anciens sera oubliée, puis elle finira par disparaître. Ce ne seront pas les plus célèbres qui seront récompensés, ni même ceux qui auront travaillé avec sincérité, patience et humilité, sans avoir connu la reconnaissance. L’artisan ne peut travailler pour être célèbre, ni récompensé, ce serait un leurre ; la valeur d’un travail ne dépend pas de la reconnaissance immédiate ; il n’a pas seulement un ouvrage à réaliser, celui-ci doit s’inscrire dans le temps. Dès lors ce qui compte, c’est l’intégrité dans l’effort, alliée à la discipline silencieuse et durable.

Il occupe une fonction sociale ; il fait pour d’autres qui, pour une raison ou une autre ne savent ou ne veulent pas le faire ; ce qu’il sait faire devient, comme une sorte de service à une personne handicapée. C’était bien dans le langage de nos aînés de dire : « Servir un client. » L’ouvrier/artisan, le vrai est celui qui a continué son métier malgré les difficultés, l’indifférence et parfois même l’échec. La récompense n’est pas la gloire, mais avoir l’esprit en paix, et jouir de la contemplation de ce que l’on a su faire.

Le monde ! Oui le monde des réseaux, de la visibilité, qui nous renvoient au succès rapide, et surtout à la peur de ne pas être reconnu. S’il est artisan, et qu’il sait où son métier commence et où il s’arrête, et qu’il sait qui il est. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait quand personne ne regarde. A la fin, les meilleurs seront ceux qui auront continué à travailler quand tout semblait inutile.

Cela dit tout n’est pas parfait.

L’artisanat, le travail des mains peuvent être durs ; faire souffrir, et l’effort consenti n’être pas récompensé. On peut aussi te trouver face à des situations injustes ; travailler dur, sans reconnaissance.  Mais bien comprise, l’idée de ce que l’on doit faire n’est pas de se sacrifier aveuglément, mais plutôt : de ne pas laisser le regard des autres définir la valeur de son travail. Valoriser le travail sans attendre de récompense immédiate ; ne pas rechercher de gloire ; croire à une justice ultime du travail bien fait. Le travail, l’ouvrage libéré de l’ego, de l’argent, de la concurrence, et de la reconnaissance. Comme une sorte de renaissance après la fin d’un monde de travail toujours pénible.

Un « Maître » relancera la création.

C’est un humanisme artisanal : il valorise le geste juste, le travail bien fait, et la joie de la contemplation du travail de ses mains. Mais hélas ! Il faut faire bouillir la marmite, c’est la raison pour laquelle tous ces espoirs, ces promesses sont promises pour après la mort :  cela suffira-t-il à contenter l’artisan qui jour après jour est dans la peine ?

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Le billet du Soutien de l’Union (N°1)

Un groupe d’égalitaires, en 1980, à La Rochefoucault (16). Debout, à droite, Le Pays Serge Canet avec cinq aspirants et accroupis, six prétendants.

VOILÀ UNE HISTOIRE, C’EST CELLE DES EGALITAIRES !

Un Compagnon de ma génération affidé à un compagnonnage officiel ne peut pas la dire, ni la raconter. Il le pourrait si, comme je l’ai fait, il s’était extrait de ce compagnonnage officiel. Compagnonnage officiel qui dans cette période, reproduisait avec succès c’est vrai, les mêmes choses, les mêmes caricatures, en peu de mots, il préparait les personnes pour qu’elles fussent conformes à un modèle idéalisé.

Depuis le début du siècle les Compagnons et les Aspirants, enfermés dans leur clôture, écoutaient ce qui leur était dit, avec le petit doigt posé sur la couture du pantalon, comme dans un régiment. On nous racontait une histoire à laquelle il fallait croire, au risque d’être moqué, marginalisé, voire refoulé. C’était la méthode choisie pour créer un esprit de corps et maintenir la cohésion du groupe. Méthode qui correspondait, encore pour un temps, à une génération et à un contexte.

Même une communauté religieuse qui est au désert reste adossée au monde ; elle résonne du monde, elle vibre au monde. Mais voilà les Compagnons ont souvent cru, et parfois propagé l’idée qu’ils étaient d’un monde à part : ils le croyaient sincèrement. Il ne faut donc pas s’étonner que les écrits des Compagnons aient relayé si souvent la même chose : le travail, le métier, le voyage ; le voyage, le métier le travail, comme un socle, et peut-être aussi comme un alibi. C’est que ça rencontrait peu de personnes différentes ; ça marinait dans son propre jus ; se reproduisait dans l’entre-soi, sans faire le pas de côté salvateur. La règle, la tradition et d’autres justifications disaient :

« On ne sait pas faire », ce qui pouvait aussi signifier :

« On ne veut pas faire. »

Parce que pour faire il eut fallu travailler sur l’entièreté du sujet, ce qui aurait pu être schismatique, avec ce genre de propos : « Les Compagnons n’accepteront jamais ! » Ils n’accepteront pas quoi ? Aucune réponse ne venait répondre à cette question. La nécessité de faire un pas de côté pour voir ce que l’épaule du Compagnon qui précédait sur le rang pouvait cacher n’apparaissait pas toujours.

La méthode avait la prétention de prendre en compte, et sans doute de solutionner, tous les aspects de la vie de l’ouvrier en devenir d’être Compagnon. Or, ce n’était pas en côtoyant seulement des personnes, certes égales entre elles, qui n’avaient jamais, du fait de l’enfermement, vécu de choses différentes, et qui souvent ni ne cherchaient, ni ne souhaitaient connaître ce qui se vivait dans cet ailleurs imaginé, qu’était le monde, et que cela pouvait évoluer.

Ce fut aussi ce que pouvait laisser penser, vu de l’extérieur, que le compagnonnage fonctionnait comme une forme de secte : un monde fermé, avec ses usages, son vocabulaire, et cette pratique de ne pas se nommer par son prénom, ni son nom, mais par le nom de sa province de naissance. Ce qui pouvait donner le sentiment d’une appropriation des personnes par le groupe. Le résultat fut tel qu’au début des années soixante-dix, la méthode, qui avait été efficace, ne l’était plus autant ; elle était contestée : au sens propre on changeait de population. Était-ce mieux ou pas ? Chacun en conscience y répondra.

Dans ce contexte, cela avait nourri dans des compagnonnages devenus inadaptés pour ma génération : le refus, la contestation, la séparation, parfois appelée scission. Et pourtant, pour la scission, il y aurait eu à redire. On ne voyait pas clairement où elle se situait. Les séparatistes, parce que nous sommes des « frères séparés », ne remettaient en question que l’organisation — parfois lourde — née de l’Après-guerre, ou héritée de l’Entre-deux-guerres, voire du XIXe siècle. Nous voulions « le pas de côté ». Un compagnonnage « hors les murs ». Pour le restant des usages, on ne pouvait pas voir là de rupture profonde ; c’était même parfois le contraire. Mais les sources ne pouvaient être dans certaines formes prises par l’Association Ouvrière, la Fédération Compagnonnique, ou dans certains archaïsmes de l’Union Compagnonnique ; il y aurait eu un risque à copier des modèles devenus inadaptés.

Notre séparation, pour l’essentiel, allait vers une clarification et une simplification des choses. Et dans cette simplification, outre l’abolition des corporations et l’égalité entre les métiers, déjà acquises par l’Union Compagnonnique, il y avait l’égalité entre les Compagnons et les Aspirants, pour que ceux-ci fussent électeurs et donc éligibles à toutes les fonctions. Puis vint l’égalité entre femmes et hommes de métiers. Dès les tous débuts elle fut inscrite à tous les ordres du jour : elle était devenue une obsession. Quelques années auparavant, dès 1973, un Compagnon de l’Union Compagnonnique de la Cayenne de Surgères, je veux citer le Pays Yves Derval « Aunis L’Ami-Des-Arts » qui avait été reçu par la Cayenne de Brive quand il faisait son Tour de France, avait lancé un nouveau compagnonnage dénommé :

« Les Compagnons Œuvriers Du Tour De France. »

Ce compagnonnage avait pour particularité de recevoir des femmes exerçant les métiers manuels. Il intégrait seulement des détenteurs du titre de Meilleur Ouvrier de France, ce qui n’était pas seulement sélectif comme le compagnonnage l’était, mais élitiste. Et bien le seul commentaire sur cette création, fait par le Président Général de l’Union de cette période fut de dire : « Le Pays Derval est un intellectuel, les Compagnons ne le sont pas » Fermez le ban. Quand on sait que le Pays Yves Derval détenait trois titres de Meilleur Ouvrier de France dont : Peintre-en-bâtiments ; Peintre-en-décors, et Laqueur d’Art, la sortie du Président Général était pour le moins particulière, et disait ce qu’il pensait des Compagnons. La difficulté fut de recenser les femmes qui exerçaient des métiers manuels œuvrant et transformant la matière. Il faut le reconnaître que ce ne fut pas une chose simple.

La volonté ayant été là, cela prit un plus long temps pour aboutir à la Réception de la première femme : « Bordelaise Cœur-Joyeux » qui exerçait le métier de tailleur-de pierres. Aujourd’hui il faut le dire, nos regards se portent vers ces masses d’ouvriers et d’artisans, pas tous français ni d’origine ni de culture qui exercent et vivent des métiers manuels qui transforment et mettent en œuvre la matière. Il faut le dire tous les compagnonnages sont plutôt mauvais pour répondre à cette situation à laquelle ils sont, une fois encore inadaptés. Quel échec si le compagnonnage ne pouvait pas répondre, par une organisation ou une autre à ce défi, parce qu’il s’’agirait bien de cela ; un échec. Pourrait-on rechercher dans les rites d’autres signaux que ceux hérités de huit siècles d’histoire.

« La véritable tradition n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de toutes autres en d’autres temps. » 

Paul Valéry-Regards sur le monde actuel- 1931

Vive le Compagnonnage !

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

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Binioux et Explosifs !

Photo générée par IA – Guépin – 2026

La cayenne de Fougères comptait des artisans d’élite, des syndicalistes, mais jamais aucun artiste.

Des hommes pleins la main, ouvriers instruits, et pétris de convictions, sans entregent de quelque sorte que ce fût, la composaient. S’ils s’engageaient, il n’y avait pas pour autant d’édiles municipaux de premier plan. Il y en avait, à vrai dire, peu qui étaient fortement marqués par des positions politiques radicales, ils n’avaient aucune influence sur le cours de la cayenne. Les Compagnons de Fougères étaient partagés entre une gauche et une droite républicaine, modérée, et surtout ouvrière. Ils ne cherchaient pas à renverser l’ordre établi pour le remplacer par celui qui leur était propre. D’aucuns, toujours minoritaires, se parfumaient d’être libertaires ; en réalité, loin d’être libertaires, ils voulaient simplement obtenir la justice sociale.

De 1999 à 2004, un Compagnon de Fougères avait risqué sa vie comme prisonnier politique dans les prisons française. Perdu de vue depuis quarante ans, il s’était éloigné de la cayenne de Fougères et de l’Union Compagnonnique. Or, pour écrire ce roman, il fallait me souvenir des Compagnons présents à ma Réception. En scrutant la photographie de la Fête de l’Union tirée pour l’occasion, il n’y avait qu’un seul visage dont j’avais oublié le nom. Après plusieurs jours, s’extirpant de je ne sais quel tréfonds, le nom de ce Compagnon me revint. Le Compagnon Alain Solé avait été reçu Compagnon typographe des Devoirs Unis dans la nuit du 25 au 26 septembre 1971. Un an avant moi. « Coutances L’Ami-Des-Arts » était son nom. J’en étais resté à un Compagnon gentil, serviable, aux yeux grands ouverts, remplis de tendresse. Ce nom retrouvé, j’effectuai une recherche sur Internet pour y trouver des informations qui me bouleversèrent. Depuis ce jour, je découvris la vie engagée menée par Solé L’Ami-Des-Arts, depuis l’époque où nous étions tous deux Compagnons de la cayenne de Fougères, lui ouvrier typographe, et moi ouvrier peintre en bâtiment.

A la lecture d’un article du journal Libération, du 7 août 2004, j’appris : Solé L’Ami-Des-Arts était incarcéré à la prison de la Santé depuis 1999. Condamné par la cour d’assises spéciale de Paris à six ans de prison pour avoir commis trois attentats en 1998 et 1999, et également poursuivi pour un vol d’explosifs à Plévin dans les Côtes-d’Armor. Sur la décision de la cour d’appel spéciale, Solé L’Ami-Des-Arts fut remis en liberté conditionnelle, le juge d’application des peines ayant abrégé l’échéance pour des raisons de santé. Solé souffrait d’un diabète, et il avait subi un triple pontage coronarien.

Qu’avait fait ce père d’une famille de trois enfants, plusieurs fois grand-père, pour mériter la notoriété de la cour spéciale ? Il était militant indépendantiste breton, affidé à l’Armée Révolutionnaire Bretonne soupçonnée de dix-sept attentats, dont celui contre le McDonald’s de Quévert, le seul qui fut meurtrier. Solé L’Ami-Des-Arts, le militant breton, décéda des suites d’un coma le samedi 1er octobre 2011 à Laval. Ses obsèques eurent lieu le mercredi 5 octobre 2011 à Mayenne. Il était né le 26 janvier 1952 à Coutances. Il mourut comme il vécut, dès lors qu’il n’avait pas 59 ans.

De Pontcallec et sa république aristocratique, jusqu’à l’Armée Révolutionnaire Bretonne, les indépendantistes bretons ont l’âme chevillée au corps, solides et constants, comme la pierre de leur pays. Une histoire qui dure et durera encore. Je cherchais des héros ordinaires, et l’un d’eux était sous mes yeux, incontestable, dès lors que l’on observe les choses d’un autre point de vue que celui de la bien-pensance pour lui préférer le chemin de l’épique, je veux dire : le regard sur soi, et l’action.

Le compagnonnage fut et sera toujours un entretien de famille sur le tour-de-France. A ce titre, les Compagnons n’échappent pas à la dissimulation, à l’hypocrisie, à l’omission toujours coupable. Cela peut sentir le mesquin, le bourgeois, et renifler le louis-philippard. Souvent négligeant leurs contemporains, les Compagnons ont leur panthéon (exclusivement d’ouvriers ayant connu la Justice pour des faits relevant de la défense ouvrière ; ici, ce n’était pas le cas, cela relève de la politique, et de la remise en cause de la République).

Sans doute préférons-nous les champions et les révolutionnaires du XIXe siècle, nous flatter et tirer orgueil des luttes des Compagnons du passé. Il est plus confortable d’attendre que les braves d’aujourd’hui soient morts, exhumés et reconnus comme tels par quelque historien… Mais du futur.

Une des rares photos de clandestins bretons. On peut imaginer que le Pays Alain Solé était peut-être de cette équipe ! Ce cliché avait été envoyé à diverses rédactions au début des années 1990. Collection particulière Erwan Chartier.

Source : https://bcd.bzh/becedia/fr/

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Histoire Transmission

La Conduite de Grenoble

L’exclusion définitive, avec la canne brisée, les Couleurs brûlées et le nom rayé du Grand Livre a  été pratiquée par les compagnonnages.

Actuellement elle fait mémoire d’un récit dans « Le Livre du Compagnonnage » d’Agricol Perdiguier publié en 1841, de ce que les Compagnons nomment depuis : « la conduite de Grenoble. »

Cet épisode des années 1830 relate le châtiment infligé, au moment de son exclusion, à un Compagnon qui s’était rendu coupable de vol.

Voici le texte :

« Cette conduite se fait dans une société à un de ses membres qui a volé ou escroqué ; c’est le châtiment qu’on lui inflige, dans une chambre ou sur les champs. Celui qui a reçu la conduite de Grenoble est flétri moralement ; il ne peut plus se présenter devant la Société qui l’a chassé comme indigne d’elle. Quand on a vu faire cette conduite, on n’est pas tenté de la mériter ; elle n’attaque pas le physique brutalement, mais rien n’est si humiliant : il y a de quoi mourir de honte. »

« J’ai vu, au milieu d’une grande salle peuplée de Compagnons, un des leurs à genoux ; tous les autres Compagnons buvaient du vin à l’exécration des voleurs et des scélérats ; celui-là buvait de l’eau et, quand son estomac n’en pouvait plus d’en recevoir, on la lui jetait par le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu, on brûla ses Couleurs à ses yeux ; le Rouleur le fit relever, le prit par la main et le promena dans la salle ; chaque membre de la Société lui donna un léger soufflet ; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé et, quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au derrière. Cet homme avait volé. »

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Histoire

Que pensaient les Anciens …

Illustration produite par Guépin B.L. qui attire votre attention : Saint-Paul à l’air de s’amuser à cause de trois apôtres dissimulés dans l’auditoire, deux avec des tablettes électroniques et le troisième avec des lunettes… petite note d’humour, évidemment, pour rendre hommage à Sempé.

Que pensaient les Grecs, les Romains et les premiers Chrétiens au sujet des travailleurs manuels ?

Les Grecs et les Romains eurent pour le travail une profonde horreur, à laquelle ils donnèrent habilement la forme d’un profond mépris.

« Tous ceux qui vivent d’un travail mercenaire font un métier dégradant, disait le bon Cicéron. Jamais un sentiment noble ne peut naître dans une boutique. »

Sénèque va plus loin :

« L’invention des arts appartient aux plus vils esclaves. La sagesse habite des régions plus hautes : elle ne forme pas ses mains au travail. »

Telles étaient les doctrines des plus grands penseurs ; tout un peuple y applaudissait… et voilà ce qu’il s’agissait de détruire.

Que pensaient les premiers Chrétiens à propos des travailleurs manuels ?

« … Saint Paul … protesta par ses actes autant que par ses paroles contre les excès de cette paresse.

Lorsqu’il vint habiter chez le corroyeur Aquilas … il travailla de ses propres mains au métier de son hôte et prit part avec lui à la fabrication des tentes pour l’armée romaine.

Il écrivit aux Corinthiens V :

« Nous travaillons de nos mains.

LABORAMUS, OPERANTES MANIBUS NOSTRIS. »

Les prêtres mêmes et les évêques des premiers siècles apprenaient d’ordinaire un de ces métiers que l’orgueil romain abandonnait aux esclaves.

Dans les Constitutions apostoliques, page 67, est un texte attribué à saint Clément :

« Travaillez à votre état en toute sainteté, afin de pouvoir secourir vos frères malheureux et de ne pas être à charge à l’Église.

Nous-mêmes, qui prêchons la parole évangélique, nous ne négligeons pas les travaux d’un autre ordre ; parmi nous, les uns sont pêcheurs, les autres artisans, d’autres enfin agriculteurs.

Jamais nous ne restons oisifs. »

Ce que saint Ignace et saint Justin reproduisent en d’autres termes :

« Quand nous avons peur d’être considérés comme des misérables dénués de toute ressource, parce que nous travaillons de nos mains, nous éprouvons une mauvaise honte, et cette honte est un vice. »

Le quatrième concile de Carthage (Chapitre IV. Article. LI, LII, III.) décrète solennellement :

« Qu’il était bon que tout clerc gagnât son pain à l’aide d’un métier ou en cultivant la terre. Tous les clercs qui sont assez forts pour travailler doivent non-seulement apprendre les belles-lettres, mais encore un métier. »

Chapitre IV. Concile de Carthage. Article. LI, LII, III.

Source :

Léon Gautier, Histoire des corporations ouvrières.

Pages  21, 22, 23, 24, 25. Bibliothèque à 25 centimes.

Paris. Librairie de la Société Bibliographique, 35, rue de Grenelle. 1877.

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Expressions Histoire

Vous avez dit Egalitaires ?

Agricol Perdiguier – (1805 – 1875) – Compagnon Menuisier Du Devoir De Liberté Dit Avignonnais La Vertu – Député de l ‘Assemblée Nationale Constituante de 1848 à 1851 (Montagnard)

«  Les compagnons ne se donnent pas entre eux le titre de Monsieur, mais particulièrement celui de pays.

Soyez Allemands, Espagnols, Turcs, Italiens, Russes, Anglais, Kalmouks, Américains, Asiatiques, Africains, Français, c’est tout un : vous êtes tous des pays.

Le compagnon est cosmopolite.

Il n’y a pour lui qu’un ciel, qu’une terre, qu’un monde, qu’un seul pays.

Aussi est-il partout dans son pays ; aussi tous les compagnons sont-ils ses pays.

Soyez nés n’importe où ; que votre visage soit blanc, ou noir, ou jaune, ou rouge, ou cuivré ; que Moïse, que Manon, que Mahomet ou Jésus soit votre prophète, votre Dieu, peu importe : vous êtes un compatriote, un pays, un frère.

J’ai vu des Espagnols, des Allemands, des Américains, des Belges, des Suisses, des Italiens, des Savoyards, des Marocains, l’emporter dans nos élections sur des Français, et devenir premiers compagnons, capitaines, dignitaires de notre Société.

Voilà du beau ! Voilà ce qui réjouissait mon âme ! »

Agricol Perdiguier – Mémoires d’un Compagnon – 1839 – pages 106 et 107

Question :

Il n’y a là que des hommes, mais où sont les femmes ?

A leurs places d’alors : Mères, épouses, sœurs, ou filles.

Est-ce le cas aujourd’hui ? Est-ce que nous devons nous comporter comme des hommes du XIXe siècle ?

Supposons :

Si Agricol Perdiguier était de notre temps, mépriserait-il les femmes qui feraient le même métier que lui, bien qu’il fut impensable qu’elles fussent menuisières à l’époque où il écrivait ce texte ?

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Expressions Transmission

Adresse à ceux qui doutent !

Par Le-Soutien-De-L ’Union      

On parle du Compagnonnage comme d’un mystère.

On le dit secret.

On l’imagine escondé (dissimulé) derrière des portes closes.

Mais écoutez-moi bien.

Le Compagnonnage n’est pas une ombre,

Il est la flamme d’une lampe, une lumière que l’on partage.

Regardez autour de vous.

Il est là.

Dans ces visages.

Dans ces mains.

Oui, il y a des rites.

Oui, il y a des paroles qui ne se jettent pas aux vents, des paroles que l’on garde avec respect.

Oui, il y a le Devoir.

Devoir n’est pas un mot comme un autre,

Il répond à l’injonction : « je dois ! »

Je dois à celui qui m’a appris.

Je dois à celle qui m’a soutenu.

Je dois à ceux qui viendront après moi.

Voilà le lien.

Un lien plus solide que tous ces assemblages savants.

Plus sûr que la pierre ajustée.

Un lien qui ne domine pas.

Un lien qui unit les Compagnons.

Qui ne les écrase pas.

Qui les élève.

On a fait du Compagnonnage une légende.

Mais derrière la légende, qu’y a-t-il ?

Une vérité plus belle encore.

La vérité des femmes et des hommes qui se lèvent tôt.

Qui apprennent un geste.

Qui recommencent jusqu’à l’apprivoiser et le posséder.

Qui doutent parfois.

Qui persévèrent toujours.

Qui refusent le travail terminé avant d’être commencé.

Qui veulent faire mieux que la veille.

Elle est, une légende, à leur vérité.

La vérité, c’est la transmission.

C’est une main qui guide une autre main.

C’est un regard exigeant… mais toujours bienveillant.

C’est un Pays qui accueille un autre Pays.

Une Chambre qui ouvre sa porte à un Pays.

Oui, le Compagnonnage s’appuie sur des mythes anciens qui viennent d’aussi loin que le travail existe.

Des récits qui parlent de bâtisseurs d’œuvres immenses, renommées, élevées vers le ciel.

Ces récits ne sont pas faits pour tromper.

Ils sont faits pour élever.

Comme le mur a besoin de fondations, toute grande communauté a besoin d’un récit fondateur pour tenir debout.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : le compagnonnage ne vit pas dans le secret.

Il vit dans la fraternité.

Il ne promet pas des privilèges.

Il propose un chemin.

Un chemin où l’on ne marche pas seul.

Le Compagnonnage transmet une exigence.

Pourquoi touche-t-il tant de cœurs ?

Parce qu’il parle à ce qu’il y a de plus simple en nous :

La fierté d’un ouvrage bien fait.

La joie d’être reconnu par les siens.

Le désir de grandir sans écraser personne.

L’envie de devenir meilleur… pour servir mieux.

Oui, le Compagnonnage est un mythe.

Mais un mythe vivant qui rassemblent.

Un mythe qui trace une route.

Huit siècles nous regardent.

Huit siècles de mains calleuses,

De regards attentifs,

De frères et de sœurs qui ont tenu bon.

Nous sommes les héritiers de cette fidélité.

Car un mythe ce n’est pas un mensonge.

C’est une lampe que l’on garde allumée quand tout vacille.

C’est une direction quand le monde tremble à force de profits et de facilité.

Le Compagnonnage est né dans la poussière des chantiers.

Dans l’odeur du bois.

Dans l’étincelle de l’enclume.

Il est né du travail humble.

Du travail vrai.

Et il affirme une chose immense :

Aucun métier n’est petit.

Aucune main n’est inutile.

Aucune personne n’est de trop.

Être Compagnon, ce n’est pas être au-dessus.

C’est être responsable.

Responsable de son geste.

Responsable de sa parole.

Responsable de son frère.

Responsable de sa sœur.

Ne pas laisser l’un tomber.

Ne pas laisser l’autre douter seule.

Se relever ensemble.

Voilà le cœur du Compagnonnage.

La droiture.

La fidélité.

La fraternité.

Pas une fraternité de façade.

Une fraternité vécue.

Depuis huit siècles, le Compagnonnage avance.

Il a traversé les guerres, les interdictions, les bouleversements.

Il a changé, il s’est adapté, mais il n’a jamais renoncé à l’essentiel.

Il ne vient ni d’un Orient fabuleux, ni des chevaliers des légendes.

Il est né ici.

Aujourd’hui encore, il explore son passé pour mieux construire l’avenir.

Il garde ses traditions, non pour se fermer, mais pour se rappeler d’où il vient.

Le Compagnonnage est universel, il passe, il change, avec le temps, s’il ne l’était pas le priverait de ce qui plaît, qui touche, qui attire qu’il puise dans l’époque qui le traverse, et qu’il traverse.

Ses symboles ne sont pas des secrets.

Ils sont des repères, des signaux.

Le Compagnonnage a toujours cherché à transformer la société en transformant l’homme.

Pas par des discours.

Par le travail.

Par l’exemple.

Par l’exigence.

Il discipline l’indiscipliné pour qu’il trouve sa place dans une société organisée.

Il affirme que la vie ne se réduit pas à survivre.

Que le métier peut élever.

Que l’ouvrage peut faire grandir celui qui le réalise.

C’est la raison pour laquelle il est toujours vivant.

Par sa force.

Par sa discipline.

Par sa fraternité.

Par cette volonté de servir le progrès des femmes et des hommes de métiers.

Le vrai mystère du Compagnonnage n’est pas dans ce qu’il cache.

Parce qu’il ne cache rien, il n’a rien à cacher, il n’y a pas de mystère.

 Sinon ce qu’il exige :

Faire du travail de ses mains une œuvre.

Faire de son métier un honneur.

Faire de sa vie un chemin droit et vertueux en toutes circonstances.

Voilà le Compagnonnage que l’on aime.

Et voilà pourquoi il est encore debout.

Levons nos verres pour une fraternité.

Pour celles et ceux qui ont transmis.

Pour celles et ceux qui transmettront.

Pour celles et ceux qui doutent encore et que nous accueillerons.

Rejoignez les Compagnons Égalitaires.

Soyez Compagnons Égalitaires.

Non pour être au-dessus.

Mais pour être ensemble.    

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

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Histoire

Angers, 1758, une bataille rangée entre Compagnons

Episode, mentionné dans l’historiographie du compagnonnage, d’une grande bataille, qui eut lieu à Angers en 1758, où des gavots s’allièrent aux tanneurs contre d’autres compagnons. Bilan : 7 tués 17 blessés graves et 40 blessés légers !

II arriva que la veille d’une fête de la Vierge, un compagnon serrurier allant chercher chez un tailleur un habit, fut rencontré par les gavots qui lui prirent et le frappèrent.

II s’en fut chez la mère des compagnons se plaindre. Au même instant un certain nombre de compagnons s’en furent chez la mère des gavots redemander les effets. Ils ne leur furent rendus qu’avec de mauvais propos de part et d’autre.

Aussi depuis ce jour lorsqu’on se rencontrait c’était toujours à se chamailler.

Enfin il fut décidé, un jour, pour une bataille rangée qui fut commandée pour la Saint-Barthélemy.

Ces compagnons n’étaient pas les plus puissants.  Attendu que les cordonniers et autres états étaient soit pays ou amis des gavots, ils s’étaient réunis ne sachant point la coquinerie qui avait été faite.

Nous écrivîmes à plusieurs petits endroits des environs.  Particulièrement à un petit village nommé Saint-Georges, où il y avait environs de trente-sept compagnons charpentiers qui ne voulurent rien promettre, mais qui firent malheureusement trop pour les pauvres et malheureux garçons cordonniers et ceux qui les suivirent.

Nous ne comptions entre nous, compagnons que cinq cents et de leur côté ils passaient sept cent cinquante !

Le jour arrivé nous fîmes trois rangs.

Les premiers étaient les plus grands hommes, la canne à la main, dont un Rennais compagnon vitrier qui commandait, ayant été sergent de grenadier.

Le second rang était chargé de pierres et de cailloux dont j’étais le troisième commandant.

Le troisième rang était pour ramasser les cannes et les chapeaux et se porter où était le parti le plus faible.

Lorsque nous vîmes arriver cette multitude nous nous crûmes perdus mais nous avions espoir en notre valeur et notre bonne cause.

Toute la bourgeoisie s’était mise sur les armes mais n’osait pas avancer et restait neutre.

Le signal étant donné les premiers garçons cordonniers et autres demandèrent une explication et savoir pourquoi ils s’allaient battre.

Ils firent signe d’un pourparlers et tous nous autres neuf chefs des bandes de nous approcher.

L’on leur donna la satisfaction d’une explication.

Le premier cordonnier et autres retournant à leur rang se mirent à dire :

« Que ceux qui veulent se battre agissent pour nous, ce sont les gavots qui ont tort, nous nous retirons ! « 

Une très grande partie les suivit.

Cent trente-trois compagnons charpentiers, sur lesquels nous n’avions pas compté, et qui s’étaient postés clandestinement derrière une haie, crurent que c’était la défaite et que les autres s’enfuyaient, avec des bâtons et à trois quarts donnèrent dessus tous ces misérables.

II y en eut sept de tués et dix-sept blessés dangereusement et aux environs de quarante de blessés plus légers.

Je manquais d’être tué par un fort gavot mais je réparais et lui donnais ce qu’il avait pensé me faire. Il tomba à la renverse.

C’était un de leur commandant nommé Flamand la Gambille homme fort et puissant.

Les chefs, nous fûmes décrétés de prise de corps et nous enfuîmes bien une soixantaine et passâmes une espèce de bac sur la Maine où nous coupâmes le câble car nous avions passé malgré les mariniers et que les gardes de la maréchaussée étaient après nous.

Journal de ma vie – Jacques-Louis Ménétra dit Parisien le Bienvenu compagnon vitrier au XVIIIᵉ siècle.

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Histoire

L’assassinat du Pays Bédouin

De quoi étaient capables les Compagnons, entr’eux, au XIX ème siècle !

De quoi étaient capables les compagnons entr’eux.

L’Assassinat de Bédoin

A Avignon, vivait Bédoin, établi Compagnon dit Marseillais le Bien-Aimé, marié et père de famille, qui avait été nommé Père des Compagnons Cordonniers Du Devoir.

Cette position, réservée aux Compagnons mariés lui fut jalousée durant de nombreuses années.

Après bien des déchirements, Bédoin fut renversé ; il dut quitter la place de Père des Compagnons.

Marseillais le Bien-Aimé, homme mûr, qui avait payé sa dette Compagnonnique au Tour de France ne pouvait croire que la société l’abandonnerait dans son droit.

Au début de l’année 1835, la Cayenne de Marseille ayant convoqué Bédoin pour être entendu sur les circonstances de son éviction, il se présenta seul, s’expliqua et obtint gain de cause.

Ses adversaires s’adressèrent alors à la chambre de Paris, souveraine du Tour de France, qui, prononça la destitution du Père Bédoin et c’est ainsi que Le Père des Compagnons Cordonniers Du Devoir fut définitivement changé.

Pour se venger, Marseillais le Bien Aimé recevra des Compagnons sans autorisation.

Un matin se présentèrent chez la Mère trois jeunes hommes portant cannes et couleurs, demandant à se faire reconnaître. Ils sont bien réellement Compagnons, mais Compagnons clandestinement reçus par Bédoin.

Alors, sur le Tour-de-France se formèrent des comités de juges qui condamnèrent Bédoin, Marseillais le Bien-Aimé le parjure, à la peine de mort. Rien moins que cela !

Un compagnon reçut l’ordre de partir de Paris. Arrivé à Avignon, il devait frapper à mort le renégat, puis il gagnerait la frontière la plus proche. Mais arrivé sur les lieux, à la vue du condamné, notre homme certainement rongé de remords, renonça et s’enfuit. D’autres bourreaux partirent de Marseille, ne sortirent que la nuit et cherchèrent Bédoin sans jamais le rencontrer.

Se présenta alors Léger dit Bourguignon Le Modèle Des Vertus, Compagnon depuis peu. Le jeune homme se porta volontaire pour commettre l’horrible assassinat. Au comble de la vilenie, Léger avait travaillé, à Avignon, chez Bédoin, qui fut son ami. Pendant le temps qu’il resta dans cette ville, il fut traité comme l’enfant de la maison. Bédoin lui prodigua tous les soins et toutes les affections. Ainsi, le Bourguignon partit le lendemain de Marseille vers Avignon.

A peine arrivé à Avignon, sans attendre, il se rendit chez Bédoin.

« Il était impensable que je passe par Avignon sans venir te saluer, mon Pays Marseillais ! »

Bédoin, ravi de cette visite impromptue ouvrit les bras et son huis à ce jeune Pays qu’il connaissait bien et qu’il estimait beaucoup. L’on déjeune en famille, l’on échange de bons souvenirs. Le soir Le Modèle Des Vertus prend part au dîner préparé par la ménagère. Lequel dîner se prolongea et minuit surprit l’invité.

Bédoin proposa, alors à son comparse de le conduire un peu. Dans les rues d’Avignon désertes et sombres ils s’arrêtèrent pour se faire leurs derniers adieux, et, alors qu’ils se donnaient le baiser fraternel, dans cette position, dans ce baiser, le bourguignon plongea son poignard dans le sein de celui qui se croyait son ami. L’assassin prit la fuite.

Le malheureux Bédoin, fut transporté chez lui, où il mourut le lendemain, 3 août 1837 dans des douleurs atroces, après avoir donné à l’autorité le nom et le signalement de son meurtrier.

Malgré l’activité de la justice et le mouvement de toutes les brigades de gendarmerie, l’homme échappa à toutes les recherches et gagna Lyon, où il se reposa quelques jours, et enfin à Paris, où il attendit en sécurité.

On choisit dans la société un jeune Compagnon dont le signalement était à peu près semblable : on commanda à celui-ci d’aller prendre un passeport pour l’étranger, au nom du salut de la société. Le passeport fut délivré, et quelques jours plus tard, Léger quittait la France pour ne plus la revoir.

D’après Toussaint Guillaumou Les confessions d’un Compagnon L’assassinat (1861)

A lire dans La Gazette des Tribunaux ou le compte-rendu du procès criminel des assises du Vaucluse, en 1837, où Léger, dit Bourguignon le Modèle des Vertus, fut condamné, par contumace, à la peine de mort, pour assassinat commis avec préméditation sur la personne de Bédoin, maître cordonnier à Avignon.

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Expressions Transmission

Selon Diderot …

Le Pays Serge Canet, à propos de la citation Diderot ci-dessus :

Dans le contexte de l’antique culture juive, le texte biblique du Siracide de Ben Sira, qui est donné pour être le 1er des rabbins, exprimait déjà d’une façon exemplaire la condition des travailleurs manuels de son temps. C’était en moins deux cent avant nous :

La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir ; pour devenir sage, il faut avoir peu d’affaires à mener.

Comment deviendrait-il sage, celui qui tient la charrue, qui met sa fierté à manier l’aiguillon comme une lance, qui mène ses bœufs, s’absorbe dans leurs travaux et ne parle que de son bétail ?

Il met son cœur à tracer des sillons et passe ses nuits à donner du fourrage aux génisses.

Il en va de même de l’artisan et du maître d’œuvre, qui sont occupés de jour comme de nuit ; de ceux qui gravent la pierre d’un anneau à cacheter et qui s’appliquent à en varier les motifs ; ils ont à cœur de reproduire le modèle et passent des nuits pour achever leur ouvrage.

Il en va de même du forgeron, toujours à son enclume ; il fixe son attention sur le fer qu’il travaille ; le souffle du feu fait fondre ses chairs, il se démène dans la chaleur du fourneau, le bruit du marteau lui casse les oreilles, ses yeux sont rivés sur le modèle de l’objet ; il met son cœur à parfaire son œuvre et passe des nuits à la rendre belle jusqu’à la perfection.

Il en va de même du potier, toujours à son ouvrage ; il actionne le tour avec ses pieds, il est en perpétuel souci de son travail et tous ses gestes sont comptés : de ses mains il façonne l’argile, il la malaxe avec ses pieds, il met son cœur à parfaire le vernis, il passe des nuits à nettoyer le four.

Tous ces gens-là ont mis leur confiance dans leurs mains, et chacun possède la sagesse de son métier.

Sans eux on ne bâtirait pas de ville, on n’y habiterait pas, on n’y circulerait pas. Mais lors des délibérations publiques on ne va pas les chercher, dans l’assemblée ils n’accèdent pas aux places d’honneur, ils ne siègent pas comme juges, ils ne comprennent pas les dispositions du droit. Ils n’exposent brillamment ni l’enseignement ni le droit, on ne les trouve pas méditant des paraboles. Mais ils consolident la création originelle, et leur prière se rapporte aux travaux de leur métier.

Il ne faut pas négliger le souvenir douloureux des blessures. Quant ils réfléchissent à leur condition de travailleurs manuels, à cette blessure toujours ouverte, des pansements sont nécessaires à leur apaisement.

Il n’y a pas de remède à ce mal, sinon le mortel désir de se venger ou, comme d’autres de changer de condition.

L’art de soigner les plaies est aussi vieux que le travail est vieux. Ces soins ne concernent pas seulement les accrocs physiques du travail manuel ; il y a aussi la nature hostile des classes sociales qui le dominent, et les conflits d’intérêts sans fins qui font des artisans des blessés permanents.

Ils n’ont jamais cessé de chercher un remède. Suivant les époques ces remèdes furent souvent religieux ou philosophiques, pas encore politiques pour se soulager, pour se réconforter, et consolider la notion de classe des hommes de peine, limitée pour le cas des Compagnons qui nous intéresse aux hommes de métiers.

De génération en génération l’artisan a foi dans son principe ; il a confiance aux légendes qu’il écoute, et aux promesses qu’elles font, bien avant celles du Grand soir.

Les artisans, dont le nom même leur a été confisqué, dévoyé, pour ne définir que la condition sociale de ceux qui travaillent pour leur propre compte. Dès lors qu’il disait auparavant l’occupation du temps de ceux qui œuvraient la matière avec leurs mains : patrons et ouvriers.

Extrait de : « Les Compagnons du Tour de France de Fougères. »