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Le cycle de la chaux

L’utilisation de la chaux naturelle (aérienne ou hydraulique selon les cas) est un impératif absolu lorsqu’on restaure un patrimoine bâti ancien : toutes les maçonneries édifiée avant le XIXème siècle.

Et pour cause !

1817 : Le Français Louis Vicat formule les principes de l’hydraulicité et le ciment artificiel, servant de base technique majeure.
1824 : Joseph Aspdin dépose le brevet du Ciment Portland en Angleterre. 1848 : Joseph Lambot conçoit la première barque en ciment armé (présentée à l’Exposition universelle de 1855).
1852 : François Coignet construit le premier immeuble en béton avec des fers enrobés à Saint-Denis.
1867 : Joseph Monier dépose le brevet de ses jardinières et tuyaux en ciment armé.
1892 : François Hennebique dépose le brevet global du système de béton armé et calcule la position des fers selon les efforts.
1906 : La France publie la première réglementation officielle pour l’usage du béton armé dans la construction.

Donc, toutes les maçonneries réalisées avant 1817 étaient construites avec des mortiers ou des bétons dont le liant était la chaux. L’utilisation des agrégats locaux, entrant dans la composition de ces mortiers, est aussi un impératif évident !

Ci-dessus, un chantier en Dordogne sur lequel nous avions été contraints d’utiliser plusieurs sables de couleur et de granulométrie différentes pour la restauration d’une chapelle du XIIIème siècle. (Photo Guépin B.L.)

Un autre paramètre est essentiel pour respecter le bâtiment, il s’agit du dosage des mortiers : En effet, pour garantir l’efficacité des échanges gazeux permettant la « respiration des maçonneries » et l’uniformité mécanique des nouveaux apports avec les plus anciens, il faut respecter les dosages originaux;

Alors, comment fait-on pour connaître la quantité de liant utilisée par nos anciens dans leur mortier sur l’édifice qu’on restaure ? Une astuce que je vous révèle, comme un secret compagnonnique :

  • On prend une bouteille en verre blanc qu’on remplit aux deux-tiers d’eau salée.
  • On prélève dans la maçonnerie un bloc de mortier ancien qu’on écrase soigneusement pour le réduire en poudre.
  • On verse cette poudre dans la bouteille, on secoue vigoureusement le tout et on patiente 24h, le temps que le mortier se dépose au fond et que l’eau, au dessus, soit bien claire.
  • On observe alors, que les agrégats (partie lourde) sont au fond de la bouteille, que le liant (partie fine) est au dessus des agrégats et l’on peut ainsi mesurer la proportion agrégats/liant que nous aurons à reproduire pour avoir exactement le même mortier que celui d’origine.

Enfin, s’il est capital de bien respecter la granulométrie des agrégats, la chaux en guise de liant et les dosages, la couleur est importante, bien sûr ! Mais il est facile de rectifier cela et d’uniformiser l’aspect avec un lait de chaux pigmenté. Cela ne nuit en rien ni à l’esprit, ni à la forme, mais permet parfois de redonner un coup de fraîcheur à l’ensemble d’une maçonnerie qu’on aurait pas reprise dans son ensemble.

C’est le respect du bâti ancien, de notre patrimoine à transmettre aux générations futures par l’amour du travail bien fait. Cela signifie qu’on ne restaure pas une chapelle du 16 ème ou du 18 ème siècle avec un mortier dont le liant serait un ciment portland, au risque de créer des désordres à l’ensemble de l’édifice ( remontées capillaires, humidité et salpètres qui resortent à l’intérieur de maçonneries, ruptures des liaisons, dilatations délétères, imperméabilisation nuisant aux échanges gazeux, etc…). On n’utilise pas non plus ces enduits tout prêts, vendus en sacs à partir d’un catalogue de couleur qui, s’ils sont adaptés à être projetés en monocouche sur la façade d’un pavillon d’aujourd’hui, construit en parpaing ou en briques, sont évidemment à proscrire sur un patrimoine ancien.

Vive le Compagnonnage,

Vive les Compagnons,

Vive les Egalitaires !

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Le Billet du Soutien de l’Union (16)

LÉGENDE DE MAITRE‑JACQUES

Extraite du premier rituel de l’Union Compagnonnique en 1890.

Lecture en était faite aux nouveaux compagnons à l’occasion des Réceptions. (Collections PMJESDCEDLA)

Maître Jacques, naquit à Saint Rémy de Provence. Dès l’âge de quinze ans il voyagea en Grèce où il étudia les arts et fût très intimement lié avec Xante, sculpteur et philosophe qui lui apprit la sculpture, et l’architecture. De là Maître Jacques se rendit à Corinthe ; il étudia sous les ordres de Fabius pendant plusieurs années et il partit pour Jérusalem afin de travailler à la construction du Temple. D’abord inconnu, il se fit bientôt remarquer par son assiduité et son travail. Il reçu l’ordre de faire deux colonnes, qu’il sculpta avec tant d’art qu’il fût reçu maître et eut la direction d’un grand nombre d’ouvriers. Il avait alors vingt six ans.

A l’achèvement du Temple, Maître Jacques et Soubise revinrent dans leur Patrie après avoir été comblés de bienfaits par Salomon. Ils débarquèrent ensemble à Marseille, réunirent des disciples. Maître Jacques se fit rapidement remarquer pour son talent d’architecte. Soubise, d’un caractère violent devint bientôt jaloux de l’ascendant qu’avait acquit Maître Jacques sur ses disciples et de l’amour que tous lui portaient. Il se sépara de lui, choisit d’autres disciples, et s’en fut à Bordeaux, puis de là en Saintonge.

Maître Jacques après s’être choisi treize Compagnons et quarante disciples voyagea pendant trois ans, laissant partout le souvenir de son talent et de ses Vertus. Un jour, éloigné des Compagnons, il fût poursuivi par les disciples de Soubise qui, au nombre de dix voulurent attenter a ses jours. En se sauvant il tomba dans un marais où, les joncs l’ayant maintenu, le mirent à l’abri de ses ennemis. Pendant ce temps ses disciples qui le cherchaient, le trouvèrent et purent le délivrer. Il se retira à la Sainte Baume, en Provence.

Un matin, alors qu’il était en prière, un de ses disciples le trahit et le livra à ses ennemis. Le traître, accompagné de cinq scélérats se présenta à lui et lui donna le baiser de paix, à ce signal convenu, les assassins se jetèrent sur lui et le percèrent de cinq coups de poignard. A son appel désespéré ses disciples accoururent en vain. Ils ne purent recueillir que ses dernières paroles : elles furent un pardon pour ses ennemis.

« Pardonnez leur, ils auront assez de pensées et de souffrances de leur seul remords ».

Voici les dernières paroles qui furent prononcées par Maître Jacques avant de trépasser :

« Je donne mon âme à Dieu, mon créateur, et vous mes amis, recevez le baiser de paix ; lorsque j’aurais rejoint l’Être Suprême je veillerai encore sur vous ; je veux que ce dernier baiser que je vous donne, vous le donniez toujours aux Compagnons que vous ferez comme venant de leur Père ; ils le transmettront de même à ceux qu’ils feront. Je veillerai sur eux, comme sur vous ; dites leur que je les suivrai partout, tant qu’ils seront fidèles à Dieu et à leur Devoir, et qu’ils n’oublient jamais… »

Les dernières paroles expirent sur ses lèvres, croisant les bras, il rendit le dernier soupir à l’âge de quarante sept ans, quatre ans après son retour de Jérusalem. Maître Jacques étant mort, ses disciples formèrent un brancard et le portèrent dans une grotte dans le désert de Cabra, aujourd’hui Sainte Marie Madeleine. Ils lui ôtèrent ses vêtements et trouvèrent sous sa robe, un petit jonc qu’il portait en souvenir de ceux, qui l’avaient sauvé lors de sa chute dans le marais. Pendant que cinq Compagnons furent allés chercher le nécessaire pour faire un enterrement digne du Maître, huit Compagnons l’embaumèrent après avoir lavé son corps. Ils l’exposèrent sur un lit, où il resta deux jours à la vue de tous. Tout ce temps, on entretint un feu aux quatre coins du lit, et le soir du deuxième jour, les Compagnons en grand deuil, en gants blancs, mirent le corps dans un cercueil le visage découvert. Ils le transportèrent sur le lieu où Maître Jacques avait été assassiné, là où il avait voulu être enterré.

Le cortège était ainsi composé : quatre Compagnons portaient le corps, quatre autres venaient ensuite pour les remplacer ; quatre autres portaient le drap mortuaire sur lequel étaient brodés les attributs et les ornements mystérieux du Compagnonnage. Un autre portait l’Acte de Foi prononcé par Maître Jacques le jour de sa Réception au Temple de Jérusalem. Tous les Compagnons et les disciples venaient à la suite porteurs de torches enflammées, de bâtons et de barres de fer.

Au premier arrêt, dans un bois, les Compagnons s’approchèrent du corps, baisèrent une de ses mains en poussant de longs gémissements. Au deuxième arrêt, cinquante toises plus loin, les Compagnons découvrirent le corps, le plus ancien, lui versa sur les plaies de l’huile et du vin et les banda. A cent toises plus loin, troisième arrêt ; il était minuit, les Compagnons se mirent en prière, quant un vent affreux se mit à souffler, et éteignit les torches. Le tonnerre gronda avec fracas, et la pluie tomba à torrents.

Dans l’impossibilité de poursuivre leur route, les Compagnons se mirent en prière jusqu’au jour, en souvenir de cette nuit terrible, ce lieu fût appelé : le remords. A Saint-Maximin, le cortège épuisé de besoins et de fatigue prit quelque nourriture et se reposa. Le midi suivant, il reprit sa course et n’arriva qu’à la nuit à Sainte Sozime où les torches furent allumées pour procéder à l’ensevelissement. Avant de descendre le corps dans le tombeau, le Premier lui donna le Baiser De Paix qui fût renouvelé par tous les Compagnons. Après lui avoir retiré son bourdon on remit le corps dans la bière, et on le descendit dans la tombe. Le Premier, descendit auprès de lui, les autres Compagnons le couvrirent du drap mortuaire après lui avoir fait passer du pain, du vin et de la chair qu’il déposa sur le cercueil, puis il sortit ayant échangé de longs gémissements avec ses Frères.

Après avoir recouvert la fosse, les Compagnons allumèrent un grand feu dans lequel ils jetèrent les torches, et tout ce qui avait servi aux funérailles du Maître.