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Le Billet du Soutien de l’Union (N°5)

Une équipe de Compagnons Peintres et Badigeonneurs dans les années 1950 – Photo Personnelle Pays S Canet.

Les peintres en bâtiments.

Le métier

Il y a trois peintres, celui des bâtiments, celui des enseignes, celui des équipages. Les trois peintres sont artisans, aucun n’est artiste. Il y a deux peintres, celui qui vit pour le travail, celui qui vit pour le métier. Le premier calcule et compte, le second rêve et paye.

C’est quelque chose de joyeux qui vous prend au cœur, qui vous met la gaieté dans les yeux. De valorisant, d’agréable comme une révélation sur les siens : des milliers de femmes et d’hommes de toutes les couleurs emportés par la passion de leur métier, lui aussi de toutes les couleurs.

S’accordant avec le bleu infini du ciel — chantier des peintres morts, réveillés, et remis au travail — dans une impression de liberté — oui de liberté — la peinture en bâtiment vient rythmée aux chants d’amour, et d’une irrépressible indépendance.

Il ne s’agit pas la probité habituelle — qui dure aussi ailleurs depuis des âges — mais quelque chose de plus ample, de profond, dont il ne se sait pas quoi écrire sur le fait, si ce n’est, le regarder, s’en réjouir et s’interroger : pourquoi les peintres en bâtiment sont-ils propres ?

Le dire soigne l’image parfois affaiblie que renvoient ceux qui du dehors les regardent, s’imaginant — les infirmes — comme les ignorants parlant d’un Picasso dire « tout le monde peut le faire. »

La fiction poétique, toujours étrange que l’on se fait de soi et des siens autorise au rêve du bouquet de fleurs pour le coup de balai, pour la poubelle vidée, pour la moindre serpillière passée.

Quoiqu’il en soit, c’est ainsi : nous sommes propres. La liberté commence par l’hygiène, elle se poursuit par la propreté dans le travail : comment peut-on faire salement un métier propre ?

Le poète le dit.

« C’est un métier de gentillesse. L’odeur des badigeons, des encaustiques, des vernis a toujours réjoui mon odorat et mon esprit comme une odeur de commencement de renouveau de décrassage. Le peintre vient le dernier de l’équipe, il chante pour annoncer qu’il va laisser le monde en ordre. Et derrière lui la vie s’installe avec ses exigences, ses difficultés infinies. »

Il ne faut ni plaisanter, ni moquer le métier, il faut l’aimer comme un dieu multicolore qui sent toujours le propre. 

Le métier appartient à ceux qui le respectent, si tu en es incapable, change de métier, va vendre ta force de travail ailleurs, redonne ce métier à qui s’est égaré en te le confiant.

Épilogue

Le propre n’est pas absence de vie, mais continuité ordonnée même quand personne ne regarde.

La résistance fait partie du métier, pas son contraire.

Les mains cherchent les brosses,

les brosses prennent la peinture,

la peinture cherche le mur.

Rien ne s’accorde.

Tout doit être repris, ajusté, recommencé.

C’est ainsi que le travail tient.

Blason des Egalitaires Peintres et Vitriers

« La palette du peintre-en décors. Le marteau de vitrier aux huit facettes. Les quatre losanges des Anciens Vitriers. L’équerre et le compas à 90°. »

Photo Pays Serge Canet

Une réponse sur « Le Billet du Soutien de l’Union (N°5) »

Dans la tradition des peintres en décor aussi appelé muraliste , j’ai visité il y a quelques années , l’institut supérieur de peinture Van Der Kelen
(Bruxelles ) ou a étudié Jean Sablé en 2000 Meilleur ouvrier de France en qualité de peintre en décors .

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