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Insolite, mais vitale, la Feschine :

Photo collection Jean Missègue « Bordeaux Langage de Pierre » – 2007

Parmi les outils étranges de nos métiers ancestraux, il en est quelques-uns qui ont eu une longévité exceptionnelle, notamment la feschine, dont l’usage pluri-centenaire s’est arrêté seulement dans les années 1950.

La FESCHINE se porte comme un casque, elle repose sur les deux épaules, enveloppe la tête et le front est ceint d’une sangle en chanvre.

Cet outil n’a certes pas la grâce d’une rippe, la finesse d’un rabotin ou la solidité d’une boucharde, mais il soulagea tant de dos, d’épaules, de colonnes vertébrales qu’il mériterait d’être au panthéon des grandes découvertes. Sa forme est si particulière qu’au premier abord on a du mal à en deviner la fonction. Son profil est plutôt grossier et sa texture matelassée peu raffinée. Et pour cause ! Cet outil couramment utilisé sur les chantiers était destiné à transporter des blocs de pierre, et pas n’importe lesquels, des « doublerons » (1) qui pesaient de 80 à 120 kilos selon la densité et 250 kilos pour les consoles de balcons !

Sur ce document du moyen âge, on voit un portefaix montant à l’échelle chargé d’une feschine.

Fabriqué par les Espagnols

Son origine est peut-être espagnole plus sûrement basco-espagnole, la technique de fabrication s’inspirant de celle des espadrilles et des sandales. Les cordiers de Bordeaux, souvent d’origine espagnole, exerçant près du port dans le quartier Saint-Michel, maîtrisaient à la perfection sa fabrication : une forte toile de lin ou de chanvre enveloppe une forme en paille très compressée et dure.

Au dessus, un plateau permettait de recevoir la section la plus longue de la pierre. Un velours rouge ou d’une autre couleur tapissait sa partie concave pour rendre confortable l’emplacement de la tête. Le poids reposait à la fois sur les épaules et la colonne vertébrale du porteur qui était choisi fort et vaillant. Le porteur de pierre, appelé dans le métier porte-pièce ou portefaix, pouvait monter sur les échafaudages jusqu’à 40 blocs par jour. Mais il fallait s’aider de la boisson « certain ouvriers buvaient jusqu’à 10 litres de vin par jour ! » me confiait il y a quelques années Jean Missegue, un ancien tailleur de pierre.

La feschine a disparu officiellement en 1936. Mais son usage perdura dans quelques petites entreprises et très localement dans le Sud-Ouest de la France jusque dans les années 1950.

Un bandeau frontal en cordage tressé (au temps de la marine à voile Bordeaux possédait de nombreuses corderies), ceignait le front et surtout stabilisait la feschine et sa charge sur ses épaules.

« Pour soutenir le fardeau jusqu’à l’échelle, le portefaix se déplaçait à petits pas, le corps en rotation lente de droite à gauche et de gauche à droite. » racontait Lucien Lanao, interviewé dans « Bordeaux, langage de pierre » (2).

« Le moindre faux pas et on tombait à la renverse ».

Pour supporter le poids de la pierre et du porte-pièce on confectionnait des échelles solides dont les barreaux, très rapprochés, étaient en acacias et les montants en sapin du nord.

Source : Article rédigé par CADISH, le 7 juin 2010 pour le Journal Sud-Ouest

(1) Le Doubleron désigne la pierre de construction bordelaise dite de remplissage (ou parpaing) dont les dimensions sont de 32,5 cm de hauteur (assise) 28 cm d’épaisseur et 60 cm de longueur. Bien pratique pour estimer la hauteur d’un immeuble, puisque 3 doublerons empilés plus les deux joints intermédiaires mesurent 1 mètre. On compte le nombre d’assises, on divise par trois et on obtient la hauteur du bâtiment.

(2) « Bordeaux, langage de pierre «  de Jean Missegue – 2007.

Jean Missègue, ici en 2009, et qui nous a quitté, est l’auteur de l’ouvrage consacré à « Bordeaux, Langage de pierre » publié en 2007. (Photo Sud-Ouest – 2009)

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Le Tracé de l’étoile à 5 branches

Tracé et explication du tracé : Exercice de Compagnon par le Pays Guépin B.L.

L’étoile à 5 branches « pentagramme » ou « pentacle » (étoile de Salomon), rappelle par sa disposition, la silhouette d’un homme, bras et jambes écartés. Elle représente en général, les 5 éléments, la terre, l’air, l’eau, le feu et l’esprit. Pour les chrétiens, 5 est le chiffre qui rappelle les plaies du Christ.

La signification du « pentagramme » évoque l’homme initié, contrairement au pentagone qui évoque l’homme profane. En d’autres termes, l’homme initié tend à devenir un « homme-étoile », c’est-à-dire un homme qui incarne lui-même la lumière, tel Jésus ou les autres «grands initiés».

Dans la religions des Berbères Maures le « pentacle » était symbole de protection contre les esprits malfaisants, aujourd’hui il est toujours utilisé dans certaines régions Berbèrophone du Maghreb comme symbole de protection ou de sorcellerie permettant de rentrer en contact avec un monde parallèle.

Documentation texte, Source : Wikipédia

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La Genèse d’une sculpture

« La Main de Rodin » – Sculpture du Pays Guépin B.L. 2000 – Pierre de Lalinde

Le sculpteur est dans son atelier. Il a installé trois lampes disposées en triangle au plafond. Les faisceaux sont orientés sur la pièce qu’il est en train de réaliser. L’artiste a positionné un pain de terre sur le plateau tournant et il enfonce ses doigts dans la matière humide et souple. Il m’explique :

« Au tout début d’une oeuvre je ferme les yeux et dégrossis la forme
générale. Comme si l’image qui est fixée dans ma tête devait passer
directement par mes mains sans être distraite ou altérée par le regard. Je fais appel à ma mémoire des formes et des volumes, à mes sensations
physiques. Je ressens l’ouvrage, comme un aveugle qui promène ses mains sur une
sculpture pour en distinguer les contours. Je pense que si l’image ou la peinture ne peut se passer du regard, la sculpture fait appel à d’autre sens plus charnels. Tout à l’heure quand j’ouvrirai les yeux, je constaterai que mes mains ont bien représenté
l’image que j’ai dans mon cerveau. Lorsque je travaille la terre, j’entre très vite en action. C’est un acte sensuel et puissant. Il faut imposer à une masse informe de s’élever, de se plier avec douceur et souplesse ou bien, au contraire, se tordre férocement, se ramasser, se recroqueviller selon l’humeur ou le projet. Le regard peut être distrait. Il peut même aller contre la volonté animale du sculpteur. Avant que le sculpteur ait achevé de s’exprimer à l’instinct, son regard peut essayer de détourner l’artiste de son projet par une ombre portée qui lui suggèrera une ligne induite ou esthétique que l’oeuvre originale aurait ignorée. J’ai pris le parti de faire travailler mes mains. Mes yeux ne viendront qu’après pour les détails et les finitions. Je suis un tactile et je veux que mes mains décident. »

Le sculpteur m’avait déjà parlé de cette sensation, lors d’une visite que nous avions menée au Louvres. Nous nous étions arrêtés devant le chef-d’oeuvre d’Antonio Canova «Psyché ranimée par le baiser de l’Amour».
Les yeux fixés sur le marbre, instinctivement je m’étais approché la main tendue pour toucher ces corps de pierre. Il m’avait, alors, expliqué.

« Ta réaction est naturelle, une sculpture attire le toucher. Quand un
observateur regarde un tableau, il est devant l’oeuvre et promène ses
yeux partout sur la toile. En s’approchant, il embrasse la totalité du
travail artistique. Progressivement il aborde les détails, les jeux d’ombre
et de lumière, la musique des couleurs et la mise en scène de la page. Il a les mains dans le dos et son esprit se promène dans les deux dimensions du tableau. Le visiteur debout devant la toile, peut y pénétrer, imaginer ce qui se cache derrière ce premier plan et tout cela, immobile les mains dans les poches. Pour une sculpture, le spectateur agit différemment. Il s’approche, puis tourne autour. On est dans le monde physique des trois dimensions. D’abord, l’observateur marche et regarde de loin. Il s’approche, recule à nouveau, puis une irrépressible attirance le pousse à s’approcher encore. Il tend la main et il caresse. Il touche, il effleure, sent le contact froid au bout des doigts. Il ressent la vie. Pour être regardée et comprise la sculpture ne peut pas se passer de la main. »

Buste en pierre de Lavoux – Sculpture Pays Guépin B.L. – 2000

Ce matin, je transporte quelque-chose qui est très précieux ! Ce sont les dernières créations de l’artiste en terre. Pourvu que les pièces soient bien calées dans les caisses. On les a soigneusement enveloppées dans des tissus, entourées de mousse. Ces trois pièces de dimension moyenne vont être coulées en douze exemplaires chacune.
Le sculpteur a demandé au fondeur de réaliser cette opération, qui est pour lui, un très gros investissement.

GBL sculptant « L’autodidacte » – 2013 – Bordeaux – Pierre de Rochebrune

« La première pièce est en pierre, elle figure un homme qui se sculpte lui-même. Il semble encore emprisonné, en cours d’extraction d’un bloc de pierre. Tout le haut du corps est dégagé, seules les jambes restent dans la masse brute. Il tient une massette dans la main droite et un ciseau dans la main gauche et s’acharne à s’auto-sculpter, pour libérer ses membres inférieurs, il est en train de se construire. j’ai appelé cette oeuvre « L’autodidacte ». Elle est très figurative, nerveuse, vive et détaillée. Je serai vigilant quant à la patine car j’aimerai qu’elle soit vert bronze, avec quelques arrêtes dorées.

Sculpture « La quête » de Nanou – Terre cuite 1977- Anne-Marie Lafforgue – Photo Guépin B.L.

« La seconde sculpture, s’intitule « Retenue » est la silhouette d’une femme nue, accroupie et lascive, très lisse, toute en rondeur, les bras entourent les genoux sur lesquels la tête de profil repose. Vois-tu, l’aspect définitif de cette pièce sera mat, avec une patine douce, une nuance à dominante rousse.« 

« Retenue » Sculpture en pierre de Lavoux – 2000 – Pays Guépin B.L.

La dernière oeuvre que le sculpteur souhaite immortaliser en bronze, représente un être androgyne, élancé qui semble s’étirer vers le ciel, vers une quête spirituelle.

« Je l’ai volontairement créée non identifiable, ni masculin, ni féminin. C’est un être humain sans sexe défini, j’ai cherché à montrer un mouvement, une attitude, un geste, un élan, presqu’une prière universelle, et je la nomme « La Quête ». Elle sera brillante comme un miroir, car je la veux lumineuse et dorée comme une flamme, une lueur tendue vers le ciel. »

Nous arrivons à la fonderie. Le sculpteur m’entraîne vers un grand hangar. Il me présente le patron des lieux.

« Voici Marc, le fondeur. C’est le matre des leux. Il va t’expliquer les règles qui régissent les fondeurs d’art. »

« Il faut savoir que pour pouvoir bénéficier de l’appellation « Oeuvre Originale », les règles sont très précises quant au nombre de copies. Supposons que l’artiste décide d’en produire douze, on n’en fera pas une de plus. Douze exemplaires, étant le maximum, il sera réalisé quatre épreuves d’artiste, marquées E.A.I/IV à E.A.IV/IV, en chiffres romains et les huit autres pièces seront numérotées de 1/8 à 8/8, en chiffres arabes. Outre les numéros, les douze pièces porteront également la signature de l’artiste, la marque de la fonderie et la date du travail.« 

Le sculpteur a déposé ses deux pièces en terre et son autodidacte en pierre. Les artisans les réceptionnent, mais s’en chargeront plus tard car il y aura un gros travail de préparation avant qu’on ne s’occupe de ces oeuvres.
Une fois les trois pièces en lieu sûr, le sculpteur me fit savoir que nous allions assister à un coulage. Il m’entraîne vivement auprès des artisans.

« Viens voir Marc, Jean et Alex au travail. Nous allons assister à une coulée
qui a été préparée pour un autre artiste. Vulcain ( C’est ainsi qu’on surnomme le Maître du grand four, ici ! ) intervient à onze heures et je tiens à ce que tu vois ça, car c’est un peu comme une naissance. Le bronze, que depuis l’antiquité on appelle aussi, en poésie ou en littérature, airain est un alliage composé principalement de cuivre, et d’étain.
Ce métal extrêmement solide n’est pas altéré par la corrosion, et il peut ainsi
traverser les millénaires, il défie le temps et garanti à l’artiste, la pérennité
quasi éternelle de ses oeuvres. »

Marc, Jean et Alex sont des artisans qui se partagent les tâches nombreuses, riches et variées d’une fonderie. Marc me détaille avec précision toutes les étapes qui sont indispensables à la fabrication d’un bronze d’art.

« Tout commence avec celui qui fabrique le moule en sable, on dit que
c’est le mouleur. Intervient ensuite le noyauteur qui conçoit les noyaux
à incorporer au moule pour réaliser les parties en creux ou la contre-dépouille de la pièce. Il faut être modeleur, quand on fabrique le modèle en résine. Une fonction qu’il ne faut pas confondre avec le mouliste chargé de fabriquer l’outillage permanent destiné au moulage coquille et sous pression. Jean est le fondeur. Il s’occupe des fours de fusion, prépare le métal avant la coulée. Après la coulée, quand tout sera froid, Alex, dit le décocheur cassera les moules pour sortir la pièce brute de
coulée. Marc fera fonction d’ébarbeur. C’est lui qui débarrassera la pièce
de tout son système de remplissage et d’alimentation, il meulera toutes
les bavures éventuelles. Enfin, l’un d’entre eux deviendra grenailleur ou
sableur. Il décapera au corindon projeté sous pression toutes les
impuretés qui adhèrent à la sculpture. »

« Les Trois Grâces » – Sculpture en bas relief – Pierre de Lavoux – Pays Guépin 2000

Mais nous assistons maintenant à la fin d’un long processus. (Le même qui sera mis en oeuvre plus tard, pour les trois oeuvres que nous venons de livrer). Avant d’entrer en atelier de fonderie, il faut préparer les copies. C’est ce que toute l’équipe va faire avec les oeuvres originales en terres ou en pierre. En tout premier lieu, il faut enduire de cire la pièce qu’on veut reproduire pour empêcher le polymère silicone d’adhérer. On la dispose ensuite sur une plaque de bois, et on prépare une rigole tout autour. On y installe une bordure afin de retenir le polymère silicone, qu’il ne se répande pas. Il faut maintenant verser ce polymère silicone liquéfié couche par couche. Cela crée une peau qui se solidifie mais reste souple. C’est sur cette forme que l’on va maintenant couler du plâtre assez épais pour faire une coque aisément manipulable. L’intérieur du moule sera fin, souple et l’extérieur solide, rigide et brut. C’est la première moitié du moule. Les oeuvriers retournent la pièce, et procédent de la même façon pour l’autre moitié.

La sculpture originale est alors entièrement enveloppée de silicone qui lui-même est enveloppé de plâtre. Il faut maintenant découper en périphérie, à la jointure des deux faces, pour écarter les deux moules et libérer l’original qui sera mis de côté. Il ne sera repris qu’à la fin du processus, pour vérifier tous les détails et éventuellement retoucher le bronze afin d’obtenir un rendu fidèle.

Deux coques ont donc été réalisées, l’une de la face et l’autre du dos de
la pièce. Il faut les rassembler, maintenant que la sculpture est sortie
dans le but d’obtenir un moule creux dont l’empreinte est absolument identique à l’oeuvre originale. Le fondeur chauffe ensuite la cire dans une marmite. Il verse délicatement cette cire dans le moule en silicone. Elle doit épouser tous les détails du moule. Plusieurs couches sont nécessaires qui détermineront l’épaisseur du bronze. On laisse refroidir la cire entre chaque couche, pour qu’elle durcisse. Les fondeurs viennent donc de reproduire la sculpture en cire. C’est l’épreuve. Elle est dégagée du moule en silicone. C’est ce moule qui sera utilisé douze fois, pour faire les douze pièces en cire strictement identiques au modèle.

La présence de l’artiste est nécessaire, il regarde et valide la pièce en cire. Il peut également demander que le ciseleur retouche sa pièce, s’il le juge nécessaire. Nous mettons maintenant en place les canaux à bronze et à évent que nous avions préparé, ce sont des baguettes de cire, de diamètres différents, puisque les canaux à bronze distribueront le métal fondu dans la sculpture, tandis que les canaux à évent permettront à l’air d’en sortir. Maintenant, nous plantons quelques clous dans la cire, en périphérie, à la jointure des deux moitiés de la sculpture, afin de maintenir à distance les moules interne et externe. La cire est aspergée de terre réfractaire jusqu’à constituer le moule externe. Il faut ensuite immerger la sculpture en cire dans un caisson en bois qui est rempli de terre réfractaire. Elle se remplit de cette terre liquide ce qui constitue le moule interne. On laisse sécher et durcir le tout. La cire est entièrement enveloppée de terre réfractaire. Nous libérons l’ensemble de son caisson en bois et nous plaçons ce bloc de terre réfractaire contenant la sculpture en cire, dans un four que nous chauffons progressivement jusqu’à 700° en 48 heures.

La cire va fondre (Cire perdue), libérant ainsi un espace dans lequel nous coulerons le bronze. N’oublions pas que l’écartement entre le moule interne et le moule externe est maintenu par les clous que nous avions pris soin de placer sur le modèle en cire. Laissons refroidir l’ensemble, puis nous placerons les moules définitifs dans des caisses de sable, prêts pour la coulée. C’est là que nous en sommes avec les oeuvres de ce sculpteur, et ce que nous allons pouvoir observer à partir de cet instant. Marc, Jean et Alex s’affairent autour d’un grand four. A bonne distance, nous sentons le rayonnement et la chaleur qui se gégage. Les trois artisans s’équipent avec des gros gants protecteurs, des tabliers de forgerons en cuir et des masques qui protègent la totalité de leur visage. Marc contrôle le cadran lumineux, sur la porte du four, il indique 1240° le bronze a fondu. Il ouvre la porte du four, Jean et Alex se saisissent des poignées écartées du creuset, ils sortent ce récipient rempli du métal en fusion et le posent à terre. Marc, muni d’une sorte de louche, enlève les scories qui flottent sur le métal incandescent. Alex et Jean se concertent, puis soulèvent le récipient avec, chacun face à face, ces poignées comme de grandes paires de ciseaux se terminant par un anneau enserrant le col du creuset.

Coulage du bronze dans une fonderie en Espagne – Photo Guépin

Ils s’avancent à petits pas chassés, et versent dans les moules ce métal rouge, orange fumant, impressionnant, magique. Marc est immobile et observe ses deux collègues effectuer cette opération avec calme et application. L’odeur est acre, mais pas désagréable. On sent ce mélange de charbon, de poussière et de métal chaud, comme dans une forge. Il n’y a presque pas de fumée. Les moules se remplissent un à un. La coulée est terminée.

La coulée – Photo Guépin B.L.

Le sculpteur Maître des oeuvres, qui tenait à être présent à ce moment-là de son oeuvre, s’est tourné vers nous, les larmes aux yeux, était-ce la chaleur ou l’émotion ? Peut-être un peu des deux, mais son visage était illuminé d’un sourire magnifique et nous n’avons pas pu nous empêcher d’applaudir les ouvriers de Vulcain. « Il ne reste plus qu’à attendre que tout cela refroidisse. Nous reviendront demain. » Le lendemain, dès potron-minet, nous sommes tous rendus à la fonderie. Les moules sont encore à peine tièdes et Alex les casse, libérant ainsi les bronzes. « Qui ne s’attend pas à ce qui sort pourrait être fort déçu ! « 
Nous avons sous les yeux, une pièce toute grise, sale, poussiéreuse et
hérissée de multiples tiges, plus ou moins tordues, enchevêtrées en tous
sens. Ce sont les canaux de coulage et des évents qui se sont remplis de bronze. Alex, Jean, Marc, et le sculpteur prennent les pièces pour les amener à l’aire de lavage à la pression. On va leur donner un bon coup de Karcher pour les débarrasser du sable qui est resté accroché. Jean s’empare ensuite d’une meuleuse et muni de ses lunettes de protection, il sectionne toutes les tiges des canaux à bronze et évents. Le sculpteur récupère les premières pièces qui commencent à ressembler à ce qu’il avait créé. Il les pose sur la table de travail de Marc qui entreprend de les ciseler pour enlever les ébarbements, affiner les détails et vivifier arêtes et saillies. Elles retrouvent la vigueur et la nervosité de l’original. Au fur et à mesure qu’elles sont prêtes, Alex les passe dans la niche à sablage. Enfin, le bronze est encore lavé avant la patine finale. La patine est en fait, une oxydation forcée, avec divers acides qui permettent d’obtenir plusieurs couleurs. Tout à la fin, Jean applique une couche de cire sur l’objet et la sculpture est finie. Le sculpteur prendra ses douze pièces qui trouveront leur place dans quelques galeries d’art, à Saint-Paul-de-Vence, Monaco, Paris, Milan Londres ou New-York. Dans quelques jours, à la Fonderie de Vulcain, on travaillera pour l’artiste que j’avais accompagné et grâce auquel j’ai pu vivre tout ça. Je l’accompagnerai encore et encore. J’aime voir travailler ces artisans maîtres du feu et de la forge.

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La pierre, l’eau, le soleil

Une carrière de pierre calcaire (Vilhonneur) – Photo Guépin Belles Lettres

Quand j’apprenais mon métier, mon vieux Maître Compagnon Tailleur de Pierre, à qui je faisais remarquer comme j’étais émerveillé par la beauté du matériau que j’étais en train de tailler, me dit ceci :
-« C’est du Frontenac !
… Pose un peu tes outils, Petit, et écoute.
Toute la ville de Bordeaux a été construite avec les pierres qui furent extraites dans les carrières environnantes. Sur les bords de le Garonne, bien au sud de la ville, et jusqu’aux rives de la Dordogne dans ces
collines qui vallonnent l’Entre-Deux-Mers, nos anciens dégageaient la roche qui a construit Bordeaux.
Elle était ensuite transportée sur des charrettes tirées par des mules ou des chevaux de trait jusqu’au port fluvial le plus proche, puis chargée sur des gabarres, elles étaient livrées à Bordeaux, quai de Paludate, dans la Cale-aux-pierres au pied du château Descas où maçons et Tailleurs de Pierre venaient s’approvisionner.
Il faut que tu saches, mon Drôle, que cette pierre prenait le nom du port dans lequel elle avait été chargée et non pas celui du lieu d’où elle fut arrachée.
Il y avait donc des pierres de différentes qualités qu’on employait pour faire des seuils, des escaliers, des soubassements ou pour bâtir en élévation en fonction de la dureté. Aujourd’hui, parmi ces mille carrières qui furent exploitées en sous-sol, dont certaines sont devenues champignonnières ou chai de vieillissement du vin de Bordeaux, nous avons la chance qu’il nous
reste Les Pierres de Frontenac.
Ce sont de magnifiques carrières à ciel ouvert qui se situent entre Sauveterre-de-Guyenne et Branne, un peu au sud ouest de Rauzan.
Elles produisent tout ce dont nous avons besoin, toute la gamme des pierres marbrières les plus dures aux pierres fermes les plus douces, pour restaurer et entretenir le Patrimoine de Bordeaux. »
Alors jeune apprenti, je me permettais d’ajouter :
– « J’aime cette pierre, parce-qu’elle est coriace, elle résiste, mais elle est délicate sous le ciseau. Avec sa blondeur et ses veines fines et rousses comparables à une chevelure de femme, elle est lumineuse ! »
– « Tu ne crois pas si bien dire, Petit !
Il faut se lever tôt, un jour où il fait beau.
Tu traverses la Garonne à pied, par le Pont de pierre.
Tu t’installes sur le bord des quais, juste là, devant la gare d’Orléans et tu regardes les façades d’en face quand le soleil se lève.
À cette heure-ci, il ne darde pas.
Il n’éblouit pas. Il caresse.
Il illumine.
Tu verras, petit, les façades blondes te sourient, à toi, parce que tu sais les regarder et si tu insistes, si tu patientes, tu y verras de très légers reflets roses. C’est cette lumière, cette pierre et la Garonne qui font que cette ville est unique. »

Carrière de Bourg, 1983, mes deux complices Michel à la haveuse et Patrice qui descend les pales du Manitou. Débitage d’un bloc en front de taille. Photo Guépin Belles Lettres.


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Le Billet de Coeur Loyal

Extrait des « Maîtres de mon Moulin » le site de Provençal Coeur Loyal

Dans la situation du monde actuel, inconcevable, insupportable, dont il faut sortir très vite il faut poser des principes et s’y tenir. À notre petit niveau, perdus dans nos si belles et puissantes Hautes-Corbières sauvages nous écrivons chaque jour le manifeste qui cristallise nos engagements :

Les 12 lois du Moulin de Cucugnan.

1°) La Nature est la toute première et la plus haute des Lois.

2°) La terre n’appartient pas à l’homme : c’est l’homme qui vient de la terre et lui appartient.

3°) Les blés sont nos maîtres, nos exemples. Ils sont un don des saisons, de la giration du monde et de son trajet dans le cosmos.

4°) Le Pain est la quintessence de l’alliance entre la Nature et les Hommes.

5°) La patience, la clarté des intentions, le don des attentions, la nécessité d’une tension, sont les premières vertus que nous enseigne du Pain.

6°) La nourriture mérite le respect absolu et l’engagement de nos gratitudes.

7°) La table doit demeurer le lieu de rencontre, de fraternité et de sororité.

8°) Partager le Pain est le tout premier geste de paix.

9°) Oublier la terre conduit à l’oubli de soi.

10°) Revenir à l’essentiel est un acte de sagesse. Cet engagement est urgent et absolument nécessaire.

11°) Chaque Pain porte toute la mémoire et le patrimoine axial du vivant.

12°) Lorsque le Pain est partagé, la communauté humaine prend forme.

Provençal Cœur Loyal « Les Maîtres de mon Moulin ;  L’Essentiel en partage »

Blés anciens Cucugnan – Les Maîtres de mon Moulin par Roland Feuillas

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Le bestiaire des Compagnons, une tradition bien ancrée.

Nous abordons cette tradition assez ancienne, très usitée dans les diverses sociétés de compagnonnage et qui consiste à nommer (voire à revendiquer comme emblème) par des noms d’animaux leurs membres actifs : Lapin, Renard, Chien, Loup, Loup-Garou, Chien-Loup ou Singe.

Notre Compagnonnage Egalitaire est universaliste. Il a banni les corporations. Nous pratiquons une fraternité inclusive et bien veillante basée sur l’amour du travail bien fait, les rapports humains fraternels et respectueux entre tous nos membres. Nous pensons que ces qualitifs animaliers sont des termes corporatifs, ce que par définitions les Égalitaires ne veulent pas.

Ceci étant précisé, il est intéressant de se pencher sur cette particularité des autres sociétés de Compagnonnage.

Le lapin

C’est l’apprenti. C’est un terme employé chez les Compagnons Du Devoir de la nouvelle tendance et qui s’utilise depuis une cinquantaine d’années.

L’Origine de ce terme

Le charpentier qui travaillait seul, afin de tracer son épure sur le parquet, y plantait un petit compas pour maintenir son cordeau. Considérant les deux branches de ce compas comme les oreilles d’un lapin , cet outil était nommé lapin. Ainsi, bien que seul, le charpentier pouvait battre son cordeau. Naturellement lorsqu’il y avait un apprenti, celui-ci prenait la place du lapin. C’est ainsi que cette appellation est demeurée à chaque génération, l’apprenti qui tient le cordeau fait le lapin pour son aîné.

Le renard

De nos jours, et d’une manière générale, le renard est un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage. Historiquement, au XIXème siècle, le corporatisme de l’époque avait créé une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France connus sous le nom de Chiens.

Les dissidents qui ne voulaient pas rejoindre cette société réputée pour son manque de finesse et de discernement se sont organisés en société parallèle: ce furent les Renards de Liberté ou Renards Joyeux et Libres. qui, eux aussi, faisaient le Tour de France. Ils avaient un blason formé d’une équerre et d’un compas entrelacés, et ils avaient pour devise : R. J. L. I. ce qui signifiait Renards Joyeux Libres et Indépendants. Pour les railler et les moquer, les Compagnons Du Devoir disaient Renard Jaloux Lâches et Insignifiants.

Photo Marcel Roura (Autorisation le 31.03.2026) – Prise sur une brocante à Mons – « Le renard passe à table ».

Cela étant, le terme Renard est d’un usage courant dans les Compagnonnages. Il désigne de nos jours, et d’une manière générale, un ouvrier compétent, bien formé, mais n’appartenant pas à une société de Compagnonnage.

Le Chien

Comme on l’a vu précédemment, au cours du XIXème siècle, le corporatisme et le caractère exclusif des compagnonnages de métier créèrent des sociétés d’ouvriers indépendants.

Les Chiens étaient une société de Compagnons Charpentiers qui s’appelait Les Compagnons Passants Charpentiers Bons Drilles Du Tour de France.

Le terme Chiens employé chez les Compagnons n’est-pas dépréciatif, bien au contraire, car tous les Compagnons Du Devoir à quelque corporation qu’ils appartiennent se dénomment entr’eux Les Chiens. Ils sont fidèles à leur serment prêté et fidèles à leurs maîtres, que ceux-ci soient Maître-Jacques, ou le Père Soubise. Pour eux, Il n’y a pas de Chien sans Collier signifie Il n’y a pas de Compagnon Du Devoir sans cravate. Un chien qui n’a-pas de collier est un chien qui n’a-pas de maître, c’est un chien sans famille, un chien perdu. Un Charpentier Du Devoir a un Maître, c’est le Père Soubise, il a une famille, c’est celle des Charpentiers Du Devoir, il n’est-pas perdu, il a une adresse chez la Mère des Compagnons.

Le loup, le chien-loup, le loup-garou

Après 1850, émerge une nouvelle société compagnonnique, les Compagnons Charpentiers de Liberté également appelé Indiens car pratiquant le Rite de Salomon ou rite d’Inde. La légende veut que cette société descende des Renards joyeux et libres, qu’ils ait reçu le Devoir des Compagnons Tailleurs de Pierres de Liberté. Mais une autre légende indique qu’une scission serait peut-être apparue chez les Bons Drilles au début du XIXème et qu’à partir de cette énième mésentente, leurs Devoirs auraient divergé…

Le terme Loup n’est-pas dévalorisant non plus, les Compagnons Étrangers Tailleurs de pierre Enfants de Salomon revendiquaient de se dénommer Les Loups. Mais ce compagnonnage n’existe plus, il s’est donné la mort en 1900, ils n’a ni descendance ni héritier. L’Union possède, dans ses archives, le compte rendu de leur ultime réunion.

Les Compagnons Tailleurs-de-pierre Du Devoir, Enfants de Maître-Jacques se dénomment quant à eux Loups Garoux.

Les Indiens ou Compagnons Charpentiers Du Devoir de Liberté, naissent, selon Raoul Vergez en 1804. En son temps, Agricol Perdiguier refusa de les reconnaître Enfants de Salomon il leur attribua néanmoins le vocable de Compagnons Du Devoir De Liberté.

En 1945 au congrès de Paris, le 25 novembre, une fusion de l’essentiel des Compagnons Charpentiers de Soubise, et des Compagnons Charpentiers De liberté a vu naître Les Compagnons Des Devoirs qui se dénommèrent entr’eux Les Chiens-Loups. Ils regroupèrent des charpentiers, des maçons et des tailleurs de pierre.

Le Singe

Lui, c’est le patron ! Respect, il est passé par toutes les étapes et on sait bien que ce n’est pas au vieux singes qu’on apprend à faire les grimaces.

Le Singe et le Bourgeois.

Singe est le sobriquet que les Compagnons Charpentiers donnent par raillerie et dérision à un patron charpentier. Définition sans doute fondée sur la particularité qu’ont les singes de faire des grimaces. Il faut savoir que le singe, par définition, est un patron charpentier ancien Compagnon reçu par les Compagnons charpentiers, que ceux-ci soient Du Devoir ou Du Devoir de Liberté. Il connaît toutes les combines des ouvriers charpentiers, et ceux-ci savent qu’il sait, et le singe sait qu’ils savent qu’i sait.

Quant à lui, le Bourgeois est un patron charpentier qui n’est pas reçu Compagnon. Il peut être un charpentier de métier, ou tout aussi bien être héritier sans jamais exercer le métier, ou un investisseur qui est le propriétaire d’une entreprise de charpenterie. Les Compagnons Charpentiers Bons Drilles disposent d’un vocabulaire singulier pour désigner les différentes personnes qui œuvrent dans les ateliers et sur les chantiers de charpenterie. Ce vocabulaire assimile les personnes à des animaux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’agit d’un vocabulaire initiatique au sens premier du mot, que seuls les initiés aux mystères de ce Devoir décodent. Aujourd’hui, par extension, et, sous l’influence des Charpentiers Bons-Drilles, tous les compagnonnages utilisent ces termes corporatistes sans les comprendre parce qu’ils n’en possèdent pas la Tradition.

Particularité à noter : Chez les Scieurs de long, le singe désigne le scieur qui est dessus (chevrier ou patron). Le renard désigne le scieur qui est dessous (renardier).

Deux scieurs de long débitant un tronc d’arbre, vers 1913 En bas : (Le renard) Jacques Charrié – En haut : (Le singe) Joseph Vieillescaze Source : https://www.occitan-aveyron.fr/

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Le compagnonnage, réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier 

Inscrit au Patrimoine Immatériel de l’Humanité, par l’ UNESCO depuis 2010, le compagnonnage désigne un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier, qui s’ancre dans des communautés de compagnons.

Les sociétés de compagnonnage actuelles*

  • Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France ( AOCDTF – compagnonnage mixtedepuis 2004 ; Première femme reçue tailleur de pierre en 2006)
  • Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment (FCMB)
  • Union compagnonnique (Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France Des Devoirs Unis )
  • Association de Compagnons Passants Tailleurs de Pierre
  • Société des Compagnons selliers tapissiers maroquiniers cordoniers-bottiers du Devoir du Tour de France – Famille du cuir
  • Fédération des compagnons boulangers et pâtissiers restés fidèles au Devoir (RFAD)
  • Cayenne Itinérante
  • Compagnonnage Egalitaire (compagnonnage mixte depuis 1978)

*Sources WIKIPEDIA

Contrairement à ce qu’affirment certains, c’est bien le mouvement historique du Compagnonnage dans son ensemble qui est inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’ UNESCO, car cela désigne un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier. Et non telle ou telle société en particulier en excluant les autres au motif qu’elles seraient trop petites.

Le texte officiel de l’UNESCO souligne que le compagnonnage est reconnu comme « un moyen unique de transmettre des savoirs et savoir-faire liés aux métiers de la pierre, du bois, du métal, du cuir et des textiles ainsi qu’aux métiers de bouche ».

Son originalité réside dans la synthèse de méthodes variées de transmission des savoirs, telles que l’itinérance éducative (le Tour de France), les rituels d’initiation, l’enseignement scolaire et l’apprentissage coutumier et technique. Le mouvement concerne près de 45 000 personnes et met l’accent sur la formation à l’excellence, le développement personnel lié à l’apprentissage du métier, et la pratique de rites propres à chaque métier.

L’inscription vise à promouvoir la diversité culturelle, la préservation des systèmes traditionnels de transmission des savoir-faire, et à sensibiliser à leur importance, sans pour autant figer le compagnonnage dans une forme unique ou figée.

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Selon Diderot …

Le Pays Serge Canet, à propos de la citation Diderot ci-dessus :

Dans le contexte de l’antique culture juive, le texte biblique du Siracide de Ben Sira, qui est donné pour être le 1er des rabbins, exprimait déjà d’une façon exemplaire la condition des travailleurs manuels de son temps. C’était en moins deux cent avant nous :

La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir ; pour devenir sage, il faut avoir peu d’affaires à mener.

Comment deviendrait-il sage, celui qui tient la charrue, qui met sa fierté à manier l’aiguillon comme une lance, qui mène ses bœufs, s’absorbe dans leurs travaux et ne parle que de son bétail ?

Il met son cœur à tracer des sillons et passe ses nuits à donner du fourrage aux génisses.

Il en va de même de l’artisan et du maître d’œuvre, qui sont occupés de jour comme de nuit ; de ceux qui gravent la pierre d’un anneau à cacheter et qui s’appliquent à en varier les motifs ; ils ont à cœur de reproduire le modèle et passent des nuits pour achever leur ouvrage.

Il en va de même du forgeron, toujours à son enclume ; il fixe son attention sur le fer qu’il travaille ; le souffle du feu fait fondre ses chairs, il se démène dans la chaleur du fourneau, le bruit du marteau lui casse les oreilles, ses yeux sont rivés sur le modèle de l’objet ; il met son cœur à parfaire son œuvre et passe des nuits à la rendre belle jusqu’à la perfection.

Il en va de même du potier, toujours à son ouvrage ; il actionne le tour avec ses pieds, il est en perpétuel souci de son travail et tous ses gestes sont comptés : de ses mains il façonne l’argile, il la malaxe avec ses pieds, il met son cœur à parfaire le vernis, il passe des nuits à nettoyer le four.

Tous ces gens-là ont mis leur confiance dans leurs mains, et chacun possède la sagesse de son métier.

Sans eux on ne bâtirait pas de ville, on n’y habiterait pas, on n’y circulerait pas. Mais lors des délibérations publiques on ne va pas les chercher, dans l’assemblée ils n’accèdent pas aux places d’honneur, ils ne siègent pas comme juges, ils ne comprennent pas les dispositions du droit. Ils n’exposent brillamment ni l’enseignement ni le droit, on ne les trouve pas méditant des paraboles. Mais ils consolident la création originelle, et leur prière se rapporte aux travaux de leur métier.

Il ne faut pas négliger le souvenir douloureux des blessures. Quant ils réfléchissent à leur condition de travailleurs manuels, à cette blessure toujours ouverte, des pansements sont nécessaires à leur apaisement.

Il n’y a pas de remède à ce mal, sinon le mortel désir de se venger ou, comme d’autres de changer de condition.

L’art de soigner les plaies est aussi vieux que le travail est vieux. Ces soins ne concernent pas seulement les accrocs physiques du travail manuel ; il y a aussi la nature hostile des classes sociales qui le dominent, et les conflits d’intérêts sans fins qui font des artisans des blessés permanents.

Ils n’ont jamais cessé de chercher un remède. Suivant les époques ces remèdes furent souvent religieux ou philosophiques, pas encore politiques pour se soulager, pour se réconforter, et consolider la notion de classe des hommes de peine, limitée pour le cas des Compagnons qui nous intéresse aux hommes de métiers.

De génération en génération l’artisan a foi dans son principe ; il a confiance aux légendes qu’il écoute, et aux promesses qu’elles font, bien avant celles du Grand soir.

Les artisans, dont le nom même leur a été confisqué, dévoyé, pour ne définir que la condition sociale de ceux qui travaillent pour leur propre compte. Dès lors qu’il disait auparavant l’occupation du temps de ceux qui œuvraient la matière avec leurs mains : patrons et ouvriers.

Extrait de : « Les Compagnons du Tour de France de Fougères. »

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Ma Canne de Compagnon Egalitaire

ATTENTION : Je prie le lecteur de bien vouloir comprendre que ce texte est en grande partie une interprétation personnelle, alors il faut que je le dises en préambule. Ce témoignage tient pour partie de ce que j’ai appris au fil de ma vie, mais aussi de mon ressenti et vécu personnel. Si je ne le précisais pas, je pourrais être moqué et plaisanté, voire agressé, parce pour le coup, je touche à un domaine réservé des « Compagnons tatillons », et il y en a de tous les bords, des tatillons !

A propos de ma canne des Compagnons Egalitaires :

Ma canne de Compagnon Egalitaire est un objet symbolique riche en significations, reflétant les valeurs, le parcours et les traditions de cette communauté.

Voici une description des différentes parties qui composent ma canne de compagnon, ainsi que leurs significations :

1. Le Pommeau – Description  – Signification : 

C’est la partie supérieure de la canne, réalisée en corne noire de zébu et souvent sculptée et décorée de symboles christiques. Le pommeau symbolise l’accomplissement et la maîtrise du métier. Il représente aussi l’ouverture d’esprit et la quête de savoir. Il contient encastré dans la tête, une pastille en os gravée mentionnant l’identité et l’appartenance du propriétaire. (Cette pastille était autrefois en ivoire, mais c’est interdit depuis 1948)

2. La Tige ou le Fût – Description – Signification :

C’est le corps principal de ma canne, en Jonc de Malacca (La province de Malacca se trouve sur la côte est de la Malaisie). La tige symbolise le parcours du compagnon, son Tour de France, et les épreuves traversées. Elle représente la droiture, la force et la persévérance.

3. La Corde   – Description  – Signification :

Une corde, en soie noire, est enroulée autour de la tige, avec des nœuds et des pompons. La corde symbolise les liens de fraternité et de solidarité entre les Compagnons Egalitaires. Les nœuds représentent les différentes étapes ou rencontres marquantes du parcours du compagnon. La corde est un symbole riche en significations, notamment dans les rites et rituels du Compagnonnage Egalitaire.

Symbolique de l’apprentissage et du voyage :

La corde symbolise le parcours du compagnon, fait d’apprentissages et de voyages. Elle représente les différentes étapes et épreuves traversées par le compagnon au cours de son Tour de France, un voyage initiatique et formateur.

Lien et solidarité :

La corde symbolise également les liens qui unissent les compagnons entre eux. Elle représente la solidarité, l’entraide et la fraternité qui sont des valeurs fondamentales au sein de cette fraternité.

Transmission des savoirs :

La corde peut aussi être vue comme le fil qui relie les générations de compagnons, symbolisant ainsi la transmission des savoirs et des savoir-faire d’une génération à l’autre.

Engagement et persévérance :

Enfin, la corde représente l’engagement du compagnon dans sa quête de perfectionnement et de maîtrise de son art, ainsi que la persévérance nécessaire pour atteindre ses objectifs.

4. Les Pompons – Description – Signification :

Les pompons sont situés aux extrémités de la corde. Ils symbolisent l’équilibre, la dualité et la complémentarité, ainsi que le début et la fin du parcours du compagnon. Les deux pompons qui terminent la corde sur la canne des Compagnons Egalitaires ont également une symbolique particulière : l’un représente les acquis et le savoir et l’autre, le devoir de transmission.

Symbolique de l’équilibre :

Les deux pompons représentent l’équilibre entre différentes forces ou aspects de la vie du compagnon. Cela inclut l’équilibre entre le travail et la vie personnelle, entre la théorie et la pratique, entre la matière et l’esprit.

Dualité et complémentarité :

Ils symbolisent la dualité et la complémentarité, comme le jour et la nuit, ou encore le savoir-faire manuel et le savoir-être. Cela reflète l’idée que différentes forces ou qualités sont nécessaires et se complètent pour former un tout harmonieux.

Parcours et accomplissement :

Les pompons symbolisent également le début et la fin du Tour de France des compagnons, marquant ainsi le parcours accompli par le compagnon au cours de son apprentissage et de ses voyages.

Transmission et héritage :

Enfin, ils représentent la transmission des savoirs et des valeurs d’une génération à l’autre, soulignant l’importance de l’héritage et de la continuité au sein de la Fraternité du compagnonnage égalitaire.

5. Les Décorations et Symboles Gravés (sur la Férule en Laiton) – Description – Signification :

Divers symboles, initiales, ou motifs peuvent être gravés ou sculptés sur la canne. Ces décorations symboliques, d’origines historiques, christiques ou bibliques représentent les valeurs des compagnons, les métiers, les lieux visités, ou des événements marquants. Elles sont souvent personnelles et uniques à chaque compagnon.

6. L’embout en acier ou « Le Fer » Description – Signification : 

C’est une pièce métallique située à la base de la canne, toujours en métal. « Le fer » symbolise la solidité, la stabilité et l’ancrage. Il représente aussi la protection et la force nécessaire pour surmonter les obstacles.

Chaque partie de la canne des compagnons est ainsi chargée de sens et contribue à raconter l’histoire et le parcours unique de son propriétaire au sein de la communauté du Compagnonnage Egalitaire. Ces symboles sont profondément ancrés dans les traditions et les valeurs de chaque Compagnon Egalitaire et ils peuvent varier légèrement selon les métiers, les interprétations individuelles et les traditions spécifiques au sein des multiples sociétés de compagnons, mais ils restent globalement cohérents avec les valeurs et les principes de ces communautés.

Nota bene : Toutes les photos illustrant cet article sont la propriété exclusive de leur auteur, le Pays NC.

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Le Compagnonnage Egalitaire

C’est la fraternité !

Dans la variété des Sociétés Compagnonniques connues, Le COMPAGNONNAGE EGALITAIRE est une association indépendante des Organisations classiques, qui regroupe des aspirants, des compagnons de mêmes affinités et qui se tient à l’écart des éventuels conflits ou rivalités qu’on observe souvent entre les diverses Associations.

LE COMPAGNONNAGE EGALITAIRE fonctionne en accueillant fraternellement des femmes et des hommes de tous métiers, de tous âges et de toutes origines mus par les mêmes valeurs. C’est en ce sens que la fraternité accueille et écoute. La bienveillance prônée par tous les Pays qui nous rejoignent font de notre mouvement une forme résolument moderne du Compagnonnage.

Le geste d’un ébéniste – Photo NC

Chez les COMPAGNONS EGALITAIRES, la valeur « Métier » est essentielle ; on parle de tous les métiers manuels d’artisans qui transforment la matière (Charpentiers, Menuisiers, Forgerons, Plâtriers, Peintres, Maçons, Tailleurs de Pierre, Cuisiniers, Bouchers-Charcutiers, Boulangers, Carrossiers, Coiffeurs, Maquilleurs, Chapeliers, Couturiers, Doreurs etc… etc… et tout cela également au féminin, car nous féminisons tous les noms de métiers biensûr) et qui sont accueillis en FRATERNITE ou SORORITE.

Pourtant, en ce XXIème siècle, il convient d’y ajouter les métiers de la CREATION NUMERIQUE, tant que ce « NUMERIQUE » reste un outil au service d’une CREATION HUMAINE, pensée, réfléchie, maîtrisée et conçue par un être humain avec l’aide, pour sa réalisation, du numérique tout comme les artisans qui utilisent des machines pour leur faciliter la tâche, gagner du temps ou réduire la pénibilité.

Jamais le numérique ou l’I.A., chez les ASPIRANTS & COMPAGNONS EGALITAIRES, ne devront se substituer à l’être humain pour créer, concevoir des oeuvres. Ce ne sont que des outils au service des créateurs.

Rassemblement des Egalitaires – Bordeaux 22 & 23 juin 2013 – Photo Pays NC

FRATERNITE :« Lien existant entre personnes considérées comme membres de la famille humaine ; sentiment profond de ce lien. Lien particulier établissant des rapports fraternels ». C’est la définition exclusive du dictionnaire, et il n’y est pas question de genre. Pourtant, l’évolution de notre société a voulu différencier, par le genre cette notion de solidarité humaine en y ajoutant le terme de SORORITE, dont le dictionnaire précise que « c’est la solidarité entre femmes (considérée comme spécifique) ».

Au Compagnonnage Egalitaire, les noms ASPIRANT & COMPAGNON restent invariables en genre, la différence étant marquée par la féminisation du nom de la Province de naissance (Parisien / Parisienne ou Provençal / Provençale) et également par celui du métier quand cela tombe sous le sens. (Coiffeur/Coiffeuse ; Doreur/Doreuse ; Couturier/Couturière)

Ainsi et par exemple, un homme sera reçu Provençal Compagnon Boulanger, tandis qu’une femme sera reçue Provençale Compagnon Boulangère.

Mon béret, ma canne et mes couleurs – Photo Pays NC