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Les Tailleurs de pierre

Restauration d’un arc sur une façade romane. Taille et pose de claveaux sur un vau.

Les vents d’hiver et les giboulées printanières sont depuis longtemps passés et oubliés. Dans cette saison tous les animaux trouvent seuls leur pâture. L’on voit les champs fleuris et dorés ; tout chante sur les terres les fruits grossissent et mûrissent sur les arbres et dans les vignes. En haut tout en haut un grand soleil d’or rayonne dans le ciel bleu. Plus bas les hirondelles vont et viennent portées par un vent léger chargé des senteurs dérobées à la lointaine Espagne.

Sous la lumière orangée de l’été qui harasse les terres et les hommes, paisible et serein, le sobre clocher verse ses heures. Plus bas encore l’écho des : pan, pan, pan ; pan, pan, pan ; pan, pan, pan ; renvoyé depuis les échafaudages élevés devant Saint-Paul émaille de sa brillance le calme de la campagne. Donnant la vie prenant la vie la nature répond à la saison. Tout plus bas cinq tailleurs-de-pierre Claudius, Colin, Victor, Garnau et Gervais aux pieds de leurs tasseaux sont à la tâche.

Cloître de l’Abbaye du Thoronet (Var)

Barthélémy est Angoumois. Son beau-père, dans une carrière, casse à la masse et perce à la barre, des pierres. Sa mère est blanchisseuse. Il marche bas du pied gauche ce qui lui vaut le surnom de Claudius. De l’équipe devant Saint-Paul il est le plus âgé. Angoulême La Bonne Volonté est son nom. Nicolas est breton, né d’un père chaussonnier. Toujours inquiet, attentif et secret ; il croit aux choses tues ; la vérité est cachée, les plus belles sources sont les plus profondes. Le chantier le surnomme Colin, son nom : Cogles La Loyauté. Victor est catalan. Son père est teinturier et sa mère corsetière à façon. Il parle mal de la force publique et des curés. Son goût va aux beaux hommes sous l’uniforme. Il est : Salses La Franchise. René est Angevin. Le parler angevin a transformé René de gar’né, en gar’no, pour finir en garnau. Depuis les architectes jusqu’aux clients tout le chantier lui sert du monsieur Garnau. René a prêté serment aux Compagnons Égalitaires Tailleurs-de-pierre de Bordeaux, il est reconnu par ses frères comme Saint-Mathurin La Sagesse. Gervais est bordelais. Son père est le garde-chasse du château de Malemort, sa mère y est cuisinière. De toute sa famille proche ou lointaine, Gervais est le seul qui ait un véritable et juste métier. Sa bonne étoile l’a conduit chez les Égaux. Des cinq tailleurs-de-pierre devant Saint-Paul il est le jeune. Son nom et son titre sont Cubzac-les-Ponts La Sincérité Compagnon Égalitaire Tailleur De Pierre.

Grand escalier d’honneur du Palais Rohan (Hôtel de Ville de Bordeaux). Le rampant de l’escalier est posé sur un départ de voûte. La pente du rampant, l’arrondi de la voûte rencontrent un arc en anse de panier au dessus d’une porte. La déformation ainsi provoquée donne ce tracé : chef d’oeuvre de stéréotomie.

Les polkas, laies et taillants frappent la pierre. De leurs ciseaux et gradines au grand air chaud les cinq frères taillent et façonnent abaques et modillons. La pierre est dure la vie est chère, la « pierruche » est partout, envahit tout. Le passe-partout va et vient, il brise les reins, maltraite les épaules. Les tailleurs-de-pierre tirent quand la pierre retient, se défend, crisse sous les dents de la scie, elle désigne l’agresseur, et de guerre lasse elle cède à l’acier qui la divise, puis, sans retenue elle s’incline et se couche.

Un million d’année qu’elle attendait celle-là pierre qui vient maintenant tranchée « ah ! Comme rien ne résiste à l’humain enragé. » Avec la journée qui s’avance l’eau tiédit dans la barrique, les outils s’alourdissent, et les bras s’amollissent. La charge est lourde, la corde est sèche aux mains cornées. Le moufle craque, les poulies tournent : à bras d’homme la pierre se hisse au-dessus des yeux attentifs. Depuis le temps de sa construction Saint-Paul n’avait plus vu d’aussi valeureux et vigoureux tailleurs-de-pierre ; l’ardeur de leurs cœurs éprouvés fait battre les massettes : pan, pan, pan ; pan, pan, pan ; pan, pan, pan conversent-elles : « Qu’il est enviable aux yeux accablés du vulgaire d’observer un semblable accord fraternel ! »

Petite base XVème siècle taillée en pierre de Lavoux

D’un appel, d’un signal de la main, Claudius appelle les tailleurs-de-pierre qui suspendent leur effort. Ils se tournent vers la barrique, tirent des profondeurs de l’eau qu’elle contient un lien noué à une bouteille de vin qu’ils y conservent au frais. La bouteille circule de main en main, chacun s’y désaltère ; ils regardent le chantier, soufflent un coup, et reprennent à dresser et tracer, à tailler et poser De leurs mains cornées ils taillent la pierre blanche et sonore. Le travail est leur bouclier, l’ami des hommes au cœur droit ; avec la dignité il leur rend la fierté. Et eux leur vie durant sur les tasseaux toujours la même pierre ils taillent.

Le tailleur-de-pierre est un juge, la taille est une inquisition, elle réclame un aveu, coûte que coûte, la pierre doit révéler ce qu’elle recèle à celui qui la scrute, comme le malfaiteur ouvre la porte close, il y entre par effraction. Il sait être violent ; il peut être dur comme le fer qu’il tient dans ses mains, pour tout écraser, pulvériser, broyer : il le sait, c’est pour cette raison il se donne des règles qui le défendent et le surveillent. Que cherche-t-il ? Il cherche à recréer la première rencontre de l’homme et de la pierre, cette recherche qui le pousse et l’engage : il est mélancolique d’un passé qu’il n’a pas connu.

Escalier sur Voûte sarrazine dans une tour ronde, Pierre de Frontenac marbrier

Alors il frappe, il frappe toujours il frappe et refrappe dans le vain espoir que la pierre lui réponde, or la pierre lui répond, et il ne sait l’entendre. Comme d’autres cherchant l’amour passent de lit en lit de bras en bras, le tailleur de pierre passe de pierre en pierre. Que préfère-t-il : tailler ou frapper ? Tailler bien sûr ! Cela dit avec le temps il ne sait plus si c’est tailler ou frapper. Tailler est un crime, la perte de l’innocence ; seule la pierre brute est une pierre parce qu’elle est vierge, comme le sable qui n’a jamais connu la main de l’homme. La pierre taillée n’est plus une pierre : c’est un oiseau en cage.

Frapper est un geste impuissant qui donne l’illusion d’effacer le monde, c’est le pouvoir du hasard, et le hasard n’a pas de volonté, et pas d’intelligence non plus. Comme ils aimeraient retrouver les temps d’avant cette première rencontre ; ils savent que c’est impossible, pourtant ils frappent. Et ceux-ci qui taillent frappent, et ceux-ci qui frappent taillent. D’un cœur unique ils cherchent l’écho au chœur de leurs massettes battantes, et les générations succèdent aux générations, elles se passent la main et frappent et taillent.

Est-ce pour cette raison qu’en quelque sorte ils taillent la pierre ? Peut-être, et puis ils sont là pour ça : c’est vrai qu’ils sont là pour ça. Le tailleur-de-pierre avance il a les mains calleuses, un col de bœuf, les intestins vides ; à chaux et à sable il bâtit des demeures et des tombeaux pour les vivants et les morts.

Et pan, pan, pan, et pan, pan, pan, et pan, pan, pan…

Ce serait plus simple de dire que c’est celui qui a le ciseau et la massette qui commande. A-t-il déjà entendu les anges se tordre de rire ? S’il veut les entendre, qu’il leur dise que c’est lui qui commande à la pierre Entre eux celui qui a donné à celui qui n’a pas chacun partage ce qu’il a ; qui la puissance d’une épaule, une facilité d’outil, une intelligence au compas. Avant de tailler il faut tracer, ils se passionnent pour la chose ; quand il faut quatre coups de compas, le mieux géomètre le fait en trois ; c’est le sujet d’un enjeu ! Voilà celui qui reçoit qui offre à boire, et celui-ci qui donne aussi ! Ceux-ci n’ont ni les mains ni fermées pour donner ni tendues pour recevoir. Ils mangent le pain qu’ils gagnent !

Chaque soirs ils étudient, puis s’endorment en espérant. Ils réveillent l’aurore et reprennent conscience que le métier est leur appui. En ce nouveau jour le courage et le talent viendront-ils à leur rencontre ? La pierre leur sera-t-elle conciliante ? Là sont leurs secrets tourments.

Pan, pan, pan ; pan, pan, pan ; pan, pan, pan …

Le tailleur-de-pierre sait d’où il part, par où il devra passer pour arriver là où il veut aller. La pierre c’est la pierre ! Peut-elle être autre chose ? Que les coups d’outils soient bons ou mauvais ils la transforment tout pareil. Deux sont perchés dans les échafaudages (squelettes grinçants battus par les vents et les eaux). Ils chevauchent boulins et entretoises, ils marchent sur les planchers de la carcasse de bois qui peut apporter la mort. Un est en bas qui prépare et qui hisse, qui répond et qui hèle. Deux sont aux billots, sur le coup d’outil ils taillent franc arêtes vives tores et nacelles. Ils taillent et taillent toujours et encore les compagnons. Pas de temps perdu, seul parfois le chant d’un oiseau virtuose les distrait à leur labeur.

L’acte de bâtir et l’air chaud les poussent à s’épargner les tourments ; ils mettent leurs mains dans les mains des ancêtres, et de l’œuvre de leurs mains à leur tour célèbrent la pierre et les bâtisseurs antiques. Les voilà rois de la terre ! Oliviers florissants qui se préparent pour le combat que le Devoir consacre.

Pan, pan, pan ; pan, pan, pan ; pan, pan, pan …

Claudius dit que le métier fait l’homme et que tu dois découvrir ce qui est enfoui au fond de toi, parce qu’au mieux tu te connais, au mieux tu es pierreux, et au mieux tu tailles la pierre. Alors ! s’il y a une chose enfouie dans le tailleur de pierres, pourquoi il n’y en a pas une dans la pierre, une chose qu’il faut découvrir, une chose cachée ? C’est trop compliqué, et trop fatigant, ça s’en contrefiche, la seule chose que ça sache, c’est que leurs outils connaissent la pierre mieux que tous les tailleurs de pierre. Si la pierre doit être taillée, c’est vers là qu’elle va, où est la différence entre le vent la pluie et le tailleur de pierre ? La différence est le cœur du tailleur-de-pierre qui est descendu jusque dans ses mains et qui bat dedans la pierre taillée.

Les tailleurs de pierre, gravure du XIX ème siècle

Ça ne sait pas si du bas de l’échafaudage aux pieds des tasseaux ça peut donner du sens aux choses ; ça serait bien étonnant de comprendre ce que ça voit. Est-ce que les choses n’ont pas de sens ? Est-ce que ce que ça dit n’a pas de sens ? Les blessures et les plaies les accidents et les drames le corps mutilé estropié, et le tailleur-de-pierre infirme les voit-on jamais dans les monuments ? Est-ce que ça n’a pas de sens ? Ah le sens ! Mais c’est la soumission, le sens, ce n’est pas un cadeau. C’est terrible, le tailleur-de-pierre doit se soumettre. Oui c’est terrible !

Une pierre c’est comme un oignon tu sais quand tu commences à l’éplucher, et tu ne sais pas quand t’arrêter. Tu retires les feuilles et tu continues une à une, ça fait pleurer, comme de tailler la pierre, c’est le cœur tendre que tu cherches, blanc, secret, parfumé, quand tu y parviens tu t’aperçois que l’oignon est gâché, dénaturé. Une pierre c’est pareil, tu tailles, tu retailles, et tu t’aperçois que tu n’as plus de pierre, il n’en reste plus que des éclats. Même si le gravier est une étape sur son chemin pour devenir poussière, il faut savoir s’arrêter de tailler : le plus terrible c’est le dernier coup d’outil. Mais les oignons tu peux en replanter ! C’est l’heure ! Ils laissent là ces entretiens qu’ils tenaient en eux-mêmes et avec leurs pierres discussions qui sont des souffrances sans réponse.

Ils iront s’asseoir à l’ombre des platanes de l’esplanade, Victor sifflera les beaux militaires, et ils porteront des santés à la pierre, aux chantiers, et aux Égalitaires tailleurs-de-pierre.

Portail et fronton en arrondi (Entrée des Jardins de l’Evêché – Blois 41)

En haut tout en haut le soleil décline, le jour vieillit. Plus bas les hirondelles excitées harcèlent l’insecte allant et venant dans le vent léger qui porte l’angélus égrené au clocher de Saint-Paul.

Encore plus bas les : pan, pan, pan se sont tus. Tout plus bas les tailleurs-de-pierre remisent les outils. Le passe-partout se tait, accordant à la pierre le répit de la nuit. Les cinq frères lancent un dernier regard sur le chantier ; ils referment après eux la palissade, et d’un pas ferme ils partent du chantier.

Au loin les pierres des murs font toujours écho aux pan, pan, pan soutenus par le souffle du vent qui raconte encore les propos d’un après-midi d’été sous le soleil charentais.

Le dessous du perron supérieur du grand escalier du Palais Rohan (Hôtel de ville de Bordeaux) appareillé en soleil sur un départ de voûte. Ce grand escalier est un chef d’oeuvre de stéréotomie.

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Les Maçons Constructeurs

Au delà de tout, dans le métier de maçon constructeur, il existe une perception du monde, une façon particulière d’approcher de la vie. Il adhère à une communauté d’efforts et de sueurs, en donnant forme à soi-même et au territoire par l’économie des moyens. Dire à soi-même et au territoire est pléonastique, car le maçon et son territoire sont une même chose, il est un territoire : l’Homme de pays.

Tel qu’il se voit dans cette démonstration : c’est un métier de curieux qui veut voir ce qu’il y a de l’autre côté du mur qu’il construit. Un trou, une entaille, une brèche … voilà qu’il invente l’ouverture, sans mots savants, sans s’égarer dans des pensées abstraites. Artisan de paix, lorsqu’il construit, le territoire est paisible et dans l’abondance ; tout pousse, tout fleuri, tout mûrit, tout s’épouse, et tout se multiplie.

Comme la guerre survient, le constructeur  s’esconde, son ennemi est le guerrier qui n’a d’autre obsession que de détruire ce que construit le maçon ; c’est ainsi qu’il tire son bénéfice dans la contemplation de ce qu’il détruit, abat, écrase. Le guerrier se retire-t-il … laissant là sa cache aussitôt la fièvre de construire reprend le maçon.

Ainsi le guerrier arrive ; le maçon se cache ; le guerrier détruit ; le guerrier se retire ; le maçon réapparaît ; le maçon reconstruit ; le guerrier revient ; le maçon retourne à sa cache : c’est une partie de cache-cache commencée d’avant Khéops sans jamais en être las. L’homme qui s’obstine finit mal, lit-on. Dans le cas du maçon constructeur c’est  l’esprit qui ne faiblit pas.

Car si le guerrier pouvait tuer tous les maçons, la race ne s’éteindrait pas pour autant. Des générations se lèveraient qui n’auraient pas reçu de leurs aînés l’art de construire, qu’importe. Le territoire le leur réinventerait ; la matière et les éléments s’imposeraient.

La ruine succède à la guerre, elle annonce qu’après elle un monde nouveau renaitra. « Sursum corda »

Avec son corps qu’il bâtit ; quand il est debout, il se baisse, puis il se relève et se courbe, encore il s’incline, fléchit et se penche. Est-il à genoux, qu’après il se tend. Il soulève, il pousse et tire ; il porte, charge, et pose. Il se lance à l’assaut des échafaudages, là où balleraient aux vents étendards et bannières … voilà qu’il se hisse.

Elle est chargée, trop chargée, la boursoule. Il s’arc-boute … et il pousse. Avec mesure, avec violence il se sert d’un bras … de l’autre, des deux il œuvre la matière simple. Naturel, indigène, paysan, païen,  conservateur, traditionnel ; aussi natif, naïf, vernaculaire : patiente et persévérante mémoire du geste qui construit. La nature le guide. Tout est lié ; c’est la longueur des bois qui dit le métier. Ses maisons ont l’accent de la terre qui porte et qui nourrit, il possède une nature et une histoire, l’une de naissance, l’autre de culture.

Il a inventé le mortier, l’intercesseur, le médiateur. Au centre le combat d’entre le dessus et le dessous prend fin sous la truelle qui prolonge la main du Père Adam. Il bâtit à sable et à chaux ; le mortier le fait comme lui fait le mortier. Le mortier c’est la terre, c’est le sable, la chaux ; encore le territoire.

Il voyage de territoire en territoire ; en défendant le territoire qu’il voyage il se défend lui-même. Voici qu’il s’agit d’être utile au plus grand nombre. Pas de temps à perdre, ce ne sont ni Dieux ni Rois qu’il faut servir. Aussitôt la pierre prise,  aussitôt rectifiée,  aussitôt posée. Il n’y a pas de mauvaises pierres, que de bonnes pierres posées aux mauvaises. Dans le mur, toutes les pierres trouvent leurs places. Quand le maçon veut innover, qu’il regarde ailleurs, qu’il a du mal à se décider, c’est qu’il n’est plus lui-même, il est devenu un autre.

A présent qui veut être maçon ?

Les illustrations sont extraites de l’Encyclopédie du XVIII ème Siècle de Diderot & d’Alembert.

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Le Tour de France

La conduite du Pays Serge Canet, au départ de Genève, en 1972.

Chacun trouve dans le Tour de France un sens de mise en mouvement ; de déplacement ; d’évasion ; de découverte, voire d’agitation, et de perturbation.

Cette mise en mouvement chasse les « habitudes » elle commence longtemps avant le jour du départ, parce que ce voyage nécessite que l’on mette une grande quantité d’énergie morale au service de son organisation.

Partir sur le Tour de France est synonyme de mise en mouvement du corps, et, lorsque tout se passe bien, il y a aussi mise en déplacement de l’esprit. Quoique pour les choses de l’esprit l’on accorde une moins grande préparation, sinon d’affûter sa curiosité, être sûr de ne rien « rater » et que de là où l’on se rend, voir ce qu’il faut y voir.

Voyager, aller voir ailleurs, et de cet ailleurs vérifier si le monde est différent ; contempler le ciel, le soleil et la lune et aussi les étoiles depuis d’autres cieux. Y être surpris à la découverte d’autres pratiques, d’autres usages et d’autres traditions ; partir à la conquête de l’inconnu, voir se changer les nuits en aubes, les soirs en matins depuis cet inconnu, loin de son monde, petit ou grand, proche ou lointain, car suivant les circonstances, traverser la rue est un voyage qui conduit à un ailleurs bien réel que l’on ne soupçonne pas.

Parce que le monde serait très  différent ailleurs, et sans doute meilleur aussi. La bonne fortune de l’Aspirant est de partir par vocation.

« Me voici, c’est moi l’Aspirant qui vient à vous et repartira ; qui vous laissera agités comme la mare traversée par l’insecte qui sautille sur l’eau avant que les choses reprennent leurs temps et leurs rythmes ».

De quelles contrées est-ce que l’Aspirant veut être le voyageur ? Est-ce qu’il tournera au tour de la Terre, comme la manne au tour d’un lampadaire ? Confondant le déplacement et le voyage ?

C’est tellement flatteur l’étranger !

Mais pour autant l’Aspirant sera-t-il consommateur de Cayennes ou de Chambres ? L’Aspirant sera voyagé, dès lors que choisira-t-il, devenir touriste ou voyageur ?

Le Tour de France est vraisemblablement la plus intelligente des ruses.

Il est un faiseur de métamorphoses, du  sédentaire en voyageur ; de l’Aspirant en Compagnon, et peut-être, un peu plus encore.

Il y a une pleine identité entre voyager la France, et être voyagé par la France ; il y a une pleine identité entre l’Aspirant voyageur et l’Aspirant voyagé. Et dans le même temps : transformation totale ; l’Aspirant était le même, et pourtant, il est devenu un autre.

Pour que la transformation se fasse ; il faut que l’acte précède l’esprit, et participe de la transformation, comme en toutes choses importantes, la pratique précède la théorie.

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Le Devoir

Par le Pays Serge CANET

Le Devoir est à la fois un contenant et un contenu.

Il est la protection tutélaire, le centre de gravité, il  définit, au centre et au cœur la vérité des compagnonnages : les communautés de métiers évoluant autour de lui.

Dans cette façon de comprendre et de concevoir les choses, le Devoir ne connaît que le Bien ou le Mal, être avec Lui, ou contre Lui.

Au-delà des rites, des rituels, des constitutions, statuts et autres règlements, qui ne sont que la matérialité du Devoir, et n’ont d’autre objectif que de le renforcer, le Devoir ne se négocie pas, il est observance, et discipline.

D’où la sublime maxime des Égalitaires réunis en Assemblée :

« Ce n’est pas le Devoir qui nous garde, mon Pays, c’est nous qui gardons le Devoir »

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Le Compagnonnage Egalitaire

Compteur de visites

C’est la fraternité !

Dans la variété des Sociétés Compagnonniques connues, Le COMPAGNONNAGE EGALITAIRE est une association indépendante des Organisations classiques, qui regroupe des aspirants, des compagnons de mêmes affinités et qui se tient à l’écart des éventuels conflits ou rivalités qu’on observe souvent entre les diverses Associations.

LE COMPAGNONNAGE EGALITAIRE fonctionne en accueillant fraternellement des femmes et des hommes de tous métiers, de tous âges et de toutes origines mus par les mêmes valeurs. C’est en ce sens que la fraternité accueille et écoute. La bienveillance prônée par tous les Pays qui nous rejoignent font de notre mouvement une forme résolument moderne du Compagnonnage.

Chez les COMPAGNONS EGALITAIRES, la valeur « Métier » est essentielle ; on parle de tous les métiers manuels d’artisans qui transforment la matière (Charpentiers, Menuisiers, Forgerons, Plâtriers, Peintres, Maçons, Tailleurs de Pierre, Cuisiniers, Bouchers-Charcutiers, Boulangers, Carrossiers, Coiffeurs, Maquilleurs, Chapeliers, Couturiers, Doreurs etc… etc… et tout cela également au féminin, car nous féminisons tous les noms de métiers biensûr) et qui sont accueillis en FRATERNITE ou SORORITE.

Pourtant, en ce XXIème siècle, il convient d’y ajouter les métiers de la CREATION NUMERIQUE, tant que ce « NUMERIQUE » reste un outil au service d’une CREATION HUMAINE, pensée, réfléchie, maîtrisée et conçue par un être humain avec l’aide, pour sa réalisation, du numérique tout comme les artisans qui utilisent des machines pour leur faciliter la tâche, gagner du temps ou réduire la pénibilité.

Jamais le numérique ou l’I.A., chez les ASPIRANTS & COMPAGNONS EGALITAIRES, ne devront se substituer à l’être humain pour créer, concevoir des oeuvres. Ce ne sont que des outils au service des créateurs.

FRATERNITE :« Lien existant entre personnes considérées comme membres de la famille humaine ; sentiment profond de ce lien. Lien particulier établissant des rapports fraternels ». C’est la définition exclusive du dictionnaire, et il n’y est pas question de genre. Pourtant, l’évolution de notre société a voulu différencier, par le genre cette notion de solidarité humaine en y ajoutant le terme de SORORITE, dont le dictionnaire précise que « c’est la solidarité entre femmes (considérée comme spécifique) ».

Au Compagnonnage Egalitaire, les noms ASPIRANT & COMPAGNON restent invariables en genre, la différence étant marquée par la féminisation du nom de la Province de naissance (Parisien / Parisienne ou Provençal / Provençale) et également par celui du métier quand cela tombe sous le sens. (Coiffeur/Coiffeuse ; Doreur/Doreuse ; Couturier/Couturière)

Ainsi et par exemple, un homme sera reçu Provençal Compagnon Boulanger, tandis qu’une femme sera reçue Provençale Compagnon Boulangère.

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Compagnon : « Cum Panis » qui partage le pain

Le Compagnon, c’est celui qui accompagne, parce que, par définition l’on ne peut être compagnon seul.

C’est-à-dire celui qui partage en égal, en frère ou en soeur, par un élan du coeur. Le Compagnon, c’est celui ou celle qui prend en compte l’autre dans tous les cas, l’on est toujours le compagnon d’un autre.

Pour les EGALITAIRES c’est la seule définition acceptable du nom de Compagnon.

TRADITION DES EGALITAIRES :

« La tradition dans les grandes choses, ce n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en aurait fait de toutes autres en d’autres temps « 

Paul Valéry

Outre ces combats menés pour recouvrer leur liberté, les Compagnons sont inscrits dans l’histoire parce qu’ils ont compté dans leurs rangs, un grand nombre de chef-d’oeuvriers exceptionnels qui ont marqué leur époque. Ils le sont aussi parce qu’ils véhiculent une tradition universelle qui arrive directement et sans interruption du temps où les métiers se sont formés.

La tradition, c’est l’acte de livrer, de dire dans une relation au travers du temps, parce que tout ce que l’on sait se fait par une communication de générations en générations. C’est le lien du Présent avec le Passé, le lien du présent avec l’avenir.

En l’occurence, elle est la reconnaissance de l’effort produit, elle reconnait la morale et le talent d’un Compagnon suivant des critères définis par les EGALITAIRES.

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Trois fondateurs légendaires :

Le terme « compagnonnage » fait son entrée dans la langue française en 1719 pour désigner la durée de l’apprentissage (Apprentissage et Perfectionnement) qu’un homme de l’art doit effectuer auprès d’un maître artisan pour devenir Compagnon.

Les légendes des Compagnonnages font toutes référence aux trois fondateurs légendaires :

Le Roi Salomon, engagea Maître Jacques, Tailleur de Pierre, (celui-ci aurait été assassiné à la Sainte-Baume) et le Père Soubise, Maître-Charpentier afin d’organiser la construction d’un Temple Royal à Jérusalem. et travailler ensemble et de façon complémentaire, chacun dans sa compétence.

Cet événement est censé avoir vu naître l’ordre des compagnons, bien que les textes bibliques n’en fassent pas mention. Pourtant le temple de Salomon, existe bien à Jérusalem, et il est même décrit dans la Bible.

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Les origines historiques, du Compagnonnage Egalitaire

Lors du renouveau des cités, les métiers furent organisés en corporations. Cette organisation était divisée en trois conditions qui étaientcelles des apprentis, des valets (qui prirent plus tard le nom de compagnons) et des maîtres.
Au cours du XIIIe siècle, l’organisation des métiers en corporations dirigées par les seuls maîtres, provoqua une réaction des valets pour lesquels l’accession à la maîtrise devenait pratiquement impossible.

Dès lors l’appropriation des corporations par les maîtres, des Compagnonnages de métiers c’est-à-dire : des groupements jusqu’à lors inconnus qui affiliaient exclusivement des Compagnons (sans apprenti ni maître), se constituèrent et organisèrent pour les 1nétiers qui les concernaient la défense et la solidarité ouvrière. Ces compagnonnages initièrent le mouvement ouvrier français. Au milieu du XIVe siècle, la liberté du travail n’eut plus cours à Paris. Rapidement cette réglementation fut appliquée à la France. Les Compagnons, qui désiraient demeurer libres de leur activité, n’eurent pour d’autre choix que de fuir Paris pour la province et les lieux de franchise .

En 1714, le Tiers-état demanda la liberté du travail contre les monopoles que s’accordaient les corporations. Elles seront abolies en 1776, et rétablies la même année ! Il faudra attendre 1789 pour que l’Assemblée Nationale proclame la liberté du travail. Ce fut ce combat, mené pour la liberté de circuler, la liberté de travailler et, la liberté d’entreprendre qui généra les Compagnonnages dont les Egalitaires se déclarent être aujourd’hui les héritiers.
Mais Compagnonnages et Compagnons vivaient une histoire parallèle à l’histoire sociale .


Du XIIIe siècle à la première révolution française, les Compagnonnages avaient assimilés des traditions qui leurs étaient antérieures et qui venaient fortifier leur identité. Les récits bibliques qui relatent les circonstances et les faits de la construction du temple de Jérusalem générèrent des légendes qui dès l’origine inspirèrent ces coalitions compagnonales. Les Compagnonnages anciens qui étaient corporatistes se divisaient en trois groupements qui se dénommaient :

Compagnons De Liberté, Enfants Du Roi Salomon


Compagnons Passants Du Devoir, Enfants de Maître Jacques


Compagnons Passants Bons-Drilles, Enfants de Soubise.


Le Roi Salomon, Maître-Jacques et Soubise sont depuis, reconnus Fondateurs légendaires exclusifs de ces groupements.

En 1889 les Anciens Compagnons Des Devoirs, réunis en assemblée firent l’Union Compagnonnique Des Devoirs Unis.

Ils abolissaient le corporatisme, les préséances et, constituèrent une société de secours mutuel.

Le 22 juin 1996, des Compagnons issus de l’Union Compagnonnique et de la Seconde Ere Nouvelle de 1978 ont constitué le Compagnonnage Egalitaire que l’on connaît aujourd’hui et qui a fait :

  • La Réception des femmes.
  • La mixité.
  • L’abolition du corporatisme.
  • La suppression de la limite d’âge.
  • La reconnaissance à rang égal de tous les métiers manuels.

Le Compagnonnage Egalitaire est un groupement de femmes et d’ hommes de métiers qui ensemble, généreusement et joyeusement, vivent leur siècle.
Les Egalitaires communiquent toujours leurs légendes, ils pratiquent le Tour-de-France, sans pour autant que ce soit une obligation rédhibitoire.

Ils produisent une« Pièce d’Adoption » qu’ils présentent lors de leur admission en qualité d’Aspirant et reçoivent le titre de Compagnon Egalitaire après avoir présenté une « Pièce de Réception » au cours de cérémonies dont les contenus sont demeurés traditionnels.

L’AMOUR FRATERNEL

Par le PAYS SERGE CANET

« C’est une obsession, de génération en génération il est toujours présent ; comme pour toutes ces affirmations qui se veulent définitives, il ne se dit jamais en quelles circonstances l’on doit s’y référer, ce qui permet de le faire apparaître à tout propos.

Tous les débats sont placés sous la protection tutélaire des trois fondateurs légendaires du compagnonnage. Sur un lambrequin est écrit : « Amour Fraternel » parfois renforcé par une balance.

Dès lors l’amour fraternel doit être considéré comme un réunificateur, un modérateur permanent ; chaque fois que les compagnons se réunissent, toute parole, tout geste, doit être modéré à l’aune de l’amour que se portent entr’eux des Pays transportés par la même loi, qui, sans cette empathie, ne recouvrerait pas la réalité de leur fraternité.

Ainsi le Devoir des Égalitaires transforme en amour fraternel l’ambition des Compagnons. »