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Le billet du Soutien de l’Union

Un groupe d’égalitaires, en 1980, à La Rochefoucault (16). Debout, à droite, Le Pays Serge Canet avec cinq aspirants et accroupis, six prétendants.

VOILÀ UNE HISTOIRE, C’EST CELLE DES EGALITAIRES !

Un Compagnon de ma génération affidé à un compagnonnage officiel ne peut pas la dire, ni la raconter. Il le pourrait si, comme je l’ai fait, il s’était extrait de ce compagnonnage officiel. Compagnonnage officiel qui dans cette période, reproduisait avec succès c’est vrai, les mêmes choses, les mêmes caricatures, en peu de mots, il préparait les personnes pour qu’elles fussent conformes à un modèle idéalisé.

Depuis le début du siècle les Compagnons et les Aspirants, enfermés dans leur clôture, écoutaient ce qui leur était dit, avec le petit doigt posé sur la couture du pantalon, comme dans un régiment. On nous racontait une histoire à laquelle il fallait croire, au risque d’être moqué, marginalisé, voire refoulé. C’était la méthode choisie pour créer un esprit de corps et maintenir la cohésion du groupe. Méthode qui correspondait, encore pour un temps, à une génération et à un contexte.

Même une communauté religieuse qui est au désert reste adossée au monde ; elle résonne du monde, elle vibre au monde. Mais voilà les Compagnons ont souvent cru, et parfois propagé l’idée qu’ils étaient d’un monde à part : ils le croyaient sincèrement. Il ne faut donc pas s’étonner que les écrits des Compagnons aient relayé si souvent la même chose : le travail, le métier, le voyage ; le voyage, le métier le travail, comme un socle, et peut-être aussi comme un alibi. C’est que ça rencontrait peu de personnes différentes ; ça marinait dans son propre jus ; se reproduisait dans l’entre-soi, sans faire le pas de côté salvateur. La règle, la tradition et d’autres justifications disaient :

« On ne sait pas faire », ce qui pouvait aussi signifier :

« On ne veut pas faire. »

Parce que pour faire il eut fallu travailler sur l’entièreté du sujet, ce qui aurait pu être schismatique, avec ce genre de propos : « Les Compagnons n’accepteront jamais ! » Ils n’accepteront pas quoi ? Aucune réponse ne venait répondre à cette question. La nécessité de faire un pas de côté pour voir ce que l’épaule du Compagnon qui précédait sur le rang pouvait cacher n’apparaissait pas toujours.

La méthode avait la prétention de prendre en compte, et sans doute de solutionner, tous les aspects de la vie de l’ouvrier en devenir d’être Compagnon. Or, ce n’était pas en côtoyant seulement des personnes, certes égales entre elles, qui n’avaient jamais, du fait de l’enfermement, vécu de choses différentes, et qui souvent ni ne cherchaient, ni ne souhaitaient connaître ce qui se vivait dans cet ailleurs imaginé, qu’était le monde, et que cela pouvait évoluer.

Ce fut aussi ce que pouvait laisser penser, vu de l’extérieur, que le compagnonnage fonctionnait comme une forme de secte : un monde fermé, avec ses usages, son vocabulaire, et cette pratique de ne pas se nommer par son prénom, ni son nom, mais par le nom de sa province de naissance. Ce qui pouvait donner le sentiment d’une appropriation des personnes par le groupe. Le résultat fut tel qu’au début des années soixante-dix, la méthode, qui avait été efficace, ne l’était plus autant ; elle était contestée : au sens propre on changeait de population. Était-ce mieux ou pas ? Chacun en conscience y répondra.

Dans ce contexte, cela avait nourri dans des compagnonnages devenus inadaptés pour ma génération : le refus, la contestation, la séparation, parfois appelée scission. Et pourtant, pour la scission, il y aurait eu à redire. On ne voyait pas clairement où elle se situait. Les séparatistes, parce que nous sommes des « frères séparés », ne remettaient en question que l’organisation — parfois lourde — née de l’Après-guerre, ou héritée de l’Entre-deux-guerres, voire du XIXe siècle. Nous voulions « le pas de côté ». Un compagnonnage « hors les murs ». Pour le restant des usages, on ne pouvait pas voir là de rupture profonde ; c’était même parfois le contraire. Mais les sources ne pouvaient être dans certaines formes prises par l’Association Ouvrière, la Fédération Compagnonnique, ou dans certains archaïsmes de l’Union Compagnonnique ; il y aurait eu un risque à copier des modèles devenus inadaptés.

Notre séparation, pour l’essentiel, allait vers une clarification et une simplification des choses. Et dans cette simplification, outre l’abolition des corporations et l’égalité entre les métiers, déjà acquises par l’Union Compagnonnique, il y avait l’égalité entre les Compagnons et les Aspirants, pour que ceux-ci fussent électeurs et donc éligibles à toutes les fonctions. Puis vint l’égalité entre femmes et hommes de métiers. Dès les tous débuts elle fut inscrite à tous les ordres du jour : elle était devenue une obsession. Quelques années auparavant, dès 1973, un Compagnon de l’Union Compagnonnique de la Cayenne de Surgères, je veux citer le Pays Yves Derval « Aunis L’Ami-Des-Arts » qui avait été reçu par la Cayenne de Brive quand il faisait son Tour de France, avait lancé un nouveau compagnonnage dénommé :

« Les Compagnons Œuvriers Du Tour De France. »

Ce compagnonnage avait pour particularité de recevoir des femmes exerçant les métiers manuels. Il intégrait seulement des détenteurs du titre de Meilleur Ouvrier de France, ce qui n’était pas seulement sélectif comme le compagnonnage l’était, mais élitiste. Et bien le seul commentaire sur cette création, fait par le Président Général de l’Union de cette période fut de dire : « Le Pays Derval est un intellectuel, les Compagnons ne le sont pas » Fermez le ban. Quand on sait que le Pays Yves Derval détenait trois titres de Meilleur Ouvrier de France dont : Peintre-en-bâtiments ; Peintre-en-décors, et Laqueur d’Art, la sortie du Président Général était pour le moins particulière, et disait ce qu’il pensait des Compagnons. La difficulté fut de recenser les femmes qui exerçaient des métiers manuels œuvrant et transformant la matière. Il faut le reconnaître que ce ne fut pas une chose simple.

La volonté ayant été là, cela prit un plus long temps pour aboutir à la Réception de la première femme : « Bordelaise Cœur-Joyeux » qui exerçait le métier de tailleur-de pierres. Aujourd’hui il faut le dire, nos regards se portent vers ces masses d’ouvriers et d’artisans, pas tous français ni d’origine ni de culture qui exercent et vivent des métiers manuels qui transforment et mettent en œuvre la matière. Il faut le dire tous les compagnonnages sont plutôt mauvais pour répondre à cette situation à laquelle ils sont, une fois encore inadaptés. Quel échec si le compagnonnage ne pouvait pas répondre, par une organisation ou une autre à ce défi, parce qu’il s’’agirait bien de cela ; un échec. Pourrait-on rechercher dans les rites d’autres signaux que ceux hérités de huit siècles d’histoire.

« La véritable tradition n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de toutes autres en d’autres temps. » 

Paul Valéry-Regards sur le monde actuel- 1931

Vive le Compagnonnage !

Vive les Compagnons !

Vive les Égalitaires !

Une réponse sur « Le billet du Soutien de l’Union »

Le Compagnonnage , le travail , le métier , le voyage , mais aussi les déceptions , les trahisons et les échecs . Rien n’est hasard , les rencontres qui entrent dans ta vie , ceux qui en sortent , chaque moments t’apprends quelque chose , chaque leçon te rapproche de ta raison d’être . la vie dans le compagnonnage est pleine de leçons , de joie , de bonheur , de peine , de réussite , d’échecs , de perte , de victoire . Les sociétaires , les aspirants tous ces hommes et femmes de métiers , n’ont pas toujours besoin de conseils , parfois ils ont juste besoin d’une main à tenir , d’un oreille pour les écouter et d’un coeur pour les comprendre . Quant le coeur n’y est pas les mains ne sont pas habiles , ce n’est pas la main mais le coeur qui donne .

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