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Que pensaient les Anciens …

Illustration produite par Guépin B.L. qui attire votre attention : Saint-Paul à l’air de s’amuser à cause de trois apôtres dissimulés dans l’auditoire, deux avec des tablettes électroniques et le troisième avec des lunettes… petite note d’humour, évidemment, pour rendre hommage à Sempé.

Que pensaient les Grecs, les Romains et les premiers Chrétiens au sujet des travailleurs manuels ?

Les Grecs et les Romains eurent pour le travail une profonde horreur, à laquelle ils donnèrent habilement la forme d’un profond mépris.

« Tous ceux qui vivent d’un travail mercenaire font un métier dégradant, disait le bon Cicéron. Jamais un sentiment noble ne peut naître dans une boutique. »

Sénèque va plus loin :

« L’invention des arts appartient aux plus vils esclaves. La sagesse habite des régions plus hautes : elle ne forme pas ses mains au travail. »

Telles étaient les doctrines des plus grands penseurs ; tout un peuple y applaudissait… et voilà ce qu’il s’agissait de détruire.

Que pensaient les premiers Chrétiens à propos des travailleurs manuels ?

« … Saint Paul … protesta par ses actes autant que par ses paroles contre les excès de cette paresse.

Lorsqu’il vint habiter chez le corroyeur Aquilas … il travailla de ses propres mains au métier de son hôte et prit part avec lui à la fabrication des tentes pour l’armée romaine.

Il écrivit aux Corinthiens V :

« Nous travaillons de nos mains.

LABORAMUS, OPERANTES MANIBUS NOSTRIS. »

Les prêtres mêmes et les évêques des premiers siècles apprenaient d’ordinaire un de ces métiers que l’orgueil romain abandonnait aux esclaves.

Dans les Constitutions apostoliques, page 67, est un texte attribué à saint Clément :

« Travaillez à votre état en toute sainteté, afin de pouvoir secourir vos frères malheureux et de ne pas être à charge à l’Église.

Nous-mêmes, qui prêchons la parole évangélique, nous ne négligeons pas les travaux d’un autre ordre ; parmi nous, les uns sont pêcheurs, les autres artisans, d’autres enfin agriculteurs.

Jamais nous ne restons oisifs. »

Ce que saint Ignace et saint Justin reproduisent en d’autres termes :

« Quand nous avons peur d’être considérés comme des misérables dénués de toute ressource, parce que nous travaillons de nos mains, nous éprouvons une mauvaise honte, et cette honte est un vice. »

Le quatrième concile de Carthage (Chapitre IV. Article. LI, LII, III.) décrète solennellement :

« Qu’il était bon que tout clerc gagnât son pain à l’aide d’un métier ou en cultivant la terre. Tous les clercs qui sont assez forts pour travailler doivent non-seulement apprendre les belles-lettres, mais encore un métier. »

Chapitre IV. Concile de Carthage. Article. LI, LII, III.

Source :

Léon Gautier, Histoire des corporations ouvrières.

Pages  21, 22, 23, 24, 25. Bibliothèque à 25 centimes.

Paris. Librairie de la Société Bibliographique, 35, rue de Grenelle. 1877.

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