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Angers, 1758, une bataille rangée entre Compagnons

Episode, mentionné dans l’historiographie du compagnonnage, d’une grande bataille, qui eut lieu à Angers en 1758, où des gavots s’allièrent aux tanneurs contre d’autres compagnons. Bilan : 7 tués 17 blessés graves et 40 blessés légers !

II arriva que la veille d’une fête de la Vierge, un compagnon serrurier allant chercher chez un tailleur un habit, fut rencontré par les gavots qui lui prirent et le frappèrent.

II s’en fut chez la mère des compagnons se plaindre. Au même instant un certain nombre de compagnons s’en furent chez la mère des gavots redemander les effets. Ils ne leur furent rendus qu’avec de mauvais propos de part et d’autre.

Aussi depuis ce jour lorsqu’on se rencontrait c’était toujours à se chamailler.

Enfin il fut décidé, un jour, pour une bataille rangée qui fut commandée pour la Saint-Barthélemy.

Ces compagnons n’étaient pas les plus puissants.  Attendu que les cordonniers et autres états étaient soit pays ou amis des gavots, ils s’étaient réunis ne sachant point la coquinerie qui avait été faite.

Nous écrivîmes à plusieurs petits endroits des environs.  Particulièrement à un petit village nommé Saint-Georges, où il y avait environs de trente-sept compagnons charpentiers qui ne voulurent rien promettre, mais qui firent malheureusement trop pour les pauvres et malheureux garçons cordonniers et ceux qui les suivirent.

Nous ne comptions entre nous, compagnons que cinq cents et de leur côté ils passaient sept cent cinquante !

Le jour arrivé nous fîmes trois rangs.

Les premiers étaient les plus grands hommes, la canne à la main, dont un Rennais compagnon vitrier qui commandait, ayant été sergent de grenadier.

Le second rang était chargé de pierres et de cailloux dont j’étais le troisième commandant.

Le troisième rang était pour ramasser les cannes et les chapeaux et se porter où était le parti le plus faible.

Lorsque nous vîmes arriver cette multitude nous nous crûmes perdus mais nous avions espoir en notre valeur et notre bonne cause.

Toute la bourgeoisie s’était mise sur les armes mais n’osait pas avancer et restait neutre.

Le signal étant donné les premiers garçons cordonniers et autres demandèrent une explication et savoir pourquoi ils s’allaient battre.

Ils firent signe d’un pourparlers et tous nous autres neuf chefs des bandes de nous approcher.

L’on leur donna la satisfaction d’une explication.

Le premier cordonnier et autres retournant à leur rang se mirent à dire :

« Que ceux qui veulent se battre agissent pour nous, ce sont les gavots qui ont tort, nous nous retirons ! « 

Une très grande partie les suivit.

Cent trente-trois compagnons charpentiers, sur lesquels nous n’avions pas compté, et qui s’étaient postés clandestinement derrière une haie, crurent que c’était la défaite et que les autres s’enfuyaient, avec des bâtons et à trois quarts donnèrent dessus tous ces misérables.

II y en eut sept de tués et dix-sept blessés dangereusement et aux environs de quarante de blessés plus légers.

Je manquais d’être tué par un fort gavot mais je réparais et lui donnais ce qu’il avait pensé me faire. Il tomba à la renverse.

C’était un de leur commandant nommé Flamand la Gambille homme fort et puissant.

Les chefs, nous fûmes décrétés de prise de corps et nous enfuîmes bien une soixantaine et passâmes une espèce de bac sur la Maine où nous coupâmes le câble car nous avions passé malgré les mariniers et que les gardes de la maréchaussée étaient après nous.

Journal de ma vie – Jacques-Louis Ménétra dit Parisien le Bienvenu compagnon vitrier au XVIIIᵉ siècle.

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