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Binioux et Explosifs !

Photo générée par IA – Guépin – 2026

La cayenne de Fougères comptait des artisans d’élite, des syndicalistes, mais jamais aucun artiste.

Des hommes pleins la main, ouvriers instruits, et pétris de convictions, sans entregent de quelque sorte que ce fût, la composaient. S’ils s’engageaient, il n’y avait pas pour autant d’édiles municipaux de premier plan. Il y en avait, à vrai dire, peu qui étaient fortement marqués par des positions politiques radicales, ils n’avaient aucune influence sur le cours de la cayenne. Les Compagnons de Fougères étaient partagés entre une gauche et une droite républicaine, modérée, et surtout ouvrière. Ils ne cherchaient pas à renverser l’ordre établi pour le remplacer par celui qui leur était propre. D’aucuns, toujours minoritaires, se parfumaient d’être libertaires ; en réalité, loin d’être libertaires, ils voulaient simplement obtenir la justice sociale.

De 1999 à 2004, un Compagnon de Fougères avait risqué sa vie comme prisonnier politique dans les prisons française. Perdu de vue depuis quarante ans, il s’était éloigné de la cayenne de Fougères et de l’Union Compagnonnique. Or, pour écrire ce roman, il fallait me souvenir des Compagnons présents à ma Réception. En scrutant la photographie de la Fête de l’Union tirée pour l’occasion, il n’y avait qu’un seul visage dont j’avais oublié le nom. Après plusieurs jours, s’extirpant de je ne sais quel tréfonds, le nom de ce Compagnon me revint. Le Compagnon Alain Solé avait été reçu Compagnon typographe des Devoirs Unis dans la nuit du 25 au 26 septembre 1971. Un an avant moi. « Coutances L’Ami-Des-Arts » était son nom. J’en étais resté à un Compagnon gentil, serviable, aux yeux grands ouverts, remplis de tendresse. Ce nom retrouvé, j’effectuai une recherche sur Internet pour y trouver des informations qui me bouleversèrent. Depuis ce jour, je découvris la vie engagée menée par Solé L’Ami-Des-Arts, depuis l’époque où nous étions tous deux Compagnons de la cayenne de Fougères, lui ouvrier typographe, et moi ouvrier peintre en bâtiment.

A la lecture d’un article du journal Libération, du 7 août 2004, j’appris : Solé L’Ami-Des-Arts était incarcéré à la prison de la Santé depuis 1999. Condamné par la cour d’assises spéciale de Paris à six ans de prison pour avoir commis trois attentats en 1998 et 1999, et également poursuivi pour un vol d’explosifs à Plévin dans les Côtes-d’Armor. Sur la décision de la cour d’appel spéciale, Solé L’Ami-Des-Arts fut remis en liberté conditionnelle, le juge d’application des peines ayant abrégé l’échéance pour des raisons de santé. Solé souffrait d’un diabète, et il avait subi un triple pontage coronarien.

Qu’avait fait ce père d’une famille de trois enfants, plusieurs fois grand-père, pour mériter la notoriété de la cour spéciale ? Il était militant indépendantiste breton, affidé à l’Armée Révolutionnaire Bretonne soupçonnée de dix-sept attentats, dont celui contre le McDonald’s de Quévert, le seul qui fut meurtrier. Solé L’Ami-Des-Arts, le militant breton, décéda des suites d’un coma le samedi 1er octobre 2011 à Laval. Ses obsèques eurent lieu le mercredi 5 octobre 2011 à Mayenne. Il était né le 26 janvier 1952 à Coutances. Il mourut comme il vécut, dès lors qu’il n’avait pas 59 ans.

De Pontcallec et sa république aristocratique, jusqu’à l’Armée Révolutionnaire Bretonne, les indépendantistes bretons ont l’âme chevillée au corps, solides et constants, comme la pierre de leur pays. Une histoire qui dure et durera encore. Je cherchais des héros ordinaires, et l’un d’eux était sous mes yeux, incontestable, dès lors que l’on observe les choses d’un autre point de vue que celui de la bien-pensance pour lui préférer le chemin de l’épique, je veux dire : le regard sur soi, et l’action.

Le compagnonnage fut et sera toujours un entretien de famille sur le tour-de-France. A ce titre, les Compagnons n’échappent pas à la dissimulation, à l’hypocrisie, à l’omission toujours coupable. Cela peut sentir le mesquin, le bourgeois, et renifler le louis-philippard. Souvent négligeant leurs contemporains, les Compagnons ont leur panthéon (exclusivement d’ouvriers ayant connu la Justice pour des faits relevant de la défense ouvrière ; ici, ce n’était pas le cas, cela relève de la politique, et de la remise en cause de la République).

Sans doute préférons-nous les champions et les révolutionnaires du XIXe siècle, nous flatter et tirer orgueil des luttes des Compagnons du passé. Il est plus confortable d’attendre que les braves d’aujourd’hui soient morts, exhumés et reconnus comme tels par quelque historien… Mais du futur.

Une des rares photos de clandestins bretons. On peut imaginer que le Pays Alain Solé était peut-être de cette équipe ! Ce cliché avait été envoyé à diverses rédactions au début des années 1990. Collection particulière Erwan Chartier.

Source : https://bcd.bzh/becedia/fr/

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La Conduite de Grenoble

L’exclusion définitive, avec la canne brisée, les Couleurs brûlées et le nom rayé du Grand Livre a  été pratiquée par les compagnonnages.

Actuellement elle fait mémoire d’un récit dans « Le Livre du Compagnonnage » d’Agricol Perdiguier publié en 1841, de ce que les Compagnons nomment depuis : « la conduite de Grenoble. »

Cet épisode des années 1830 relate le châtiment infligé, au moment de son exclusion, à un Compagnon qui s’était rendu coupable de vol.

Voici le texte :

« Cette conduite se fait dans une société à un de ses membres qui a volé ou escroqué ; c’est le châtiment qu’on lui inflige, dans une chambre ou sur les champs. Celui qui a reçu la conduite de Grenoble est flétri moralement ; il ne peut plus se présenter devant la Société qui l’a chassé comme indigne d’elle. Quand on a vu faire cette conduite, on n’est pas tenté de la mériter ; elle n’attaque pas le physique brutalement, mais rien n’est si humiliant : il y a de quoi mourir de honte. »

« J’ai vu, au milieu d’une grande salle peuplée de Compagnons, un des leurs à genoux ; tous les autres Compagnons buvaient du vin à l’exécration des voleurs et des scélérats ; celui-là buvait de l’eau et, quand son estomac n’en pouvait plus d’en recevoir, on la lui jetait par le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu, on brûla ses Couleurs à ses yeux ; le Rouleur le fit relever, le prit par la main et le promena dans la salle ; chaque membre de la Société lui donna un léger soufflet ; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé et, quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au derrière. Cet homme avait volé. »

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Insolite, mais vitale, la Feschine :

Photo collection Jean Missègue « Bordeaux Langage de Pierre » – 2007

Parmi les outils étranges de nos métiers ancestraux, il en est quelques-uns qui ont eu une longévité exceptionnelle, notamment la feschine, dont l’usage pluri-centenaire s’est arrêté seulement dans les années 1950.

La FESCHINE se porte comme un casque, elle repose sur les deux épaules, enveloppe la tête et le front est ceint d’une sangle en chanvre.

Cet outil n’a certes pas la grâce d’une rippe, la finesse d’un rabotin ou la solidité d’une boucharde, mais il soulagea tant de dos, d’épaules, de colonnes vertébrales qu’il mériterait d’être au panthéon des grandes découvertes. Sa forme est si particulière qu’au premier abord on a du mal à en deviner la fonction. Son profil est plutôt grossier et sa texture matelassée peu raffinée. Et pour cause ! Cet outil couramment utilisé sur les chantiers était destiné à transporter des blocs de pierre, et pas n’importe lesquels, des « doublerons » (1) qui pesaient de 80 à 120 kilos selon la densité et 250 kilos pour les consoles de balcons !

Sur ce document du moyen âge, on voit un portefaix montant à l’échelle chargé d’une feschine.

Fabriqué par les Espagnols

Son origine est peut-être espagnole plus sûrement basco-espagnole, la technique de fabrication s’inspirant de celle des espadrilles et des sandales. Les cordiers de Bordeaux, souvent d’origine espagnole, exerçant près du port dans le quartier Saint-Michel, maîtrisaient à la perfection sa fabrication : une forte toile de lin ou de chanvre enveloppe une forme en paille très compressée et dure.

Au dessus, un plateau permettait de recevoir la section la plus longue de la pierre. Un velours rouge ou d’une autre couleur tapissait sa partie concave pour rendre confortable l’emplacement de la tête. Le poids reposait à la fois sur les épaules et la colonne vertébrale du porteur qui était choisi fort et vaillant. Le porteur de pierre, appelé dans le métier porte-pièce ou portefaix, pouvait monter sur les échafaudages jusqu’à 40 blocs par jour. Mais il fallait s’aider de la boisson « certain ouvriers buvaient jusqu’à 10 litres de vin par jour ! » me confiait il y a quelques années Jean Missegue, un ancien tailleur de pierre.

A Bordeaux, au 44 rue Saint François, l’Hôtel de la Perle présente sur sa façade un célèbre portefaix muni de sa feschine, ayant posé cet élément de balcon à dos d’homme. Photo NC-Guépin

La feschine a disparu officiellement en 1936. Mais son usage perdura dans quelques petites entreprises et très localement dans le Sud-Ouest de la France jusque dans les années 1950.

Un bandeau frontal en cordage tressé (au temps de la marine à voile Bordeaux possédait de nombreuses corderies), ceignait le front et surtout stabilisait la feschine et sa charge sur ses épaules.

« Pour soutenir le fardeau jusqu’à l’échelle, le portefaix se déplaçait à petits pas, le corps en rotation lente de droite à gauche et de gauche à droite. » racontait Lucien Lanao, interviewé dans « Bordeaux, langage de pierre » (2).

« Le moindre faux pas et on tombait à la renverse ».

Pour supporter le poids de la pierre et du porte-pièce on confectionnait des échelles solides dont les barreaux, très rapprochés, étaient en acacias et les montants en sapin du nord.

Source : Article rédigé par CADISH, le 7 juin 2010 pour le Journal Sud-Ouest

(1) Le Doubleron désigne la pierre de construction bordelaise dite de remplissage (ou parpaing) dont les dimensions sont de 32,5 cm de hauteur (assise) 28 cm d’épaisseur et 60 cm de longueur. Bien pratique pour estimer la hauteur d’un immeuble, puisque 3 doublerons empilés plus les deux joints intermédiaires mesurent 1 mètre. On compte le nombre d’assises, on divise par trois et on obtient la hauteur du bâtiment.

(2) « Bordeaux, langage de pierre «  de Jean Missegue – 2007.

Jean Missègue, ici en 2009, et qui nous a quitté, est l’auteur de l’ouvrage consacré à « Bordeaux, Langage de pierre » publié en 2007. (Photo Sud-Ouest – 2009)

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Histoire

Que pensaient les Anciens …

Illustration produite par Guépin B.L. qui attire votre attention : Saint-Paul à l’air de s’amuser à cause de trois apôtres dissimulés dans l’auditoire, deux avec des tablettes électroniques et le troisième avec des lunettes… petite note d’humour, évidemment, pour rendre hommage à Sempé.

Que pensaient les Grecs, les Romains et les premiers Chrétiens au sujet des travailleurs manuels ?

Les Grecs et les Romains eurent pour le travail une profonde horreur, à laquelle ils donnèrent habilement la forme d’un profond mépris.

« Tous ceux qui vivent d’un travail mercenaire font un métier dégradant, disait le bon Cicéron. Jamais un sentiment noble ne peut naître dans une boutique. »

Sénèque va plus loin :

« L’invention des arts appartient aux plus vils esclaves. La sagesse habite des régions plus hautes : elle ne forme pas ses mains au travail. »

Telles étaient les doctrines des plus grands penseurs ; tout un peuple y applaudissait… et voilà ce qu’il s’agissait de détruire.

Que pensaient les premiers Chrétiens à propos des travailleurs manuels ?

« … Saint Paul … protesta par ses actes autant que par ses paroles contre les excès de cette paresse.

Lorsqu’il vint habiter chez le corroyeur Aquilas … il travailla de ses propres mains au métier de son hôte et prit part avec lui à la fabrication des tentes pour l’armée romaine.

Il écrivit aux Corinthiens V :

« Nous travaillons de nos mains.

LABORAMUS, OPERANTES MANIBUS NOSTRIS. »

Les prêtres mêmes et les évêques des premiers siècles apprenaient d’ordinaire un de ces métiers que l’orgueil romain abandonnait aux esclaves.

Dans les Constitutions apostoliques, page 67, est un texte attribué à saint Clément :

« Travaillez à votre état en toute sainteté, afin de pouvoir secourir vos frères malheureux et de ne pas être à charge à l’Église.

Nous-mêmes, qui prêchons la parole évangélique, nous ne négligeons pas les travaux d’un autre ordre ; parmi nous, les uns sont pêcheurs, les autres artisans, d’autres enfin agriculteurs.

Jamais nous ne restons oisifs. »

Ce que saint Ignace et saint Justin reproduisent en d’autres termes :

« Quand nous avons peur d’être considérés comme des misérables dénués de toute ressource, parce que nous travaillons de nos mains, nous éprouvons une mauvaise honte, et cette honte est un vice. »

Le quatrième concile de Carthage (Chapitre IV. Article. LI, LII, III.) décrète solennellement :

« Qu’il était bon que tout clerc gagnât son pain à l’aide d’un métier ou en cultivant la terre. Tous les clercs qui sont assez forts pour travailler doivent non-seulement apprendre les belles-lettres, mais encore un métier. »

Chapitre IV. Concile de Carthage. Article. LI, LII, III.

Source :

Léon Gautier, Histoire des corporations ouvrières.

Pages  21, 22, 23, 24, 25. Bibliothèque à 25 centimes.

Paris. Librairie de la Société Bibliographique, 35, rue de Grenelle. 1877.

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Expressions Histoire

Vous avez dit Egalitaires ?

Agricol Perdiguier – (1805 – 1875) – Compagnon Menuisier Du Devoir De Liberté Dit Avignonnais La Vertu – Député de l ‘Assemblée Nationale Constituante de 1848 à 1851 (Montagnard)

«  Les compagnons ne se donnent pas entre eux le titre de Monsieur, mais particulièrement celui de pays.

Soyez Allemands, Espagnols, Turcs, Italiens, Russes, Anglais, Kalmouks, Américains, Asiatiques, Africains, Français, c’est tout un : vous êtes tous des pays.

Le compagnon est cosmopolite.

Il n’y a pour lui qu’un ciel, qu’une terre, qu’un monde, qu’un seul pays.

Aussi est-il partout dans son pays ; aussi tous les compagnons sont-ils ses pays.

Soyez nés n’importe où ; que votre visage soit blanc, ou noir, ou jaune, ou rouge, ou cuivré ; que Moïse, que Manon, que Mahomet ou Jésus soit votre prophète, votre Dieu, peu importe : vous êtes un compatriote, un pays, un frère.

J’ai vu des Espagnols, des Allemands, des Américains, des Belges, des Suisses, des Italiens, des Savoyards, des Marocains, l’emporter dans nos élections sur des Français, et devenir premiers compagnons, capitaines, dignitaires de notre Société.

Voilà du beau ! Voilà ce qui réjouissait mon âme ! »

Agricol Perdiguier – Mémoires d’un Compagnon – 1839 – pages 106 et 107

Question :

Il n’y a là que des hommes, mais où sont les femmes ?

A leurs places d’alors : Mères, épouses, sœurs, ou filles.

Est-ce le cas aujourd’hui ? Est-ce que nous devons nous comporter comme des hommes du XIXe siècle ?

Supposons :

Si Agricol Perdiguier était de notre temps, mépriserait-il les femmes qui feraient le même métier que lui, bien qu’il fut impensable qu’elles fussent menuisières à l’époque où il écrivait ce texte ?

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Angers, 1758, une bataille rangée entre Compagnons

Episode, mentionné dans l’historiographie du compagnonnage, d’une grande bataille, qui eut lieu à Angers en 1758, où des gavots s’allièrent aux tanneurs contre d’autres compagnons. Bilan : 7 tués 17 blessés graves et 40 blessés légers !

II arriva que la veille d’une fête de la Vierge, un compagnon serrurier allant chercher chez un tailleur un habit, fut rencontré par les gavots qui lui prirent et le frappèrent.

II s’en fut chez la mère des compagnons se plaindre. Au même instant un certain nombre de compagnons s’en furent chez la mère des gavots redemander les effets. Ils ne leur furent rendus qu’avec de mauvais propos de part et d’autre.

Aussi depuis ce jour lorsqu’on se rencontrait c’était toujours à se chamailler.

Enfin il fut décidé, un jour, pour une bataille rangée qui fut commandée pour la Saint-Barthélemy.

Ces compagnons n’étaient pas les plus puissants.  Attendu que les cordonniers et autres états étaient soit pays ou amis des gavots, ils s’étaient réunis ne sachant point la coquinerie qui avait été faite.

Nous écrivîmes à plusieurs petits endroits des environs.  Particulièrement à un petit village nommé Saint-Georges, où il y avait environs de trente-sept compagnons charpentiers qui ne voulurent rien promettre, mais qui firent malheureusement trop pour les pauvres et malheureux garçons cordonniers et ceux qui les suivirent.

Nous ne comptions entre nous, compagnons que cinq cents et de leur côté ils passaient sept cent cinquante !

Le jour arrivé nous fîmes trois rangs.

Les premiers étaient les plus grands hommes, la canne à la main, dont un Rennais compagnon vitrier qui commandait, ayant été sergent de grenadier.

Le second rang était chargé de pierres et de cailloux dont j’étais le troisième commandant.

Le troisième rang était pour ramasser les cannes et les chapeaux et se porter où était le parti le plus faible.

Lorsque nous vîmes arriver cette multitude nous nous crûmes perdus mais nous avions espoir en notre valeur et notre bonne cause.

Toute la bourgeoisie s’était mise sur les armes mais n’osait pas avancer et restait neutre.

Le signal étant donné les premiers garçons cordonniers et autres demandèrent une explication et savoir pourquoi ils s’allaient battre.

Ils firent signe d’un pourparlers et tous nous autres neuf chefs des bandes de nous approcher.

L’on leur donna la satisfaction d’une explication.

Le premier cordonnier et autres retournant à leur rang se mirent à dire :

« Que ceux qui veulent se battre agissent pour nous, ce sont les gavots qui ont tort, nous nous retirons ! « 

Une très grande partie les suivit.

Cent trente-trois compagnons charpentiers, sur lesquels nous n’avions pas compté, et qui s’étaient postés clandestinement derrière une haie, crurent que c’était la défaite et que les autres s’enfuyaient, avec des bâtons et à trois quarts donnèrent dessus tous ces misérables.

II y en eut sept de tués et dix-sept blessés dangereusement et aux environs de quarante de blessés plus légers.

Je manquais d’être tué par un fort gavot mais je réparais et lui donnais ce qu’il avait pensé me faire. Il tomba à la renverse.

C’était un de leur commandant nommé Flamand la Gambille homme fort et puissant.

Les chefs, nous fûmes décrétés de prise de corps et nous enfuîmes bien une soixantaine et passâmes une espèce de bac sur la Maine où nous coupâmes le câble car nous avions passé malgré les mariniers et que les gardes de la maréchaussée étaient après nous.

Journal de ma vie – Jacques-Louis Ménétra dit Parisien le Bienvenu compagnon vitrier au XVIIIᵉ siècle.

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L’assassinat du Pays Bédouin

De quoi étaient capables les Compagnons, entr’eux, au XIX ème siècle !

De quoi étaient capables les compagnons entr’eux.

L’Assassinat de Bédoin

A Avignon, vivait Bédoin, établi Compagnon dit Marseillais le Bien-Aimé, marié et père de famille, qui avait été nommé Père des Compagnons Cordonniers Du Devoir.

Cette position, réservée aux Compagnons mariés lui fut jalousée durant de nombreuses années.

Après bien des déchirements, Bédoin fut renversé ; il dut quitter la place de Père des Compagnons.

Marseillais le Bien-Aimé, homme mûr, qui avait payé sa dette Compagnonnique au Tour de France ne pouvait croire que la société l’abandonnerait dans son droit.

Au début de l’année 1835, la Cayenne de Marseille ayant convoqué Bédoin pour être entendu sur les circonstances de son éviction, il se présenta seul, s’expliqua et obtint gain de cause.

Ses adversaires s’adressèrent alors à la chambre de Paris, souveraine du Tour de France, qui, prononça la destitution du Père Bédoin et c’est ainsi que Le Père des Compagnons Cordonniers Du Devoir fut définitivement changé.

Pour se venger, Marseillais le Bien Aimé recevra des Compagnons sans autorisation.

Un matin se présentèrent chez la Mère trois jeunes hommes portant cannes et couleurs, demandant à se faire reconnaître. Ils sont bien réellement Compagnons, mais Compagnons clandestinement reçus par Bédoin.

Alors, sur le Tour-de-France se formèrent des comités de juges qui condamnèrent Bédoin, Marseillais le Bien-Aimé le parjure, à la peine de mort. Rien moins que cela !

Un compagnon reçut l’ordre de partir de Paris. Arrivé à Avignon, il devait frapper à mort le renégat, puis il gagnerait la frontière la plus proche. Mais arrivé sur les lieux, à la vue du condamné, notre homme certainement rongé de remords, renonça et s’enfuit. D’autres bourreaux partirent de Marseille, ne sortirent que la nuit et cherchèrent Bédoin sans jamais le rencontrer.

Se présenta alors Léger dit Bourguignon Le Modèle Des Vertus, Compagnon depuis peu. Le jeune homme se porta volontaire pour commettre l’horrible assassinat. Au comble de la vilenie, Léger avait travaillé, à Avignon, chez Bédoin, qui fut son ami. Pendant le temps qu’il resta dans cette ville, il fut traité comme l’enfant de la maison. Bédoin lui prodigua tous les soins et toutes les affections. Ainsi, le Bourguignon partit le lendemain de Marseille vers Avignon.

A peine arrivé à Avignon, sans attendre, il se rendit chez Bédoin.

« Il était impensable que je passe par Avignon sans venir te saluer, mon Pays Marseillais ! »

Bédoin, ravi de cette visite impromptue ouvrit les bras et son huis à ce jeune Pays qu’il connaissait bien et qu’il estimait beaucoup. L’on déjeune en famille, l’on échange de bons souvenirs. Le soir Le Modèle Des Vertus prend part au dîner préparé par la ménagère. Lequel dîner se prolongea et minuit surprit l’invité.

Bédoin proposa, alors à son comparse de le conduire un peu. Dans les rues d’Avignon désertes et sombres ils s’arrêtèrent pour se faire leurs derniers adieux, et, alors qu’ils se donnaient le baiser fraternel, dans cette position, dans ce baiser, le bourguignon plongea son poignard dans le sein de celui qui se croyait son ami. L’assassin prit la fuite.

Le malheureux Bédoin, fut transporté chez lui, où il mourut le lendemain, 3 août 1837 dans des douleurs atroces, après avoir donné à l’autorité le nom et le signalement de son meurtrier.

Malgré l’activité de la justice et le mouvement de toutes les brigades de gendarmerie, l’homme échappa à toutes les recherches et gagna Lyon, où il se reposa quelques jours, et enfin à Paris, où il attendit en sécurité.

On choisit dans la société un jeune Compagnon dont le signalement était à peu près semblable : on commanda à celui-ci d’aller prendre un passeport pour l’étranger, au nom du salut de la société. Le passeport fut délivré, et quelques jours plus tard, Léger quittait la France pour ne plus la revoir.

D’après Toussaint Guillaumou Les confessions d’un Compagnon L’assassinat (1861)

A lire dans La Gazette des Tribunaux ou le compte-rendu du procès criminel des assises du Vaucluse, en 1837, où Léger, dit Bourguignon le Modèle des Vertus, fut condamné, par contumace, à la peine de mort, pour assassinat commis avec préméditation sur la personne de Bédoin, maître cordonnier à Avignon.

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Compagnon : « Cum Panis » qui partage le pain

Le geste de la doreuse – Photo Pays NC

Le Compagnon, c’est celui qui accompagne, parce que, par définition l’on ne peut être compagnon seul.

C’est-à-dire celui qui partage en égal, en frère ou en soeur, par un élan du coeur. Le Compagnon, c’est celui ou celle qui prend en compte l’autre dans tous les cas, l’on est toujours le compagnon d’un autre.

Pour les EGALITAIRES c’est la seule définition acceptable du nom de Compagnon.

TRADITION DES EGALITAIRES :

« La tradition dans les grandes choses, ce n’est pas de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en aurait fait de toutes autres en d’autres temps « 

Paul Valéry

Outre ces combats menés pour recouvrer leur liberté, les Compagnons sont inscrits dans l’histoire parce qu’ils ont compté dans leurs rangs, un grand nombre de chef-d’oeuvriers exceptionnels qui ont marqué leur époque. Ils le sont aussi parce qu’ils véhiculent une tradition universelle qui arrive directement et sans interruption du temps où les métiers se sont formés.

La tradition, c’est l’acte de livrer, de dire dans une relation au travers du temps, parce que tout ce que l’on sait se fait par une communication de générations en générations. C’est le lien du Présent avec le Passé, le lien du présent avec l’avenir.

En l’occurence, elle est la reconnaissance de l’effort produit, elle reconnait la morale et le talent d’un Compagnon suivant des critères définis par les EGALITAIRES.

Le Blason des Egalitaires – Gravure en cours

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Trois fondateurs légendaires :

Illustration historique commune à tous les compagnonnages

Le terme « compagnonnage » fait son entrée dans la langue française en 1719 pour désigner la durée de l’apprentissage (Apprentissage et Perfectionnement) qu’un homme de l’art doit effectuer auprès d’un maître artisan pour devenir Compagnon.

Les légendes des Compagnonnages font toutes référence aux trois fondateurs légendaires :

Le Roi Salomon, engagea Maître Jacques, Tailleur de Pierre, (celui-ci aurait été assassiné à la Sainte-Baume) et le Père Soubise, Maître-Charpentier afin d’organiser la construction d’un Temple Royal à Jérusalem. et travailler ensemble et de façon complémentaire, chacun dans sa compétence.

Cet événement est censé avoir vu naître l’ordre des compagnons, bien que les textes bibliques n’en fassent pas mention. Pourtant le temple de Salomon, existe bien à Jérusalem, et il est même décrit dans la Bible.

Appareillage voûte en anse panier sur petit escalier en colimaçon – Photo Pays NC

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Les origines historiques, du Compagnonnage Egalitaire

L’ébéniste – Photo IA – Réalisation Pays NC

Lors du renouveau des cités, les métiers furent organisés en corporations. Cette organisation était divisée en trois conditions qui étaientcelles des apprentis, des valets (qui prirent plus tard le nom de compagnons) et des maîtres.
Au cours du XIIIe siècle, l’organisation des métiers en corporations dirigées par les seuls maîtres, provoqua une réaction des valets pour lesquels l’accession à la maîtrise devenait pratiquement impossible.

Dès lors l’appropriation des corporations par les maîtres, des Compagnonnages de métiers c’est-à-dire : des groupements jusqu’à lors inconnus qui affiliaient exclusivement des Compagnons (sans apprenti ni maître), se constituèrent et organisèrent pour les 1nétiers qui les concernaient la défense et la solidarité ouvrière. Ces compagnonnages initièrent le mouvement ouvrier français. Au milieu du XIVe siècle, la liberté du travail n’eut plus cours à Paris. Rapidement cette réglementation fut appliquée à la France. Les Compagnons, qui désiraient demeurer libres de leur activité, n’eurent pour d’autre choix que de fuir Paris pour la province et les lieux de franchise .

Le cuisinier – Photo IA – Réalisation Pays NC

En 1714, le Tiers-état demanda la liberté du travail contre les monopoles que s’accordaient les corporations. Elles seront abolies en 1776, et rétablies la même année ! Il faudra attendre 1789 pour que l’Assemblée Nationale proclame la liberté du travail. Ce fut ce combat, mené pour la liberté de circuler, la liberté de travailler et, la liberté d’entreprendre qui généra les Compagnonnages dont les Egalitaires se déclarent être aujourd’hui les héritiers.
Mais Compagnonnages et Compagnons vivaient une histoire parallèle à l’histoire sociale .


Du XIIIe siècle à la première révolution française, les Compagnonnages avaient assimilés des traditions qui leurs étaient antérieures et qui venaient fortifier leur identité. Les récits bibliques qui relatent les circonstances et les faits de la construction du temple de Jérusalem générèrent des légendes qui dès l’origine inspirèrent ces coalitions compagnonales. Les Compagnonnages anciens qui étaient corporatistes se divisaient en trois groupements qui se dénommaient :

Compagnons De Liberté, Enfants Du Roi Salomon


Compagnons Passants Du Devoir, Enfants de Maître Jacques


Compagnons Passants Bons-Drilles, Enfants de Soubise.


Le Roi Salomon, Maître-Jacques et Soubise sont depuis, reconnus Fondateurs légendaires exclusifs de ces groupements.

En 1889 les Anciens Compagnons Des Devoirs, réunis en assemblée firent l’Union Compagnonnique Des Devoirs Unis.

Ils abolissaient le corporatisme, les préséances et, constituèrent une société de secours mutuel.

Le 22 juin 1996, des Compagnons issus de l’Union Compagnonnique et de la Seconde Ere Nouvelle de 1978 ont constitué le Compagnonnage Egalitaire que l’on connaît aujourd’hui et qui a fait :

  • La Réception des femmes.
  • La mixité.
  • L’abolition du corporatisme.
  • La suppression de la limite d’âge.
  • La reconnaissance à rang égal de tous les métiers manuels.

Le Compagnonnage Egalitaire est un groupement de femmes et d’ hommes de métiers qui ensemble, généreusement et joyeusement, vivent leur siècle.
Les Egalitaires communiquent toujours leurs légendes, ils pratiquent le Tour-de-France, sans pour autant que ce soit une obligation rédhibitoire.

Ils produisent une« Pièce d’Adoption » qu’ils présentent lors de leur admission en qualité d’Aspirant et reçoivent le titre de Compagnon Egalitaire après avoir présenté une « Pièce de Réception » au cours de cérémonies dont les contenus sont demeurés traditionnels.

Le peintre décorateur – Photo IA – Réalisation Pays NC

L’AMOUR FRATERNEL

Par le PAYS SERGE CANET

« C’est une obsession, de génération en génération il est toujours présent ; comme pour toutes ces affirmations qui se veulent définitives, il ne se dit jamais en quelles circonstances l’on doit s’y référer, ce qui permet de le faire apparaître à tout propos.

Tous les débats sont placés sous la protection tutélaire des trois fondateurs légendaires du compagnonnage. Sur un lambrequin est écrit : « Amour Fraternel » parfois renforcé par une balance.

Dès lors l’amour fraternel doit être considéré comme un réunificateur, un modérateur permanent ; chaque fois que les compagnons se réunissent, toute parole, tout geste, doit être modéré à l’aune de l’amour que se portent entr’eux des Pays transportés par la même loi, qui, sans cette empathie, ne recouvrerait pas la réalité de leur fraternité.

Ainsi le Devoir des Égalitaires transforme en amour fraternel l’ambition des Compagnons. »

La guilbrette (accolade au cours de laquelle les compagnons boivent bras dessus bras dessous) – Document historique disponible dans le domaine public.